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Amália Rodrigues • Primavera

21 mars 2020

« Ah, printemps funeste ! » Il est là, depuis hier 20 mars officiellement.


Ai funesta primavera!
Quem me dera, quem nos dera
ter morrido nesse dia.

David Mourão-Ferreira (1927-1996). Primavera (1953).

Hélas, printemps funeste !
Comme je voudrais être morte,
Que nous soyons morts ce jour-là !

En 1953, David Mourão-Ferreira (1927-1996) offrait pour la première fois un de ses poèmes à Amália Rodrigues, déjà en pleine gloire.

Le premier enregistrement de Primavera (« Printemps »), sur une musique de Pedro Rodrigues, a eu lieu cette même année 1953 dans un studio assez précaire, aménagé à l’étage de la maison Valentim de Carvalho, éditeur, disquaire et marchand d’instruments de musique, située 95-97 rua Nova do Almada, dans le quartier du Chiado en plein centre de Lisbonne. Le rez-de-chaussée de l’immeuble, qui a brûlé dans le grand incendie du Chiado de 1988, était occupé par le magasin de disques, aujourd’hui disparu. Les enregistrements avaient lieu la nuit, de manière à bénéficier de l’atténuation des bruits de la ville (cependant Amália Rodrigues, indépendamment de toute autre considération, a de toute façon toujours préféré enregistrer de nuit). La cabine technique avait été aménagée dans « un espace qui donnait accès à la salle de bains plus que privée du vieux Valentim de Carvalho », nous apprend Vítor Pavão dos Santos dans le riche livret d’accompagnement de l’album Amália no Chiado (2014), qui rassemble les enregistrements, publiés et inédits, effectués dans ce lieu de 1951 à 1954.


Amália Rodrigues (1920-1999)Primavera. David Mourão-Ferreira, paroles ; Pedro Rodrigues, musique (Fado Primavera).
Amália Rodrigues, chant ; Jaime Santos, guitare portugaise ; Santos Moreira, guitare classique.
Enregistrement : studio Valentim de Carvalho, rua Nova do Almada (Lisbonne, Portugal), 1953.
Première publication : disque 78 t comprenant : Zanguei-me com o meu amor ; Primavera. Portugal, Columbia, 1953. Réédition : album Amália no Chiado. Portugal : Edições Valentim de Carvalho, 2014.


Todo o amor que nos prendera
como se fora de cera
se quebrava e desfazia.
Ai funesta primavera!
Quem me dera, quem nos dera
ter morrido nesse dia.

Tout l’amour qui nous avait emprisonnés,
Comme s’il était fait de cire,
Se brisait et se défaisait.
Hélas, printemps funeste !
Comme je voudrais être morte,
Que nous soyons morts ce jour-là !

E condenaram-me a tanto
viver comigo meu pranto
viver, viver e sem ti
vivendo sem no entanto
eu me esquecer desse encanto
que nesse dia perdi.

On m’a condamnée à cette peine
De vivre, avec mes larmes,
De vivre, de vivre sans toi,
De vivre, sans que jamais
Je puisse oublier cet enchantement
Que j’ai perdu ce jour-là.

Pão duro da solidão
é somente o que nos dão
o que nos dão a comer
que importa que o coração
diga que sim ou que não
se continua a viver.

Pain sec de la solitude,
Voilà tout ce qu’on nous donne
Ce qu’on nous donne à manger.
Qu’importe que le cœur
Dise oui ou dise non
Puisqu’il continue à vivre !

Todo o amor que nos prendera
se quebrara e desfizera
em pavor se convertia.
Ninguém fale em primavera!
Quem me dera, quem nos dera
ter morrido nesse dia!

Tout l’amour qui nous avait emprisonnés,
S’était brisé et défait
Et se changeait en effroi.
Qu’on ne me parle pas du printemps !
Comme je voudrais être morte,
Que nous soyons morts ce jour-là !
David Mourão-Ferreira (1927-1996). Primavera (1953).
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David Mourão-Ferreira (1927-1996). Printemps, traduit de : Primavera (1953) par L. & L.

Primavera fait également partie du récital enregistré en public en 1955 au Café Luso, célèbre « maison de fados » de Lisbonne, qui ne sera publié qu’en 1976. C’est une version sublime de ce fado. Pour moi, la plus belle.


