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Caetano Veloso • Os Argonautas

18 août 2022

Caetano Veloso fêtait il y a quelques jours ses 80 ans.

Lui, 80 ans !

Autrefois, probablement en 1969, Caetano avait écrit et composé Os Argonautas (« Les Argonautes ») à la demande de sa sœur Maria Bethânia qui désirait une chanson dans le style du fado. Il l’a lui-même enregistrée avant sa sœur : elle figure dans son album à couverture blanche intitulé Caetano Veloso, paru cette année même de 1969 qui est celle de son exil en Europe. Car suite au durcissement, en décembre 1968, de la dictature militaire qui s’était emparée du Brésil en 1964, Caetano et Gilberto Gil avaient été emprisonnés, puis laissés quelques mois en liberté conditionnelle à Salvador de Bahia avant de quitter le pays. C’est au cours de cette période que l’album Caetano Veloso a été enregistré, avec la participation de Gilberto Gil.

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Caetano Veloso (né en 1942) • Os Argonautas. Caetano Veloso, paroles & musique.
Caetano Veloso, chant ; Gilberto Gil, guitare ; Lanny Gordin, guitare électrique ; Sergio Barroso, basse électrique ; Chiquinho de Moraes, piano, orgue électrique ; Tião Motorista, section rythmique ; Wilson das Neves, batterie ; Rogério Duprat, arrangements & direction.
Enregistrement ; Salvador (Bahia, Brésil), juin 1969.
Extrait de l’album Caetano Veloso. Brésil, ℗ 1969.

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O barco! Meu coração não aguenta
Tanta tormenta
Alegria, meu coração não contenta
O dia, o marco, meu coração
O porto, não!

Le navire ! Pour mon cœur, c’est trop
De turbulence
De joie, mon cœur n’en peut plus.
Le jour, le mouillage, mon cœur.
Le port, non !

Navegar é preciso
Viver não é preciso

Naviguer est nécessaire
Vivre n’est pas nécessaire

O barco! Noite no teu tão bonito
Sorriso solto perdido
Horizonte, madrugada
O riso, o arco da madrugada
O porto, nada!

Le navire ! Nuit dans ton si beau
Sourire sans entraves, perdu.
Horizon, aurore.
Le rire, l’arc de l’aurore.
Le port, rien !

Navegar é preciso
Viver não é preciso

Naviguer est nécessaire
Vivre n’est pas nécessaire

O barco! O automóvel brilhante
O trilho solto, o barulho
Do meu dente em tua veia
O sangue, o charco, barulho lento
O porto, silêncio!

Le navire ! L’automobile brillante.
Le rail descellé, le vacarme
De ma dent dans ta veine.
Le sang, la mare, lent vacarme.
Le port, silence !

Navegar é preciso
Viver não é preciso

Naviguer est nécessaire
Vivre n’est pas nécessaire
Caetano Veloso (né en 1942). Os Argonautas (1969).
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Caetano Veloso (né en 1942). Les Argonautes, trad. par L. & L. de Os Argonautas (1969).

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Os Argonautas ressemble à un fado oui, si on veut. Son texte étrange, indéchiffrable, prend appui sur la formule « Navegar é preciso; viver não é preciso » (« Naviguer est nécessaire ; vivre n’est pas nécessaire ») citée à plusieurs reprises par Fernando Pessoa dans l’étendue de son œuvre : une fois dans Palavras de portico, une sorte de note utilisée de manière posthume comme introduction à son recueil Mensagem (Message) :

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Navegadores antigos tinham uma frase gloriosa: « Navegar é preciso; viver não é preciso. »
Quero para mim o espírito desta frase, transformada a forma para a casar com o que eu sou: Viver não é necessário; o que é necessário é criar.

Fernando Pessoa. Palavras de portico (extrait), dans : Fernando Pessoa. Obra Poética, organização, introdução e notas de Maria Aliete Galhoz, Rio de Janeiro, Companhia Aguilar Editora, 1965.

Des navigateurs de l’Antiquité avaient une phrase glorieuse : « Naviguer est nécessaire ; vivre n’est pas nécessaire. »
Je revendique pour moi-même l’esprit de cette phrase, transformée pour l’adapter à ce que je suis : Vivre n’est pas nécessaire ; ce qui est nécessaire, c’est de créer.
Traduction L. & L.

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Mais c’est dans Livro(s) do desassossego (Livre de l’intranquillité ou, selon une traduction plus récente Livre(s) de l’inquiétude) que la fameuse devise est, par deux fois, explicitement associée aux Argonautes, au cours de textes attribués à l’hétéronyme Bernardo Soares :

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Nós encontrámo-nos navegando, sem a ideia do porto a que nos deveríamos acolher. Reproduzimos assim, na espécie dolorosa, a fórmula aventureira dos argonautas: navegar é preciso, viver não é preciso.
Fernando Pessoa. Livro do Desassossego por Bernardo Soares. Vol.I. Recolha e transcrição dos textos de Maria Aliete Galhoz e Teresa Sobral Cunha, prefácio e Organização de Jacinto do Prado Coelho. Lisboa, Ática, 1982. – 195.

