Vainement
Il comprend qu’il a épié vainement le matin,
l’aube prochaine, guettant des pas. Ils s’éloignent,
suivant ainsi l’écho du nom de l’être aimé.Pentti Holappa (1927-2017). Le train pour le désespoir (fragment). Extrait de : Locataire ici-bas (1983). Titre original du recueil : Vuokralla täällä. Dans : Pentti Holappa, Les mots longs : poèmes 1950-2003, traduit du finnois et présenté par Gabriel Rebourcet, Gallimard, 1997 (Poésie ; 300), ISBN 978-2-07-033891-7, p. 98.
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Philippe Jaroussky & Thibaut Garcia • Les feuilles mortes. Poème de Jacques Prévert ; Joseph Kosma, musique.
Philippe Jaroussky, contre-ténor ; Thibaut Garcia, guitare.
Extrait de l’album : Passion Jaroussky. France, Erato, ℗ 2019 (première publication).
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Amália • Com que voz
Amália Rodrigues (1920-1999) • Com que voz. Poème attribué à Luís de Camões ; Alain Oulman, musique.
Amália Rodrigues, chant ; José Fontes Rocha, guitare portugaise ; Pedro Leal, guitare.
Enregistrement : Paço de Arcos (Portugal), studios Valentim de Carvalho, 7 ou 8 janvier 1969.
Extrait de l’album : Com que voz / Amália. Portugal, Edições Valentim de Carvalho, ℗ 1970 (première publication).
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« Com que voz chorarei meu triste fado ? » (« De quelle voix pleurerai-je mon triste sort ? ») interroge le poète dès le premier vers de ce sonnet du XVIe siècle qui exprime le désarroi d’une passion amoureuse contrariée. Revêtu de l’une des plus belles musiques jamais composées par Alain Oulman, c’est un diamant offert à une Amália palpitante, parvenue à une maîtrise absolue de son art et de sa propre voix lorsqu’elle l’enregistre, lors de ces fameuses sessions des 7 et 8 janvier 1969 qui ont fourni l’essentiel du célèbre et magistral album Com que voz, publié plus d’un an plus tard.
Le texte chanté se fonde sur un sonnet dont l’attribution à Luís de Camões (1524?-1580) reste incertaine. Quelques transformations non négligeables y ont été pratiquées : dans le premier quatrain, prisão (« prison ») est remplacé par paixão (« passion ») ; en outre le premier tercet qui situe physiquement le poème dans une prison, cela dans un style assez réaliste, a été supprimé dans son entier. Voilà qui modifie la portée du sonnet original et qui rend le texte chanté d’autant plus élégiaque.
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Com que voz chorarei meu triste fado,
que em tão dura paixão* me sepultou,
que mor não seja a dor que me deixou
o tempo, de meu bem desenganado?De quelle voix pleurerai-je mon triste sort,
Qui en si dure passion* m’a enseveli —
Car plus grande ne saurait être la douleur
Que m’a laissée le temps —, désabusé de mon amour ?Mas chorar não se estima neste estado,
aonde suspirar nunca aproveitou;
triste quero viver, pois se mudou
em tristeza a alegria do passado.Mais les pleurs sont sans effet sur cet état,
Que jamais les soupirs n’ont su guérir;
Triste je veux vivre, car la joie d’autrefois
S’est changée en tristesse.[Non chanté :
Assi a vida passo descontente,
ao som — nesta prisão — do grilhão duro
que lastima o pé que o sofre e sente!][Non chanté :
Ainsi se passe ma vie sans contentement,
Au son, dans cette prison, des fers cruels
Qui blessent le pied qu’ils enserrent et qui les endure !]De tanto mal, a causa é amor puro,
devido a quem de mi tenho ausente
por quem a vida, e bens dela, aventuro.D’un mal si grand la cause est pur amour
Envers qui me prive de sa présence,
Pour qui je compromets ma vie, et ses plaisirs.Luís Vaz de Camões (1524?-1580) ?. Com que voz chorarei meu triste fado (15??).
* « prisão » dans le poème original.
–Luís Vaz de Camões (1524?-1580) ?. De quelle voix pleurerai-je mon triste sort, traduit de Com que voz chorarei meu triste fado (15??) par L. & L.
* « prison » dans le poème original.
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Com que voz, comme certains autres morceaux de l’album éponyme, était en chantier depuis au moins 1966, puisque on en connait une version enregistrée cette année-là avec l’Ensemble de guitares de Raul Nery (2 guitares portugaises ; 1 guitare ; 1 basse acoustique) qui accompagnait la chanteuse à cette époque. L’ambiance musicale de cette interprétation précoce, restée inédite jusqu’en 2010, n’a rien à voir avec celle de 1969, soutenue quant à elle par une seule guitare portugaise (de Coimbra et non de Lisbonne) et une guitare. José Fontes Rocha, qui tenait la guitare portugaise dans l’enregistrement de 1969, en était aussi l’arrangeur et même, selon la terminologie actuelle, le directeur artistique. Lors d’une interview donnée à Nicholas Oulman, le fils d’Alain, il a commenté la mise en place de Com que voz :
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No ‘Com que voz’ peguei numa guitarra do formato de Coimbra e afinei um tom mais baixo (…) fui buscar una cor de voz à Amália que ela nunca tinha usado. A guitarra (…) pedia uns graves e uns médios bonitos como ela faz.
José Fontes Rocha, répondant à une interview de Nicholas Oulman [fils d’Alain Oulman], cité dans le livret d’accompagnement de l’album Com que voz [nouvelle éd. 2019], Ed. Valentim de Carvalho, 2019.
Pour « Com que voz » j’ai choisi une guitare du type de celles de Coimbra, que j’ai accordée un ton plus bas […] ; je suis allé chercher dans la voix d’Amália une couleur qu’elle n’avait jamais employée jusque là. Cette guitare […] réclamait d’elle ces beaux graves et ces médiums qu’elle sait produire.
José Fontes Rocha, répondant à une interview de Nicholas Oulman [fils d’Alain Oulman], cité dans le livret d’accompagnement de l’album Com que voz [nouvelle éd. 2019], Ed. Valentim de Carvalho, 2019. Traduction L. & L.
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Il n’y a pas que l’ambiance musicale qui différencie les deux versions. La ligne mélodique a été retouchée entre temps : celle de 1966 est très belle, mais celle de 1969 épouse le texte du poème d’une manière beaucoup plus fluide — à part le dernier vers, dans lequel les deux versions imposent une césure intempestive en plein milieu d’un groupe de mots qui forme un tout sémantique (« e bens | dela »), comme si on coupait « et ses | plaisirs ».
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Amália Rodrigues (1920-1999) • Com que voz. Poème attribué à Luís de Camões ; Alain Oulman, musique.
Amália Rodrigues, chant ; Raul Nery & José Fontes Rocha, guitare portugaise ; Castro Mota, guitare ;Joel Pina, basse acoustique.
Enregistrement : Paço de Arcos (Portugal), studios Valentim de Carvalho, 1966.