Amália Rodrigues (1920-1999)Primavera. David Mourão-Ferreira, paroles ; Pedro Rodrigues, musique (Fado Primavera).
Amália Rodrigues, chant ; Domingos Camarinha, guitare portugaise ; Santos Moreira, guitare classique ; Filipe Pinto, présentation.
Captation : Café Luso (Lisbonne, Portugal), décembre 1955.
Extrait de l’album Amália no Café Luso. Portugal : Edições Valentim de Carvalho, ℗ 1976.

D’autres enregistrements studios de Primavera ont été réalisés une dizaine d’années plus tard dans des conditions techniques bien meilleures, dont celui publié dans l’album Fados 67. L’effectif instrumental est doublé par rapport aux sessions des années 50 (deux guitares portugaises, une guitare acoustique et une basse acoustique au lieu d’une seule guitare portugaise et d’une guitare acoustique), ce qui le rend à la fois somptueux, presque orchestral et de ce fait, moins souple. De surcroît le style de chant d’Amália, qui entre temps a rencontré le compositeur français Alain Oulman, s’est un peu éloigné du fado castiço (traditionnel). La voix a mûri et gagné en splendeur et en expressivité, mais je dois dire que j’aime mieux la verdeur des enregistrements des années 1950, leur accompagnement ténu avec leurs si beaux contrechants de guitare portugaise.


Amália Rodrigues (1920-1999)Primavera. David Mourão-Ferreira, paroles ; Pedro Rodrigues, musique (Fado Primavera).
Amália Rodrigues, chant ; Raul Nery & José Fontes Rocha, guitare portugaise ; Castro Mota, guitare classique ; Joel Pina, basse acoustique.
Enregistrement : studio Valentim de Carvalho, Paço de Arcos (Portugal), mars ou avril 1967.
Première publication : album Fados 67. Portugal, 1967. Réédition : album Fados 67 (nouvelle édition). Portugal : Edições Valentim de Carvalho, 2017.

Solo Bobby!

20 mars 2020

Il a eu 75 ans avant-hier, le beau Bobby (« … le lent débit des longs bidons du débit d’eau de Bobby… » Vous voyez ce que je veux dire). Confiné lui aussi, quelque part en Italie, sans doute.

Bobby SoloUna lacrima sul viso. Mogol (Giulio Rapetti Mogol), paroles ; Bobby Solo, musique.
Bobby Solo, chant ; Orchestra di musica leggera del Festival di Sanremo. Captation : Sanremo (Ligurie, Italie), Casinò di Sanremo, janvier ou février 1964, dans le cadre du 14e Festival internazionale della canzone italiana (« Festival di Sanremo »).
Vidéo : production RAI (Radiotelevisione Italiana), Italie, 1964. Première diffusion : janvier ou février 1964 (Italie : Rai 1, en direct).

J'attendrré. J'attendrré toujours.

19 mars 2020

Chantons, pour exercer nos codes vocales et les maintenir en forme au matin de cette deuxième journée complète de confinement. Allons, plus que… quelques semaines à tenir !

Rina Ketty (1911-1996), d’origine italienne, était née dans la petite ville ligure de Sarzana – bien connue des lecteurs de Marguerite Duras –, aux confins de la Toscane.

Rina Ketty (1911-1996)J’attendrai. Nino Rastelli, paroles originales ; Louis Poterat, adaptation française ; Dino Olivieri, musique (inspirée du Chœur à bouche fermée de l’acte II de l’opéra Madama Butterfly, de Giacomo Puccini). Titre original : Tornerai.
Rina Ketty, chant ; accompagnement d’orchestre ; Marcel Cariven, direction.
France, 1938 (1ère publication).

Bien sûr, l’une ne va pas sans l’autre : il nous faut aussi « je sens revivre dans mon cœûr / en dépit des montâgnes / un souvenir charmeûr / ardent comme une fleûr d’Espââgne », Sombreros et mantilles ! Les deux enregistrements ont d’ailleurs été publiés ensemble.

Rina Ketty (1911-1996)Sombreros et mantilles. Chanty (Léon Depoisier), paroles ; Jean Vaissade, musique.
Rina Ketty, chant ; accompagnement d’orchestre ; Marcel Cariven, direction.
France, 1938 (1ère publication).

