Amália Rodrigues • Fado Lamentos (1951)
Amália Rodrigues (1920-1999) • Fado Lamentos. Amália Rodrigues, paroles & musique.
Amália Rodrigues, chant ; Raul Nery, guitare portugaise ; Santos Moreira, guitare.
Enregistrement : Lisbonne (Portugal), Établissements Valentim de Carvalho, 97-99, rua nova do Almada, 1951.
Première publication dans l’album No Chiado / Amália. Portugal, Edições Valentim de Carvalho, ℗ 2014.
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Porque mentes tanto?
Mentes sem cessar!
Mentira é a luz do teu olhar.
Mentes quando falas,
Mentes quando te calas.
Mentira é o teu riso e o teu pranto,
Mentira é o teu corpo fremente,
As tuas carícias, os teus beijos,
Falso é o calor fugaz da tua pele ardente
E o ardor dos teus desejos.
Pourquoi mens-tu autant ?
Tu mens sans arrêt !
Mensonge est l’éclat de ton regard.
Tu mens quand tu parles,
Tu mens quand tu te tais.
Mensonges, ton rire et tes larmes,
Mensonges, ton corps frémissant,
Tes caresses, tes baisers,
La chaleur fugace de ta peau ardente
Et la vigueur de tes désirs.
Dentro do teu peito
Tudo é de tal jeito
Que nem tu próprio sabes o que sentes,
Os teus pensamentos
Ao sabor dos ventos
Que nem tu dás por isso quando mentes.
Mas se assim em ti tudo é mentira,
Mente uma vez mais por caridade:
Diz-me que é o desvairo do ciúme que me inspira,
Que o teu amor é verdade!
Au fond de ton cœur,
Tout est tel
Que tu ne sais pas toi-même ce que tu ressens,
Tes pensées
Vont au gré des vents,
Et lorsque tu mens tu ne t’en aperçois même pas.
Mais puisque en toi tout est mensonge,
Mens encore une fois, je t’en prie :
Dis-moi que c’est la jalousie qui m’égare
Et que ton amour est vrai !
Amália Rodrigues (1920-1999). Fado Lamentos (vers 1947).
.Amália Rodrigues (1920-1999). Fado des plaintes, trad. par L. & L. de Fado Lamentos (vers 1947).
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Ce texte torride, qui remonte au moins à 1947, s’est avéré devoir être attribué à Amália Rodrigues elle-même.
L’enregistrement, réalisé à Lisbonne en 1951, est resté inédit jusqu’en 2014, abandonné sur une bande magnétique dépourvue d’indications. Pour autant, ce Fado Lamentos avait été interprété par Amália dans l’un de douze courts-métrages tournés à Madrid en 1947 et projetés à partir de l’année suivante dans les cinémas du Portugal en complément de programme. (De ces films courts, un seul subsiste aujourd’hui.)
Vítor Pavão dos Santos, le rédacteur de l’autobiographie d’Amália, qui était à la fois un admirateur de très longue date, puis un ami de la chanteuse, s’en souvient :
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Un jour, Frederico Santiago me dit qu’il y avait, dans les vieilles bobines de la maison Valentim de Carvalho, une chanson non identifiée : personne n’avait la moindre idée de ce que c’était, sinon qu’il s’agissait d’Amália chantant quelque chose qui parlait de mensonges. J’ai dressé l’oreille et j’ai demandé à Frederico qu’il m’en apporte une copie. Et subitement je me suis trouvé transporté à l’Éden [cinéma] par une chaude soirée de printemps, alors que j’avais dans les 8 ans. Avant le film, passait un court-métrage avec Amália chantant « Fado Lamentos », dont [il était indiqué qu’]elle était l’autrice des paroles, ce qui a suscité une certaine rumeur dans cette salle énorme et pleine, une rumeur d’incrédulité, du genre : « Alors maintenant Amália écrit de la poésie ? »
Vítor Pavão dos Santos. Amália e os seus segredos mais bem escondidos, dans le livret d’accompagnement du CD Amália no Chiado, Lisboa, Valentim de Carvalho, 2014, p. [31]. Trad. L. & L.