Première publication dans l’album : Com que voz [nouvelle éd. 2010] / Amália. Portugal, Edições Valentim de Carvalho, ℗ 2010.
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Le mot fado signifie « sort » mais désigne en outre le fado en tant que genre musical. « Com que voz chorarei meu triste fado ? » : cette interrogation essentielle n’est-elle pas alors celle de tout fadiste qui s’apprête à chanter ? Amália Rodrigues considérait « le fado » à la manière d’une grâce, d’une pentecôte ad hoc, d’une effusion d’un Esprit spécifique, favorisant — ou non — celui ou celle qui va le célébrer. Elle l’a souvent dit au fil de ses interviews, par exemple ici, dans son autobiographie :
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Mas o que interessa é sentir o fado. Porque o fado não se canta, acontece. É um acontecimento. E isto é que me faz medo, porque nunca sei o que vai acontecer. O fado sente-se, não se compreende, nem se explica.
Amália Rodrigues, dans : Vítor Pavão dos Santos, Amália, uma biografia, 2a ed., Ed. Presença, 2005, ISBN 972-23-3468-9, p. 61.
Mais l’intéressant, c’est de sentir le fado. Parce que le fado, on ne le chante pas. Le fado vous vient. Il advient en vous. Et c’est ça qui m’effraie, parce qu’on ne sait jamais ce qui va venir. Le fado est quelque chose qu’on sent, sans le comprendre, et qu’on ne peut pas expliquer.
Amália Rodrigues, dans : Vítor Pavão dos Santos, Amália, uma biografia, 2a ed., Ed. Presença, 2005, ISBN 972-23-3468-9, p. 61. Non traduit (traduction L. & L.).
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Parfois en effet, on n’est pas dans cette sensibilité aigüe au fado, dans cette disposition particulière seule à même d’en invoquer l’Esprit. Lequel alors, par voie de conséquence, ne saurait se manifester.
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Mariza (née en 1973) • Com que voz. Poème attribué à Luís de Camões ; Alain Oulman, musique.
Mariza, chant ; Bernardo Couto, guitare portugaise ; Lula Galvão, violon ; Jaques Morelenbaum, violoncelle ; Jorge Helder, contrebasse ; Cristóvão Bastos, piano ; Rafael Barata, batterie ; Jaques Morelenbaum, arrangements & direction..
Enregistrement : Rio de Janeiro (Brésil), studio Nas Nuvens et Visom, entre décembre 2019 et février 2020.
Première publication dans l’album : Mariza canta Amália. Portugal, Warner Music Portugal, ℗ 2020.
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Amália • Cravos de papel
Cette très courte chanson, au rythme rapide évoquant le Brésil, est l’une des douze qui forment le programme de Com que voz (1970), l’album culte, la merveille des merveilles dans la riche discographie d’Amália. Cravos de papel (« Œillets de papier ») y fait figure d’intermède rafraîchissant entre l’inquiet Com que voz — qui donne son titre à l’album — et l’oppressant et sombre As mãos que trago.
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Amália Rodrigues (1920-1999) • Cravos de papel. António de Sousa, paroles ; Alain Oulman, musique.
Amália Rodrigues, chant ; José Fontes Rocha, guitare portugaise ; Pedro Leal, guitare.
Enregistrement : Paço de Arcos (Portugal), studios Valentim de Carvalho, novembre ou décembre 1968.
Extrait de l’album : Com que voz / Amália. Portugal, Edições Valentim de Carvalho, ℗ 1970. Première publication dans le disque 45t Formiga bossa nossa. Portugal, Edições Valentim de Carvalho, ℗ 1969.
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Le poème est tiré de Livro de bordo (« Livre de bord », 1950) d’António de Sousa (1898-1981), à propos de qui on lit dans La poésie du Portugal (Chandeigne, 2021) :
Chrétien, antifasciste, il est renvoyé de l’éducation nationale dans les années trente. À la fin des années quarante il s’établit à Lisbonne, puis bientôt à Oeiras. De nombreux poètes se réunissaient aux soirées que Sousa organisait chez lui ; parmi eux, [Vitorino] Nemésio et Natália Correia. Devenu veuf, il vécut oublié et solitaire, avec un vieux chat pour seule compagnie et sa petite-fille pour unique visiteuse. […] Il a traduit entre autres Balzac, Julien Green et Faulkner.
Max de Carvalho, Sousa, António de (1898-1981), dans : Max de Carvalho (dir.), La poésie du Portugal : des origines au XXe siècle, éd. bilingue, Chandeigne, 2021, ISBN 978-2-36732-207-0, p. 1791.
Le « je poétique » de Cravos de papel est clairement un homme hétérosexuel, ce qui a conduit à en retoucher légèrement le texte de manière qu’il puisse être chanté par une femme. Ces modifications, probablement pratiquées par Amália elle-même (du moins était-elle coutumière du fait), peut-être en concertation avec Alain Oulman, ne me paraissent pas très convaincantes, pour une fois. Voici côte à côte le poème original et le texte retouché, tel qu’il est entendu dans l’album Com que voz (les différences apparaissent en gras) :
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Poème original
Texte chanté
Tenho sete namoradas
na Rua de Lá Vem Um.
Sete facas apontadas
ao coração em jejum.
J’ai sept amoureuses
Dans la rue Tiens-V’là-Quelqu’un,
Sept couteaux pointés
Sur mon cœur assoiffé.
Tenho sete namorados
Na rua do Lá Vem Um,
Sete facas apontadas
Ao coração em jejum.
J’ai sept amoureux
Dans la rue Tiens-V’là-Quelqu’un,
Sept couteaux pointés
Sur mon cœur assoiffé.
Meu compadre S. João
das fogueiras, das cantigas!
— Ficarei par ou parnão
no jogo das raparigas?
Mon bon compère Saint Jean
Des feux de joie, des chansons !
— Tirerai-je pair ou impair
À la roulette des filles ?
Meu compadre São João
Das fogueiras, das cantigas!
— Ficarei par ou parnão
Com as outras raparigas?
Mon bon compère Saint Jean
Des feux de joie, des chansons !
— Tirerai-je pair ou impair
Avec les autres filles ?
Não julgue lá que me enjeita,
assim, com duas razões!
(O meu demónio aproveita
as melhores ocasiões… )
Ne croyez pas qu’on me retoque
Pour un oui ou pour un non.
(Mon démon sait profiter
Des meilleures occasions…)
Não julgue lá que me enjeita,
Assim, com duas razões.
(O meu demónio aproveita
As melhores ocasiões…)
Ne croyez pas qu’on me retoque
Pour un oui ou pour un non.
(Mon démon sait profiter
Des meilleures occasions…)
Meninas, vossos amores
lembram-me a água corrente.
Na margem, prados e flores;
ao meio… afoga-se a gente!
Vos amours, mesdemoiselles,
Me font songer aux rivières.
Sur la berge : prairies et fleurs,
Mais au milieu… on se noie !
Meninas, vossos amores
São como água corrente.
Na margem, prados e flores;
Ao meio… afoga-se a gente!