Ástor Piazzolla • Preludio para el año 3001 (Amelita Baltar, Mísia, Milva)

18 mars 2020

Renaceré en Buenos Aires en otra tarde de junio
con esas ganas tremendas de querer y de vivir.
Renaceré fatalmente, será el año 3001…
Horacio Ferrer (1933-2014) • Preludio para el año 3001. Extrait.

Je renaîtrai à Buenos Aires, un autre après-midi de juin,
Avec cette puissante envie d’aimer et de vivre.
Je renaîtrai fatalement, ce sera en 3001…

Renaître, oui espérons-le ; en juin peut-être. Le temps nous aura tellement duré que ce sera comme être en 3001. À Buenos Aires et partout.

Amelita Baltar aura 80 ans cette année, en septembre. Elle a été un temps la muse d’Ástor Piazzolla, avec qui elle a eu une liaison, orageuse paraît-il, de quelques années. C’est elle qui, à partir de 1968, a créé ces « tangos-chansons » inventés par Piazzolla et le poète uruguayen Horacio Ferrer (1933-2014). D’abord « l’opéra-tango » María de Buenos Aires dans lequel la Baltar tenait – avec quelle classe ! – le rôle-titre, puis, l’année suivante, la célèbre Balada para un loco qui connaîtra un succès planétaire et plusieurs adaptations en diverses langues (parmi lesquelles la version française d’Étienne Roda-Gil créée par Julien Clerc). Preludio para el año 3001 date de la même période.

Amelita BaltarPreludio para el año 3001. Horacio Ferrer, paroles ; Ástor Piazzolla, musique.
Amelita Baltar, chant ; Ástor Piazzolla, bandonéon, arrangements, direction ; Antonio Agri, violon ; Oscar López Ruiz & Kicho Díaz, guitare.
Extrait de l’album Amelita Baltar ‎interpreta a Piazzolla y Ferrer. Argentine, 1970 (1ère publication).

Renaceré en Buenos Aires en otra tarde de junio
con esas ganas tremendas de querer y de vivir.
Renaceré fatalmente, será el año 3001
y habrá un domingo de otoño por la Plaza San Martín.

Le ladrarán a mi sombra los perritos vagabundos,
con mi modesto equipage llegaré del más allá
y arrodillado en mi Río de la Plata lindo y sucio,
me amasaré otro incansable corazón de barro y sal.

Y vendrán tres lustrabotas, tres payasos y tres brujos,
mis inmortales compinches gritándome « ¡Fuerza, che,
nacé, nacé, dale pibe, metéle hermano, que es duro,
pero muy bueno el oficio de morir y renacer! »

[…]

Traeré un clavel de otro planeta en el ojal,
porque si nadie ha renacido ¡yo podré!
Ciudad del siglo treinta y uno, ya verás:
renaceré, renaceré, ¡renaceré!

Horacio Ferrer (1933-2014) • Preludio para el año 3001 (extrait).

Je renaîtrai à Buenos Aires, un autre après-midi de juin,
Avec cette puissante envie d’aimer et de vivre.
Je renaîtrai fatalement, ce sera en 3001
Et il y aura un dimanche d’automne sur la Plaza San Martín.

Les chiens errants aboieront après mon ombre.
Avec mon modeste bagage, j’arriverai de l’au-delà.
Agenouillé dans mon Río de la Plata beau et sale,
Avec de l’argile et du sel je me pétrirai un nouveau cœur infatigable.

Et trois cireurs de souliers, trois clowns et trois sorciers,
Mes immortels complices, viendront m’encourager « Allez ! Courage !
Nais, nais ! Vas-y ! Courage, mon frère, ça va être dur,
Mais que c’est bon de mourir et de renaître ! »

[…]

À la boutonnière, je porterai un œillet d’une autre planète
Parce que même si personne n’a pu renaître, moi je pourrai !
Ville du trente-et-unième siècle, tu verras !
Je renaîtrai, je renaîtrai, je renaîtrai !

Horacio Ferrer (1933-2014) • Prélude pour l’an 3001 (extrait), traduit de : Preludio para el año 3001 (extrait) par L. & L.

L’attachement de Mísia au tango se manifeste régulièrement dans sa discographie depuis de nombreuses années, jusqu’à son dernier album en date, Pura vida (banda sonora), sorti en 2019, qui en comporte deux : Corazón y hueso, de Daniel Melingo – assez proche d’un fado dans sa réalisation – et le Preludio para el año 3001 de Piazzolla.

