Françoise Hardy • Dix heures en été
Peut-on mourir de recevoir un orage tout entier lorsqu’on le désire ?
Marguerite Duras (1914-1996). Dix heures et demie du soir en été (1960). Gallimard, impr. 2008, ISBN 978-2-07-022099-1, page 57.
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Françoise Hardy (née en 1944) • Dix heures en été. Françoise Hardy, paroles ; Rodolphe Burger, musique.
Françoise Hardy, chant ; Rodolphe Burger, guitare ; Vincent Pierins, basse ; Pascal Benoit, batterie ; Rodolphe Burger, arrangement & production.
Extrait de l’album Le danger / Françoise Hardy. Enregistrement : Bruxelles (Belgique), studio ICP, 1995. France, ℗ 1996.
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Comment décrire le jardin dévasté, dix heures du soir en été…
À quoi bon vous dire le chaleur lourde d’avant la foudre ?
La vie qui part, la terre qui s’ouvre, le feu aux poudres…
Dans leurs regards, entre leurs mains, la fin de l’histoire.À tout jamais, la beauté niée, détournée ;
L’orage éclaté, la pluie qui tombe dans un fracas de fin du monde.
On aimerait rire des faux soupirs. Au moins lui dire…
Le vain miroir qu’elle tend, les fards. Le vent qu’elle vend.Comment décrire tout le carnage d’après l’orage ?
Dix heures en été, la nuit qui tombe dans un néant de fin du monde.
Il devrait fuir les faux sourires, se dessaisir
Du vain miroir qu’elle tend, des fards, du vent qu’elle vend.
Françoise Hardy (née en 1944). Dix heures en été (1996)
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Carlos Ramos • Maria da Graça
Carlos Ramos (1907-1969) • Maria da Graça. Artur Ribeiro, paroles & musique.
Carlos Ramos, chant ; Raul Nery, guitare portugaise ; Santos Moreira, guitare.
Portugal, ℗ 1958.
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Maria da graça infinda
Era a mais linda das raparigas
Deixava sempre, ao passar
Frescas no ar, lindas cantigas
Marie à la grâce infinie
Était la plus belle des filles ;
L’air résonnait dans son sillage
De chansons fraîches et jolies.
Mas uma tarde abalou
E regressou já noite morta
Desde então, que sina a sua
Dizem na rua de porta em porta
Un certain soir elle est sortie
Et n’est rentrée qu’en pleine nuit.
Dans tout le quartier depuis lors,
On s’apitoie sur son sort.
Já foi Maria da graça
Já teve graça ao passar
E agora quando ela passa
Nem graça tem no andar
Entrou com ela a desgraça
No dia em que ele a deixou
Já foi Maria da graça
Mas só Maria ficou
Elle était Marie de la grâce,
Au pas plein de charme et léger.
Aujourd’hui quand elle passe
Sa démarche a perdu tout attrait.
Le malheur est rentrée avec elle
Cette nuit où il l’a quittée.
Elle était Marie de la grâce
Aujourd’hui elle n’est plus que Marie.
Tem um filhinho pequeno
Muito moreno, que atira ao pai
E adoça um pouco o desgosto
Beijando o rosto de sua mãe
Elle a un fils, un petit garçon,
Très brun, qui ressemble à son père.
Il apaise un peu, par ses baisers,
Le poignant chagrin de sa mère.
Conserva o seu ar infindo
E um fogo lindo nos olhos belos
Mas o sol, quando ela passa
Já não esvoaça nos seus cabelos
Elle a toujours son air d’éternité,
Un feu ardent dans ses beaux yeux,
Mais le soleil, quand elle passe,
Ne joue plus dans ses cheveux.
Artur Ribeiro (1924-1982). Maria da graça (1953).
.Artur Ribeiro (1924-1982). Marie de la grâce, trad. par L. & L. de Maria da graça (1953).
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Carlos Ramos (1907-1969), joueur de guitare portugaise et chanteur à la voix suave et légèrement voilée, très maîtrisée, au chant d’une élégance impeccable, s’est surtout illustré dans le fado canção (« fado chanson », comportant un refrain et associant de manière fixe un texte donné à une musique spécialement composée pour lui, contrairement au fado castiço, sans refrain et dont le principe même réside dans l’association libre d’une musique issue d’un catalogue assez limité à tout texte à la métrique adaptée). Certains de ses enregistrements ont connu un très grand succès et on les retrouve aujourd’hui régulièrement dans les compilations de fado (Não venhas tarde, Eu já não sei, Vielas de Alfama, Sempre que Lisboa canta et d’autres).