Vos amours, mesdemoiselles,
Sont comme les rivières.
Sur la berge : prairies et fleurs,
Mais au milieu… on se noie !
Amorzinho, lua nova,
rica fruta de pomar!
— Quem será que tira a prova
do vinho do teu lagar?
Amour, amour, nouvelle lune,
Succulent fruit du verger !
À qui feras-tu goûter
Le vin de ton pressoir ?
Amorzinho, lua nova,
Rica fruta do pomar!
Quem será que tira a prova
Do vinho do teu lagar?
Amour, amour, nouvelle lune,
Succulent fruit du verger !
À qui feras-tu goûter
Le vin de ton pressoir ?
António de Sousa (1898-1981). Cravos de papel, extrait de Livro de bordo (1950).
António de Sousa (1898-1981). Œillets de papier, trad. par L. & L. de Cravos de papel, extrait de Livro de bordo (1950).
António de Sousa (1898-1981). Cravos de papel [texte chanté par Amália Rodrigues] (1950, 1966?).
António de Sousa (1898-1981). Œillets de papier, trad. par L. & L. de Cravos de papel [texte chanté par Amália Rodrigues] (1950, 1966?).
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Si l’album Com que voz est à ce point miraculeux, c’est bien sûr en vertu de son contenu poétique et musical (le choix des poèmes et les compositions sont dus à Alain Oulman), mais aussi parce qu’il est le fruit d’une longue maturation, attestée par la publication posthume d’enregistrements restés inédits, souvent largement antérieurs aux versions publiées.
Il existe un enregistrement de Cravos de papel remontant à 1966, effectué alors qu’Amália travaillait avec le Conjunto de guitarras (« Ensemble de guitares ») de Raul Nery, qui excellait dans l’accompagnement des fados traditionnels. Avec cet ensemble de quatre instrumentistes (2 guitares portugaises, 1 guitare, 1 basse acoustique) Amália avait enregistré l’album Fados 67, au son très « fadiste ».
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Amália Rodrigues (1920-1999) • Cravos de papel. António de Sousa, paroles ; Alain Oulman, musique.
Amália Rodrigues, chant ; Raul Nery & José Fontes Rocha, guitare portugaise ; Castro Mota, guitare ; Joel Pina, basse acoustique.
Enregistrement : Paço de Arcos (Portugal), studios Valentim de Carvalho, 1966.
Première publication : album Com que voz [nouvelle éd. 2010] / Amália. Portugal, Edições Valentim de Carvalho, ℗ 2010
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Un second enregistrement de Cravos de papel est resté inédit jusqu’en 2010. L’intéressant est qu’il a été réalisé au cours de la même session que celui retenu pour l’album (novembre ou décembre 1968), ou très peu de temps avant. Le quatuor instrumental d’alors est celui de toute la dernière partie de la carrière d’Amália, jusqu’à la fin, à quelques exceptions près. Raul Nery est remplacé à la première guitare portugaise par José Fontes Rocha (1926-2011), qui imprime sa marque à la formation. Carlos Gonçalves (1938-2020) à la seconde guitare portugaise et l’élégant Joel Pina (1920-2021) à la basse acoustique sont les deux autres piliers de ce quatuor, le poste de guitariste étant plus instable.
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Amália Rodrigues (1920-1999) • Cravos de papel. António de Sousa, paroles ; Alain Oulman, musique.
Amália Rodrigues, chant ; José Fontes Rocha & Carlos Gonçalves, guitare portugaise ; Pedro Leal, guitare ; Joel Pina, basse acoustique.
Enregistrement : Paço de Arcos (Portugal), studios Valentim de Carvalho. 13 novembre 1968.
Première publication : album Com que voz [nouvelle éd. 2010]. Portugal, Edições Valentim de Carvalho, ℗ 2010.
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L’accompagnement y est encore formé de quatre instruments, mais la version finalement retenue est celle avec deux instrumentistes seulement (Fontes Rocha à la guitare portugaise et Pedro Leal à la guitare espagnole). C’est cette formule qui prévaudra lors des sessions des 7 et 8 janvier 1969 au cours desquelles l’essentiel de Com que voz sera enregistré.
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De gauche à droite : Carlos Gonçalves, José Fontes Rocha, Amália Rodrigues, Júlio Gomes (en grande partie caché) et Joel Pina, Grand gala du disque populaire, Congrescentrum (Amsterdam), 7 mars 1969. Photographe inconnu. Nationaal Archief (Pays-Bas), CC0.
Lucília do Carmo • Foi na Travessa da Palha (Fado Britinho)
L’un des emplois les plus connus du Fado Britinho (voir le billet précédent) est sans conteste Foi na Travessa da Palha (« Passage de la Paille »), le grand succès de Lucília do Carmo (la mère de Carlos do Carmo). La « Travessa da Palha » est le nom officieux qu’a gardé dans la tradition populaire lisboète la Rua dos Correeiros, située dans la « Baixa Pombalina » (la partie de la ville basse, située à l’arrière de la Praça do Comercio, reconstruite après le tremblement de terre de 1755 sous la direction du marquis de Pombal).
Les paroles de Foi na Travessa da Palha sont de Gabriel de Oliveira, l’auteur de Há festa na Mouraria, et remontent selon toute vraisemblance aux années 1930. Elles mettent en scène, au sein du milieu fadiste de l’époque, la lutte de deux femmes pour un homme qui se résout par le recours à une joute d’improvisation (« cantar ao desafio », ou cantar « à desgarrada »), parfois pratiquée dans les maisons de fado.
Ce fado a été créé par Maria Alice (1904-1996), sous le titre Cena fadista (« Scène fadiste », où « scène » a aussi le sens de « dispute »). On appréciera la sobriété — voire l’austérité — du style de Lucília do Carmo, aux voyelles traînantes et aux portamenti caractéristiques, bien différent de celui d’Amália.
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Lucília do Carmo (1919-1998) • Foi na Travessa da Palha. Gabriel de Oliveira, paroles ; Joaquim Frederico de Brito, musique (Fado Britinho).
Lucília do Carmo, chant ; Francisco Carvalhinho, guitare portugaise ; Martinho d’Assunção, guitare.
Enregistrement : Lisbonne (Portugal), studios Valentim de Carvalho (Costa do Castelo), juin 1958.
Première publication : Portugal, ℗ 1958.
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Foi na Travessa da Palha
Que o meu amante, um canalha,
Fez sangrar meu coração:
Trazendo ao lado outra amante
Vinha a gingar petulante
Em ar de provocação.
C’est dans le Passage de la Paille
Que mon homme, une canaille,
A fait saigner mon cœur :
Il s’est ramené avec une femme
Et il crânait comme un coq
D’un air provocateur.
Na Taberna do Friagem
Entre muita fadistagem
Enfrentei os seus rancores,
Porque a mulher que trazia
Com certeza não valia
Nem sombra do meu amor.
Dans la taverne « do Friagem* »,
Pleine d’habitués du fado,
J’ai bravé ses aigreurs,
Vu que la femme qu’il traînait,
J’étais sûre qu’elle valait
Même pas l’ombre de mon amour.