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(Frederico Santiago est l’éditeur intellectuel de la réédition systématique en cours de l’œuvre enregistré d’Amália.) L’intérêt de cette anecdote réside dans le scepticisme du public en lisant au générique que les paroles du fado étaient d’Amália. Dans son ouvrage Amália e os poetas : o Fado na tua voz (Lisbonne, Bertrand, 2014), Pavão dos Santos ajoute que même son père, avec qui il se trouvait au cinéma ce soir-là, pensait que quelqu’un d’autre — un homme, bien sûr : Ricardo Espírito Santo, banquier, collectionneur d’art et joueur de tennis, une relation d’Amália — les avait peut-être écrites pour elle. Or elle a été une parolière prolifique à l’extrême. Mais ayant beaucoup tardé à se faire enregistrer à la société portugaise de gestion des droits d’auteur, elle n’a pas été créditée de ses propres œuvres sur les pochettes de disque pendant de longues années.
Ce n’est pas tout : selon un document de l’époque (un prospectus annonçant, au programme d’un cinéma, le court-métrage Fado Lamentos), Amália serait aussi responsable de la musique dudit morceau — ce qui est bien plus étonnant : on peut compter ses autres compositions sur les doigts d’une main (Quando se gosta de alguém en 1980, plus deux « arrangements » dans l’album Obsessão de 1990, sauf omissions) et, bien que beaucoup plus tardives, elles me semblent moins élaborées que celle-ci.
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Amália Rodrigues • Fado da carta (1947)
Capas negras (1947). Extrait. Armando de Miranda, réalisation ; Alberto Barbosa, José Galhardo & Luís Galhardo, scénario & dialogues ; Jaime Mendes, musique ; Raul Ferrão, Frederico Valério, Ângelo Araújo, musiques des chansons.
Distribution : Amália Rodrigues (Maria de Lisboa) ; Alberto Ribeiro (José Duarte, un étudiant en droit) ; Artur Agostinho (Manecas) ; Vasco Morgado (Jorge)…
Production : Portugal : Produtores Associados, 1947. Sortie : 1947 (Portugal).
Chanson :
Fado da carta. José Galhardo, paroles ; [Raul Ferrão?], musique.
Amália Rodrigues, chant ; accompagnement de guitare portugaise et de guitare.
Portugal, 1947.
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Huit ans avant Les amants du Tage (1955), le film d’Henri Verneuil grâce auquel la carrière internationale d’Amália Rodrigues a pris son essor, Capas negras (« Les capes noires », 1947) avait largement consolidé sa gloire nationale, elle qui jouissait déjà d’une grande renommée dans son pays depuis ses débuts en 1939. Ce mélodrame, truffé de séquences musicales destinées à mettre en valeur les voix des deux protagonistes (Amália, dont c’était la première apparition au cinéma, et le bellâtre Alberto Ribeiro), a connu au Portugal un succès phénoménal — et durable —, dû en grande partie aux chansons de sa bande originale, notamment le célébrissime Coimbra (« Avril au Portugal » dans son adaptation française).
Coimbra, un des quelques « tubes » absolus du répertoire d’Amália, était chanté dans le film par Alberto Ribeiro. Elle-même y disposait de quelques numéros bien calibrés, mais on entend ici sa voix, encore légère mais incroyablement expressive, dans un très court morceau d’à peine plus d’une minute trente destiné à illustrer une séquence dans laquelle « Maria de Lisboa », le personnage qu’elle incarne, écrit à celui qu’elle aime (« José Duarte », alias Alberto Ribeiro). Le texte de sa lettre est chanté en voix off, sur une musique composée dans le goût du fado de Coimbra. Ce passage, rarissime au disque, figure dans une compilation de 2017 due à la maison française Milan Music, intitulée Amália Rodrigues au cinéma.
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Sem esperança de resposta ainda te escreve
Esta carta derradeira
Quem nesta folha tão leve
Te manda uma vida inteira
Ter-te amado foi para mim má sorte
Não te amar pior seria
Serei tua até à morte
Adeus para sempre
Maria
Sans espoir de réponse, elle t’écrit encore
Cette dernière lettre,
Celle qui dans cette feuille si légère
T’envoie une vie entière.
T’avoir aimé m’a porté malheur,
Ne pas t’aimer serait pire.
Je t’appartiendrai jusqu’à la mort.
