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Mathilda

14 juillet 2017

Fondazione Magnani Rocca, Traversetolo (Émilie-Romagne, Italie), 30 juin 2017

Où vas-tu Mathilda ? Où vas-tu ce soir ?
Faire un tour. Le long du canal.

Fondazione Magnani Rocca, Traversetolo (Émilie-Romagne, Italie), 30 juin 2017

Quel canal ?

Jeanne Moreau | Où vas-tu Mathilde. Cyrus Bassiak [Serge Rezvani], paroles et musique.
Jeanne Moreau, chant ; arrangements et direction Elek Bacsik.
Claude Lelouch, réalisation. France, 1966.

Fondazione Magnani Rocca, Traversetolo (Émilie-Romagne, Italie), 30 juin 2017

Castigo de Deus

12 juillet 2017

Drôle de fado celui-ci. Les paroles, la musique, tout.

Ce Castigo de Deus (« Châtiment de Dieu ») est l’œuvre, paroles et musique, de Frederico de Brito (1894-1977), surnommé Britinho, connu surtout pour son inépuisable activité de parolier de fados et de marches. Son nom est présent dans la discographie de la plupart des fadistes du vingtième siècle, y compris les plus fameux.

Il a aussi composé aussi des musiques (Canoas do Tejo, du répertoire de Carlos do Carmo, par exemple), parfois plus proches de la chanson que du fado (Aquela janela virada para o mar, interprété par Tristão da Silva, repris par António Zambujo dans un de ses premiers albums). Castigo de Deus entrerait plutôt dans cette catégorie des fados qui n’en sont pas. La musique a un je ne sais quoi d’espagnol, ou un je ne sais quoi de je ne sais quoi.

Je l’ai découvert par hasard, comme souvent, il y a quelques semaines. Après quoi je me suis rendu compte que j’en possédais un enregistrement, sur une compilation que j’ai depuis une bonne vingtaine d’années. Mais je sais pourquoi je n’y avais pas fait attention jusqu’à présent : dans les compilations, je n’écoute pas les fados avec accompagnement d’orchestre ; je passe au suivant. Or cette fois, malgré les violons et le reste, non seulement j’ai écouté jusqu’au bout, mais j’y suis revenu. Ce qui m’a retenu c’est la voix, la diction, et dans ce fado l’articulation et l’accentuation particulières des mots « castigo » et « contigo » dans le refrain. La chanteuse met carrément et bien franchement l’accent sur la dernière syllabe (comme en français), ce qui crée une sorte de bizarrerie fascinante.

La vidéo est hideuse.

Alice Maria | Castigo de Deus. Frederico de Brito, paroles et musique.
Alice Maria, chant ; accompagnement d’orchestre. Portugal, années 1970 ?.

On sait peu de chose de cette Alice Maria : son activité s’est apparemment étendue sur les décennies 1970-80. Elle a peu enregistré.

Pour comparer, voici une autre interprétation, plus classique, de ce même thème par Fernanda Maria.

Fernanda Maria (née en 1937) | Castigo de Deus. Frederico de Brito, paroles et musique.
Fernanda Maria, chant ; Jaime Santos, guitare portugaise ; Martinho d’Assunção, guitare classique ; José Maria Nóbrega, basse acoustique. Portugal, années 1970 ?.

Pecados, pecados e os dias
passados
De tantos pecados de amor o que é que nos resta?
Se a vida é o fruto de tantos
pecados
Sem termos pecados a vida não presta
Eu sei que pequei, eu sei, mas ninguém me diga
Que a vida nos vem por bem, que Deus não castiga

 

Des péchés, des péchés et tant de jours passés
De tous ces péchés d’amour, qu’est-ce qu’il nous en reste ?
S’il est vrai que la vie est le fruit du péché,
Alors vivre sans péchés n’est pas vivre.
J’ai péché, je le sais, mais qu’on ne me dise pas
Que la vie est un cadeau et que Dieu n’est qu’amour !
Castigo de Deus pelos pecados meus
Pedi-te uma esmola, Deus deu-me um castigo
Porque me disseste que fosse
com Deus
Que eu fosse com Deus
E ao fim combinamos que eu fosse contigo

 