A ver quem tinha mais brio
Cantamos ao desafio
Eu e essa outra qualquer.
Deixei-a perder de vista
Mostrando ser mais fadista
Provando ser mais mulher.
On allait voir laquelle des deux,
Moi ou cette moins-que-rien,
Gagnerait au « chant au défi** ».
Je l’ai battue à plate couture,
Montrant que j’étais plus fadiste,
Prouvant que j’étais plus femme.
Foi uma cena vivida
De muitas da minha vida
Que não se esquecem depois.
Só sei que de madrugada
Após a cena acabada
Voltamos para casa os dois.
De tout ce que j’ai vécu,
Cette scène-là n’est pas du genre
De celles qu’on oublie.
En tout cas au petit matin,
Après tout ce tintouin,
On est rentrés ensemble, mon homme et moi.
Gabriel de Oliveira (1891-1953). Foi na Travessa da Palha (années 1930 ?). Premier titre : Cena fadista.
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.Gabriel de Oliveira (1891-1953). Passage de la Paille, trad. par L. & L. de Foi na Travessa da Palha (années 1930 ?). Premier titre : Cena fadista (« Dispute fadiste »).
* Littéralement : « Taverne de la froidure ». Il s’agit d’un établissement réel, qui existe toujours à son emplacement d’origine (rua dos Correeiros), je crois.
** « Cantar ao desafio » ou « à desgarrada » : il s’agit d’une joute d’improvisation entre deux chanteurs.
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Amália • Vou dar de beber à dor (Mariquinhas)

Amália Rodrigues (1920-1999). Vou dar de beber à dor (Mariquinhas) ; Fadinho serrano ; Meia-noite e uma guitarra ; Disse-te adeus e morri. Disque 45 t. Portugal, Columbia, 1968. Couverture.
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Ce mardi matin, j’ai été pris de l’envie de mettre sur le tourne-disque le 45 tours de Vou dar de beber à dor d’Amália, moi qui n’écoute jamais cette chanson. J’étais bien sûr d’avoir ce disque et en effet je l’ai trouvé (c’est une édition portugaise, avec une photo d’Amália en plan rapproché, fumant une cigarette ; le titre y est transcrit : Vou dar de beber à dor (Mariquinhas) et dans la pochette en carton, le disque est protégé par une gaine en cellophane). Alors je l’ai mis, non sans avoir réglé l’appareil sur la bonne vitesse et placé au centre du plateau le bolomic spécial pour les 45 tours qui ont un trou central large (« bolomic » est un mot breton autrefois utilisé chez moi pour « truc » — « petit truc » en vérité, le suffixe -ic, ou -ig, étant un diminutif).
C’est drôle, la voix d’Amália n’était pas tout à fait la même, elle semblait plus vraie et c’est comme si Amália était vivante. Idem pour les guitares, comme vivantes elles aussi. J’ai écouté tout le disque qui craque un peu. Les titres des trois autres morceaux (il y en a deux par face) sont écrits en caractères plus petits sur la couverture : Fadinho serrano (« Petit fado de la montagne »), Meia-noite e uma guitarra (« Minuit et une guitare ») — deux chansons très enlevées — et le tragique et adorable Disse-te adeus e morri (« Je t’ai dit adieu et je suis morte »).
Vou dar de beber à dor (« Je vais donner à boire à ma douleur ») est une chanson d’Alberto Janes (1911-1971), un pharmacien de province qui, un jour de 1950, avait fait le voyage jusqu’à Lisbonne pour présenter à Amália une petite chose qu’il avait écrite pour elle : Foi Deus, devenu dès sa création l’un des plus grands succès de la chanteuse. Alberto Janes écrit tout, paroles et musique, et c’est un champion de la rime acrobatique. Dans Vou dar de beber à dor il se contente d’accumuler les rimes en -inhas à intervalles réguliers (aux vers 2, 5, 8 et 10 de chaque strophe), ce qui ne va pas sans surprises et mène tout naturellement à quelques ginginhas comme moyen le mieux à même de noyer la douleur (la ginginha est une liqueur de griotte — cerise acide — qui titre aux alentours de 20 degrés, je n’en ai jamais bu).
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Amália Rodrigues (1920-1999) • Vou dar de beber à dor. Alberto Janes, paroles & musique.
Amália Rodrigues, chant ; Raul Nery & José Fontes Rocha, guitare portugaise ; Júlio Gomes, guitare ; Joel Pina, basse acoustique.
Enregistrement : Paço de Arcos (Portugal), studios Valentim de Carvalho, 1968.
Première publication : Portugal, ℗ 1968.
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Foi no domingo passado que passei
À casa onde vivia a Mariquinhas
Mas está tudo tão mudado
Que não vi em nenhum lado
As tais janelas que tinham tabuinhas
Do rés-do-chão ao telhado
Não vi nada, nada, nada
Que pudesse recordar-me a Mariquinhas
E há um vidro pregado e azulado
Onde havia as tabuinhas
C’est dimanche dernier je suis passé
À cette maison où habitait Mariquinhas
Mais tout avait tellement changé
Que je n’ai même pas retrouvé
Les fameuses fenêtres à persiennes.
Du rez-de-chaussée jusqu’au toit
Je n’ai rien vu, mais rien de rien,
Qui puisse me rappeler Mariquinhas
Et il y a du verre clouté à reflets bleus
À la place des persiennes.
Entrei e onde era a sala agora está
À secretária um sujeito que é lingrinhas
Mas não vi colchas com barra
Nem viola, nem guitarra
Nem espreitadelas furtivas das vizinhas
O tempo cravou a garra
Na alma daquela casa
Onde as vezes petiscávamos sardinhas
Quando em noites de guitarra e de farra
Estava alegre a Mariquinhas
Je suis entré ; dans ce qui était la salle
Y avait un type malingre à un bureau,
Mais ni jetés de lit, ni guitares
(espagnoles ou portugaises),
Ni les coups d’œil furtifs des voisines.
Le temps a planté sa griffe
Dans l’âme de cette maison
Où parfois on chipotait des sardines,
Ces grands soirs de fête et de guitares,
Pris par l’entrain de Mariquinhas.
As janelas tão garridas que ficavam
Com cortinados de chita às pintinhas
Perderam de todo a graça
Porque é hoje uma vidraça
Com cercadura de lata às voltinhas
E lá pra dentro quem passa
Hoje é pra ir aos penhores
Entregar ao usurário umas coisinhas
Pois chega a esta desgraça toda a graça
Da casa da Mariquinhas
Ces fenêtres si gaies où pendaient
Des rideaux d’indienne à pois
Ont perdu toute leur grâce,
Remplacées par de grandes vitres
Avec du métal tout autour.
Aujourd’hui quand on vient là
C’est pour mettre au clou
Deux trois babioles pour quelques sous.
Voilà à quelle disgrâce est réduite la grâce
De la maison de Mariquinhas !