MísiaPreludio para el año 3001. Horacio Ferrer, paroles ; Ástor Piazzolla, musique.
Mísia, chant ; Fabrizio Romano, piano, arrangement ; Luís Cunha, violon ; Paulo Gaspar, clarinette basse ; Pedro Santos, accordéon ; Walter Hidalgo, bandonéon.
Extrait de l’album Pura vida (banda sonora). Portugal, ℗ 2019.

Je dois dire pourtant qu’une de mes versions préférées du Preludio para el año 3001 est celle créée par Milva, accompagnée de Piazzolla à la tête de son Quinteto Tango nuevo, au théâtre des Bouffes du Nord à Paris, en 1984, lors d’un spectacle extraordinaire simplement nommé El Tango. Un enregistrement sonore en a été réalisé et publié presque immédiatement, en France et en Allemagne, sous la forme d’un album intitulé Live at the Bouffes du Nord. Il en a aussi été réalisé une captation vidéo, dont on trouve quelques bribes sur l’Internet.

Milva chante quelques-uns des tangos du concert, dont le Preludio para el año 3001, dans une version italienne d’Angela Tarenzi. Je n’ai malheureusement trouvé qu’une vidéo de piètre qualité pour cet extrait.

MilvaPreludio para el año 3001 (Rinascerò). Horacio Ferrer, paroles originales ; Angela Tarenzi, adaptation italienne ; Ástor Piazzolla, musique.
Milva, chant ; Ástor Piazzolla, bandonéon ; Quinteto Tango nuevo (Pablo Ziegler, piano ; Fernando Suárez Paz, violon ; Oscar López Ruiz, guitare électrique ; Héctor Console, contrebasse).
Captation du spectacle El Tango présenté au théâtre des Bouffes du Nord, Paris, septembre 1984.
Vidéo : aucune information.

Pour rendre justice à ce spectacle – auquel j’avais assisté à l’époque et dont j’avais été émerveillé – en voici un autre extrait, de meilleure qualité. Balada para mi muerte, lui aussi chanté en italien, était, je crois, le deuxième morceau du concert (si je ne me trompe pas, le premier était un instrumental, qui ne figure pas dans l’album publié). Quoi qu’il en soit je me souviens parfaitement, dans ce théâtre magique des Bouffes du Nord, de cette apparition de Milva alors que le noir complet s’était fait dans la salle, surgissant de cette porte qui s’ouvrait côté cour sur une lumière de fanal. « Je mourrai à Buenos Aires, à l’aube / Je regarderai avec douceur les choses de la vie. » Le programme débutait donc par l’évocation de la mort, dans laquelle Milva déployait son savoir-faire d’actrice de théâtre.

MilvaMorirò in Buenos Aires. Horacio Ferrer, paroles originales ; Angela Tarenzi, adaptation italienne ; Ástor Piazzolla, musique. Titre original : Balada para mi muerte.
Milva, chant ; Ástor Piazzolla, bandonéon ; Quinteto Tango nuevo (Pablo Ziegler, piano ; Fernando Suárez Paz, violon ; Oscar López Ruiz, guitare électrique ; Héctor Console, contrebasse).
Captation du spectacle El Tango présenté au théâtre des Bouffes du Nord, Paris, septembre 1984.
Vidéo : aucune information.

Ewa Demarczyk • Canción de las voces serenas

17 mars 2020

Des voix sereines pour ces jours difficiles et ceux à venir.

Le poème est de l’écrivain mexicain Jaime Torres Bodet (1902-1974), qui était aussi un diplomate et un homme politique. C’est avec cette Canción de las voces serenas que la grande Ewa Demarczyk ouvrait le récital qu’elle présentait au cours de la saison 1979-1980. Un enregistrement sonore de la soirée donnée au Théâtre juif de Varsovie (Teatr Żydowski w Warszawie) en décembre 1979 a été publié en 1982 sous la forme d’un double album intitulé Live (on y trouve une belle version de cette adorable et poignante chanson : Tomaszów). La télévision polonaise a de son côté capté une représentation donnée en mai 1980 au Théâtre polonais de Poznań (Teatr Polski w Poznaniu).