Maria da graça (1957 ou 1958) est une chanson « réaliste » comme on dirait s’agissant d’une chanson française, dont le texte évoque la tragédie d’une jeune femme abandonnée par son amant après qu’il lui ait fait un enfant. La mélodie (d’Artur Ribeiro, auteur-compositeur-interprète originaire de Porto) a beaucoup de charme, je trouve — notamment dans le refrain.
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Quando
Pour l’Italie. Et pour nous aussi.
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Musica Nuda • Quando. Luigi Tenco, paroles & musique.
Musica Nuda (Petra Magoni, chant ; Ferruccio Spinetti, contrebasse).
Extrait de l’album Live à Fip / Musica Nuda. Enregistré en direct et en public à Paris, studio 105 de Radio France, Maison de la Radio, le 1er février 2007. France, ℗ 2007.
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Quando
Il mio amore tornerà da me
Nel cielo
Una stella spenderà
Lorsque
Mon amour me reviendra,
Dans le ciel
Une étoile brillera.
S’è spenta da quando
Il mio sogno è svanito
Da quando il mio amor fuggì da me
Elle s’est éteinte lorsque
Mon rêve s’est évanoui,
Quand mon amour s’en est allé.
Quando
Il mio amore tornerà da me
Nel mare
Una perla nascerà
Lorsque
Mon amour me reviendra,
Dans la mer
Une perle naîtra
Son tutte le lacrime
Che ha pianto la stella
Nel veder solo e triste il mio cuor
Faite de toutes les larmes
Que l’étoile a pleurées
En voyant mon cœur seul et triste.
Quando
Il mio amore tornerà da me
Nell’aria
Un violino suonerà
Lorsque
Mon amour me reviendra,
Dans l’air
Un violon jouera
La musica dolce
Scenderà nel mio cuore
Ed il tempo si fermerà
Et la douce musique
Descendra dans mon cœur
Et le temps s’arrêtera.
Solo quando
Il mio amore tornerà da me
Da me
Lorsque
Mon amour me reviendra,
Me reviendra.
Luigi Tenco (1938-1967). Quando (1961).
.Luigi Tenco (1938-1967). Lorsque, trad. par L. & L. de Quando (1961).
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Maria Teresa de Noronha • Fado antigo
Maria Teresa de Noronha (1918-1993) • Fado antigo. João do Carmo Noronha, paroles & musique.
Maria Teresa de Noronha, chant ; Raul Nery & António Chainho, guitare portugaise ; Joaquim do Vale, guitare ; Joel Pina, basse acoustique.
Extrait de l’album Fado antigo / Maria Teresa de Noronha. Enregistrement : Paço de Arcos (Portugal), studios Valentim de Carvalho, 1971. Portugal, ℗ 1972.
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Encore une fois Maria Teresa de Noronha, dont le visage, sur cette photo, évoque à la fois Ingrid Bergman (période Rossellini) et la célèbre reine Elisabeth 2 d’Angleterre. Ses extraordinaires qualités de chanteuse sont particulièrement flagrantes dans ce Fado antigo enregistré en 1971, à la fin de sa carrière. On est émerveillé — surtout si on ne comprend pas le portugais, ou si on fait complètement abstraction des paroles, assez faibles.
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Corria a vida, voava
Surgiste no meu caminho
E o tempo quando passava
Passava devagarinho
La vie passait, le temps courait.
Tu es apparu sur mon chemin
Et le temps, quand il passait,
Prenait son temps.
Antes ceguinha ficasse
Naquela maldita hora
Se em vez de ver-te cegasse
Sofria menos agora
Que n’ai-je été frappée de cécité
À ce maudit instant !
Si, au lieu de te voir, j’étais aveugle
Je souffrirais moins à présent.
Jurei há muito esquecer-te
E a jura tão bem cumpri
Que não te esqueço a pensar
Que me hei-de esquecer de ti
J’ai juré de t’oublier
Et je suis si fidèle à mon serment
Qu’à force de penser que je dois t’oublier
Je ne t’oublie pas.
Chorai guitarras, chorai
Acompanhem meu sentir
Que eu também choro e não tenho
Ninguém que me queira ouvir
Pleurez, guitares, pleurez,
Accompagnez mon malheur,
Car moi aussi je pleure
Sans personne pour m’écouter.