Adieu, pour toujours.
Maria
José Galhardo (1905-1967). Fado da carta, du film Capas negras (1947).
José Galhardo (1905-1967). Fado de la lettre, trad. par L. & L. de Fado da carta, du film Capas negras (1947).
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Amália Rodrigues (1920-1999)
Amália Rodrigues et le cinéma (2017)
Amália Rodrigues et le cinéma. — France : Éditions Milan Music, ℗ & © 2017.
Réunit des extraits des bandes originales des films suivants : Les amants du Tage (France, 1955) ; Capas negras (Portugal, 1947) ; Fado, história duma cantadeira (Portugal, 1947) ; Sol e toiros (Portugal, 1949) ; Vendaval maravilhoso (Portugal & Brésil, 1949) ; April in Portugal (Royaume-Uni, 1956) ; Sangue toureiro (Portugal, 1958).
1 CD : Éditions Milan Music ; Universal music France (diffusion/distribution), 2017. — EAN 3299039983621.
Voir la notice dans Discogs.
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La chanson du dimanche [25]
Այս կիրակի երգը հայկական է։
Ce qui veut dire, comme vous l’aviez compris : « La chanson de ce dimanche est arménienne » et qui se prononce (selon Google) : « Ays kiraki yergy haykakan e. » Car en arménien, dimanche se dit : Կիրակի, « kiraki », presque comme en grec.
La chanson, dont la musique, si mes renseignements sont justes, est d’Aram Khatchaturian, s’appelle : Le vin rouge d’Arménie. Elle est interprétée par Armen Guirag, de son vrai nom Գիրագ Սաքըզլյան [Girag Sak̕ëzlyan], un ténor arménien actif des années 1930 aux années 1970, exilé aux États-Unis à la fin des années 1940 après un séjour en Amérique du Sud.
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Armen Guirag (19??-19??) • Հայաստանի Կարմիր Գինին [Hayastani karmir ginin]. Աշոտ Գրաշու [Ašot Grašow], paroles ; Արամ Խաչատրյան [Aram Xačatryan] = Aram Khatchatourian, musique.
Armen Guirag, ténor ; Jascha Galperin, piano.
Extrait de l’album Hye Yerk : Armenian classic & folk songs / Armen Guirag. [Argentine?], 194?.
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Voici les paroles originales de la chanson. Libre à vous de les soumettre à une application de traduction automatique.
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Գովենք ընկեր, ուրախ սազով,
Հայաստանի կարմիր գինին,
Խմենք ընկեր, ոսկէ թասով,
Հայաստանի կարմիր գինին։Աղբիւրի պէս վարար լինի
Հայաստանի կարմիր գինին,
Ով որ խմի անուշ լինի
Հայաստանի կարմիր գինին։Սարեր, ձորեր մենք զարդարենք
Կանաչ—կարմիր այգիներով,
Կարասները լիքը լցնենք
Հայաստանի կարմիր գինով։Աղբիւրի պէս վարար լինի…
Թող երգի պէս միշտ կարկաչի
Հայրենիքի ճոխ սեղանին,
Թող վառ շրթով մեզ հիւր կանչի
Հայաստանի կարմիր գինին։Աղբիւրի պէս վարար լինի…
Աշոտ Գրաշու [Ašot Grašow] (1910-1973). Հայաստանի Կարմիր Գինին [Hayastani karmir ginin].
Mayte Martín • S.O.S.
Ven a borrarme los fracasos de mi mente
Ven a llenarme de caricias diferentes
Ven a sacarme de este pozo de amargura
Donde me encuentro yoY dame el agua de tu fuente cristalina
Y dame el beso que sin darse se adivina
Que estoy sedienta de cariño sin medida
Cansá de dar amor
S.O.S. (Extrait). Paroles & musique traditionnelles (Andalousie) ; Mayte Martín, adaptation.Viens effacer la débâcle de ma tête
Viens me combler de caresses nouvelles
Viens me tirer de ce puits d’amertume
Où je suis enfoncéeEt donne-moi l’eau de ta source cristalline
Et donne-moi le baiser qui, sans se donner, se devine
Car j’ai soif d’une tendresse sans mesure
Et je suis lasse de donner de l’amour
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Mayte Martín • S.O.S. Paroles & musique traditionnelles (Andalousie) ; Mayte Martín, adaptation.