Nous nous retrouvons à naviguer, sans avoir idée du port où nous pourrions accoster. Nous reprenons ainsi à notre compte, sous une forme angoissante, la devise aventureuse des Argonautes : Naviguer est nécessaire, ce qui n’est pas nécessaire, c’est de vivre.
Fernando Pessoa. Livre(s) de l’inquiétude, traduit de Livro(s) do Desassossego par Marie-Hélène Piwnik. Paris, Christian Bourgois, 2018. ISBN 978-2-267-03057-0. Page 131.

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Selon Plutarque, la phrase aurait été prononcée, non par les Argonautes, mais par Pompée, à l’adresse de ses matelots qui, rebutés par le mauvais temps, renâclaient à lever l’ancre. Ce dont Caetano Veloso n’avait cure : il lui importait au contraire de faire référence au Portugal et à ses mythes.

Os Argonautas a été reprise par une multitude d’interprètes, surtout brésiliens (Maria Bethânia, qui en était la commanditaire, Elis Regina et bien d’autres). Elle n’a guère tenté les fadistes, que je sache, en dehors de Carla Pires — et de Gisela João, dans un clip publicitaire en faveur du tourisme à Lisbonne. Lula Pena, dans son premier album, Phados, enregistré alors qu’elle vivait en Belgique, en a donné une version brumeuse, bien dans sa manière :

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Lula Pena • Os Argonautas. Caetano Veloso, paroles & musique.
Lula Pena, chant, guitare.
Enregistrement ; Bruxelles (Belgique), août 1998.
Extrait de l’album Phados. Belgique, ℗ 1998.

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Autre version portugaise, celle d’Eugénia Melo e Castro — une artiste au fort tropisme brésilien, il est vrai.

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Eugénia Melo e Castro • Os Argonautas. Caetano Veloso, paroles & musique.
Eugénia Melo e Castro ; Wagner Tiso, piano ; Pedro Caldeira Cabral, guitare portugaise.
Extrait de l’album Coração imprevisto. Portugal, ℗ 1988.

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Nina Simone • July tree

15 août 2022

Cette chanson, on croirait un air traditionnel anglais et c’est bien ainsi que la chante la grande Nina Simone. Un air ancien du Lancashire, ou du Derbyshire, du Shropshire, du Yorkshire, du Gloucestershire, du Middlesex.

Mais non. Dommage d’ailleurs, cet accompagnement d’orchestre.

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Nina Simone (1933-2003) • July tree. Eve Merriam, paroles ; Irma Jurist, musique.
Nina Simone, chant, piano ; Rudy Stevenson, guitare ; accompagnement d’orchestre ; Hal Mooney, arrangements & direction.
Enregistrement ; New York (États-Unis), janvier 1965.
Extrait de l’album I put a spell on you / Nina Simone. États-Unis, ℗ 1965.

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True love seed in the autumn ground
True love seed in the autumn ground
When will it be found?

Graine d’amour vrai, dans la terre d’automne
Graine d’amour vrai, dans la terre d’automne
Quand la découvrira-t-on ?

True love deep in the winter white snow
True love deep in the winter white snow
How long will it take to grow?

Amour vrai, enfoui sous la neige d’hiver
Amour vrai, enfoui sous la neige d’hiver
Dans combien de temps sera-t-il grand ?

You know true love buds in the April air
The April air
Was there ever a bud so fair?

Amour vrai, bourgeonnant dans l’air d’avril
Dans l’air d’avril
A-t-on jamais vu de si beaux bourgeons ?

True love blooms for the world to see
True love blooms for the world to see
Blooms high upon the July tree

L’amour vrai fleurit à la face du monde
L’amour vrai fleurit à la face du monde
Splendide sur l’arbre de juillet.
Eve Merriam (1916–1992). July tree (1964).
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Eve Merriam (1916–1992). L’arbre de juillet, trad. par L. & L. de July tree (1964).

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La chanson du dimanche [21]. La tazza di tè

14 août 2022

Il y avait déjà bien des années que, de Combray, tout ce qui n’était pas le théâtre et le drame de mon coucher, n’existait plus pour moi, quand un jour d’hiver, comme je rentrais à la maison, ma mère, voyant que j’avais froid, me proposa de me faire prendre, contre mon habitude, un peu de thé.
Marcel Proust (1871-1922). Du côté de chez Swann (1913). Dans : À la recherche du temps perdu, Paris, Gallimard, impr. 2011 (Quarto), page 44.

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On connaît la suite.

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Fred Buscaglione (1921-1960) e I suoi Asternovas • La tazza di tè. Leo Chiosso, paroles ; Fred Buscaglione, musique.
Fred Buscaglione, chant ; Gli Asternovas, ensemble instrumental et vocal.
Italie, ℗ 1959.