João do Carmo Noronha. Fado antigo (1971).
.João do Carmo Noronha. Fado ancien, trad. par L. & L. de Fado antigo (1971).
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Fado Carlos da Maia (quadras)
Ada de Castro (née en 1937) • Gosto de tudo o que é teu. Maria José Runa, paroles ; Carlos da Maia, musique (Fado Carlos da Maia [quadras]).
Ada de Castro, chant ; Luís Ribeiro & José Luís Nobre Costa, guitare portugaise ; João Vaz, Jaime Martins & Ricardo Belo, guitare ; Luís N´Gambi, basse acoustique.
Captation : Lisbonne, restaurant « A Nini », 4 octobre 2012. Vidéo : 4FadoLisbon, 2012 (mise en ligne).
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Ada de Castro, née en 1937, a débuté en 1960 et chantait un peu à la manière d’une soliste de chorale dans un lycée comme il faut. Elle a enregistré Gosto de tudo o que é teu (« J’aime tout de toi ») en 1972, mais la voici en public, dans une captation relativement récente (2012). La voix accuse ses 75 ans : elle vibre de toute sa tôle et certaines notes sont difficiles à tenir, mais voilà une vraie version « fadiste », infiniment préférable à celle du disque, d’un ennui mortel.
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Eu gosto do teu andar
Desse jeito que é tão teu
Eu gosto do teu olhar
Olhar que a ti me prendeu
J’aime te voir marcher
De cette démarche qui n’est qu’à toi.
J’aime que tu me regardes
De ce regard qui m’ensorcelle.
Eu gosto do teu cabelo
Do dourado do teu rosto
E da tua linda boca
Nem calculas como eu gosto
J’aime tes cheveux,
J’aime ton visage doré,
J’aime ta bouche,
Tu n’imagines pas combien je l’aime.
Eu gosto das tuas mãos
Que tão bem acariciam
Do teu corpo, dos teus modos
Que os meus olhos extasiam
J’aime tes mains
Qui savent si bien caresser,
J’aime ton corps, tes manières
Qui ravissent mes yeux.
Eu gosto do teu sorriso
Sorriso franco e leal
Até das tuas maldades
Eu não desgosto, afinal
J’aime ton sourire
Franc et loyal
Et même tes malices
Ne me déplaisent pas.
Eu gosto da tua voz
A voz mais linda que ouvi
Gosto de tudo do que é teu
Só porque gosto de ti
J’aime ta voix,
La plus belle jamais entendue.
J’aime tout ce qui est toi
Simplement parce que je t’aime.
Maria José Runa. Gosto de tudo o que é teu (1972).
.Maria José Runa. J’aime tout ce qui est toi, trad. par L. & L. de Gosto de tudo o que é teu (1972).
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« Je t’aime totalement, tendrement, tragiquement, » en somme.
Comme Os teus olhos de Maria Teresa de Noronha (voir le billet précédent), Gosto de tudo o que é teu est chanté sur une musique de Fado traditionnel désignée sous le nom de Fado Carlos da Maia (quadras). Son compositeur, José Carlos Augusto da Maia, était un guitariste actif au début du siècle dernier ; il a accompagné Alfredo Marceneiro, entre autres.
Deux fados, très différents l’un de l’autre, portent le nom de ce guitariste : l’un destiné à des poèmes en sizains (sextilhas, ou strophes de six vers), l’autre — celui-ci — à des quatrains (quadras). Celui destiné aux quadras semble rarement utilisé par les fadistes, je ne sais pas pourquoi. Il me plaît beaucoup, je dois dire.
Autre exemple de ce fado : Sombra triste de ninguém (« Ombre triste de personne »), par Maria Valejo, née en 1944. Impétueux, pétulant, c’est entre tous celui qui me plaît le plus. Un billet lui a déjà été consacré en 2018, on y trouvera les paroles et leur traduction.
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Maria Valejo (née en 1944) • Sombra triste de ninguém. António Calém, paroles ; Carlos da Maia, musique (Fado Carlos da Maia [quadras]).
Maria Valejo, chant ; Manuel Mendes & José Luís Nobre Costa, guitare portugaise ; Júlio Gomes, guitare ; Raúl Silva, basse acoustique.
Portugal : Ovação, ℗ 1974.