Mayte Martín, chant ; Juan Ramón Caro, guitare.
Vidéo : Extrait de l’émission El sol, la sal y el son, 2010. Production : Espagne, Canal Andalucia Flamenco, 2010.
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L’extraordinaire Mayte Martín, interprétant en 2010 un titre de son premier album, Muy frágil (« Très fragile », 1995).
Depuis ses cheveux ont blanchi, mais sa ferveur est intacte.
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Amália, un autre monde

Amália Rodrigues (1920-1999). D’après la pochette du disque « Amália at the Paris Olympia », 1957.
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Il y a aujourd’hui vingt-trois ans, Amália Rodrigues s’éteignait dans sa maison de Lisbonne.
En art comme dans la vie — car dans le cas des très grands artistes les deux se confondent —, le Fado lui était pour ainsi dire comme une langue maternelle, ce prisme à travers lequel chacun construit son propre monde et perçoit celui des autres : sa langue, qui infusait au plus intime d’elle-même. C’est pourquoi dans sa voix tout était Fado, quand bien même le Fado proprement dit n’occupait qu’une partie somme toute assez réduite de son vaste répertoire.
Voici deux de ses enregistrements, situés aux deux extrémités de sa longue carrière. L’un appartient à ses toutes premières sessions de studio réalisées en 1945 au Brésil. L’autre est extrait du dernier album de studio, Obsessão, publié en 1990.
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Ojos verdes (1945)
Amália Rodrigues a chanté dans plusieurs langues. Mais son véritable génie de l’interprétation, la justesse de son approche poétique et musicale ne s’exerçaient pleinement qu’en portugais et décroissaient à mesure de sa maîtrise plus ou moins grande des autres idiomes employés. Cependant l’espagnol lui était familier, elle qui se revendiquait une chanteuse « ibérique ». Cette interprétation prodigieuse d’Ojos verdes (« Les yeux verts »), une copla de 1937, en témoigne.
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Amália Rodrigues (1920-1999) • Ojos verdes. Rafael de León & Salvador Valverde, paroles ; Manuel Quiroga, musique.
Amália Rodrigues, chant ; orquestra de guitarras de Fernando de Freitas.
Enregistrement : Rio de Janeiro (Brésil), 1945. Première publication : Brésil, 1945.
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Apoyá en er quisio de la mansebía
miraba ensenderse la noche de mayo;
pasaban los hombres y yo sonreía
hasta que a mi puerta paraste el caballo.
« Serrana, ¿me das candela? »
Y yo te dije: « Gaché,
ven y tómala en mis labios
que yo fuego te daré ».
Dejaste er caballo
y lumbre te di,
y fueron dos verdes luceros de mayo
tus ojos pa mí.
Debout sur le seuil de la maison close
Je regardais s’embraser la nuit de mai ;
Les hommes passaient et je souriais,
Jusqu’à ce qu’à ma porte tu arrêtes ta monture.
— Gitane, tu me donnes du feu ?
Et je t’ai dit : — « Gaché* »,
Viens le prendre sur mes lèvres ;
Je te donnerai du feu !
Tu as mis pied à terre
Et je t’ai donné de la braise
Et pour moi, tes yeux ont été
Deux étoiles de mai.
Ojos verdes, verdes como la albahaca.
Verdes como el trigo verde
y el verde, verde limón.
Ojos verdes, verdes, con brillo de faca,
que están clavaítos en mi corazón.
Pa mí ya no hay soles, luceros ni luna,
no hay más que unos ojos que mi vía son.
Ojos verdes, verdes como la albahaca.
Verdes como el trigo verde
y el verde, verde limón.
Des yeux verts, verts comme le basilic
Verts comme le blé vert
Et le vert citron vert.
Des yeux verts, verts, étincelants comme des couteaux,
Plantés dans mon cœur.
Pour moi il n’y a ni soleils, ni étoiles ni lune,
Il n’y a plus que deux yeux qui sont ma vie.
Des yeux verts, verts comme le basilic
Verts comme le blé vert
Et le vert citron vert.
Vimos desde el cuarto despertar el día
y sonar el alba en la Torre la Vela.