Pra terem feito da casa o que fizeram
Melhor fora que a mandassem pras alminhas
Pois ser casa de penhores
O que foi viveiro d’amores
É ideia que não cabe cá nas minhas
Recordações do calor
E das saudades o gosto
Que eu vou procurar esquecer
Numas ginjinhas
Pour avoir fait de cette maison ce qu’ils en ont fait
Il aurait mieux valu qu’ils l’envoient au diable !
Avoir installé un mont-de-piété
Dans ce qui était un nid d’amours,
Voilà qui heurte les souvenirs
Que j’ai gardés de la chaleur
Et le goût d’autrefois
Que je vais essayer d’oublier
Dans quelques « ginginhas ».
Pois dar de beber à dor é o melhor
Já dizia a Mariquinhas
Pois dar de beber à dor é o melhor
Já dizia a Mariquinhas
Parce que « quand t’as mal, donne à boire à ton mal »,
Comme disait Mariquinhas.
Parce que « quand t’as mal, donne à boire à ton mal »,
Comme disait Mariquinhas.
Alberto Janes (1911-1971). Vou dar de beber à dor (1968).
.Alberto Janes (1911-1971). Donne à boire à ton mal, trad. par L. & L. de Vou dar de beber à dor (1968).
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La « maison » de la chanson était un bordel dont « Mariquinhas » (une forme affective de « Maria ») était la patronne. L’une et l’autre sont nées, probablement au cours des années 1950, sous la plume de João Silva Tavares (1893-1964), auteur du fado A casa da Mariquinhas interprété par Alfredo Marceneiro.
Ce premier texte fixe les caractéristiques de la fameuse maison : les « colchas com barra » (jetés de lit à bordures), les guitares, les lampes à pétrole, les persiennes aux fenêtres installées pour se protéger des instincts inquisiteurs des voisines indiscrètes (… mesquinhas / Passam defronte as vizinhas / Pra ver o que lá se passa / Mas ela tem por pirraça / Janelas com tabuinhas : « … mesquines, / Les voisines passent devant [la maison] / Pour voir ce qui s’y passe / Mais elle, par malice, / A mis des persiennes aux fenêtres »).
Ces voisines qui ont fini par avoir la peau de Mariquinhas et de sa maison, selon plusieurs autres fados qui, au fil du temps, ont fait suite à ce premier. Vou dar de beber à dor s’inscrit donc dans une sorte de « cycle de Mariquinhas », continué après Amália par Hermínia Silva et, plus récemment et avec beaucoup d’à-propos, par Gisela João à deux reprises. Dans son plus récent avatar (Hostel da Mariquinhas, 2023), la fameuse maison a été restaurée et aménagée en hôtel tout confort pour touristes étrangers en quête « d’authenticité » lisboète. Le texte assez féroce fustige la transformation des quartiers centraux de Lisbonne au profit du tourisme et au détriment de leurs habitants historiques.
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Gisela João • Hostel da Mariquinhas. Capicua, paroles, d’après Alberto Janes ; Alberto Janes, musique.
Gisela João, chant ; Bernardo Romão, guitare portugaise ; Nelson Aleixo, guitare ; Francisco Gaspar, basse acoustique ; Michael League, guitare, téléphone portable et voix de touriste Justin Stanton, voix de touriste.
Première publication : Portugal, ℗ 2023.
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Μάνος Χατζιδάκις (Mános Hadjidákis) • La prière de l’acrobate
La splendide Prière de l’acrobate est une autre pièce du recueil Reflets de Mános Hadjidákis (voir le billet précédent). Comme pour Péribanou, sa composition remonte au séjour effectué par le compositeur aux États-Unis de 1966 à 1972 et sa première version, Bitter way, est issue d’une collaboration avec le groupe New York Rock & Roll Ensemble.
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New York Rock & Roll Ensemble • Bitter way. Brian Corrigan, paroles ; Μάνος Χατζιδάκις [Mános Chatzidákis] (Mános Hadjidákis), musique.
The New York Rock & Roll Ensemble, ensemble instrumental et vocal (Clifton Nivison, guitare ; Brian Corrigan, guitare rythmique, chant ; Dorian Rudnytsky, guitare basse, violoncelle ; Michael Kamen, claviers, hautbois ; Martin Fulterman, batterie, hautbois) ; Μάνος Χατζιδάκις [Mános Chatzidákis] (Mános Hadjidákis) & New York Rock & Roll Ensemble, arrangements ; Μάνος Χατζιδάκις [Mános Chatzidákis] (Mános Hadjidákis), orchestration.
Enregistrement : New York City (États-Unis), Atlantic Recording Studios, 1970.
Extrait de l’album Reflections / The New York Rock & Roll Ensemble. États-Unis, Atco, ℗ 1970.
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Walk me to a window
and I’ll show you what I hear
Hold me in thimble
and you’ll hold me very near
Emmène-moi à une fenêtre
Et je te montrerai ce que j’entends.
Tiens-moi dans un dé à coudre
Et tu me tiendras au plus près.
I’ve been up and down
experience is something that you can buy
‘Cause the arms that held you yesterday
were telling you a lie
J’ai fait de tout :
L’expérience est une chose qui s’achète,
Car les bras qui te tenaient hier
Te disaient un mensonge.
Maybe I’m a dancer but I wish I could stop for you, dear
Je suis un danseur, peut-être, mais j’aimerais pouvoir ne plus l’être pour toi, mon amour.
Darling, I’m a dancer, and I think I should
dance for you, now.
Mon amour, je suis un danseur et je crois que je devrais danser pour toi maintenant.
Brian Corrigan. Bitter way (1970).
.Brian Corrigan. Amertume, trad. par L. & L. de Bitter way (1970).
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Hadjidákis avait sollicité son ami Níkos Gátsos en 1983 pour Péribanou, le premier morceau de Reflections adapté en grec. Il s’adresse à nouveau à lui en 1989 pour le reste du recueil, mais Gátsos, déjà malade (il meurt en 1992), a du mal à se mettre au travail. C’est sa compagne, Αγαθή Δημητρούκα [Agathí Dīmītroúka], écrivaine elle aussi, qui provoque la mise en route de la machine en se chargeant elle-même de Bitter way, transformé sous sa plume en Η προσευχή του ακροβάτη [Ī proseuchí tou akrovátī] (I prosevchí tou akrovátī), « La prière de l’acrobate ». En voici le premier enregistrement, par Alíkī Kagialóglou (Αλίκη Καγιαλόγλου), dans l’album Αντικατοπτρισμοί [Antikatoptrismoí] (« Reflets », 1993).
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Αλίκη Καγιαλόγλου [Alíkī Kagialóglou] (Alíki Kayalóglou) • Η προσευχή του ακροβάτη [Ī proseuchí tou akrovátī] (I prosevchí tou akrovátī). Poème de Αγαθή Δημητρούκα [Agathí Dīmītroúka] ; Μάνος Χατζιδάκις [Mános Chatzidákis] (Mános Hadjidákis), musique.
