La chanson du dimanche [27]
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Vera Gran (Wiera Gran), Kviawiak ; Swiety Antoni ; Trzy Listy, disque 45 t, France, 1958.
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La chanson de ce dimanche est triste comme le sont les chansons polonaises. Trzy listy (« Trois lettres ») a été un grand succès de Wiera Gran, de son nom véritable Dwojra Grynberg ou Grinberg (1916–2007). Wiera Gran était juive. Au début de la guerre elle fuit Varsovie, mais y rentre en 1941. Elle vit et travaille dans le ghetto, dont elle parvient à s’échapper au début des déportations massives. La guerre finie, elle est accusée de collaboration avec l’occupant allemand, ce dont elle se défend très vivement et qui n’a jamais pu être établi. En 1950 elle s’exile à Paris où elle meurt en 2007, à l’âge de 91 ans.
Wiera Gran a réalisé plusieurs enregistrements de Trzy listy. Celui-ci est français et date de 1958.
- À lire : Agata Tuszyńska, Wiera Gran, l’accusée, Grasset, 2011, trad. de Oskarżona : Wiera Gran (2010).
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Wiera Gran (1916-2007) • Trzy listy. Jerzy Jurandot, paroles ; Leon Boruński, musique.
Vera Gran (Wiera Gran), chant ; Tito Fuggi et son orchestre.
France, ℗ 1958.
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Już było bardzo późno.
Mój Boże, co z tego?
Po prostu nie spostrzegłam
Że przecież biegł czas.
Siedziałam i myślałam,
Myślałam, jak napisać do niego
I że piszę ostatni już raz.
Il était très tard.
Mon Dieu, quelle importance ?
Je ne m’étais pas rendu compte
Que le temps avait passé.
J’étais assise, je me demandais
Comment tourner cette lettre,
La dernière que je luis écris.
Bądź zdrów, wszystko wiem.
Nie zobaczysz mnie więcej
Jeśli ci ze mną źle.
Ten list potem spal,
Niech nie wpadnie w jej ręce.
Spal i zapomnij mnie.
Adieu, je sais tout.
Tu ne me reverras plus
Puisque tu es malheureux avec moi.
Brûle cette lettre,
Qu’elle ne tombe pas entre ses mains.
Brûle-la, oublie-moi.
Tylko powiedz, dlaczego
Za tyle, tyle dni…?
Tylko powiedz, jak mogłeś
Jak mogłeś, właśnie ty?
Bądź zdrów, jedno wiedz:
Nienawidzę goręcej
Niż wpierw kochałam cię.
Dis-moi seulement pourquoi,
Au bout de tant de jours… ?
Dis-moi comment peux-tu,
Toi, justement toi ?
Adieu. Sache seulement
Que je te hais bien plus
Que je ne t’ai aimé.
A potem list przejrzałam
Uważnie, powoli.
Przejrzałam i podarłam.
O Boże, nie, nie!
Inaczej! Tak nie można!
Niech nie wie, że aż tak mnie to boli,
Że mi będzie bez niego tak źle.
Et j’ai relu la lettre
Lentement, avec soin,
Je l’ai relue et je l’ai déchirée.
Mon Dieu, non, non !
Je ne peux pas l’envoyer ainsi !
Il ne faut pas qu’il sache que je souffre autant,
Que je suis si malheureuse sans lui.
Bądź zdrów, wszystko wiem.
Jestem bardzo szczęśliwa.
Sama już chciałam iść.
No cóż, zwykła rzecz:
Mam cię dosyć, więc zrywam;
Ty też tak zrobiłbyś.
Adieu, je sais tout.
Je suis très heureuse,
Car moi aussi je voulais rompre.
Au fond, rien que de très banal :
Je suis lassée de toi, je te quitte.
Tu agirais de même.
I nie będę tęskniła.
No skąd, na pewno nie!
Pójdę dzisiaj do kina,
Jest obraz z Boyer.
Bądź zdrów, jedno wiedz:
Nie chcę dłużej ukrywać,
Że nie kochałam cię.
Et tu ne me manqueras pas,
Non, sûrement pas !
Ce soir je vais au cinéma,
On donne un film avec [Charles] Boyer.
Adieu. Sache seulement
Que je ne veux plus cacher
Que je ne t’aimais pas.
Mój Boże, « nie kochałam »…
A jeśli uwierzy?
Wyrzuci z serca nawet
Wspomnienia tych dni.
Nie, nie, tak być nie może!
Niech do mnie chociaż przeszłość należy.
Więc inaczej, spod serca, przez łzy.
Mon Dieu, « je ne t’aimais pas »…
Et s’il allait le croire ?
Il effacera de son cœur
Jusqu’aux souvenirs de tous ces jours.
Non, non, ce n’est pas possible !
Qu’au moins le passé me reste encore !
Différemment, enfoui dans mon cœur, mouillé de larmes.
Bądź zdrów, wszystko wiem.
Nie męcz się nadaremnie.
Zrób tak, jak serce chce.
Że ja? No to nic.
Nie chcę, żebyś przeze mnie…
Już nie zobaczysz mnie.
Adieu, je sais tout.
Inutile de te torturer pour rien.
Fais ce que te dicte ton cœur.