Dejaste mis brazos cuando amanecía
y en mi boca un gusto de menta y canela.
« Serrana, para un vestío
yo te quiero regalá ».
Yo te dije: « Estás cumplío,
no me tienes que dar na ».
Subiste ar caballo,
te fuiste de mí
y nunca una noche
más bella de mayo
he vuelto a viví.
Depuis la chambre on voyait poindre le jour
La première heure a sonné à la tour de la Vela
À l’aube, tu as quitté mes bras
Et laissé dans ma bouche un goût de menthe et de cannelle.
— Gitane, je vais te donner
De quoi t’acheter une robe.
Je t’ai dit : — Tu es quitte,
Tu n’as rien à me donner.
Tu es remonté en selle
Et tu t’en es allé.
Et depuis,
Je n’ai jamais connu
Plus belle nuit de mai.
Rafael de León (1908-1982). Ojos verdes (1937).
.Rafael de León (1908-1982). Les yeux verts, trad. par L. & L. de Ojos verdes (1937).
*Pour un gitan, manière de désigner un Andalou (non gitan).
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Prece (1990)
Obsessão (« Obsession », 1990), l’album duquel est extrait Prece (« Prière »), est le dernier ensemble d’enregistrements réalisés en studio par Amália, si l’on excepte les deux duos avec Roberto Murolo (Dicitencello vuje et Anema e core) gravés en 1994 en Italie, avec une voix très dégradée.
Prece, sur un poème de Pedro Homem de Mello, l’un des poètes les plus chantés par Amália, résonne comme un adieu au compositeur Alain Oulman (décédé à Paris en mars de cette même année 1990), au terme d’un compagnonnage fécond qui aura duré plus de trente ans. Sur l’album Obsessão (et sur Prece en particulier), voici un sensible commentaire de Rui Vieira Nery, musicologue et grand connaisseur du Fado, fils du guitariste Raul Nery :
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Enfin voici « Obsessão » (1990), espèce de cri final profondément triste, marqué par une atmosphère presque de deuil annoncé, mais où la marque unique d’Amália, au-delà de toutes les limitations de la voix, reste bien présente dans la tendresse dont elle enveloppe les mots, dans la manière de lancer et de soutenir la courbe des phrases, dans le jeu savant des rubatos et des silences, en particulier […] dans un ultime et extraordinaire legs du partenariat entre Pedro Homem de Mello et Alain Oulman, « Prece » [« Prière »]. Il s’agit d’un chant de solitude […], fait d’amour et de souffrance, qu’entendront ceux qui savent aimer Amália, dans un registre d’intimité et de tendresses partagées.
Rui Vieira Nery. Pensar Amália, Lisboa, Tugaland, 2009, ISBN 978-989-8179-38-8, p. 81-82 (non traduit). Traduction L. & L.
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Amália Rodrigues (1920-1999) • Prece. Pedro Homem de Mello, poème ; Alain Oulman, musique.
Amália Rodrigues, chant ; Carlos Gonçalves & Fontes Rocha, guitare portugaise ; Jorge Fernando, guitare ; Joel Pina, basse acoustique.
Extrait de l’album Obsessão / Amália Rodrigues . Enregistrement : Paço de Arcos (Portugal), studios Valentim de Carvalho. Portugal, ℗ 1990.
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Talvez que eu morra na praia,
Cercado, em pérfido banho,
Por toda a espuma da praia,
Como um pastor que desmaia
No meio do seu rebanho…
Je mourrai peut-être sur une plage,
Cerné par l’écume de la mer
Et trahi par ses eaux
M’effaçant comme un berger
Au cœur de son troupeau.
Talvez que eu morra na rua
– Ínvia por mim de repente –
Em noite fria, sem Lua,
Irmão das pedras da rua
Pisadas por toda a gente!
Je mourrai peut-être dans la rue,
– L’obstruant par ma chute –,
Par une nuit froide et sans lune,
Semblable aux pavés de la rue
Que foulent les passants.
Talvez que eu morra entre grades,
No meio duma prisão
E que o mundo, além das grades,
Venha esquecer as saudades
Que roem o meu coração.
Je mourrai peut-être sous les verrous,
Au fond d’une prison,
Sans qu’au-delà des verrous,
Nul n’ai souci de la détresse
Qui me ronge le cœur.