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Signora, su, venga con me
A bere una tazza di tè
Nel mio scettico e blu separé
Noi l’amore faremo per tre
Signora, non abbia timor
Io sono un uomo d’onor
Venga solo una volta con me
A gustare una tazza di tè
Fred Buscaglione (1921-1960). La tazza di tè (1959), extrait.

Madame, allons, venez avec moi
Boire une tasse de thé
Dans mon sceptique et bleu cabinet particulier.
Nous ferons l’amour pour trois
Madame, ne craignez rien,
Je suis un homme d’honneur.
Venez juste une fois avec moi
Déguster une tasse de thé

Triste sina • Amália, Mísia, Denia

11 août 2022

Triste sina (« Triste sort ») est un fado-chanson créé par Amália Rodrigues en 1958. Ses auteurs (le compositeur, parfois auteur-compositeur Carlos Nóbrega e Sousa [1913-2001] et le parolier Jerónimo Bragança [1920-2003]) étaient des collaborateurs habituels et produisaient le plus souvent des chansons de variétés.

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Amália Rodrigues (1920-1999) • Triste sina. Jerónimo Bragança, paroles ; Carlos Nóbrega e Sousa, musique.
Amália Rodrigues, chant ; Domingos Camarinha, guitare portugaise ; Santos Moreira, guitare.
Portugal, ℗ 1958.

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Mar de mágoas sem marés
Onde não há sinal de qualquer porto.
De lés a lés o céu é cor de cinza
E o mundo desconforto
No quadrante deste mar que vai rasgando
Horizontes sempre iguais à minha frente,
Há um sonho agonizando
Lentamente, tristemente.

Mer de peines sans marées,
Mer où ne luit le phare d’aucun port.
Le ciel immense est couleur de cendre
Et le monde est désespoir.
Dans cette mer qui lacère
Les immuables horizons qui me font face,
Il y a un rêve qui se meurt
Lentement, tristement.

Mãos e braços para quê,
E para quê os meus cinco sentidos?
Se a gente não se abraça e não se vê,
Ambos perdidos.
Nau da vida que me leva,
Naufragando em mar de treva,
Com meus sonhos de menina.
Triste sina!

Des mains, des bras, à quoi bon ?
À quoi bon mes cinq sens
Si on ne peut ni se voir, ni s’étreindre,
Perdus l’un pour l’autre ?
Barque de la vie qui m’emporte
Et qui sombre dans une mer de ténèbres,
Avec mes rêves d’enfant…
Triste sort !

Pelas rochas se quebrou
E se perdeu a onda deste sonho.
Depois ficou uma franja de espuma
A desfazer-se em bruma.
No meu jeito de sorrir ficou vincada
A tristeza de por ti não ser beijada
Meu senhor de todo o sempre,
Sendo tudo, não és nada!

Sur les récifs s’est brisée
Et s’est défaite la vague de mon rêve.
Il n’en est resté qu’une frange d’écume
Qui s’évapore en brume.
Mon sourire s’est voilé pour toujours
De la tristesse d’être privée de tes baisers.
Toi, à jamais mon seigneur,
En étant tout, tu n’es rien !
Jerónimo Bragança (1920-2003). Triste sina (1958).
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Jerónimo Bragança (1920-2003). Triste sort, trad. par L. & L. de Triste sina (1958).

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Triste sina, enregistré pour la maison Alvorada et non pour Valentim de Carvalho qui était l’éditeur principal d’Amália, est resté en retrait dans le répertoire de la chanteuse. Mísia, en 1999, l’a pour ainsi dire extrait de sa boîte à archive pour en donner une très belle version, je trouve, dans son album Paixões diagonais, paru en France — c’est une coïncidence — le jour même de la mort d’Amália, le 6 octobre 1999. On peut regretter la présence du quatuor à cordes qui épaissit un peu la sauce dans la seconde moitié du fado, mais il reste heureusement assez discret.

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Mísia • Triste sina. Jerónimo Bragança, paroles ; Carlos Nóbrega e Sousa, musique.
Mísia, chant ; Ricardo Rocha, guitare portugaise ; António Pinto, guitare ; Marino de Freitas, basse acoustique ; Bernardo Moreira, contrebasse ; Ricardo Dias, accordéon ; Radu Ungureanu & Manuel Rocha, violon ; David Lloyd, alto ; Maria Cristina Coelho, violoncelle.
Enregistrement ; Lisbonne, studios Xangrilá, mai 1999.
Extrait de l’album Paixões Diagonais / Mísia. France, ℗ 1999.

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Plutôt que la version de Triste sina enregistrée il y a quelques années par Cuca Roseta, une des vedettes du « fado » actuel, que je ne trouve pas très intéressante, voici une toute autre réalisation, résolument kitsch et délirante, de ce morceau. Elle est due à la soprano italienne Denia Mazzola Gavazzeni et fait partie d’un album entier consacré au répertoire d’Amália, intitulé Per amor du Fado — un titre qui constitue lui-même une curiosité, vu qu’il mélange trois langues différentes : l’italien, le portugais et le français. Ou même quatre, car amor peut aussi être entendu comme de l’espagnol.