Des voix sereines, vraiment ? Il ne faut pas y croire. À entendre – et à voir – l’interprétation d’Ewa Demarczyk, tendue d’inquiétude comme souvent, on y croit moins encore.

Ewa DemarczykCanción de las voces serenas. Poème de Jaime Torres Bodet ; Andrzej Zarycki, musique.
Ewa Demarczyk, chant ; instrumentistes non identifiés. À titre indicatif, voici la distribution instrumentale du récital enregistré au Théâtre juif de Varsovie (Teatr Żydowski w Warszawie) en décembre 1979 et publié en 1982 sous le titre Live : Andrzej Zarycki, Roman Opuszyński, piano ; Zbigniew Paleta, premier violon ; Witold Swoboda, violon ; Zenon Łacny, violoncelle ; Janusz Kopytko, contrebasse ; Andrzej Modrzejewski, guitare ; Adam Pukalak, batterie ; Andrzej Zarycki, direction musicale.
Captation : Poznań (Pologne), Teatr Polski w Poznaniu, mai 1980.
Vidéo : TVP (Telewizja Polska), production. Pologne, 1980.

Se nos ha ido la tarde
en cantar una canción,
en perseguir una nube
y en deshojar una flor.
À chanter une chanson,
à poursuivre un nuage
et à effeuiller une fleur,
notre après-midi est passée.
Se nos ha ido la noche
en decir una oración,
en hablar con una estrella
y en morir con una flor.
À dire une prière,
à parler avec une étoile
et à mourir avec une fleur,
notre nuit est passée.
Y se nos irá la aurora
en volver a esa canción,
en perseguir otra nube
y en deshojar otra flor.
Et à reprendre cette chanson,
à poursuivre un autre nuage
et à effeuiller une autre fleur,
notre aurore passera.
Y se nos irá la vida
sin sentir otro rumor
que el del agua de las horas
que se lleva el corazón…
Et sans autre rumeur
que celle de l’eau des heures
qui emporte nos cœurs
notre vie s’en ira…
Jaime Torres Bodet (1902-1974) • Canción de las voces serenas. Dans : Nuevas canciones (1923, 1ère publication).
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Jaime Torres Bodet (1902-1974) • Chanson des voix sereines, traduit de Canción de las voces serenas. Dans : Nuevas canciones (1923, 1ère publication), par L. & L.

Quand reverrons-nous l’Italie ?

16 mars 2020

Si nous la revoyons.

Gianni Emilio Simonetti. Mutica, Dadaismutt (1966). Détail. Technique mixte sur carton. Collection commune Gino di Maggio. Exposition Viva Gino ! Une vie dans l’art, musée des Abattoirs, Toulouse, 2020.

Gianni Emilio Simonetti • Mutica, Dadaismutt (1966). Détail. Technique mixte sur carton. Collection commune Gino di Maggio. Exposition Viva Gino ! Une vie dans l’art, musée des Abattoirs, Toulouse, 2020.

Michelangelo Antonioni (1912-2007)L’Eclisse. Extrait. Michelangelo Antonioni, réalisation ; Michelangelo Antonioni, Tonino Guerra, Ottiero Ottieri et Elio Bartolini, scénario ; Giovanni Fusco, musique ; Monica Vitti (Vittoria), Alain Delon (Piero), Francisco Rabal (Riccardo)…, acteurs. Pays de production : Italie et France.
Titre français : L’Éclipse.
Sortie : Italie et France, 1962.

Immortalité

15 mars 2020

Αθανασία [Athanasía] signifie « Immortalité ». La chanson de Mános Hadjidákis (1925-1994) qui porte ce titre, composée sur un poème de Níkos Gátsos (1911 ou 1914-1992), est extraite d’un album conçu et dirigé par Hadjidákis lui-même, paru en 1976 et auquel elle donne son titre. Elle y était interprétée par Dímitra Galáni (on peut l’entendre à la fin du billet). On ne saurait cependant ignorer cette vibrante version de l’incomparable Fléry Dandonáki, avec un accompagnement de piano probablement exécuté par Hadjidákis.