*[Talvez que eu morra dum tiro,
Castigo de algum desejo.
E que, à mercê desse tiro,
O meu último suspiro
Seja o meu primeiro beijo…]
*[Je mourrai peut-être d’une balle,
En châtiment d’un désir.
Et qu’à la faveur de cette balle
Mon premier baiser
Soit mon dernier soupir.]
Talvez que eu morra no leito,
Onde a morte é natural,
As mãos em cruz sobre o peito…
Das mãos de Deus tudo aceito.
– Mas que eu morra em Portugal!
Je mourrai peut-être dans mon lit,
D’une mort naturelle,
Mains en croix sur le cœur…
Des mains de Dieu j’accepte toute mort,
Pourvu qu’elle me frappe au Portugal ! Pedro Homem de Mello (1904-1984). Prece, extrait de Adeus (1951).
* Non chanté.Pedro Homem de Mello (1904-1984). Prière, traduit de Prece, extrait de Adeus (1951) par L. & L.
* Non chanté.
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La chanson du dimanche [24]
Kristábo langoustine, l’écrevisse me fait mal au visage
Je faisais du jogging et j’ai trébuché sur une branche
j’avais besoin de ça
des bombes à travers le pré, un coureur brisé
Martin Mihalčín. Langoš (2022). Trad. Google.
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La chanson de ce dimanche est slovaque et contemporaine. Elle célèbre une variété locale de pain, une sorte de galette cuite dans l’huile, issue de la tradition hongroise, et qui se nomme : langoš (en hongrois : lángos, vous voilà renseignés).
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Heľenine Oči • Langoš. Martin Mihalčín, paroles & musique.
Heľenine Oči, ensemble vocal & instrumental.
Extrait de l’album Cirkus 22 / Heľenine Oči. Slovaquie, ℗ 2022.
Vidéo : Martin Mihalčín, réalisation ; Pavol Balčák & Martin Mihalčín, production. Slovaquie, 2022.
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Le groupe Heľenine Oči (« Les yeux d’Hélène ») est originaire de Prešov, ville de l’Est de la Slovaquie, à peu près équidistante des frontières polonaise et hongroise, assez proche en outre de l’Ukraine.
Il y a beaucoup de mots en « ar » dans cette langue slovaque : tvár, poľštinár, konár (qui n’a pas du tout le même sens qu’en français). Voici les paroles de Langoš, traduites par Google — dont la langue slovaque n’est pas la spécialité, je crois :
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Et la langoustine Kristábo, la dorade me fait mal au visage
Je faisais du jogging et j’ai trébuché sur une branche
Il manquait si peu
et un œil en « perdoľa » dirait un PolonaisKristábo langoustine, c’est ce que j’ai dit
Un délicieux produit semi-fini a sauté de ses mains
Tout était fini,
J’ai jeté les langos au loin comme une lanceOuah et mon visage est couvert de cancer
Ouah et chemin circulaireQue va-t-il se passer maintenant que mes visages sont terminés ?
Qu’est-ce que je vais faire, j’ai frotté les visages sur les cendres
Ça va être hé, des branches coincées dans la joue (greffées)
Que va-t-il se passer maintenant, donne-moi de bons conseils
Qu’est-ce que je vais faire, un gâchis sur le terrain
La langoustine est couchée face contre terreKristábo langoustine, l’écrevisse me fait mal au visage
Je faisais du jogging et j’ai trébuché sur une branche
j’avais besoin de ça
des bombes à travers le pré, un coureur briséKristábo langoustine, c’est ce que j’ai dit
Quand j’ai embrassé les cendres en guise de punition
C’est arrivé soudainement
Avec ce visage, Voštinár ne me reconnaîtra pas incognitoOuah cuisinier déchu
Ouah concasseur capillaireQue va-t-il se passer maintenant que mes visages sont terminés ?
Qu’est-ce que je vais faire, j’ai frotté les visages sur les cendres
Ça va être hé, des branches coincées dans la joue
Que va-t-il se passer maintenant, donne-moi de bons conseils
Qu’est-ce que je vais faire, un « voleur » sur le terrain
Tatarkov vers le bas de la langoustine se trouve sur le sol
Martin Mihalčín. Lángos, traduit automatiquement par Google de : Langoš (2022).