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Denia Mazzola Gavazzeni • Triste sina. Jerónimo Bragança, paroles ; Carlos Nóbrega e Sousa, musique.
Denia Mazzola Gavazzeni, chant ; accompagnement instrumental.
Extrait de l’album Per amor du Fado [sic] / Denia. ℗ 2017.

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Mísia • Fado do retorno (et aussi Armandinho et Madalena de Melo)

8 août 2022

Le Fado Estoril, utilisé par Marco Oliveira pour Pena (Rua de Martim Vaz n.2) [voir le billet Marco Oliveira • Pena (Rua de Martim Vaz n. 2) du 27 juillet dernier] est une composition du grand guitariste Armandinho (Armando Freire, 1891-1946), remontant aux années 1920. Le voici exécuté par son compositeur lui-même, capté lors d’une campagne d’enregistrements réalisés à Lisbonne en octobre 1928 et publiés l’année suivante :

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Armandinho (Armando Freire, 1891-1946) • Fado do Estoril. Armandinho (Armando Freire), musique.
Armandinho (Armando Freire), guitare portugaise ; Georgino de Sousa, guitare.
Enregistrement ; Lisbonne, Teatro São Luís, 12 octobre 1928.
Première publication : Portugal, 1929. Nouvelle édition remastérisée : Royaume-Uni, ℗ 1994.

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La première version chantée de ce fado a été captée au cours de la même campagne d’enregistrements, avec les mêmes musiciens et la fadiste Madalena de Melo, dont on ne sait presque rien. Le style du chant en est bien sûr très daté, de même d’ailleurs que celui du texte : « Cheio de pasmo e dor, vergado ao desalento, / Tu disseste-me adeus, naquele dia triste […] » (« Plein de stupeur et de douleur, accablé d’amertume / Tu m’as dit adieu, en ce jour si triste […] »).

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Madalena de Melo (dates biographiques inconnues) • Fado do Estoril. Armandinho (Armando Freire), musique ; auteur des paroles non identifié.
Madalena de Melo, chant ; Armandinho (Armando Freire), guitare portugaise ; Georgino de Sousa, guitare.
Enregistrement ; Lisbonne, Teatro São Luís, 13 ou 14 octobre 1928.
Première publication : Portugal, 1929. Nouvelle édition remastérisée : Royaume-Uni, ℗ 1994.

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Seule la première partie de la composition d’Armandinho (avant les variations) est exécutée dans cette version et il en sera toujours ainsi des versions chantées, jusqu’à aujourd’hui.

C’est peut-être parce qu’il est ainsi réduit à un unique motif mélodique qui revient sans cesse sur lui-même, sans jamais se développer, que ce fado est resté d’un emploi assez rare : il donne l’impression d’une longue introduction qui n’introduit à rien. Mais ce côté lancinant, cet aspect de ressassement, assez présent dans le fado de manière générale, en constitue finalement l’un des intérêts. Mísia y avait été sensible en 1998 et c’est pour cette musique qu’elle avait demandé un poème à Lídia Jorge, connue plutôt pour son œuvre romanesque. Le Fado do retorno qui en a résulté fait partie de l’album Garras dos sentidos, publié par la fadiste en 1998.

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Mísia • Fado do retorno I. Lídia Jorge, paroles ; Armandinho (Armando Freire), musique (Fado Estoril).
Mísia, chant ; Ricardo Dias, piano, accordéon & arrangement ; [etc.].
Enregistrement ; Lisbonne, studios Xangrilá, octobre 1997.
Extrait de l’album Garras dos sentidos / Mísia. France, ℗ 1998.

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Amor, é muito cedo e tarde uma palavra
A noite uma lembrança que não escurece nada

Amour, il est trop tôt et tard est juste un mot,
La nuit : un souvenir qui n’enténèbre rien.

Voltaste, já voltaste, já entras como sempre
Abrandas os teus passos e paras no tapete

Tu es revenu, te voici et déjà, comme avant,
Entrant à pas feutrés, tu vas jusqu’au tapis.

Então que uma luz arda e assim o fogo aqueça
Os dedos bem unidos movidos pela pressa

Alors, qu’un feu s’allume et que sa flamme chauffe
Nos doigts unis, fiévreux, se cherchant dans leur hâte.

Amor, é muito cedo e tarde uma palavra
A noite uma lembrança que não escurece nada

Amour, il est trop tôt et tard est juste un mot,
La nuit : un souvenir qui n’enténèbre rien.

Voltaste, já voltei, também cheia de pressa
De dar-te, na parede o beijo que me peças

Tu es là, je suis là moi aussi, dans la fièvre
De t’offrir le baiser que tu cherches sur mes lèvres.

