Aller au contenu principal

La chanson du dimanche [13]

27 mars 2022

La chanson de ce dimanche est une adaptation en langue anglaise de Mon légionnaire, popularisée par Édith Piaf. Dans cette langue-là, « légionnaire » s’écrit : legionnaire et se prononce : « lijonai’e » ; excès d’acides gras saturés dans l’alimentation, probablement. À ce détail près, le texte anglais est extrêmement fidèle à l’original de Raymond Asso — qui n’était pas encore le mentor et l’amant d’Édith lorsqu’il l’a écrit.

Quant à Ellen Foley, c’est une actrice et une chanteuse américaine. En 1981, année de la parution de l’album Spirit Of St. Louis dont est tiré My legionnaire, Ellen Foley avait pour compagnon Mick Jones, l’un des quatre membres du groupe punk anglais The Clash. Mick Jones est le producteur de l’album et y accompagne la chanteuse, flanqué de ses trois compagnons : Joe Strummer, Paul Simonon et Topper Headon.

Ellen Foley (née en 1951)My legionnaire. Carlene Mair, paroles anglaises ; Marguerite Monnot, musique. Adaptation de Mon légionnaire. Raymond Asso, paroles originales françaises.
Ellen Foley, chant ; The Clash (Mick Jones, guitare, chœurs ; Joe Strummer, guitare ; Paul Simonon, basse ; Topper Headon, batterie) ; Mickey Gallagher, claviers ; Tymon Dogg, violon ; John Turnbull, guitare ; Norman Watt-Roy, basse ; Davey Payne, saxophone.
Extrait de l’album Spirit Of St. Louis / Ellen Foley. ℗ 1981.

On ne saurait bien sûr évoquer Mon légionnaire sans en entendre la version originale, créée en 1936 non par Édith Piaf, mais par la grande Marie Dubas.

Marie Dubas (1894-1972)Mon légionnaire. Raymond Asso, paroles ; Marguerite Monnot, musique.
Marie Dubas, chant ; accompagnement d’orchestre ; Marcel Cariven, direction.
Première publication : France, 1936.

Fado da Loucura. 3. Miscellanées

26 mars 2022

Un dernier petit quelque chose sur le Fado Loucura, qui semble si prisé des fadistes contemporains — surtout, cela a été dit, combiné au poème Sou do fado.

Après avoir rendu hommage à l’œuvre d’Amália Rodrigues (Amália, album de 2013), le pianiste de jazz Júlio Resende a tenu à célébrer le fado en général dans son album suivant, enregistré en public et publié en 2015 sous le titre Fado & further. Dans sa courte introduction au Fado Loucura, on l’entend faire référence à Carlos do Carmo avant de citer ces vers extraits de Sou do fado : « E se vocês / Não estivessem a meu lado, / Então, não havia fado, / Nem fadistas como eu sou! » (« Et si / Vous n’étiez pas à mes côtés, / Alors il n’y aurait pas de fado, / Ni de fadistes comme moi ! »).

Júlio ResendeFado Loucura / Sou do fado. Júlio Resende, improvisation ; Júlio Campos de Sousa, musique originale (Fado Loucura) ;.
Júlio Resende, piano. Enregistrement public, 2014 ou 2015.
Extrait de l’album Fado & further / Júlio Resende. Portugal : Edições Valentim de Carvalho, ℗ 2015.

Amália vouait une très grande admiration à Oum Kalsoum et ne manquait pas de souligner la parenté qui, selon elle, unissait le fado et les musiques arabes. Elle aurait probablement été charmée par la performance de Ferdaous, jeune chanteuse marocaine originaire de Meknès, qui mélange le Fado loucura (Sou do fado) et une chanson sur un « mouachah » en langue arabe — dans un arrangement qui ne la sert guère.

FerdaousSou do fado. لما بدا يتثنى [Lamaa bada yatathanaa]. Frederico de Brito, paroles ; Júlio Campos de Sousa, musique (Fado Loucura).
Ferdaous, chant ; Karim Slaoui, arrangement. Enregistrement public, lieu et date non précisés.
Vidéo : aucune indication de production. 2018 (mise en ligne).

Pour revenir vers le fado proprement dit, voici un exemple de réemploi de la musique originelle du Fado loucura sur un texte entièrement neuf, qui ne fait aucune référence au thème de la « folie ». Fernando Farinha (1929-1988), né dans le quartier de Bica, à Lisbonne, a chanté le fado dès l’enfance — ce qui lui a valu le surnom de « o miúdo da Bica » (« le môme de Bica »). Dans Belos tempos, dont il a écrit les paroles, il se souvient de cette « belle époque » et des maîtres du fado d’alors, au premier rang desquels le grand guitariste Armando Freire (1891-1946), dit Armandinho.