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Et les paroles originales slovaques :
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A kristábo langoš, kref mi dere tvár
Friško som behal a potkol o konár
Tak málo chýbalo
a očko v « pierdoľi » povedal by poľštinárKristábo langoš, tak som povedal
Z rúk vyskočil lahodný polotovar
Všetko sa dodrbalo,
langošom do diaľky hodil som jak oštepárAjajajaj a kref mi dere tvár
Ajajajaj a chodník cirkulárČo bude teraz, keď tváre mám dogabané
Čo budem robiť, zdrel som tváre na škváre
To bude hej, v ľici vrazené konáre (zaštepil)
Čo bude teraz ,dobrú radu dajte mi
Čo budem robiť, rozbrižďžindeľ na zemi
Tatarkou nadol langoš leží na zemiKristábo langoš, kref mi dere tvár
Friško som behal a potkol o konár
Toto mi trebalo,
bomby po lúke, zdretý pretekárKristábo langoš, tak som povedal
Keď pobozkal som škváru ako taký kar
To náhle sa stalo,
s tým ksichtom nespozná ma v inkognite VoštinárAjajajaj spadnutý kulinár
Ajajajaj drtič kapilárČo bude teraz, keď tváre mám dogabané
Čo budem robiť, zdrel som tváre na škváre
To bude hej, v ľici vrazené konáre
Čo bude teraz, dobrú radu dajte mi
Čo budem robiť, « rozbrižďžindel » na zemi
Tatarkov nadol langoš leží na zemi
Martin Mihalčín. Langoš (2022).
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Françoise Hardy • Dix heures en été
Peut-on mourir de recevoir un orage tout entier lorsqu’on le désire ?
Marguerite Duras (1914-1996). Dix heures et demie du soir en été (1960). Gallimard, impr. 2008, ISBN 978-2-07-022099-1, page 57.
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Françoise Hardy (née en 1944) • Dix heures en été. Françoise Hardy, paroles ; Rodolphe Burger, musique.
Françoise Hardy, chant ; Rodolphe Burger, guitare ; Vincent Pierins, basse ; Pascal Benoit, batterie ; Rodolphe Burger, arrangement & production.
Extrait de l’album Le danger / Françoise Hardy. Enregistrement : Bruxelles (Belgique), studio ICP, 1995. France, ℗ 1996.
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Comment décrire le jardin dévasté, dix heures du soir en été…
À quoi bon vous dire le chaleur lourde d’avant la foudre ?
La vie qui part, la terre qui s’ouvre, le feu aux poudres…
Dans leurs regards, entre leurs mains, la fin de l’histoire.À tout jamais, la beauté niée, détournée ;
L’orage éclaté, la pluie qui tombe dans un fracas de fin du monde.
On aimerait rire des faux soupirs. Au moins lui dire…
Le vain miroir qu’elle tend, les fards. Le vent qu’elle vend.Comment décrire tout le carnage d’après l’orage ?
Dix heures en été, la nuit qui tombe dans un néant de fin du monde.
Il devrait fuir les faux sourires, se dessaisir
Du vain miroir qu’elle tend, des fards, du vent qu’elle vend.
Françoise Hardy (née en 1944). Dix heures en été (1996)
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Carlos Ramos • Maria da Graça
Carlos Ramos (1907-1969) • Maria da Graça. Artur Ribeiro, paroles & musique.
Carlos Ramos, chant ; Raul Nery, guitare portugaise ; Santos Moreira, guitare.
Portugal, ℗ 1958.
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Maria da graça infinda
Era a mais linda das raparigas
Deixava sempre, ao passar
Frescas no ar, lindas cantigas
Marie à la grâce infinie
Était la plus belle des filles ;
L’air résonnait dans son sillage
De chansons fraîches et jolies.
Mas uma tarde abalou
E regressou já noite morta
Desde então, que sina a sua
Dizem na rua de porta em porta
Un certain soir elle est sortie
Et n’est rentrée qu’en pleine nuit.
Dans tout le quartier depuis lors,
On s’apitoie sur son sort.