Moi ? Quelle importance.
Je ne veux pas que par ma faute tu…
Tu ne me verras plus.
Tylko proszę, pamiętaj:
Na deszcz ten szalik noś
I już nie pal tak dużo:
Dwadzieścia sztuk to dość.
Bądź zdrów. Nie znam jej.
Może lepiej ode mnie
Potrafi kochać cię.
Une dernière chose. Je t’en prie,
Mets cette écharpe quand il pleut
Et ne fume pas autant ;
Vingt cigarettes, c’est assez.
Adieu. Je ne la connais pas.
Elle t’aimera peut-être
Mieux que je ne l’ai fait.
Jerzy Jurandot (1911-1979). Trzy listy (1939).
.Jerzy Jurandot (1911-1979). Trois lettres, trad. par L. & L. de Trzy listy (1939), à partir d’une traduction automatique et d’une traduction anglaise.
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Defesa do poeta • Natália Correia

António Antunes. Caricature de Natália Correia décorant la station Aeroporto du métro de Lisbonne.
Dans l’anthologie La poésie du Portugal : des origines au XXe siècle publiée par Chandeigne en 2021, voici la notice relative à Natália Correia :
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Née à Fajã de Baixo, sur l’île de São Miguel, dans l’archipel des Açores, Natália Correia est une figure intellectuelle emblématique de l’opposition à Salazar. Auteur de théâtre, de poésie, romans et de nombreux essais, elle fut également une activiste politique, puis députée pendant une dizaine d’années après la Révolution des œillets. Condamnée à trois ans de prison par le régime salazariste, en 1966, pour son « Anthologie de poésie érotique et satirique », son militantisme se reflète dans son œuvre, vigoureuse et polémique. Elle anima pendant des années les cercles intellectuels portugais, notamment dans les années 1950 où elle présida des « tertúlias » à Lisbonne, réunions où se pressaient écrivains, poètes, artistes, intellectuels portugais et étrangers.
Charlotte Ortiz, Correia, Natália (1923-1993), dans : Max de Carvalho (dir.), La poésie du Portugal : des origines au XXe siècle, éd. bilingue, Chandeigne, 2021, ISBN 978-2-36732-207-0, p. 1791.
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De fait, Natália avait un aspect belliqueux : le regard avertissait d’emblée que les armes étaient chargées et feraient feu sans sommation. Lors du procès de 1966, qui faisait suite à la publication de l’Anthologie de poésie érotique et satirique et qui s’est soldé pour elle par une peine de trois années de prison (transformée en une lourde amende), elle avait imaginé de déclamer pour sa défense un poème composé ad hoc, intitulé Defesa do poeta (« Défense du poète ») — projet que son avocat l’a dissuadée de mettre à exécution. Cette pièce, publiée par la suite, est devenue l’un de ses poèmes les plus connus. Le voici, dit par elle-même, lors d’une tertúlia organisée en décembre 1968 par Amália Rodrigues dans sa maison de Lisbonne, restée fameuse pour avoir été enregistrée et publiée sous la forme d’un album intitulé Amália/Vinicius. Elle réunissait, outre Amália et Natália : Vinícius de Moraes, les poètes Ary dos Santos et David Mourão-Ferreira, Alain Oulman,….
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Natália Correia (1923-1996) • Defesa do poeta. Poème de Natália Correia, dit par son autrice.
Enregistré lors d’une soirée au domicile d’Amália Rodrigues, rua de São Bento, Lisbonne, le 19 décembre 1968.
Extrait de l’album Amália/Vinicius / Amália Rodrigues, Vinicius de Moraes, Natália Correia… Portugal, ℗ 1970.
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On pense (« Ô sous-alimentés du rêve ! / La poésie, ça se mange ! ») aux véhémences de Léo Ferré, dans Il n’y a plus rien par exemple.