Αλίκη Καγιαλόγλου [Alíkī Kagialóglou] (Alíki Kayalóglou), chant ; Μάνος Χατζιδάκις [Mános Chatzidákis] (Mános Hadjidákis), arrangements, orchestration, direction d’orchestre.
Enregistrement : Grèce, Studio Sierra.
Extrait de l’album Αντικατοπτρισμοί [Antikatoptrismoí] / Μάνος Χατζιδάκις [Mános Chatzidákis] (Mános Hadjidákis), Νίκος Γκάτσος [Níkos Gkátsos] (Níkos Gátsos), Αλίκη Καγιαλόγλου [Alíkī Kagialóglou] (Alíki Kayalóglou). Grèce, Sirius, ℗ 1993.
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Κύριε, είναι ώρα
να βοηθήσεις μια ψυχή
δρόμο να’ βρει τώρα
η ζωή μου η ρηχή.
Seigneur, il est temps
Pour toi d’aider une âme ;
Fais que ma vie futile trouve
À présent son chemin.
Δεν μπορώ να ζω αντίθετα
με Σένα, κι όπου σταθώ
μ’ άγνωστους ρυθμούς κι επίθετα
βοήθεια Σου ζητώ.
Je ne peux vivre en discorde
Avec Toi, et lorsque je me trouve
Parmi des rythmes et des noms inconnus,
J’implore Ton aide.
Είμαι ακροβάτης
και γυρεύω δικό μου Θεό.
Je suis un acrobate
Et je cherche mon Dieu.
Κύριε, δώς μου θάρρος
το σκοινί να μην κοπεί
Θέλω να’ μαι φάρος
που φωτίζει τη σιωπή.
Seigneur, donne-moi du courage,
Fais que la corde ne casse pas.
Je veux être un phare
Qui illumine le silence.
Θέλω να πετάξω ελεύθερα
πιο πέρα κι απ’ το κενό
πράγματα μικρά και δεύτερα
δεν ξέρω ν’ αγαπώ.
Je veux voler sans entraves,
Me libérer de ce vide,
Des choses petites et sans importance
Que je ne sais pas aimer.
Είμαι ακροβάτης
και γυρεύω δικό μου Θεό.
Είμαι ακροβάτης
και γυρεύω καινούργιο Θεό.
Je suis un acrobate
Et je cherche mon Dieu.
Je suis un acrobate
Et je cherche un nouveau Dieu.
Αγαθή Δημητρούκα [Agathí Dīmītroúka] (née en 1958). Η προσευχή του ακροβάτη [Ī proseuchí tou akrovátī] (I prosevchí tou akrovátī) (1989).
.Αγαθή Δημητρούκα [Agathí Dīmītroúka] (née en 1958). La prière de l’acrobate, trad. par L. & L. de Η προσευχή του ακροβάτη [Ī proseuchí tou akrovátī] (I prosevchí tou akrovátī) (1989).
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Μάνος Χατζιδάκις (Mános Hadjidákis) • Περιμπανού (Peribanoú)
La Grèce.
Mános Hadjidákis a vécu et travaillé aux États-Unis de 1966 à 1972. Parmi les œuvres qu’il y a produites, l’une des moins connues est probablement Reflections, un cycle de chansons et de compositions instrumentales créé au disque par le New York Rock & Roll Ensemble en 1970. Le dernier morceau du recueil, Noble dame (prononcé à l’anglaise : neuwbl dèim), en dépit de ses lyrics, n’évoque ni le rock & roll, ni l’Amérique.
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New York Rock & Roll Ensemble • Noble dame. Dorian Rudnytsky, paroles ; Μάνος Χατζιδάκις [Mános Chatzidákis] (Mános Hadjidákis), musique.
The New York Rock & Roll Ensemble, ensemble instrumental et vocal (Clifton Nivison, guitare ; Brian Corrigan, guitare rythmique ; Dorian Rudnytsky, guitare basse, violoncelle ; Michael Kamen, claviers, hautbois, chant ; Martin Fulterman, batterie, hautbois) ; Μάνος Χατζιδάκις [Mános Chatzidákis] (Mános Hadjidákis) & New York Rock & Roll Ensemble, arrangements ; Μάνος Χατζιδάκις [Mános Chatzidákis] (Mános Hadjidákis), orchestration.
Enregistrement : New York City (États-Unis), Atlantic Recording Studios, 1970.
Extrait de l’album Reflections / The New York Rock & Roll Ensemble. États-Unis, Atco, ℗ 1970.
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She was a lady once of noble name, Noble Dame
She has a silver ring from her king
Give her a nickel, take her out to dine, give her wine
Comfort her if she sighs and then cries
Elle a été une dame autrefois, Noble dame,
Elle possède encore une bague de son roi.
On lui donne une pièce, on la fait dîner, boire du vin,
On la console si elle soupire, si elle pleure.
Look for her by the fountain on the road, say hello
Don’t be afraid to smile and then go
And if you see her talking to herself all alone
Leave her alone, her heart is at home
Vous la trouverez près de la fontaine du chemin.
Ne craignez pas de lui sourire en passant
Et si vous la voyez seule, se parlant à elle-même,
Laissez-la, son cœur est en sa demeure.
She was a lady once without a care, golden hair
She was the only friend of the king
Maybe she’ll come and ask you for your name, Noble Dame
We’ll give our love to her on her way
Elle a été une dame, insouciante et blonde
Et elle était la seule amie du roi.
Elle vous demandera peut-être votre nom, Noble dame.
Nous lui souhaiterons un bon voyage.
Look for her by the fountain on the road, say hello
Don’t be afraid to smile and then go
And if you see her talking to herself all alone
Leave her alone, her heart is at home
Cherchez-la près de la fontaine, saluez-la,
Ne craignez pas de lui sourire en passant
Et si vous la voyez seule, se parlant à elle-même,
Laissez-la, son cœur est dans sa demeure.
Dorian Rudnytsky (né en 1944). Noble dame (1970).
.Dorian Rudnytsky (né en 1944). Noble dame, trad. par L. & L. de Noble dame (1970).
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La chanson est devenue entièrement grecque en 1983, enregistrée par Dímītra Galánī (Δήμητρα Γαλάνη) sur un poème de Níkos Gátsos (Νίκος Γκάτσος, 1911-1992). En voici une version plus tardive qui provient du premier enregistrement, supervisé par Hadjidákis, de l’édition totalement hellénisée de Reflections, intitulée Αντικατοπτρισμοί [Antikatoptrismoí] (« Reflets »). Les poèmes, sauf un, sont de Níkos Gátsos, les morceaux chantés sont interprétés par Alíkī Kagialóglou (Αλίκη Καγιαλόγλου).
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Αλίκη Καγιαλόγλου [Alíkī Kagialóglou] (Alíki Kayalóglou) • Περιμπανού [Perimpanoú] (Peribanoú). Poème de Νίκος Γκάτσος [Níkos Gkátsos] (Níkos Gátsos) ; Μάνος Χατζιδάκις [Mános Chatzidákis] (Mános Hadjidákis), musique.