Φλέρυ Νταντωνάκη [Fléry Ntantōnákī] (Fléry Dandonáki) (1937-1998)Αθανασία [Athanasía]. Poème de Νίκος Γκάτσος [Níkos Gkátsos] (Níkos Gátsos) ; Μάνος Χατζιδάκις [Mános Chatzidákis] (Mános Hadjidákis), musique.
Φλέρυ Νταντωνάκη [Fléry Ntantōnákī] (Fléry Dandonáki), chant ; [Μάνος Χατζιδάκις [Mános Chatzidákis] (Mános Hadjidákis) ?], piano.
Grèce, 1980 ?

Τι ζητάς Άθανασία στο μπαλκόνι μου μπροστά,
δε μου δίνεις σημασία κι η καρδιά μου πώς βαστά.
Σ’ αγαπήσανε στον κόσμο βασιλιάδες, ποιητές,
κι ένα κλωναράκι δυόσμο δεν τους χάρισες ποτές.
Que cherches-tu là, devant, sur mon balcon, Athanasia ?
Tu ne me prêtes aucune attention et pourtant, comme mon cœur t’est fidèle !
Les rois et les poètes du monde entier t’ont chérie
Mais toi, tu ne leur as jamais offert le moindre brin de menthe.
Είσαι σκληρή σαν του θανάτου τη γροθιά,
μα ‘ρθαν καιροί που σε πιστέψαμε βαθιά.
Κάθε γενιά δική της θέλει να γενείς,
Ομορφονιά που δε σε κέρδισε κανείς.
Tu es dure comme les griffes de la mort
Il y eut pourtant des époques où nous avons tout espéré de toi,
Chaque génération a voulu faire de toi sa jeune femme
Aucune jamais n’a pu te conquérir.
Τι ζητάς Άθανασία στο μπαλκόνι μου μπροστά,
ποια παράξενη θυσία η ζωή να σου χρωστά.
Ήρθαν διψασμένοι Κροίσοι, ταπεινοί προσκυνητές,
κι απ’ του κήπου σου τη βρύση δεν τους δρόσισες ποτές.
Que cherches-tu là, devant, sur mon balcon, Athanasia ?
De quel étrange sacrifice la vie t’est-t-elle redevable ?
Assoiffés, des Crésus comme d’humbles pèlerins sont venus vers toi
Mais tu ne leur a pas permis de boire à la fontaine de ton jardin.
Είσαι σκληρή σαν του θανάτου τη γροθιά,
μα ‘ρθαν καιροί που σε πιστέψανε βαθιά.
Κάθε γενιά δική της θέλει να γενείς,
Ομορφονιά που δε σε κέρδισε κανείς.
Tu es dure, comme les griffes de la mort
Il y eut pourtant des époques où nous avons tout espéré de toi,
Chaque génération a voulu faire de toi sa jeune femme,
Aucune jamais n’a pu te conquérir.
Νίκος Γκάτσος (1911 ou 1914-1992). Αθανασία [Athanasía] (vers 1976). Νίκος Γκάτσος [Níkos Gátsos] (1911 ou 1914-1992). Athanasía (Immortalité), trad. de Αθανασία [Athanasía] (vers 1976) par projethomere.com (avec quelques retouches). Source : stixoi.info.

Δήμητρα Γαλάνη [Dímītra Galánī]Αθανασία [Athanasía]. Poème de Νίκος Γκάτσος [Níkos Gkátsos] (Níkos Gátsos) ; Μάνος Χατζιδάκις [Mános Chatzidákis] (Mános Hadjidákis), musique.
Δήμητρα Γαλάνη [Dímītra Galánī], chant ; Θανάσης Πολυκανδριώτης [Thanásīs Polykandrótīs], bouzouki ; Γεράσιμος Μηλιαρέσης [Gerásimos Mīliarésīs], Δημήτρης Φάμπας [Dīmítrīs Fámpas], guitare ; Ανδρέας Ροδουσάκης [Andréas Rodousákīs], basse ; Αλίκη Κρίθαρη [Alíkī Krítharī], harpe ; Δημήτρης Βράσκος [Dīmítrīs Vráskos], mandoline ; Λευτέρης Ψωμιάδης [Levtérīs Psōmiádīs], piano ; Μάνος Χατζιδάκις [Mános Chatzidákis] (Mános Hadjidákis), direction.
Extrait de l’album Αθανασία / Μάνος Χατζιδάκις, Νίκος Γκάτσος. Grèce, 1976.

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