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Maria Teresa de Noronha • Os teus olhos
Maria Teresa de Noronha (1918-1993) • Os teus olhos. Maria da Graça Ferreira do Amaral, paroles ; Carlos da Maia, musique (Fado Carlos da Maia [quadras]).
Maria Teresa de Noronha, chant ; Raul Nery & António Chainho, guitare portugaise ; Joaquim do Vale, guitare ; Joel Pina, basse acoustique.
Extrait de l’album Fado antigo / Maria Teresa de Noronha. Enregistrement : Paço de Arcos (Portugal), studios Valentim de Carvalho, 1971. Portugal, ℗ 1972.
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Por esse mundo de Cristo
Há olhos grandes aos molhos
Mas em nenhuns tenho visto
A grandeza dos teus olhos
De grands yeux, de par le monde,
J’en ai vu tant et tant !
Mais je n’ai vu dans aucun d’eux
La splendeur de tes yeux.
Dizes que para estar comigo
Não galgas montes nem escolhos
Guarda as palavras contigo
Deixa falar os teus olhos
Tu dis que pour être avec moi
Tu ne franchis ni monts ni récifs.
Mais garde tes paroles
Et laisse parler tes yeux !
E se me levar a morte
Por sua estrada de abrolhos
Que pena não ter a sorte
De ver chorar os teus olhos
Et si la mort devait m’emporter
Sur son chemin d’épines,
Elle me priverait de la grâce
De voir pleurer tes yeux !
Maria da Graça Ferreira do Amaral. Os teus olhos (1971).
.Maria da Graça Ferreira do Amaral. Tes yeux, trad. par L. & L. de Os teus olhos (1971).
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Maria Teresa de Noronha (1918-1993) a été une fadiste singulière. Aristocrate de naissance autant que par son mariage, elle s’est astreinte à une carrière discrète, courte et presque privée d’apparitions en public. Sa renommée était assurée par une émission de radio bimestrielle qu’elle a conduite de 1938 à 1947 et de 1952 à 1961, au cours de laquelle elle chantait en direct, autant que par ses disques. Sa discographie complète, en y incluant les captations de quelques unes de ses émissions de radio et de quelques performances publiques, tient en un coffret de cinq CD (+ un DVD réunissant ses apparitions à la télévision), publié par la maison Valentim de Carvalho en 2018 à l’occasion du centenaire de sa naissance. Elle a effectué son dernier enregistrement de studio en 1971, à l’âge de 53 ans.
En dehors d’une incursion dans le « fado » de Coimbra — qu’elle a d’ailleurs été l’une des toutes premières femmes à chanter —, son répertoire s’est limité au fado castiço (« authentique » ; cette appellation désigne des fados sans refrain). Elle s’y est illustrée par un art du chant hors du commun. Dotée d’un timbre assez quelconque, elle faisait preuve en revanche d’une virtuosité vocale stupéfiante, unique dans le milieu du fado, jamais démonstrative, exercée au contraire avec une parfaite maîtrise.
Quoique Os teus olhos (« Tes yeux »), extrait de Fado antigo , son dernier album de studio, ne se prête pas particulièrement à une démonstration d’agilité vocale, on peut au moins y admirer l’art du estilar de la chanteuse, c’est à dire sa capacité à varier la mélodie, exposée à la première strophe mais chantée plus librement dans les suivantes, son aisance très naturelle dans les dynamiques, ainsi que son rubato. L’accompagnement instrumental est impeccable.
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La chanson du dimanche [22]
Un garçon qui pleure
Ça me met de bonne humeur
Un garçon qui pleure
Un joli souffre-douleur
Son malheur fait mon bonheur
Jacques Duvall (né en 1952). Un garçon qui pleure (2012).
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C’est une chanson cruelle.
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Marie France (née en 1946) & Chrissie Hynde (née en 1951) • Un garçon qui pleure. Jacques Duvall, paroles ; François Bernheim, musique.
Marie France & Chrissie Hynde, chant ; Les Fantômes, ensemble instrumental.
Extrait de l’album Kiss / Marie France. Enregistrement : Huy (Belgique), studio X.Y.Zèbres. Belgique, ℗ 2012.
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Mais elle n’est pas chantée par n’importe qui.
Sur Marie France, qui a créé sa pièce Le navire Night aux côtés de Bulle Ogier et de Michael Lonsdale, sous la direction de Claude Régy en 1979, Marguerite Duras avait eu ces paroles :
Je dirais qu’elle départage les champs de l’émotion et du désir. C’est impossible de ne pas être troublé par elle. Tout le monde. Les femmes comme les hommes.