Então que a sombra agite e assim a imagem faça
Os rostos de nós dois tocados pela graça.

Alors, que l’ombre tremble et produise l’image
De nos deux visages effleurés par la grâce.

Amor, é muito cedo e tarde uma palavra
A noite uma lembrança que não escurece nada

Amour, il est trop tôt et tard est juste un mot,
La nuit : un souvenir qui n’enténèbre rien.

Amor, o que será mais certo que o futuro
Se nele é para habitar a escolha do mais puro

Amour, ce qui sera plus sûr que le futur
Si en lui nous plaçons notre choix du plus pur.

Já fuma o nosso fumo, já sobra a nossa manta
Já veio o nosso sono fechar-nos a garganta

Déjà notre âtre fume et notre lit est prêt
Et voici le sommeil qui nous rend au silence.

Então que os cílios olhem e assim a casa seja
A árvore do Outono coberta de cereja.

Alors, que regardent nos cils et qu’ainsi la maison
Soit le verger d’automne recouvert de cerises.
Lídia Jorge (née en 1946). Fado do retorno (1998).
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Lídia Jorge (née en 1946). Fado du retour, trad. par L. & L. de Fado do retorno (1998).

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Ce poème est écrit en alexandrins, pour correspondre à la métrique du Fado Estoril qui est de type « alexandrino » (encore que l’alexandrin portugais soit moins rigide que le français). Je dois dire que j’ai eu les pires difficultés pour le traduire, non en raison de sa métrique, mais parce que certains passages me laissaient désemparé. Voici la traduction fournie dans le livret accompagnant l’album de Mísia. Elle est de Pierre Léglise-Costa, traducteur d’António Lobo Antunes entre autres.

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Amour c’est trop tôt
Et trop tard un mot
La nuit un souvenir
Qui n’assombrit rien

Tu es revenu, déjà revenu
Tu rentres comme toujours
Tu ralentis tes pas
Et tu t’arrêtes sur le tapis

Alors, qu’une lumière brûle
Et que le feu chauffe ainsi
Les doigts bien unis
Poussés par la hâte

Amour c’est trop tôt
Et trop tard un mot
La nuit un souvenir
Qui n’assombrit rien

Tu es revenu, je suis aussi
Revenue très pressée
De te donner, contre un mur
Le baiser que tu demanderas

Alors, que l’ombre bouge
Et que l’image dessine ainsi
Le visage de nous deux
Touchés par la grâce

Amour c’est trop tôt
Et trop tard un mot
La nuit un souvenir
Qui n’assombrit rien

Amour, qu’est-ce qui sera
Plus sûr que le futur
Si c’est pour y loger
Le choix du plus pur

Notre fumée fume déjà
Notre couverture encombre déjà
Notre sommeil est déjà arrivé
Pour nous fermer la gorge

Alors, que les cils regardent
Et que la maison soit ainsi
L’arbre de l’automne
Couvert de cerises.

Lídia Jorge (née en 1946). Fado du retour, traduit par Pierre Léglise-Costa de Fado do retorno (1998). Dans le livret accompagnant le CD : Mísia. Garras dos Sentidos, Erato Disques, 1998.

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La chanson du dimanche [20]

7 août 2022

Je ne savais même pas que Frank Alamo était mort : quel coup !

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Frank Alamo (1941-2012) • Biche oh ma biche. Vline Buggy, paroles françaises ; Mort Shuman, musique. Adaptation française de Sweets for my sweet. Doc Pomus, paroles originales anglaises.
Frank Alamo, chant ; accompagnement d’orchestre.
Vidéo : extrait de l’émission Le Palmarès des chansons du 18 novembre 1965. Production : France, ORTF (Office de radiodiffusion-télévision française), 1965.

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Biche oh ma biche était une adaptation de Sweets for my sweet, une chanson américaine de 1961. À partir de l’Angleterre, cette chanson a dû se répandre sur l’Europe dans les années suivantes, car en voici une adaptation serbe, publiée dans la Yougoslavie d’alors. Bon dimanche !

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Џентлмени [Džentlmeni] • Слатко [Slatko]. Бранко Марушић [Branko Marušić], paroles serbes ; Mort Shuman, musique. Adaptation serbe de Sweets for my sweet. Doc Pomus, paroles originales anglaises.
Џентлмени [Džentlmeni], ensemble instrumental et vocal.
Yougoslavie, ℗ 1968.

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La chanson du dimanche [19]

31 juillet 2022

Bang bang, chantée en italien par Dalida, est indiscutablement une chanson du dimanche — et d’ailleurs Les amours imaginaires, le film de Xavier Dolan auquel elle sert de leitmotiv, en compte quelques autres. Cette Bang bang-là a, paraît-il, connu un succès strepitoso non seulement en Italie, mais aussi en Espagne et dans toute l’Amérique latine.