Colère de Dieu, pour tous mes péchés
Je t’ai demandé l’aumône et j’ai eu la colère de Dieu
Parce que tu m’as dit : « que Dieu t’accompagne ! »
« Que Dieu t’accompagne ! »
Mais finalement, c’est bien toi qui m’as accompagnée.
Pecados, pecados e os dias
contados
Sem ter uma esperança sequer, sem ter um carinho
Já não me entendia com tantos
pecados
E um dia esqueci-me dalguns p’lo caminho
Não sei se os remi, não sei, a paixão cegou-me
Pagar o que fiz não quis, e Deus castigou-me

 

Des péchés, des péchés et tous ces jours passés
Sans le moindre espoir, sans tendresse aucune !
Je ne savais plus où j’en étais de tant de péchés
Jusqu’à en oublier plusieurs
en chemin
Je ne sais si je les ai rachetés, la passion m’aveuglait
J’ai refusé de payer pour ce que j’ai fait, Dieu m’a punie.
Castigo de Deus pelos pecados meus
Pedi-te uma esmola, Deus deu-me um castigo
Porque me disseste que fosse
com Deus
Que eu fosse com Deus
E ao fim combinamos que eu fosse contigo

 

Colère de Dieu, pour tous mes péchés
Je t’ai demandé l’aumône et j’ai eu la colère de Dieu
Parce que tu m’as dit : « que Dieu t’accompagne ! »
« Que Dieu t’accompagne ! »
Mais finalement, c’est bien toi qui m’as accompagnée.
Frederico de Brito (1894-1977).
Castigo de Deus
.
Frederico de Brito (1894-1977).
Colère de Dieu
, traduit de : Castigo de Deus par L. & L.

Lula Pena | O negro que sou + Breviário

10 juillet 2017

Lula Pena | O negro que sou + Breviário.
O negro que sou. Poème de Ronald Augusto ; musique de Lula Pena.
Breviário. Poème de Jerusa Pires Ferreira ; musique de Lula Pena.
Lula Pena, chant, guitare. Captation : Pays-Bas, mai 2016.
Vidéo : Hilversum (Pays-Bas) : VPRO, 2016.

Deux extraits de l’album Archivo pittoresco (2017), l’un et l’autre employant des poèmes d’auteurs brésiliens.

À propos du premier, O negro que sou, voir le billet Lula Pena | O negro que sou.

Le second poème, Breviário (« Bréviaire »), est l’œuvre de Jerusa Pires Ferreira, universitaire spécialiste de littérature populaire, née en 1938 dans la région de Salvador de Bahia. Il évoque la ville de Breves de Marajó située au nord du Brésil, dans l’état du Pará. Breves emprunte son nom à celui de ses fondateurs, les deux frères portugais Manuel Fernandes Breves et Ângelo Fernandes Breves qui s’y installèrent dans la première moitié du XVIIIe siècle. Ils y implantèrent une fabrique de transformation de la canne à sucre autour de laquelle s’organisa l’activité économique de la ville, longtemps désignée pour cette raison du nom de Engenho dos Breves (« Fabrique des Breves »). Un des vers du poème fait référence à cet ancien nom (« antigo engenho dos irmãos » : « antique fabrique des frères »).

Santana festeja a vinda
do grande barco
que acaba de
varar o estreito
vencer a morte
clarear a noite
em Breves de Marajó
o giro de um outro
este tão pequeno
no entorno
escreve partes do nome
da cidade santa
Jerusalém
traça um esboço
um destino
homem e mulher sob a lua
jesuítas e índios
negros caboclos e todos
Ao léu dos perigos
tantos barcos a passar
buscavam no escuro
orações-fortes
breves resumos amuletos
por isso a cidade festejada
antigo engenho dos irmãos
e o nome
que a eterniza
em seu aflito
pedido de proteção
que ela sobreviva
aos decibéis
aturdidores
e a tantas cobiças
Santana célèbre l’arrivée
du grand navire
qui vient
de passer le détroit
vaincre la mort
changer la nuit en clarté
à Breves de Marajó
le sillage d’un autre
celui-ci si petit
auprès de l’autre
écrit des parties du nom
de la ville sainte
Jérusalem
trace une ébauche
une destinée
homme et femme sous la lune
jésuites et indiens
nègres métis et tous
À l’abri des dangers
de nombreux navires passaient
cherchant dans l’obscurité
prières miraculeuses
médailles, formules, amulettes
c’est pourquoi : que la cité en fête,
antique fabrique des frères,
et le nom
qui la rend éternelle
dans sa demande de protection
pleine d’affliction,
survive
aux décibels
assourdissants
et à toutes les convoitises
Jerusa Pires Ferreira (née en 1938). Breviário. Dans : Sete cromos para Breves (2010).
Jerusa Pires Ferreira (née en 1938).
Bréviaire
, traduit par L. & L. de : Breviário. Dans : Sete cromos para Breves (2010).