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Senhores jurados sou um poeta um multipétalo uivo um defeito e ando com uma camisa de vento ao contrário do esqueleto |
Messieurs les jurés je suis un poète un hurlement multipétale un défaut et j’ai au revers du squelette une chemise de vent. |
Sou um vestíbulo do impossível um lápis de armazenado espanto e por fim com a paciência dos versos espero viver dentro de mim |
Je suis un vestibule de l’impossible un crayon de stupeur accumulée et j’attends avec la patience du poème de vivre enfin au dedans de moi. |
Sou em código o azul de todos (curtido couro de cicatrizes) uma avaria cantante na maquineta dos felizes |
Je suis en code l’azur de tous (cuir tanné de cicatrices) un chant qui met en panne la petite mécanique des gens heureux |
Senhores banqueiros sois a cidade o vosso enfarte serei não há cidade sem o parque do sono que vos roubei |
Messieurs les banquiers vous êtes la ville je serai votre infarctus il n’existe pas de ville sans le parc du sommeil que je vous ai pris |
Senhores professores que pusestes a prémio minha rara edição de raptar-me em crianças que salvo do incêndio da vossa lição |
Messieurs les professeurs qui avez mis à prix ma rare édition celle où je me ravis des enfants que je sauve de l’incendie de votre leçon |
Senhores tiranos que do baralho de em pó volverdes sois os reis sou um poeta jogo-me aos dados ganho as paisagens que não vereis |
Messieurs les tyrans qui êtes les rois dans le jeu de cartes du retour à la poussière je suis un poète je me joue aux dés je gagne les paysages que vous ne verrez pas |
Senhores heróis até aos dentes puro exercício de ninguém minha cobardia é esperar-vos umas estrofes mais além |
Messieurs les héros jusqu’aux dents pur exercice de personne ma lâcheté c’est de vous attendre Quelques strophes plus loin |
Senhores três quatro cinco e sete que medo vos pôs por ordem? que pavor fechou o leque da vossa diferença enquanto homem? |
Messieurs trois quatre cinq et sept quelle peur vous a remis dans l’ordre ? Quelle terreur a fermé l’éventail de votre différence en tant qu’hommes ? |
Senhores juízes que não molhais a pena na tinta da natureza não apedrejeis meu pássaro sem que ele cante minha defesa |
Messieurs les juges vous qui ne trempez pas votre plume dans l’encre de la nature ne lapidez pas mon oiseau sans qu’il puisse chanter ma défense |
Sou um instantâneo das coisas apanhadas em delito de perdão a raiz quadrada da flor que espalmais em apertos de mão. |
Je suis un instantané des choses prises en flagrant délit de pardon la racine carrée de la fleur que vous écrasez dans vos poignées de main. |
Sou uma impudência a mesa posta de um verso onde o possa escrever ó subalimentados do sonho! a poesia é para comer. |
Je suis une impudence assise à la table d’un vers où je puisse l’écrire Ô sous-alimentés du rêve ! La poésie, ça se mange ! |
| Natália Correia (1923-1993). Defesa do poeta (1966). . |
Natália Correia (1923-1993). Défense du poète, trad. par L. & L. de Defesa do poeta (1966). |
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La traduction m’a donné beaucoup de mal et je ne suis sûr de presque rien. La 5e strophe est la pire (« Messieurs les professeurs… ») et me reste hermétique. Je n’ai malheureusement trouvé aucune traduction française ; seulement deux espagnoles (dont les traducteurs respectifs se sont manifestement cassé le nez sur cette même strophe — qu’ils ont interprétée chacun à sa manière) et une italienne, qui reste assez proche de l’original et donc obscure. Et ce n’est qu’un exemple.
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Ana Laíns • Ricochete (Natália Correia)
Selon ses propres termes* Ana Laíns reconnaît en Amália Rodrigues et en José Afonso respectivement sa « mère » et son « père » en musique : un couple qui, dans la vie réelle, aurait paru hautement improbable mais dont les univers artistiques peuvent en effet se conjuguer. « Je suis essentiellement une chanteuse traditionnelle portugaise », ajoute Ana Laíns, qui donne à Ricochete, poème de Natália Correia, une structure de chanson avec couplets et refrain en mettant à contribution deux musiques traditionnelles de Beira Baixa (la région d’origine d’Amália).
* Miguel Á. Fernández, « Soy esencialmente una cantante tradicional portuguesa », dans : El Comercio (Gijón, éd. En ligne), 24 novembre 2012, https://www.elcomercio.es/v/20121124/oviedo/esencialmente-cantante-tradicional-portuguesa-20121124.html, consulté le 9 novembre 2022.
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Ana Laíns • Ricochete. Poème de Natália Correia ; musique traditionnelle (Não se me dá que vindimem et Menina, vamos a Murta, Beira Baixa, Portugal).
Ana Laíns, chant ; Bernardo Couto, guitare portugaise ; Diogo Clemente, guitare ; Marino de Freitas, basse acoustique ; Paulo Loureiro, clarinette ; Vicky (Hugo Marques), percussions ; Diogo Clemente, arrangements et production.
Enregistrement : Lisbonne, studios Namouche & Lisboa Studio.
Extrait de l’album Quatro caminhos / Ana Laíns. Portugal, ℗ 2010.
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Dans Ricochete, publié en 1958, apparaît une facette de l’art poétique de Natália Correia témoignant d’un goût pour le travail sur la forme. Le poème est fait, littéralement, de « ricochets » : un mot, « ricochant » sur une première proposition en amène une autre, grâce, le plus souvent, au retournement de la première. Le travail sur le rythme, les assonances, les rimes fait partie intégrante de la composition et une bonne traduction devrait s’efforcer d’en rendre compte — ce qui est totalement, tragiquement en dehors de mes compétences.
Vu qu’Ana Laíns bouleverse l’ordre des strophes, qu’elle en laisse deux de côté et qu’elle en a créé une nouvelle en raboutant certains vers, on trouvera ci-dessous le texte de cette version chantée suivi du poème original.
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Version Ana Laíns
Que rua vai dar ao tempo?
Que tempo vai dar à rua
Por onde o Firmamento
E a Terra se unem na lua?
Quelle est la rue qui mène au temps ?
Quel est le temps qui mène à la rue
Où le Firmament
Et la Terre s’unissent à la Lune ?
Que sereia é o poente,
Metade não sei de quê
A pentear-se com o pente
Do olhar finito que o vê?
Quelle sirène est le couchant,
Moitié de je ne sais quoi,
Qui se peigne avec le peigne
Du regard limité qui le voit ?