Marguerite Duras (1914-1996). En effeuillant la marguerite, entretien avec Patrick Duval, Libération, 22 mars 1979.
Quant à Chrissie Hynde, la leaderesse des Pretenders, elle a fêté ses soixante-et-onze ans il y a quelques jours.
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Amelita Baltar & Astor Piazzolla • Los paraguas de Buenos Aires
J’ai cru longtemps que Los paraguas de Buenos Aires (« Les parapluies de Buenos Aires ») était une chanson d’atmosphère, inspirée par une journée de pluie dans une grande ville et par l’humeur de mélancolie qui peut s’en exhaler — jusqu’à ce que je fasse vraiment attention aux paroles. Il s’agit au vrai de la chanson tragique d’un amour révolu et d’une solitude atroce. Le poème est d’Horacio Ferrer (auteur pour Piazzolla de Balada para un loco et du livret de Maria de Buenos Aires, entre autres). L’enregistrement est celui de la création (1972) : Piazzolla à la tête de son ensemble Conjunto 9 et le chant frémissant d’Amelita Baltar.
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Amelita Baltar (née en 1940) & Astor Piazzolla (1921-1992) • Los paraguas de Buenos Aires. Horacio Ferrer, paroles ; Astor Piazzolla, musique.
Amelita Baltar, chant ; Conjunto 9, ensemble instrumental (Astor Piazzolla, bandonéon ; Antonio Agri & Hugo Baralis, violon ; Néstor Panik, alto ; José Bragato, violoncelle ; Kicho Díaz, contrebasse ; Osvaldo Tarantino, piano ; Oscar López Ruiz, guitare électrique ; José Corriale, percussion) ; Astor Piazzolla, arrangements & direction.
Enregistrement : Buenos Aires, 1972.
Première publication : Argentine, 1972.
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Está lloviendo en Buenos Aires, llueve,
y en los que vuelve a sus casas, pienso,
y en la función de los teatritos pobres
y en los fruteros que a lluvia besan.
Il pleut sur Buenos Aires, il pleut
Et je pense à ceux qui rentrent chez eux
Et aux séances des petits théâtres miteux
Et aux marchands de fruits qui bénissent la pluie.
Pensando en quienes ni paraguas tienen,
siento que el mío para arriba tira.
« No ha sido el viento, si no hay viento », digo,
cuando de pronto mi paraguas vuela.
En pensant à ceux qui n’ont même pas de parapluie
Je sens que le mien tire vers le haut.
Ça ne peut pas être le vent, il n’y en a pas, je dis,
Quand tout à coup mon parapluie s’envole
Y cruza lluvias de hace mucho tiempo:
la que al final mojó tu cara triste,
la que alegró el primer abrazo nuestro,
la que llovió sin conocernos, antes.
Et il traverse des pluies d’il y a bien longtemps :
Celle qui, à la fin, mouillait ton visage triste,
Celle qui a égayé notre première étreinte,
Celle qui est tombée avant qu’on ne se connaisse.
Y desandamos tantas lluvias, tantas,
que el agua está recién nacida, ¡vamos!,
que está lloviendo para arriba, llueve,
y con los dos nuestro paraguas sube.
Et à force de remonter à travers toutes ces pluies
Nous voici à la naissance de l’eau
Et voici qu’il pleut à l’envers, vers le haut
Et nous montons, nous deux et notre parapluie
A tanta altura va, querido mío,
camino de un desaforado cielo
donde la lluvia sus orillas tiene
y está el principio de los días claros.
Il nous emporte si haut, mon amour,
Dans la démesure du ciel,
Jusqu’aux rives de la pluie,
À la naissance de la clarté des jours,
Tan alta, el agua nos disuelve juntos
y nos convierte en uno solo, uno,
y solo uno para siempre, siempre,
en uno solo, solo, solo pienso.
Si haut que l’eau nous fond l’un dans l’autre
Et nous transforme en un seul être,
Un seul être pour toujours, toujours,
Un seul, un être seul, perdu dans ses pensées,
Pienso en quien vuelve hacia su casa
y en la alegría del frutero
y, en fin, lloviendo en Buenos Aires sigue,
yo no he traído ni paraguas, llueve, llueve.