Já foi Maria da graça
Já teve graça ao passar
E agora quando ela passa
Nem graça tem no andar
Entrou com ela a desgraça
No dia em que ele a deixou
Já foi Maria da graça
Mas só Maria ficou
Elle était Marie de la grâce,
Au pas plein de charme et léger.
Aujourd’hui quand elle passe
Sa démarche a perdu tout attrait.
Le malheur est rentrée avec elle
Cette nuit où il l’a quittée.
Elle était Marie de la grâce
Aujourd’hui elle n’est plus que Marie.
Tem um filhinho pequeno
Muito moreno, que atira ao pai
E adoça um pouco o desgosto
Beijando o rosto de sua mãe
Elle a un fils, un petit garçon,
Très brun, qui ressemble à son père.
Il apaise un peu, par ses baisers,
Le poignant chagrin de sa mère.
Conserva o seu ar infindo
E um fogo lindo nos olhos belos
Mas o sol, quando ela passa
Já não esvoaça nos seus cabelos
Elle a toujours son air d’éternité,
Un feu ardent dans ses beaux yeux,
Mais le soleil, quand elle passe,
Ne joue plus dans ses cheveux.
Artur Ribeiro (1924-1982). Maria da graça (1953).
.Artur Ribeiro (1924-1982). Marie de la grâce, trad. par L. & L. de Maria da graça (1953).
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Carlos Ramos (1907-1969), joueur de guitare portugaise et chanteur à la voix suave et légèrement voilée, très maîtrisée, au chant d’une élégance impeccable, s’est surtout illustré dans le fado canção (« fado chanson », comportant un refrain et associant de manière fixe un texte donné à une musique spécialement composée pour lui, contrairement au fado castiço, sans refrain et dont le principe même réside dans l’association libre d’une musique issue d’un catalogue assez limité à tout texte à la métrique adaptée). Certains de ses enregistrements ont connu un très grand succès et on les retrouve aujourd’hui régulièrement dans les compilations de fado (Não venhas tarde, Eu já não sei, Vielas de Alfama, Sempre que Lisboa canta et d’autres).
Maria da graça (1957 ou 1958) est une chanson « réaliste » comme on dirait s’agissant d’une chanson française, dont le texte évoque la tragédie d’une jeune femme abandonnée par son amant après qu’il lui ait fait un enfant. La mélodie (d’Artur Ribeiro, auteur-compositeur-interprète originaire de Porto) a beaucoup de charme, je trouve — notamment dans le refrain.
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Quando
Pour l’Italie. Et pour nous aussi.
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Musica Nuda • Quando. Luigi Tenco, paroles & musique.
Musica Nuda (Petra Magoni, chant ; Ferruccio Spinetti, contrebasse).
Extrait de l’album Live à Fip / Musica Nuda. Enregistré en direct et en public à Paris, studio 105 de Radio France, Maison de la Radio, le 1er février 2007. France, ℗ 2007.
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Quando
Il mio amore tornerà da me
Nel cielo
Una stella spenderà
Lorsque
Mon amour me reviendra,
Dans le ciel
Une étoile brillera.
S’è spenta da quando
Il mio sogno è svanito
Da quando il mio amor fuggì da me
Elle s’est éteinte lorsque
Mon rêve s’est évanoui,
Quand mon amour s’en est allé.
Quando
Il mio amore tornerà da me
Nel mare
Una perla nascerà
Lorsque
Mon amour me reviendra,
Dans la mer
Une perle naîtra
Son tutte le lacrime
Che ha pianto la stella
Nel veder solo e triste il mio cuor
Faite de toutes les larmes
Que l’étoile a pleurées
En voyant mon cœur seul et triste.
Quando
Il mio amore tornerà da me
Nell’aria
Un violino suonerà
Lorsque
Mon amour me reviendra,
Dans l’air
Un violon jouera
La musica dolce
Scenderà nel mio cuore
Ed il tempo si fermerà
Et la douce musique
Descendra dans mon cœur
Et le temps s’arrêtera.
Solo quando
Il mio amore tornerà da me
Da me
Lorsque
Mon amour me reviendra,
Me reviendra.
Luigi Tenco (1938-1967). Quando (1961).
.Luigi Tenco (1938-1967). Lorsque, trad. par L. & L. de Quando (1961).
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