Refrain
Que margens têm os rios
Para além das suas margens?
Que viagens são navios?
Que navios são viagens?
Que contrário é uma estrela?
Que estrela é este contrário
De imaginarmos por vê-la
Tudo à volta imaginário?
Refrain
Quelles rives ont les rivières
Au-delà de leurs rives ?
Quels voyages sont navires ?
Quels navires sont voyages ?
De quoi une étoile est-elle l’envers ?
Quelle étoile est le revers
De ce que nous imaginons en la voyant :
Que tout alentour est imaginaire ?
Que palavra é o silêncio?
Que silêncio é esta voz
Que num soluço suspenso
Chora flores dentro de nós?
Quelle parole est le silence ?
Quel silence est cette voix
Qui dans un sanglot en suspens
Pleure des fleurs au-dedans de nous ?
Chora flores dentro de nós
Deste soluço suspenso
Que silêncio é esta voz?
Que palavra é o silêncio?
Pleure des fleurs au-dedans de nous
De ce sanglot en suspens
Quel silence est cette voix ?
Quelle parole est le silence ?
Natália Correia (1923-1993). Ricochete, extrait de : Passaporte (1958) [adaptation]. Natália Correia (1923-1993). Ricochet, trad. par L. & L. de Ricochete, extrait de : Passaporte (1958) [adaptation].
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Poème original
Que margens têm os rios
Para além das suas margens?
Que viagens são navios?
Que navios são viagens?
Quelles rives ont les rivières
Au-delà de leurs rives ?
Quels voyages sont navires ?
Quels navires sont voyages ?
Que contrário é uma estrela?
Que estrela é este contrário
De imaginarmos por vê-la
Tudo à volta imaginário?
De quoi une étoile est-elle l’envers ?
Quelle étoile est le revers
De ce que nous imaginons en la voyant :
Que tout alentour est imaginaire ?
Que paralelas partidas
Nos articulam os braços
Em formas interrompidas
Para encarnar um espaço?
Quelles parallèles brisées
Nous articulent les bras
En formes interrompues
Pour incarner un espace ?
Que rua vai dar ao tempo?
Que tempo vai dar à rua
Por onde o Firmamento
E a Terra se unem na lua?
Quelle est la rue qui mène au temps ?
Quel est le temps qui mène à la rue
Où le Firmament
Et la Terre s’unissent à la Lune ?
Que palavra é o silêncio?
Que silêncio é esta voz
Que num soluço suspenso
Chora flores dentro de nós?
Quelle parole est le silence ?
Quel silence est cette voix
Qui dans un sanglot en suspens
Pleure des fleurs au-dedans de nous ?
Que sereia é o poente,
Metade não sei de quê
A pentear-se com o pente
Do olhar finito que o vê?
Quelle sirène est le couchant,
Moitié de je ne sais quoi,
Qui se peigne avec le peigne
Du regard limité qui le voit ?
Que medida é o tamanho
De estar sentado ou de pé?
Que contraste torna estranho
Um corpo à alma que é?
De quelle mesure est
La taille assise ou debout ?
Quel est ce contraste qui rend
Étranger un corps à l’âme qu’il est ?
Natália Correia (1923-1993). Ricochete, extrait de : Passaporte (1958). Natália Correia (1923-1993). Ricochet, trad. par L. & L. de Ricochete, extrait de : Passaporte (1958).
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Cristina Branco • Rio de nuvens VIII (Natália Correia)
Après Mísia [voir le billet Mísia • Sete luas (Natália Correia)] Cristina Branco a voulu, elle aussi, rendre hommage à la poésie de Natália Correia (1923-1993). C’est dans Rio de nuvens (« Fleuve de nuages », 1947), une œuvre de jeunesse, qu’elle a puisé pour son album Corpo iluminado (« Corps illuminé »), paru en 2001.
Rio de nuvens compte 18 poèmes. Celui qu’ont retenu Cristina Branco et Custódio Castelo, le compositeur quasi-exclusif de ses six premiers albums de studio, est le huitième du recueil.
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Cristina Branco • Rio de nuvens VIII. Poème de Natália Correia ; Custódio Castelo, musique.
Cristina Branco, chant ; Custódio Castelo, guitare portugaise & arrangements ; Alexandre Silva, guitare classique ; Fernando Maia, basse acoustique.
Enregistrement : Studios Pé de vento, Foros de Salvaterra (Portugal), janvier 2001.
Extrait de l’album Corpo iluminado / Cristina Branco. France, Decca Records France, ℗ 2001.
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Turva hora onde
Principia a noite
E o dia se esconde.
Heure trouble où
Commence la nuit
Et se dérobe le jour.
Hora de abandonos
Em que a gente esquece
Aquilo que somos
E o tempo adormece.
Heure d’abandons
Où l’on oublie
Ce que l’on est
Et où le temps s’endort.
Nevoenta hora,
Hora de ninguém
Em que a gente chora
Não sabe* por quem.
Heure nébuleuse,
Heure de personne,
Heure où l’on pleure
Sans savoir* pour qui.
E tudo se esconde
Nessa hora onde
Por estranha magia
Brilha o sol de noite
E o luar de dia.