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Les amours imaginaires (2010). Extrait. Xavier Dolan, réalisation & scénario.
Distribution : Xavier Dolan (Francis) ; Monia Chokri (Marie) ; Niels Schneider (Nicolas)…
Production : Canada (Québec) : Alliance Atlantis Vivafilm ; Mifilifilms, 2010. Sortie : 2010 (Canada & France).
Chanson :

Bang bang. Alessandro Colombini & Alberto Testa, paroles italiennes ; Sonny Bono, musique. Adapté de : Bang bang (My baby shot me down). Sonny Bono, paroles originales anglaises.
Dalida, chant ; accompagnement d’orchestre ; Claude Denjean, direction.
Italie, ℗ 1966.

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Amália Rodrigues • La ville s’éveille

30 juillet 2022

Amália Rodrigues (1920-1999) • La ville s’éveille. Pierre Cour, paroles françaises ; Alberto Janes, musique. Adaptation d’une chanson originale portugaise (titre inconnu). Alberto Janes, paroles originales portugaises.
Amália Rodrigues, chant ; José Fontes Rocha & Carlos Gonçalves, guitare portugaise ; Pedrol Leal, guitare ; Joel Pina, basse acoustique.
Enregistrement : Paço de Arcos (Portugal), studios Valentim de Carvalho, 1971.
France, ℗ 1971.

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C’est une curiosité : La ville s’éveille, enregistrée et lancée en 1971 à destination du public francophone, est une chanson d’un auteur-compositeur portugais, Alberto Janes, dont Amália n’a enregistré que l’adaptation française. Idem de La mer est mon amie, du même auteur, parue sur le même disque 45 tours — à ceci près que cette dernière a connu une version italienne, Il mare è amico mio.

Alberto Janes était l’auteur-compositeur — entre autres — du célèbre Vou dar de beber à dor, un des plus grands succès de vente de disques d’Amália au Portugal (de même qu’en France, sous la forme de son adaptation La maison sur le port). Ses chansons, le plus souvent écrites sur un tempo énergique, étaient particulièrement prisées des publics non lusophones, et donc très utiles lors des récitals à l’étranger.

La ville s’éveille, avec son agréable mélodie typique des compositions d’Alberto Janes, est une marche rapide, bien enlevée par les guitares volubiles. Le chant, en revanche, semble légèrement empêtré dans la diction de cette langue qu’Amália n’aimait décidément pas chanter :

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Eu não gosto de cantar francês, não gosto do som da língua francesa para cantar. Para nós, portugueses, há uma dificuldade muito grande em pronunciar certos sons e quem está a cantar preocupada em pronunciar bem, já não está a cantar, já não se entrega.
Amália Rodrigues (1920-1999). Dans : Vítor Pavão dos Santos. Amália, uma biografia. Lisboa, Ed. Presença, 2005, p. 125.

Je n’aime pas chanter en français, je n’aime pas le son de la langue française pour le chant. Pour nous Portugais, c’est très difficile de prononcer certains sons et quand il faut se concentrer sur la prononciation, on n’est plus en train de chanter, on ne peut pas se donner entièrement.

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C’est bien ça.

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Amália Rodrigues (1920-1999)
La mer est mon amie ; La ville s’éveille (1971)
Amália Rodrigues. La mer est mon amie ; La ville s’éveille (1971)La mer est mon amie ; La ville s’éveille / Amália Rodrigues, chant ; José Fontes Rocha & Carlos Gonçalves, guitare portugaise ; Pedrol Leal, guitare ; Joel Pina, basse acoustique. — Production : France : Columbia, ℗ 1971.
Enregistrement : Paço d’Arcos (Portugal), studios Valentim de Carvalho, 1971.

1 disque 45 t : Columbia, 1971.

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Marco Oliveira • Pena (Rua de Martim Vaz n.2)

29 juillet 2022

Pena (Rua de Martim Vaz n. 2), chanté sur la musique du Fado Estoril d’Armandinho (Armando Freire, 1891-1946), fait partie du bel album Ruas e memórias publié par Marco Oliveira en 2021.

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Marco Oliveira • Pena (Rua de Martim Vaz n. 2). Ana Sofia Paiva, paroles ; Armandinho, musique (Fado Alexandrino do Estoril).
Marco Oliveira, chant, guitare ; Ricardo Parreira, guitare portugaise ; Carlos Barretto, contrebasse ; José Mário Branco, arrangements & production musicale. Enregistrement ; Lisbonne, studios Valentim de Carvalho, novembre 2019.
Extrait de l’album Ruas e memórias / Marco Oliveira. Portugal ; SME Portugal, ℗ 2021.
Vidéo :
Aurélio Vasques, réalisation ; João Leão, assistant de réalisation. Production : Zul filmes. Portugal, 2022.
Filmé à Lisbonne en 2021.