Fernando Farinha (1929-1988)Belos tempos. Fernando Farinha, paroles ; Júlio Campos de Sousa, musique (Fado Loucura).
Fernando Farinha, chant ; ensemble de guitares de Raúl Nery.
Portugal : Edições Valentim de Carvalho, ℗ 1960.

Mer

23 mars 2022

Erice (Sicile, Italie), 10 mai 2012
Erice (Sicile, Italie), 10 mai 2012

Une chanson, en passant.

Françoise HardyMer. Françoise Hardy & Tuca (Valeniza Zagni da Silva), paroles & musique.
Françoise Hardy, chant ; Tuca, guitare ; Francis Moze, Guy Petersen, basse ; Raymond Donnez & Tuca, arrangements. Enregistrement : Paris, studios CBE & Davout.
Extrait de l’album Françoise Hardy. Autre titre : La question / Françoise Hardy. France, ℗ 1971.

Mer
Mon cœur pèse des tonnes
Et mon corps s’abandonne
Si léger à la mer
La mer pleure ses vagues
Qui ont un goût de larmes
Et s’en vont, éphémères
Se perdre en la terre
Se fondre à la terre

Mer
Magique, originelle
Dans son rythme essentiel
Le ventre de la mer
Vous garde pour vous jeter
Dans un monde desséché
Qui n’est fait que de terre
Où je n’ai jamais
Su ce qu’il faut faire

Et la vague danse et joue
Puis se brise
Et la mer, tout à coup
Devient grise
Mon amour est si lourd à porter
Je voudrais doucement me coucher

Dans la mer
Magique, originelle
Dans son rythme essentiel
Je voudrais que la mer
Me reprenne pour renaître
Ailleurs que dans ma tête
Ailleurs que sur la terre
Où sans mon amour
Je ne peux rien faire
Françoise Hardy (née en 1944). Mer (1971)

.

.

Penmarc'h (Finistère, Bretagne, France), 30 août 2017

La chanson du dimanche [12]

20 mars 2022

Probable que la chanson et le clip paraîtraient aujourd’hui d’assez mauvais goût. Mais tout était tellement différent, il y a quarante ans…

1980 : délivrée de Franco depuis novembre 1975, l’Espagne revit. Madrid s’abandonne avec délices à une effervescence culturelle irrésistible connue sous le nom de Movida madrileña, tandis qu’apparaissent dans le pays les inévitables stigmates du consumérisme. Le clip de Horror en el hipermercado, premier disque d’Alaska y los Pegamoides, un groupe de style new wave qui venait d’apparaître, a été tourné en 1980 dans le premier hypermarché de Madrid.

Alaska y los PegamoidesHorror en el hipermercado. Carlos Berlanga (Carlos García-Berlanga) & Nacho Canut (Ignacio Canut Guillén), paroles & musique.
Alaska y los Pegamoides, groupe instrumental et vocal. Espagne, ℗ 1980.
Vidéo : Aucune information de production. Tourné à Madrid en 1980.

Empujando mi carrito
Lleno de Quench y Mielitos
Mari Pili va muy mona
Con su faldita de goma

Je pousse mon caddie
Rempli de Quench y Mielitos
Mari Pili est super
Avec sa minijupe en latex
Terror en el hipermercado
Horror en el ultramarinos
Mi chica ha desaparecido
Y nadie sabe cómo ha sido, no

Terreur à l’hypermarché
Horreur au rayon épicerie
Ma nana a disparu
Et personne ne sait comment.
Mari Pili rica, guapa
De bonito ni una lata
Ven deprisa, ven corriendo
Yo te espero en complementos

Mari Pili, super belle
Mince, y a plus de thon en boîte
Viens vite, cours,
Je t’attends au rayon accessoires
Terror en el hipermercado
Horror en el ultramarinos
Mi chica ha desaparecido
Y nadie sabe cómo ha sido, no

Terreur à l’hypermarché
Horreur au rayon épicerie
Ma nana a disparu
Et personne ne sait comment.
Llevo horas esperando
Mari Pili está tardando
Esta chica no coordina
Mari Pili, ven, monina

Ça fait des heures que j’attends
Mari Pili n’arrive pas
Elle est complètement déstructurée
Mari Pili, arrive, ma jolie !
Terror en el hipermercado
Horror en el ultramarinos
Mi chica ha desaparecido
Y nadie sabe cómo ha sido, no

Terreur à l’hypermarché
Horreur au rayon épicerie
Ma nana a disparu
Et personne ne sait comment.
¿De quién es esta cabeza?
Este brazo, esta pierna
Ay, Mari Pili, ¿eres tú?
Ay, ¡qué disgusto! Ay, ¡qué cruz!