Et tout se dérobe
En cette heure où
Par une étrange magie
Brille le soleil la nuit
Et la lune le jour.
Natália Correia (1923-1993). Turva hora onde (Rio de nuvens. VIII), extrait de : Rio de nuvens (1947).
*Chanté : « Não sei por quem »
.Natália Correia (1923-1993). Heure trouble où… (Fleuve de nuages. VIII), trad. par L. & L. de Turva hora onde (Rio de nuvens. VIII), extrait de : Rio de nuvens (1947).
*Chanté : « Não sei por quem » (« Je ne sais pour qui »).
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La chanson du dimanche [26]
Une chanson turque, ce dimanche.
La voix du chanteur fait penser à celle de Sacha Distel passant sur le tourne-disques à vitesse réduite.
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Teoman • Serseri. Teoman, paroles & musique.
Teoman, chant ; accompagnement instrumental ; Alper Erinç, arrangements.
Extrait de l’album Eski bir rüya uğruna / Teoman. Turquie, ℗ 2015.
Vidéo : pas d’informations.
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Non. La voix du chanteur est absolument identique à celle du leader des Charlots. De surcroît il lui ressemble physiquement.
Simple coïncidence, sans doute.
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Bunlar güzel günlerimiz
Daha beter olcak her şey
Dünya zaten yalan dolan
Kaderden kaçamaz insanVurulmuş kalbinin ortasından
Aynaya bakmam
Kendimi bilmem
Hayat acıtınca
Dünyayı sevmemNe yazık ki tek tabanca
Serseri doğdum
Serseri ölcem
Teoman. Serseri
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Mísia • Sete luas (Natália Correia)
En dehors d’Amália Rodrigues, qui la recevait lors des tertúlias — ces soirées littéraires et musicales prolongées jusqu’au matin — qu’elle aimait tenir chez elle, Natália Correia (1923-1993), écrivaine féministe, tenant continûment un discours acerbe vis-à-vis du régime salazariste (qui, en retour, ne la tenait pas en odeur de sainteté), n’était guère sollicitée par le fado. Sa riche œuvre poétique est devenue un territoire d’exploration pour les fadistes d’après la Révolution des œillets, à commencer par Mísia.
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Mísia • Sete luas. Natália Correia, paroles ; Renato Varela, musique (Fado Varela).
Mísia, chant ; Manuel Rocha, violon ; Mário Franco, contrebasse ; Ricardo Dias, piano & arrangement.
Enregistrement : Lisbonne, studios Xangrilá, octobre 1997.
Extrait de l’album Garras dos sentidos / Mísia. France, ℗ 1998.
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Há noites que são feitas dos meus braços
E um silêncio comum às violetas.
E há sete luas que são sete traços
De sete noites que nunca foram feitas.
Il y a des nuits faites de mes bras
Et un silence commun aux violettes.
Et il y a sept lunes : sept traces
De sept nuits jamais accomplies.
Há noites que levamos à cintura
Como um cinto de grandes borboletas.
E um risco a sangue na nossa carne escura
Duma espada à baínha dum cometa.
Il y a des nuits que nous portons à la ceinture
Comme un cordon de grands papillons.
Et un trait de sang sur notre chair obscure
Laissé par une épée au fourreau d’une comète.
Há noites que nos deixam para trás
Enrolados no nosso desencanto
E cisnes brancos que só são iguais
À mais longínqua onda do seu canto.
Il y a des nuits qui nous abandonnent
Enveloppés dans notre désillusion
Et des cygnes blancs pareils seulement
À la plus lointaine des ondes de leur chant.
Há noites que nos levam para onde
O fantasma de nós fica mais perto;
E é sempre a nossa voz que nos responde
E só o nosso nome estava certo.
Il y a des nuits qui nous emmènent
Au plus près de notre propre fantôme ;
Et c’est notre voix encore qui nous répond
Et rien n’était certain, sauf notre nom.
Há noites que são lírios e são feras
E a nossa exactidão de rosa vil
Reconcilia no frio das esferas
Os astros que se olham de perfil.
Il y a des nuits de lis et de bêtes fauves
Et notre précision de rose abjecte
Réconcilie dans le froid des sphères
Les astres qui se regardent de profil.
Natália Correia (1923-1993). Há noites que são feitas dos meus braços, extrait de : Dimensão encontrada (1957).
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.Natália Correia (1923-1993). Il y a des nuits qui sont faites de mes bras, trad. par L. & L. de Há noites que são feitas dos meus braços, extrait de : Dimensão encontrada (1957).
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Amália Rodrigues • Lá vão as flores (1971)
Amália Rodrigues (1920-1999) • Lá vão as flores. Natália Correia, paroles en portugais moderne ; José Fontes Rocha, musique. Adaptation du poème As frores do meu amigo du troubadour Paio Gomes Charinho = Paio Gómez Chariño.
Amália Rodrigues, chant ; José Fontes Rocha & Carlos Gonçalves, guitare portugaise ; Pedro Leal, guitare ; Joel Pina, basse acoustique.