L’entrée dans Jérusalem

10 juillet 2017

Urbino (Marches, Italie = Marche, Italia), 4 juillet 2017

Le voici. Splendeur et grâce du monde, entrant dans Jérusalem.

Le peuple vient à lui, portant des palmes dont il lui évente le visage et le torse, l’acclamant, se prosternant. Les enfants courent se jucher dans les figuiers, on monte sur les murs, on se penche aux fenêtres, chacun veut voir. Le ciel s’emplit des hirondelles de la ville. Elles fusent de tous côtés, sifflant, ivres de bonheur, tandis que les chiens accourent, bonnes bêtes, désireux de participer à la liesse de l’univers.

Urbino (Marches, Italie = Marche, Italia), 4 juillet 2017

Silence.

Comme se défait l’écume des vagues, comme les vagues elles-mêmes viennent mourir sur les grèves, ainsi passe à jamais la gloire du monde.

Urbino (Marches, Italie = Marche, Italia), 4 juillet 2017

Primeiro amor (20 anos)

15 juin 2017

Fado ! Il nous en faut. Un fado triste si possible, un fado qui dirait les changements regrettables, incompréhensibles qui se produisent dans la vie, des changements sur lesquels on pensait avoir prise mais non, on a beau tirer la corde d’un côté, ceux qui la tirent de l’autre sont innombrables et leur force est irrésistible.

Voici un fado des années 1960 (1967?), sans doute créé par une certaine Maria Pereira (1914-2003) dont on ne sait pas grand chose. Selon les sources il s’intitule soit Primeiro amor, soit O meu primeiro amor, complété dans certains cas de la précision (20 anos). La musique en est de Frederico Valério (1913-1982), à qui Amália Rodrigues doit ses premiers grands succès dans les années 1940, notamment Ai, Mouraria.

Frederico Valério écrivait surtout des chansons, dont certaines pouvaient être interprétées comme des fados, voire le devenir.

Chanté par Maria da Fé (née en 1942), Primeiro amor est un fado. Je n’en ai trouvé aucune vidéo. En voici un enregistrement studio des années 1970, qui figure sur plusieurs compilations publiées :

Maria da Fé | Primeiro amor. Nelson de Barros, paroles ; Frederico Valério, musique.
Maria da Fé, chant ; António Chaínho, Manuel Mendes, guitare portugaise ; Francisco Peres, guitare ; José Maria Nobrega, basse acoustique. Portugal, [1976?].

Ai quem me dera
ter outra vez vinte anos
Ai como eu era
como te amei, Santo Deus!
Meus olhos pareciam dois franciscanos
À espera do céu que vinha dos teus

 

Ah si je pouvais
Avoir à nouveau vingt ans !
Être comme j’étais,
T’aimer comme je t’aimais !
Mes yeux semblaient deux franciscains
Dans l’attente du ciel qui venait des tiens.
Beijos que eu dava
ai como quem morde rosas
Como te esperava
na vida que então vivi
Podiam acabar os horizontes
Podiam secar as fontes
mas não vivia sem ti

 

Ces baisers que je donnais,
Comme si je mordais dans des roses !
Comme je t’attendais,
Dans cette vie qui était la mienne alors !
Les horizons auraient pu s’effondrer,
Les sources auraient pu s’assécher,
Mais je n’aurais pas pu vivre sans toi.
Ai como é triste,
de o dizer não me envergonho
Saber que existe
um ser tão mau, tão ruim
Tu que eras o ombro para o meu sonho
Traíste o melhor que havia em mim

 