À qui elle est, cette tête ?
Et ce bras ? Et cette jambe ?
Mari Pili, c’est toi ?
Ah quelle galère !
Carlos Berlanga (1959-2002) & Nacho Canut (né en 1957). Horror en el hipermercado (1979)
Carlos Berlanga (1959-2002) & Nacho Canut (né en 1957). Horreur à l’hypermarché, traduit par L. & L. de : Horror en el hipermercado (1979)

Fado da Loucura. 2. « É loucura »

19 mars 2022

O mundo a rir,
A rir às gargalhadas,
Não tem dó das desgraçadas
Que morrem cantando o fado!

Joaquim Frederico de Brito (1894-1977). É loucura, que eu bem sei (192. ?)

Ce monde qui rit,
Qui rit aux éclats,
N’a nulle pitié des malheureuses
Qui meurent en chantant le fado !

Je ne suis pas parvenu à dater l’apparition de chacune des trois versions du Fado loucura signées de Frederico de Brito ; je ne sais pas non plus avec certitude non plus qui les a créées. Pour la première seule les choses semblent assez claires : cette version date de la fin des années 1920 et elle a été créée par la propre sœur de Júlio de Sousa (le compositeur de la pièce) : Maria Amélia de Sousa (1908-1987), dite Mariamélia. Il en existe un enregistrement publié en 1930. Voici (il faut tendre l’oreille ; le son, transféré d’un disque 78 t en piètre état, est mauvais) :

Mariamélia (Maria Amélia de Sousa, 1908-1987)É loucura, que eu bem sei. Joaquim Frederico de Brito, paroles (couplets) ; Júlio Campos de Sousa, paroles (refrain) & musique (Fado Loucura).
Mariamélia, chant ; accompagnement de guitare portugaise et de guitare.
1ère publication : Portugal, 1930.

Voilà un style de chant bien différent de celui d’artistes telles qu’Amália Rodrigues ou de Maria Teresa de Noronha, dont les débuts ne se produisent pourtant que dix ans plus tard. Le timbre, de même que cette légère emphase dans la diction, sonnent très datés (on trouve des caractéristiques analogues dans la chanson française de la même époque). En outre la chanteuse, qui imite parfois le « gémissement » caractéristique de la guitare portugaise, donne presque l’impression d’accompagner les guitaristes plutôt que l’inverse.


É loucura,
Que eu bem sei,
O ter andado à procura
De alguém que nunca encontrei.

C’est folie,
Je le sais,
D’avoir tant cherché
Quelqu’un que je n’ai jamais trouvé.

Sorte vil,
Que eu lamento.
Até o meu céu de anil
Se tinge a cada momento.

Sort infâme
Que je déplore !
Mon ciel lui-même
S’assombrit jusqu’à l’indigo.

Chorai, chorai,
Guitarras da minha terra,
Que o vosso pranto encerra
As mágoas do passado!

Pleurez, pleurez,
Guitares de mon pays,
Car votre plainte recèle
Les peines du passé !

O mundo a rir,
A rir às gargalhadas,
Não tem dó das desgraçadas
Que morrem cantando o fado!

Ce monde qui rit,
Qui rit aux éclats,
N’a nulle pitié des malheureuses
Qui meurent en chantant le fado !

No meu rosto,
Tenho escrito
O mais profundo desgosto
Por este viver maldito.

Dans mon cœur
Est gravée
La plus profonde aversion
Pour cette vie maudite.

Pobre louca,
Trago em vão
O riso a bailar na boca
E o pranto no coração.

Pauvre folle !
C’est en vain
Que j’ai le sourire aux lèvres
Et les larmes au cœur !
Joaquim Frederico de Brito (1894-1977) & Júlio de Sousa (1906-1966). É loucura, que eu bem sei (192. ?)
Joaquim Frederico de Brito (1894-1977) & Júlio de Sousa (1906-1966). C’est folie, je le sais, traduit par L. & L. de : É loucura, que eu bem sei (192. ?)

De cette première version en dérive une autre, connue surtout par l’interprétation de Lucília do Carmo (1919-1998) — la mère de Carlos do Carmo —, qui l’a enregistrée en 1960. Elle la fait entendre ici, dans son style singulier, direct et presque bourru, anti-amálien au possible, lors d’un gala donné en hommage au fadiste Filipe Pinto en 1962, auquel participaient en outre Amália Rodrigues, Alfredo Marceneiro, Fernando Farinha et Filipe Pinto lui-même.