Extrait de l’album Cantigas d’amigos / Amália Rodrigues, Natália Correia, Ary dos Santos. Enregistrement : studios Valentim de Carvalho, Paço d’Arcos (Portugal), 29 septembre et 1er octobre 1971. Portugal, ℗ 1971.
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As flores do meu amigo
Briosas vão no navio.
Lá vão as flores
E com elas os meus amores!
Foram-se as flores
E com elas os meus amores!
Voici les fleurs de mon ami,
Splendides dans le navire.
S’en vont les fleurs
Et avec elles mes amours !
En allées sont les fleurs
Et avec elles mes amours !
As flores do meu amado
Briosas, leva-as o vento,
Lá vão as flores
E com elas os meus amores!
Foram-se as flores
E com elas os meus amores!
Voilà les fleurs de mon aimé,
Splendides, emportées par le vent.
S’en vont les fleurs
Et avec elles mes amours !
En allées sont les fleurs
Et avec elles mes amours !
Briosas vão no navio.
Na armada irão seguindo,
Lá vão as flores
E com elas os meus amores!
Foram-se as flores
E com elas os meus amores!
Splendides dans le navire,
Pour escorter l’armée,
S’en vont les fleurs
Et avec elles mes amours !
En allées sont les fleurs
Et avec elles mes amours !
Briosas, leva-as o barco
Para lutar no fossado.
Lá vão as flores
E com elas os meus amores!
Foram-se as flores
E com elas os meus amores!
Splendides, le navire les emporte,
Pour combattre à la guerre.
S’en vont les fleurs
Et avec elles mes amours !
En allées sont les fleurs
Et avec elles mes amours !
Na armada irão seguindo
Servir meu corpo garrido
Lá vão as flores
E com elas os meus amores!
Foram-se as flores
E com elas os meus amores!
Pour escorter l’armée,
Servir mon corps gracieux
S’en vont les fleurs
Et avec elles mes amours !
En allées sont les fleurs
Et avec elles mes amours !
Para lutar no fossado
Servir meu corpo louvado
Lá vão as flores
E com elas os meus amores!
Foram-se as flores
E com elas os meus amores!
Pour combattre à la guerre,
Servir mon corps célébré
S’en vont les fleurs
Et avec elles mes amours !
En allées sont les fleurs
Et avec elles mes amours !
Natália Correia (1923-1993). Lá vão as flores (1970), d’après Paio Gomes Charinho = Paio Gómez Chariño (vers 1225-1295) As frores do meu amigo (XIIIe siècle).
.Natália Correia (1923-1993). S’en vont les fleurs, trad. par L. & L. de Lá vão as flores (1970), d’après Paio Gomes Charinho = Paio Gómez Chariño (vers 1225-1295) As frores do meu amigo (XIIIe siècle).
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Cantigas d’amigos, publié fin 1971, est un album collectif conçu à partir du recueil Cantares dos trovadores galego-portugueses (« Chants des troubadours galégo-portugais », 1970) de l’écrivaine açoréenne Natália Correia (1923-1993). Ce recueil propose un choix de textes de cantigas d’auteurs galégo-portugais du Moyen Âge (XIIIe siècle essentiellement) réécrits en portugais moderne. Le projet réunit : Amália Rodrigues, alors à l’apogée de son art (son chef d’œuvre Com que voz est paru l’année précédente) ; Natália Correia elle-même ; Ary dos Santos (1936-1984), dont Alain Oulman a mis quelques poèmes en musique pour Amália ; José Fontes Rocha, qui accompagnait alors Amália à la guitare portugaise.
Fontes Rocha — à qui sont dûs les arrangements de Com que voz — compose des musiques sur 14 des cantigas du recueil. Dans l’enregistrement, réalisé en deux jours, Amália chante tandis que les deux poètes déclament sur un accompagnement instrumental.
Lá vão as flores (« S’en vont les fleurs »), l’une des cantigas chantées de l’album, est adaptée de As frores do meu amigo, une cantiga de amigo (« chanson d’ami ») du troubadour galicien Paio Gomes Charinho. Contrairement à ce que laisse croire son titre, elle ne présente aucun caractère bucolique — ni d’ailleurs nostalgique. Originaire de Pontevedra, Paio Gomes Charinho était dans le civil un noble, un courtisan, un homme de guerre. Les « fleurs » de sa cantiga — des fleurs de lis — sont celles de son blason ; ses étendards, hissés sur les mâts du navire en partance pour quelque expédition militaire, en sont ornés (renseignements fournis par la remarquable base de données Cantigas medievais galego-portuguesas développée par l’Instituto de Estudos Medievais de l’Universidade Nova de Lisboa).
Comme dans toute « chanson d’ami », c’est la dame qui dit « je » dans As frores do meu amigo : c’est elle qui s’exalte sur les étendards de son aimé qui part à la guerre où il combattra en son nom, pour « servir [son] corps gracieux ».
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Fontes Rocha n’a nullement cherché à imiter le caractère des chansons médiévales. La composition originale conçue par Paio Gomes Charinho est perdue, mais voici toutefois As flores do meu amigo chantée sur une musique d’Afonso X (Alphonse X « le Sage », 1221-1284, roi de Castille et León) qui lui est vraisemblablement à peu près contemporaine. En tant que troubadour, le nom d’Alphonse X est associé au recueil des Cantigas de Santa María : c’est la cantiga 189 qu’a retenue Paulina Ceremużyńska ; elle utilise le texte de l’un des manuscrits connus.