Αλίκη Καγιαλόγλου [Alíkī Kagialóglou] (Alíki Kayalóglou), chant ; Μάνος Χατζιδάκις [Mános Chatzidákis] (Mános Hadjidákis), arrangements, orchestration, direction d’orchestre.
Enregistrement : Grèce, Studio Sierra.
Extrait de l’album Αντικατοπτρισμοί [Antikatoptrismoí] / Μάνος Χατζιδάκις [Mános Chatzidákis] (Mános Hadjidákis), Νίκος Γκάτσος [Níkos Gkátsos] (Níkos Gátsos), Αλίκη Καγιαλόγλου [Alíkī Kagialóglou] (Alíki Kayalóglou). Grèce, Sirius, ℗ 1993.
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Περιμπανού τη λέγαν τα παιδιά, Περιμπανού
κι ήτανε δεκαπέντε χρονών
Έγραφε τ’ όνομά της στον καθρέφτη τ’ ουρανού
μ’ ενός πνιγμένου γλάρου φτερό
Les enfants l’appelaient Péribanou, Péribanou
Et elle avait quinze ans.
Elle écrivait son nom sur le miroir du ciel
Avec l’aile d’une mouette noyée.
Μα της ζωής το κύμα το παράφορο
σάρωσε βάρκες και κουπιά
Και στο μεγάλο κόσμο τον αδιάφορο
ποιος τη θυμάται τώρα πια
Mais la vague impétueuse de la vie
A englouti barques et rames
Et dans le grand monde indifférent,
Qui se souviendra d’elle ?
Περιμπανού την έλεγα κι εγώ, Περιμπανού
κι ας μη με είχε ακούσει κανείς
Έμοιαζε με κοχύλι στο βυθό του αυγερινού
προτού καρδιά μου πέτρα γενείς
Péribanou, moi aussi je l’appelais Péribanou
Et personne n’en a jamais rien su.
On aurait dit un coquillage reposant dans l’étoile du matin.
C’était avant que mon cœur se change en pierre.
Μα της ζωής το κύμα το παράφορο
σάρωσε βάρκες και κουπιά
Και στο μεγάλο κόσμο τον αδιάφορο
ποιος τη θυμάται τώρα πια
Mais la vague impétueuse de la vie
A englouti barques et rames
Et dans le grand monde indifférent,
Qui se souviendra d’elle ?
Νίκος Γκάτσος [Níkos Gkátsos] (Níkos Gátsos) (1911-1992). Περιμπανού [Perimpanoú] (Peribanoú) (1983?). Νίκος Γκάτσος [Níkos Gkátsos] (Níkos Gátsos) (1911-1992). Péribanou, trad. par L. & L. de Περιμπανού [Perimpanoú] (Peribanoú) (1983?).
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A Bia da Mouraria • Carminho, Maria Armanda
Fait suite à :
- Hermínia Silva • Fado da Senhora da Saúde
- Há festa na Mouraria • Amália, Marceneiro
- Ils ont tué la Mouraria
- É noite na Mouraria
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On connaît la Bia da Mouraria depuis que Carminho l’a remontée à la surface de la terre à l’occasion de son premier album. Publié en 2009, Fado (tel était le nom de cet album) apportait alors un peu de fraîcheur et de vivacité dans le petit monde du fado. Quatorze ans déjà !
Bia est un diminutif de Beatriz (qu’en portugais on prononce à peu près : biætrij). A Bia da Mouraria est comme un hommage à une love affair de quartier, simple et impeccable. La Bia vend des fleurs, le Chico vend des billets de loterie, il l’aime, elle l’aime, ils vont se marier et toute la Mouraria en parle, elle ne parle que de ça. Comme dans une opérette.
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Carminho (née en 1984) • A Bia da Mouraria. António José Lampreia, paroles ; Nóbrega e Sousa, musique. Extrait de la revue « Meninos vamos ao vira », 1978.
Carminho, chant ; José Manuel Neto, guitare portugaise [dans l’enregistrement audio], Luís Guerreiro [dans la vidéo] ; Diogo Clemente, guitare ; Marino de Freitas, basse acoustique [dans l’enregistrement audio], Yami Aloelela [dans la vidéo].
Extrait de l’album Fado / Carminho. Portugal, ℗ 2009.
Vidéo :
João Botelho, réalisation. Production : Portugal, EMI Music Portugal, 2009.
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Lá vai a Bia que arranjou um par jeitoso
É vendedor como ela
Ali para o Bem Formoso
São dois amores, duas vidas tão singelas
Enquanto ela vende flores
O Chico vende cautelas
Voilà Béa, qui s’est trouvé un beau garçon
Il est vendeur comme elle,
Dans la rue du Benformoso.
Ce sont deux amours, deux vies toutes simples
Tandis qu’elle vend des fleurs,
Chico vend des billets de loterie.Na Mouraria
Só falam do namorico
A Bia namora o Chico
As conversas são iguais
Ai qualquer dia,
Deus queira que isto não mude
Que a Senhora da Saúde
Vai ser pequena demais
La Mouraria
Ne parle plus que de ça :
Béa sort avec Chico,
Il n’y a pas d’autre conversation
Et un jour,
Si Dieu veut que ça dure,
L’église de la Senhora da Saúde
Sera bien trop petite !O casamento já tem a data marcada
Embora qualquer dos noivos
Tenha pouco mais que nada
Vai ter a Bia a festa que ela deseja
Irá toda a Mouraria
Ver o casório na igreja
Le jour des noces est déjà fixé,
Bien que les deux fiancés
Soient fauchés comme les blés.
Béa aura la fête de ses rêves :
Toute la Mouraria sera là
Pour l’entendre dire oui.António José Lampreia (1929-2003). A Bia da Mouraria (1978). António José Lampreia (1929-2003). Béa de la Mouraria, traduit de : A Bia da Mouraria (1978) par L. & L.
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Cette chanson est en effet extraite d’une opérette, plus exactement d’une revista (c’est à dire une « revue », genre de comédie musicale portugaise) intitulée Meninos, vamos ao vira (« Garçons, allons danser le vira ! »). J’ignore qui en sont les auteurs. On pourrait la croire très ancienne, or elle ne date que de 1978. Lors de sa création au théâtre Laura Alves de Lisbonne (aujourd’hui disparu), A Bia da Mouraria était chantée par la fadiste Maria Armanda (née en 1942), à la voix corpulente et puissante à la fois. C’est un des plus grands succès de sa carrière. La voici en 2011 ; à près de 70 ans, elle avait encore un sacré abattage :
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Maria Armanda (née en 1942) • A Bia da Mouraria. António José Lampreia, paroles ; Nóbrega e Sousa, musique. Extrait de la revue « Meninos vamos ao vira », 1978.
Maria Armanda, chant ; Sidónio Pereira, guitare portugaise ; José Clemente, guitare ; António Queiroz, basse acoustique.
Vidéo : Production : Portugal, FadoTV, 2011.