Lucília do Carmo (1919-1998)É loucura querer-te bem. Joaquim Frederico de Brito, paroles ; Júlio Campos de Sousa, musique (Fado Loucura).
Lucília do Carmo, chant ; Ilídio dos Santos, guitare portugaise ; Orlando Silva, guitare. Enregistrement public, dans le cadre du spectacle donné en hommage à Filipe Pinto au théâtre Tivoli, Lisbonne, le 29 novembre 1962.
Extrait de l’album Tivoli 62. 1ère publication : Portugal, 2015.


É loucura
Querer-te bem.
Sou irmã da desventura
Tinhas razão, minha mãe!

C’est folie
De t’aimer.
Je suis la sœur de l’infortune,
Tu avais raison, maman !

É loucura
Adorar-te,
Estar sedenta de ternura
Sem mesmo poder beijar-te.

C’est folie
De t’adorer,
D’être assoiffée de tendresse,
Sans même pouvoir t’embrasser.

Chorai, chorai,
Guitarras da minha terra,
O vosso pranto encerra
Minha vida amargurada.

Pleurez, pleurez,
Guitares de mon pays,
Car votre plainte recèle
Ma vie de tourments.

E se é loucura
Amar-te desta maneira,
Quer eu queira, quer não queira
Não posso amar-te calada!

Et s’il est folie
De t’aimer à ce point,
Que je le veuille ou non,
Je ne peux taire cet amour.

Hei-de ser
Sempre tua,
Hei-de subir e descer
Os degraus da tua rua.

Je t’aimerai
Toujours,
Sans cesse je parcourrai
Les escaliers de ta rue.

Adorado,
Serei louca,
Mas a loucura é bem pouca
Para o que tenho passado.

Mon adoré,
Je serai folle.
Mais la folie n’est rien
Au regard de ce que j’ai souffert.
Joaquim Frederico de Brito (1894-1977). É loucura, querer-te bem (1930)
Joaquim Frederico de Brito (1894-1977). C’est folie de t’aimer, traduit par L. & L. de : É loucura, querer-te bem (1930)

Fado da Loucura. 1. « Sou do fado »

18 mars 2022

Chorai, chorai,
Poetas do meu país,
Troncos da mesma raíz,
Da vida que nos juntou.

Joaquim Frederico de Brito (1894-1977). Sou do fado (19.. ?)

Pleurez, pleurez,
Poètes de mon pays,
Troncs nés de la même racine,
De cette vie qui nous a réunis.

Ce nom : Fado da loucura (« Fado de la folie »), semble résonner avec l’horreur du monde présent ; par bonheur il ne s’agit ici que de « folie » existentielle. Quoique ancien — sa composition par Júlio de Sousa (1906-1966) remonte à 1930 —, ce fado a connu à partir des années 2000 un regain de vogue auprès des vedettes du fado commercial : Mariza et Ana Moura notamment.

Ana MouraLoucura (Sou do fado). Joaquim Frederico de Brito, paroles ; Júlio Campos de Sousa, musique (Fado Loucura).
Ana Moura, chant ; Custódio Castelo, guitare portugaise ; Jorge Fernando, guitare ; Filipe Larsen, basse acoustique.
Vidéo : Aucune information de production. Capté lors d’un spectacle donné au CCB (Centro cultural de Belém), Lisbonne, en 2007.

Comme tous les fados dits « traditionnels », ou « castiços » (« authentiques »), la musique du Fado Loucura a subi de multiples réemplois sur les textes les plus divers. Cependant trois de ces textes, dont celui de la version originale, sont l’œuvre du même homme : Frederico de Brito (1894-1977) dit « Britinho », un auteur-compositeur de renom qui travaillait pour le gratin des artistes de son époque. Les trois ont pour thème une « folie » et leurs refrains commencent par la même injonction : « Chorai, chorai » (« Pleurez, pleurez »), en écho à la célèbre complainte sur la mort de Maria Severa (1820-1846), fadiste mythique du XIXe siècle : « Chorai, fadistas, chorai / Que a Severa já morreu » (« Pleurez, fadistes, pleurez / Car voici que la Severa est morte » [Teófilo Braga, Fado da Severa, 1848]).

Ana Moura, lors de ce concert donné à Lisbonne en 2007 où elle est accompagnée à la guitare portugaise par l’excellent mais toujours histrionique Custódio Castelo, interprète le Fado Loucura dans l’une de ces trois versions, celle qui est aujourd’hui la plus connue : « Sou do fado » (« J’appartiens au fado »).