Ah quelle tristesse,
Je n’ai pas honte de le dire,
De savoir qu’existe
Un être si méchant et si vil !
Tu étais l’épaule qui soutenait mon rêve,
Tu as puisé ce qu’il y avait en moi de meilleur.
Ai como o tempo
pôs neve nos teus cabelos
Ai como o tempo
as nossas vidas desfez
Quem me dera
ter outra vez desenganos
Ter outra vez vinte anos
para te amar outra vez

 

Ah comme le temps
A mis de la neige dans tes cheveux…
Ah comme le temps
A défait nos deux vies !
Ah si je pouvais
Avoir à nouveau des désillusions
Avoir à nouveau vingt ans
Et t’aimer à nouveau !
Nelson de Barros (1914-1966).
Primeiro amor (20 anos)
.
Nelson de Barros (1914-1966).
Premier amour (20 ans)
, traduit de : Primeiro amor (20 anos) par L. & L.

Malheureusement pour ce fado, sa version la plus connue est celle de de Cidália Moreira (née en 1944), surnommée « a cigana do fado » (la gitane du fado).

Voyez comme ça déborde de partout, comme le fado est amoché, pour ainsi dire détruit. C’est le cas dans tous les enregistrements qu’elle en a faits. De surcroît dans celui-ci, les guitaristes et la chanteuse n’ont pas l’air d’avoir le même diapason dans l’oreille.

Cidália Moreira | Meu primeiro amor. Nelson de Barros, paroles ; Frederico Valério, musique.
Cidália Moreira, chant ; instrumentistes non identifiés.
Captation : Portugal, 1998.

Kardeş Türküler | Bingöl

7 juin 2017

Je suis égaré, ne connais plus les chemins.
Je ne connais pas les mille lacs, fleurs et rochers.
Je suis un exilé, ces lieux sont étrangers.
Dis, ma sœur, lequel est le chemin de Bingöl ?

Avetik Issahakian [Ավետիք Իսահակյան] (1875-1957). Bingöl. Traduction extraite du billet : Missak Manouchian, le poète, par Serge Venturini (2007), sur le site ADIC.

Une musique traditionnelle arménienne, interprétée par le groupe stambouliote Kardeş Türküler, formé en 1993. Les paroles, en langue arménienne, sont constituées par le poème Bingöl de Avetik Issahakian [Ավետիք Իսահակյան] (1875-1957). Seules les première et dernière strophes sont chantées.

Kardeş Türküler | Bingöl. Avetik Issahakian [Ավետիք Իսահակյան], paroles ; musique traditionnelle (Arménie).
Kardeş Türküler, ensemble instrumental et vocal.
Captation : aucun renseignement. 2012 (mise en ligne).

Enfin quand s’ouvrirent toutes les portes vertes du printemps
Des lyres devinrent les sources ondoyantes de Bingöl.
Les chameaux ornés passèrent, l’un après l’autre,
Ma bien-aimée partit aussi au vert Bingöl.

Je me languis du visage de ma bien-aimée,
De sa fine taille, de ses cheveux-mers, je languis.
De sa douce parole, de son parfum, je languis.
De cette biche aux yeux noirs de Bingöl, je languis.

Ô Sources fraîches, mes lèvres assoiffées restent fermées.
Ô Fleurs par milliers, mes yeux en pleurs restent fermés.
Ô Sans voir ma bien-aimée, mon cœur reste fermé.
Hélas ! Que m’importent les rossignols de Bingöl.

Je suis égaré, ne connais plus les chemins.
Je ne connais pas les mille lacs, fleurs et rochers.
Je suis un exilé, ces lieux sont étrangers.
Dis, ma sœur, lequel est le chemin de Bingöl ?

Avetik Issahakian [Ավետիք Իսահակյան] (1875-1957). Bingöl. Traduction extraite du billet : Missak Manouchian, le poète, par Serge Venturini (2007), sur le site ADIC.

Une pie, tant pis

7 juin 2017

Elle apparaît dans sa stricte livrée noire et blanche, marchant sur le rebord de la terrasse. S’arrête, se tourne du côté du vide, jacasse brièvement en entrebâillant les ailes dans un tremblement, découvrant un plumage bleu nuit.

Fait à nouveau quelques pas. S’arrête, jacasse au vide dans son frisson bleu.

Revient sur ses pas. S’arrête.

Brusquement, se laisse tomber dans le vide.

Pauvre petite.

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