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Voilà. Je pensais compléter les vicissitudes de Bia par celles d’une certaine Rosa, mais je pars aujourd’hui même pour l’Italie et je n’en ai plus le temps. La suite, s’il y en a une, viendra plus tard. Au revoir donc.
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É noite na Mouraria
Fait suite à :
- Hermínia Silva • Fado da Senhora da Saúde
- Há festa na Mouraria • Amália, Marceneiro
- Ils ont tué la Mouraria
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Pour les letristas (paroliers) de fado, la Mouraria est une source d’inspiration inépuisable. La nostalgie pour la Mouraria d’autrefois, la tristesse de la voir se défaire et perdre son âme, mais aussi la simple exploitation, plus ou moins poétique, de « l’âme » en question, voilà de la matière. Au fond, pour le fado, il en va des vieux quartiers de Lisbonne — et de la Mouraria en particulier — comme de la butte Montmartre, Ménilmontant et autres pour la chanson française.
En dépit de quelques poncifs dans son texte, É noite na Mouraria (« Il fait nuit dans la Mouraria ») est l’un des plus réussis de ces fados « d’ambiance ». La mélodie, une composition de l’accordéoniste António Mestre (1924-2013), y contribue probablement dans une large mesure. D’ailleurs chanson plus que fado, É noite na Mouraria a été créée au début des années 1960 par une Maria do Espírito Santo (« Marie de l’Esprit Saint »), née en 1938.
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Maria do Espírito Santo (née en 1938) • É noite na Mouraria. José Maria Rodrigues, paroles ; António Mestre, musique. Autre titre : Nostalgia.
Maria do Espírito Santo, chant ; Francisco Carvalhinho, guitare portugaise ; Martinho d’Assunção, guitare.
Première publication : Portugal, [1961 ou 1964].
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Uma guitarra baixinho
Numa viela sombria
Derrama um fado velhinho
É noite na Mouraria
Dans une ruelle sombre,
Doucement une guitare
Pleure un fado d’autrefois.
Il fait nuit dans la Mouraria.Apita um barco no Tejo
Na rua passa um rufia
Em cada boca há um beijo
É noite na Mouraria
Un bateau corne sur le Tage,
Voilà un gigolo qui passe,
Sur chaque bouche il y a un baiser,
Il fait nuit dans la Mouraria.Tudo é fado, tudo é vida
Tudo é amor sem guarida
Dor, sentimento, alegria;
Tudo é fado, tudo é sorte
Retalhos de vida e morte
É noite na Mouraria
Tout est fado, tout est vie,
Tout est amour sans abri,
Douleur, sentiment et joie.
Tout est fado, tout est destin,
Lambeaux de vie et mort,
Il fait nuit dans la Mouraria.Cai o luar na viela
Perdida a saudade ao vento
No céu queima-se uma estrela
Na ruela há um lamento
La lune éclaire la ruelle,
Le vent disperse la saudade,
Au ciel se consume une étoile,
On entend une plainte.Lamento de amor que é fado
Dando ao pensar nostalgia
O tempo passa apressado
É noite na Mouraria
Une plaine d’amour qui est fado
Et vous emplit de nostalgie.
Le temps passe, trop pressé,
Il fait nuit dans la Mouraria.José Maria Rodrigues (1922-1992). É noite na Mouraria [1961?]. José Maria Rodrigues (1922-1992). Nuit dans la Mouraria, traduit de : É noite na Mouraria [1961?] par L. & L.
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Le texte, on le voit, chante une Mouraria idéalisée, fixée dans une forme stéréotypée — alors que la partie du quartier qui correspondait le mieux au cliché venait précisément de disparaître au moment de son écriture (voir les billets précédents).
É noite na Mouraria a valu à Maria do Espírito Santo, artiste à la courte carrière, son seul véritable succès. D’autres interprètes, au style plus fadiste que sa créatrice, ont après elle tiré parti de la chanson, à commencer par Amália Rodrigues, un peu furtivement : son seul enregistrement connu figure sur l’album Amalia Rodrigues in Japan, captation d’un récital donné en septembre 1970 à Tokyo, où elle se produisait pour la première fois. Elle ne chante malheureusement que la moitié de la chanson — une curieuse pratique dont elle était coutumière, devant des publics non lusophones, pour des morceaux au tempo lent ou peu rapide, de crainte que les gens s’ennuient et s’absentent mentalement.
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Amália Rodrigues (1920-1999) • É noite na Mouraria. José Maria Rodrigues, paroles ; António Mestre, musique. Autre titre : Nostalgia.
Amália Rodrigues, chant ; José Fontes Rocha & Carlos Gonçalves, guitare portugaise ; Pedro Leal, guitare ; Joel Pina, basse acoustique.
Enregistrement public : Tokyo (Japon), Sankei Hall, 2 septembre 1970.
Extrait de l’album Amalia Rodrigues in Japan. Japon, ℗ 1970.
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Celeste Rodrigues, la sœur d’Amália, avait mis É noite na Mouraria à son répertoire, elle aussi. Elle l’interprétait au cours du spectacle Cabelo branco é saudade avec lequel elle a parcouru l’Europe aux côtés d’Argentina Santos, Ricardo Ribeiro et Alcindo de Carvalho dans les années 2000, avant de l’enregistrer pour son dernier album studio, Fado Celeste, publié en 2007. La voici, cette même année, lors d’un spectacle capté par la télévision :
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Celeste Rodrigues (1923-2018) • É noite na Mouraria. José Maria Rodrigues, paroles ; António Mestre, musique. Autre titre : Nostalgia.
Celeste Rodrigues, chant ; José Pracana & José Luís Nobre Costa, guitare portugaise ; Jaime Santos Júnior, guitare ; Joel Pina, basse acoustique.
Extrait du spectacle 50 anos de Telefado, Lisbonne, Cinema São Jorge, mai 2007.
Vidéo : Production : Portugal , RTP [Rádio e Televisão de Portugal], 2007.
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La génération du Fado novo (« nouveau fado »), qui commence avec Mísia, n’a pas dédaigné, pour étoffer son répertoire, de s’intéresser à des titres tels que É noite na Mouraria, qui ne font ni référence ni allusion à aucun fait historique dont la méconnaissance nuirait à la compréhension du texte. Ce fado figurait sur le premier album de Kátia Guerreiro, Fado maior (2001), dont cinq des morceaux étaient puisés au catalogue d’Amália.
Mísia elle-même l’a retenu pour Lisboarium, la première partie, consacrée à la ville de Lisbonne, de son double album Ruas, enregistré rue de Seine, en plein centre de Paris, et publié en 2009.
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Mísia (née en 1955) • É noite na Mouraria. José Maria Rodrigues, paroles ; António Mestre, musique. Autre titre : Nostalgia.
Mísia, chant ; Ângelo Freire, guitare portugaise ; Carlos Manuel Proença, guitare ; Luís Pacheco Cunha, violon ; Daniel Pinto, basse acoustique ; Daniel Mille, accordéon.
Enregistrement : Paris (France), studio Acousti.
Extrait de l’album Ruas / Mísia. France, ℗ 2009.
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