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Lisboa é uma criança perdida ao pé do mar
Sem casa onde dormir, trapeira onde morar
Brincando alheia à dor, ao vento que assobia
Por entre o doce véu de alguma gelosia

Lisbonne est un enfant perdu sur le rivage,
Sans abri pour dormir, pas même une mansarde ;
Elle joue, étrangère à la douleur et au vent
Qui siffle à travers le voile doux d’une persienne.

Lisboa é uma criança de crua pele morena
No pátio escuro e pobre da vila mais pequena
Lá vai descendo a rua, velhinha e descalçada
Vender laranja nova por pouco ou quase nada

Lisbonne est un enfant à la peau brune et rude
Dans une pauvre cour au fond d’un bourg perdu.
La voici, les pieds nus, on croirait une vieille :
Elle va, pour quelques sous, vendre ses trois oranges.

Nocturno passarinho, cativo de orfandade
Correr da doce mágoa ao colo da cidade
Deixando duras penas a quem quiser cantar
Lisboa é uma criança perdida ao pé do mar

Petit oiseau de nuit, éternel orphelin,
Doux chagrin sécrété par le sein de la ville
Laissant de vives peines à qui veut les chanter,
Lisbonne est un enfant perdu sur le rivage.
Ana Sofia Paiva. Pena (Rua de Martim Vaz n.2) (2019).
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Ana Sofia Paiva. Pena (2, rue Martim Vaz), traduit de Pena (Rua de Martim Vaz n.2) (2019) par L. & L.

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La rue Martim Vaz, dans la « freguesia » (quartier) de la Pena, est une ruelle escarpée du centre de Lisbonne, située un peu au Nord de la place du Rossio, là où se forme la butte de Sant’Ana, ou Santana, l’une des « sept collines » sur lesquelles s’étend la ville. C’est là, en haut de cette rue, qu’est née Amália Rodrigues ; elle y a vécu les premières années de sa vie, avant que sa famille ne déménage vers les quartiers de l’ouest de la capitale. Pena, le nom du quartier qui sert aussi de titre au fado, permet un jeu de mot grâce à son identité avec le substantif pena (« peine, souffrance,… » et aussi « plume ») — bien qu’il dérive en fait de Penha (« rocher »).

Le clip vidéo de Marco Oliveira a été mis en ligne le 23 juillet dernier précisément, jour anniversaire de la naissance d’Amália, accompagné d’un court poème, non signé, en forme d’hommage :

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Onde estão os pés descalços de Amália, pequenina,
saindo do número 2 do Pátio de Santos, à Rua de Martim Vaz?
Lembras-te, pai?
Que é das infâncias, pai?
Que é feito de nós?
Que é das noites perdidas à procura do que o dia não soube dar?
Que é dos passos de quem já não está?
Que fado é este que nos condena a ir assim:
pelas ruas da noite, com basalto de tristeza, para sempre meninos,
nocturnos passarinhos, cativos de orfandade?

Où sont les pieds nus d’Amália, petiote,
Sortant du numéro 2 du Pátio de Santos de la rue Martim Vaz ?
Tu te rappelles, papa ?
Où sont passées les enfances, papa ?
Qu’est-ce qu’on est devenus ?
Où sont nos nuits perdues à chercher ce que la journée n’avait pas su donner ?
Où sont les pas de ceux qui ne sont plus ?
Quel est ce destin qui nous condamne à errer ainsi :
par les rues de la nuit, sur ce basalte de tristesse, éternels enfants,
petits oiseaux nocturnes, prisonniers de leur sort d’orphelins ?

Para Amália Rodrigues,
nascida a 23 de Julho de 1920.

Pour Amália Rodrigues,
Née le 23 juillet 1920.
[Marco Oliveira?]. [Para Amália Rodrigues] (2022).
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[Marco Oliveira?]. [À Amália Rodrigues], traduit de [Para Amália Rodrigues] (2022) par L. & L.

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Marco Oliveira
Ruas e memórias (2021)
Marco Oliveira. Ruas e memórias, Portugal, Sony Music, ℗ 2021.Ruas e memórias / Marco Oliveira, chant, guitare ; Ricardo Parreira, guitare portugaise ; Carlos Barreto, contrebasse. — Production : Portugal : Sony Music Entertainment Portugal, ℗ 2021.
Enregistrement : Paço d’Arcos (Portugal), studios Valentim de Carvalho, du 4 au 18 novembre 2019.

1 CD : Sony, 2021. — EAN 194398689128.

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Il vecchio frack • Domenico Modugno

26 juillet 2022

On peut bien écouter Domenico Modugno de temps en temps. Il vecchio frack (« Le vieux frac ») est une chanson triste et délicate. À sa publication, en 1955, la dernière strophe : « Addio […] / Ad un attimo d’amore, che mai più ritornerà! » (« Adieu […] / À un instant d’amour qui ne reviendra plus jamais ! ») s’est trouvée censurée en Italie, au point qu’il a fallu en modifier le texte. Incroyable. La rédaction originale est rétablie ici, dans cette émission de télévision datant probablement des années 1960 ou 1970.