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Paulina Ceremużyńska • As ffroles do meu amigo. Cantiga de Paio Gomes Charinho = Paio Gómez Chariño ; Afonso X = Alphonse X « le Sage », musique (réemploi de la musique de la Cantiga de Santa María 189).
Paulina Ceremużyńska, chant & direction musicale ; Zofia Dowgiałło, harpe romane.
Extrait de l’album E moiro-me d’amor : cantigas de desexo e saudade / Paulina Ceremużyńska. Espagne, Xunta de Galicia, ℗ 2006.
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Amália Rodrigues • Que Deus me perdoe (& Kirsi Poutanen)
Tout au long des années 1940, Amália a beaucoup joué (et chanté) au théâtre, dans des revues ou des pièces musicales. En 1946 elle était la vedette de l’opérette Mouraria, dans laquelle elle jouait le rôle d’une fadiste nommée « Cesária ». Créée en 1926, la pièce était pour l’occasion remontée dans une nouvelle scénographie, avec l’ajout de deux chansons : Que Deus me perdoe (« Que Dieu me pardonne ») et Sabe-se lá (« Qui sait ? »), composées spécialement pour elle par Frederico Valério, qui était à l’époque son compositeur de prédilection.
Les chansons de Valério chantées par Amália (notamment Ai, Mouraria, qu’elle avait enregistrée au Brésil l’année précédente) obtenaient alors un très vif succès. Dix ans plus tard, en 1956, Ai, Mouraria, Sabe-se lá et Que Deus me perdoe figuraient toutes les trois au programme du premier — et décisif — passage de la chanteuse à l’Olympia de Paris.
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Amália Rodrigues (1920-1999) • Que Deus me perdoe. João da Silva Tavares, paroles ; Frederico Valério, musique.
Amália Rodrigues, chant ; Domingos Camarinha, guitare portugaise ; Santos Moreira, guitare.
Enregistrement public : Olympia (Paris), avril ou mai 1956.
Première publication dans l’album Amalia à l’Olympia / Amália Rodrigues. France, Pathé Marconi, ℗ 1957.
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Se a minha alma fechada
Se pudesse mostrar,
E o que eu sofro calada
Se pudesse contar,
Toda a gente veria
Quanto sou desgraçada
Quanto finjo alegria
Quanto choro a cantar…
Si mon âme secrète
Pouvait s’exposer,
Si ma souffrance muette
Pouvait se raconter,
Chacun pourrait voir
Combien je suis malheureuse,
Combien ma joie est feinte,
Combien je pleure quand je chante…
Que Deus me perdoe
Se é crime ou pecado,
Mas eu sou assim
E fugindo ao fado,
Fugia de mim.
Cantando dou brado
E nada me dói
Se é pois um pecado
Ter amor ao fado,
Que Deus me perdoe.
Que Dieu me pardonne
Si c’est crime ou péché,
Mais je suis ainsi
Et fuir le fado
Serait me fuir moi-même.
Chanter, c’est comme crier
Pour soulager mon mal
Alors, si c’est un péché
Que d’aimer le fado,
Que Dieu me pardonne !
Quando canto não penso
No que a vida é de má,
Nem sequer me pertenço,
Nem o mal se me dá.
Chego a crer na verdade
E a sonhar – sonho imenso –
Que tudo é felicidade
E tristeza não há.
Quand je chante, j’oublie
La dureté de la vie.
Je ne m’appartiens plus,
Le mal ne m’atteint plus.
Je crois même en la vérité
Et je rêve — rêve insensé —
Que le bonheur triomphe,
Que la tristesse est abolie.
João da Silva Tavares (1893-1964). Que Deus me perdoe, de Mouraria, opérette de Lino Ferreira, Silva Tavares & Lopo Lauer, musique de Filipe Duarte, nouvelle version avec deux fados supplémentaires de Silva Tavares, musique de Frederico Valério (1946).
.João da Silva Tavares (1893-1964). Que Dieu me pardonne, trad. par L. & L. de Que Deus me perdoe, opérette de Lino Ferreira, Silva Tavares & Lopo Lauer, musique de Filipe Duarte, nouvelle version avec deux fados supplémentaires de Silva Tavares, musique de Frederico Valério (1946).
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Il existe une version de Que Deus me perdoe dans la fascinante langue finnoise. Elle figure sur un album entièrement consacré à des reprises d’Amália publié en Finlande en 2013, enregistré par une certaine Kirsi Poutanen (dont je ne sais rien, strictement rien). Bien qu’accompagnée par la crème des instrumentistes du fado de Lisbonne (José Manuel Neto, son compère Carlos Manuel Proença et Daniel Pinto), Kirsi me donne l’impression de priver ce qu’elle chante de tout caractère fadiste (même le second refrain qu’elle reprend en portugais) ; c’est très curieux. En outre, plus curieux encore, j’ai aussi l’impression que les guitaristes n’y croient pas non plus. Une hallucination ? Cela dit elle a une voix très agréable et elle chante très bien.