Qui pense à celui qui rentre chez lui,
Et à la joie du marchand de fruits,
Et qu’il pleut toujours sur Buenos Aires,
Et je n’ai même pas de parapluie et il pleut, il pleut…
Horacio Ferrer (1933-2014). Los paraguas de Buenos Aires (1972).
.Horacio Ferrer (1933-2014). Les parapluies de Buenos Aires, trad. par L. & L. de Los paraguas de Buenos Aires (1972).
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Un peu belge moi, tu sais
Mercredi dernier j’ai déjeuné au restaurant — seul, événement désormais exceptionnel. J’avais ainsi le loisir d’observer les autres clients : entre les plats il n’y avait que ça à faire.
Dans cette salle oblongue il y avait : un couple de septuagénaires, elle très vive (fine de corps et de visage, regard agile et curieux, quelque chose d’une Anna Magnani en cheveux blancs), lui un peu affaissé ; d’anciens universitaires, ai-je pensé.
Un groupe de trentenaires banals qui réglaient leur addition (il était près de 14 heures, grand temps pour eux de retourner à leurs N+1, leur coworking, leurs process, vidéoconférences et patin couffin).
Et puis une table de quatre personnes, trois femmes et un homme, qui parlaient avec une grande animation. Ils étaient placés au plus loin de moi, de sorte que c’est d’abord le son de leurs voix, leur accent, leur manière de moduler les phrases qu’on percevait : une façon de parler ancienne, que je reconnaissais et qui me semblait avoir disparu depuis des décennies. Du Nord-Ouest à coup sûr. De la Haute-Bretagne — le côté de Redon, Malestroit, Questembert, enfin cette région-là, voyez. Ils étaient tous plus jeunes que moi, pourtant.
Au moment où je commençais à m’intéresser à eux, la plus âgée (elle pouvait avoir 55 ans) disait ceci : « Je suis un peu belge moi, tu sais. » Je n’ai pas su quelle portée assigner à cette déclaration qui prenait place, je m’en suis rendu compte aussitôt, dans une discussion sur la nourriture. Étaient-ils en vacances ? Près de la dame « un peu belge », qui portait une robe à petits motifs floraux sur fond bleu indigo, se trouvait une jeune femme d’une vingtaine d’années, aux traits encore ordinaires, potelée, les yeux et la bouche en forme de points (Tintin — mais les cheveux tirés en arrière), un peu à l’étroit dans sa marinière. En face d’eux (je les voyais de dos, parfois de profil suivant leurs postures), un homme volubile au crâne dégarni, la quarantaine, vêtu comme un employé du cadastre ou comme un prêtre en civil, et une femme « bien portante » comme on dit, robe groseille semée de fleurettes, cheveux blonds vigoureux, noués en cuche au-dessus de la nuque. En couple, ces deux ? Parents de la jeune fille en marinière ? « Mais si, le riz aussi », disait l’homme. « C’est comme les pommes de terre : certaines ont du goût et d’autres non. » Accent de Redon, Malestroit, Questembert. Années soixante, soixante-dix. À des années lumière.
Je me suis intéressé à ma nourriture, j’ai été moins attentif. À un moment il a été question d’une omelette norvégienne — une omelette norvégienne, pensez ! Je n’en ai jamais vu qu’à la fin de repas de première communion ou autres, et pour la dernière fois vers 1969 et encore.
(À la réflexion : non, pas en couple, pas parents de la jeune fille en marinière, crois pas.)
L’homme volubile : « La pénurie de moutarde, qui est quand même fondamentale pour… [inaudible] Ah ben si ! »
Et puis encore : « Nina Hagen. Elle a fait le conservatoire à Berlin-Est, Nina Hagen ! »
Plutôt années soixante-dix, quatre-vingts, alors. Et peut-être venaient-ils de la Mayenne, après tout.
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Nina Hagen Band • Unbeschreiblich weiblich. Nina Hagen, paroles ; Manfred Praeker, musique.
Nina Hagen Band, ensemble instrumental & vocal (Nina Hagen, chant ; Reinhold Heil, claviers, chœurs ; Bernhard Potschka, guitare, chœurs ; Manfred Praeker, basse, chœurs ; Herwig Mitteregger, batterie, chœurs).
Vidéo : extrait d’une émission de la série Rockpalast. Production : République fédérale d’Allemagne, WDR (Westdeutscher Rundfunk), 1978.
Captation : Dortmund (République fédérale d’Allemagne), Westfalenhalle, 9 décembre 1978.
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