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Domenico Modugno (1928-1994) • Il vecchio frack. Domenico Modugno, paroles & musique.
Domenico Modugno, chant, guitare.
Vidéo : pas d’information. Production : [Italie, RAI, 19??].

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È giunta mezzanotte, si spengono i rumori
Si spegne anche l’insegna di quell’ultimo caffè
Le strade son deserte, deserte e silenziose
Un’ultima carrozza cigolando se ne va
Il fiume scorre lento frusciando sotto i ponti
La luna splende in cielo, dorme tutta la città.
Solo va un uomo in frack.

Il est minuit passé, la rumeur de la ville s’éteint
Comme s’éteint l’enseigne de ce dernier café.
Les rues sont désertes, désertes et silencieuses.
Un fiacre s’éloigne dans un grincement de roues,
Le fleuve coule lentement dans un bruit doux,
La Lune resplendit et toute la ville dort.
Seul marche un homme en frac.

Ha il cilindro per cappello, due diamanti per gemelli
Un bastone di cristallo, la gardenia nell’occhiello
E sul candido gilet
Un papillon
Un papillon di seta blu.
S’avvicina lentamente, con incedere elegante
Ha l’aspetto trasognato, malinconico ed assente
Non si sa da dove vien
Né dove va
Chi mai sarà
Quell’uomo in frack?

Il porte haut-de-forme et diamants aux manchettes,
Une canne de cristal, gardénia à la boutonnière
Et sur le gilet blanc
Un nœud papillon,
Un nœud papillon de soie bleue.
Il s’approche lentement, d’une démarche élégante.
Son aspect est chimérique, absent, mélancolique.
On ne sait d’où il vient
Ni où il va.
Qui peut être
Cet homme en frac ?

« Bonne nuit, bonne nuit,
Bonne nuit, bonne nuit,
Buona notte! »
Va dicendo ad ogni cosa, ai fanali illuminati
Ad un gatto innamorato che randagio se ne va.

« Bonne nuit, bonne nuit,
Bonne nuit, bonne nuit,
Buona notte! »
Dit-il à toute chose, aux réverbères,
À un chat errant qui cherche l’aventure.

È giunta ormai l’aurora, si spengono i fanali
Si sveglia, a poco a poco, tutta quanta la città
La luna s’è incantata, sorpresa ed impallidita
Pian piano, scolorandosi, nel cielo sparirà
Sbadiglia una finestra sul fiume silenzioso
E nella luce bianca, galleggiando, se ne van
Un cilindro, un fiore e un frack.

Voici que point l’aurore, les lumières s’éteignent
Alors que peu à peu s’éveille la grande ville.
La Lune, surprise, pâlit et perd de sa couleur,
Et doucement s’efface et disparaît.
Une fenêtre s’ouvre sur le fleuve silencieux
Et dans l’aube blanche, à fleur d’eau s’en vont
Un haut-de-forme, une fleur et un frac.

Galleggiando dolcemente e lasciandosi cullare
Se ne scende lentamente, sotto i ponti, verso il mare
Verso il mare se ne va.
Chi mai sarà, chi mai sarà
Quell’uomo in frack?

Flottant doucement et se laissant bercer,
Lentement entraîné, sous les ponts, vers la mer,
Vers la mer il s’en va.
Mais qui est-ce, qui est donc
Cet homme en frac ?

Adieu, adieu, adieu, adieu,
Addio al mondo,
Ai ricordi del passato, ad un sogno mai sognato
Ad un attimo d’amore, che mai più ritornerà!

Adieu, adieu, adieu, adieu,
Adieu au monde,
Aux souvenirs de passé, à ce rêve jamais rêvé,
À un instant d’amour qui ne reviendra pas !
Domenico Modugno (1928-1994). Il vecchio frack (1955).
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Domenico Modugno (1928-1994). Le vieux frac, trad. par L. & L. de Il vecchio frack (1955).

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Il vecchio frack a été adapté en français par Pierre Delanoë, connu notamment pour ses collaborations avec Gilbert Bécaud, sous le titre : L’homme en habit.

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Domenico Modugno (1928-1994) • L’homme en habit. Pierre Delanoë, paroles françaises ; Domenico Modugno, musique. Adaptation de Il vecchio frack. Domenico Modugno, paroles originales italiennes.
Domenico Modugno, chant ; Trio Charpin (François Charpin, Michel Gaudry, Pierre Cavalli), ensemble instrumental.
France, ℗ 1957.

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Comme souvent, l’adaptation française est nettement inférieure à la version originale. L’homme en habit a pourtant été enregistrée par Barbara à ses débuts :

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Barbara (1930-1997) • L’homme en habit. Pierre Delanoë, paroles françaises ; Domenico Modugno, musique. Adaptation de Il vecchio frack. Domenico Modugno, paroles originales italiennes.
Barbara, chant ; Armand Motta et son Ensemble.
France, ℗ 1958.

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