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Kirsi Poutanen • Kai anteeksi saan. Tarja Härkönen, paroles ; Frederico Valério, musique. Adaptation finnoise de Que Deus me perdoe. João da Silva Tavares, paroles originales portugaises.
Kirsi Poutanen, chant ; José Manuel Neto, guitare portugaise ; Carlos Manuel Proença, guitare & arrangement ; Daniel Pinto, basse acoustique.
Chanté en finnois, avec un court passage en portugais. Enregistrement : Montijo (Portugal), studio Safraan.
Extrait de l’album Amália tribute / Kirsi Poutanen. Finlande, Rocket Records, ℗ 2013 .
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Suonno d’ajere • ‘E ccerase
Une chanson de désespoir, propre à faire couler des larmes « grosses comme des cerises ». Il suffira ensuite de ne pas en interrompre le flot ; dans la contemplation morose du monde, on pourra pleurer sur le malheur de la Terre et sur le sien propre.
C’est une chanson de Naples. Voici :
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Suonno d’ajere • ‘E ccerase. Salvatore Di Giacomo, paroles ; Vincenzo Valente, musique.
Suonno D’Ajere, ensemble instrumental & vocal (Irene Lupe Scarpato, chant ; Marcello Smigliante Gentile, mandoline, mandole, mandoloncelle ; Gian Marco Libeccio, guitare).
Extrait de l’album : Suspiro / Suonno d’ajere. Italie, Italian World Beat, ℗ 2021.
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Abbrile, abbrile! Mmiez’ ’e ffronne ’e rosa
vaco vennenno ’o frutto ’e chisto mese;
cacciate ’a capa, femmene cianciose,
io donco ’a voce e vuie facite ’a stesa:
«Frutto nuviello e mese ’e paraviso!
Collera ncuorpo a nuie nun ce ne trase!…»
Avril, avril ! Les rosiers sont en fleurs,
Et je viens vendre le fruit de ce mois ;
Montrez-vous, belles demoiselles,
Je crie mon boniment, chantez-le avec moi :
« Beau fruit nouveau du mois du paradis !
Quelle colère pourrait nous habiter ? »
’E ccerase!…’E ccerase!…
Les cerises ! Les belles cerises !
Ll’ anno passato, ’o tiempo d’ ’e ccerase,
facevo ’ammore cu na Purticesa,
abbascio ’o Granatiello steva ’e casa,
e a’ chiammaveno Rosa ’a vrucculosa.
Belli tiempe de lacreme e de vase!…
Ogne lacrema quanto a na cerasa!
Ogni cinche minutele nu vaso!…
L’an passé, au beau temps des cerises,
Une fille de Portici était ma promise.
Elle habitait au port du Granatello
On l’appelait Rosa la charmeuse.
Quel beau temps c’était, de baisers et de larmes !…
Larmes grosses comme des cerises !
Baisers ininterrompus !…
’E ccerase!…’E ccerase!…
Les cerises ! Les belles cerises !
Mo c’ aggia fa’? Se so’ cagnate ’e ccose
e m’ ha licenziato, chella mpesa!
È arrivato nu legno genuvese,
e ’o capitano ha ditto ca s’ ’a sposa…
Capitano d’ ’o legno genuvese,
addò t’ ’a puorte ’a bella Purticesa?
Mais qu’y puis-je ? Les choses ont bien changé,
Cette drôlesse m’a abandonné !
Un jour est arrivé un navire de Gênes
Et le capitaine a dit qu’il l’épouserait.
Capitaine du navire de Gênes,
La belle de Portici, où vas-tu l’emmener ?
’E ccerase!…’E ccerase!…
Les cerises ! Les belles cerises !
Cacciate ’a capa, femmene cianciose;
io donco ’a voce e vuie facite ’a stesa:
’E ccerase!… ’E ccerase!… Abbrile è ’o mese
c’ uno se scorda meliune ’e cose…
Capitano d’ ’o legno genuvese,
a me nun me ne importa ca t’ ’a spuse;
mme daie na voce a n’ ato pare ’e mise!…
Montrez-vous, belles demoiselles,
Je crie mon boniment, chantez-le avec moi :
Les cerises ! Les belles cerises ! En avril
On oublie des millions de choses…
Capitaine du navire de Gênes,
Que m’importe que tu l’épouses ?
Quand tu reviendras, donne-moi des nouvelles !…
’E ccerase!…’E ccerase!…
Les cerises ! Les belles cerises !
Salvatore Di Giacomo (1860-1934). ‘E ccerase, extrait de : Voce luntane (1888). Salvatore Di Giacomo (1860-1934). Les cerises, trad. par L. & L. de ‘E ccerase, extrait de : Voce luntane (1888).
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Suonno d’ajere (« Rêve d’hier », en référence au titre d’une chanson de Pino Daniele), un trio voix, mandoline(s) et guitare formé à Naples en 2016, est spécialisé dans la chanson classique de cette ville : compositions nouvelles ou, plus souvent, chansons anciennes comme ‘E ccerase (« Les cerises », 1888), un poème de Salvatore Di Giacomo (1860-1934) mis en musique par Vincenzo Valente (1855-1921).
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Suonno d’ajere. Photo Riccardo Piccirillo.
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