Sou do fado!
Como sei!
Vivo um poema cantado,
De um fado que eu inventei.

J’appartiens au fado,
Je le sais !
Ma vie est un poème chanté,
Un fado que j’ai inventé.

A falar,
Não posso dar-me,
Mas ponho a alma a cantar,
E as almas sabem escutar-me.

Quand je parle
Je ne sais rien dire,
Mais dans le chant mon âme se livre
Et les âmes savent l’écouter.

Chorai, chorai,
Poetas do meu país,
Troncos da mesma raíz,
Da vida que nos juntou.

Pleurez, pleurez,
Poètes de mon pays,
Troncs nés de la même racine,
De cette vie qui nous a réunis.

E se vocês
Não estivessem a meu lado,
Então, não havia fado,
Nem fadistas como eu sou!

Et si
Vous n’étiez pas à mes côtés,
Alors il n’y aurait pas de fado,
Ni de fadistes comme moi !

Esta voz,
Tão dolorida,
É culpa de todos vós,
Poetas da minha vida.

Cette douleur
Dans ma voix
Vient de vous,
Poètes de ma vie.

É loucura!
Oiço dizer,
Mas bendita esta loucura,
De cantar e de sofrer.

J’entends dire :
C’est de la folie !
Mais bénie soit cette folie
De chanter et de souffrir.
Joaquim Frederico de Brito (1894-1977). Sou do fado (19.. ?)
Joaquim Frederico de Brito (1894-1977). J’appartiens au fado, traduit par L. & L. de : Sou do fado (19.. ?)

Cette version, probablement créée par Berta Cardoso (1911-1997) puis enregistrée en 1963 par Carlos do Carmo, sonne comme une profession de foi fadiste, dont l’usage par certains artistes relève d’ailleurs de la célèbre méthode Coué. Son texte reprend un des lieux communs d’un certain type de fado, le « fado-destin », selon lequel « l’être fadiste » serait une grâce — ou une pathologie — congénitale. C’est à dire que, à l’inverse de la célèbre déclaration de Simone de Beauvoir relative à la féminité, on ne deviendrait pas fadiste : on naîtrait tel, ou telle. « Como se nasce poeta / Também se nasce fadista » (« Comme on naît poète, / De même on naît fadiste »), entend-on par exemple dans le Fado da Adiça créé en 1956 par Amália Rodrigues, qui confirme d’ailleurs la communauté de destin entre fadistes et poètes, « troncs nés de la même racine ».

Voici trois autres interprétations de Sou do fado. L’une (la plus belle, selon moi), par Carlos Zel. La seconde, par Mísia sur son premier album (1991), qui s’embarrasse encore d’afféteries. La troisième est celle de Carlos do Carmo à laquelle il a été fait référence plus haut. Il effectuait lui aussi ses débuts discographiques, pour lesquels il est malheureusement accompagné par un orchestre de variétés.

Carlos Zel (1950-2002)Loucura (Sou do fado). Joaquim Frederico de Brito, paroles ; Júlio Campos de Sousa, musique (Fado Loucura).
Carlos Zel, chant ; [António Chaínho, guitare portugaise ; Nel Garcia ?, guitare].
Vidéo : Extrait d’une émission de télévision non identifiée. Production : Portugal, RTP (Rádio e Televisão de Portugal), 19??.

MísiaLoucura (Sou do fado). Joaquim Frederico de Brito, paroles ; Júlio Campos de Sousa, musique (Fado Loucura).
Mísia, chant ; António Chaínho, guitare portugaise ; Carlos Proença, guitare ; Pedro Nóbrega, basse acoustique.
Extrait de l’album Mísia. Portugal, ℗ 1991.

Carlos do Carmo (1939-2021)Loucura (Sou do fado). Joaquim Frederico de Brito, paroles ; Júlio Campos de Sousa, musique (Fado Loucura).
Carlos do Carmo, chant ; Orquestra de Joaquim Luiz Gomes.
Première publication dans le disque 45t Loucura ; Estranha forma de vida ; Lisboa casta princesa ; Viela / Carlos do Carmo. Portugal, ℗ 1963.

La chanson du dimanche [11]

27 février 2022

La chanson de ce dimanche nous vient de la lointaine année 1939.

Damia (1889-1978)Le vent m’a dit une chanson. André Mauprey (André-Jacques Bloch), paroles françaises ; Lothar Brühne, musique. Adaptation de Der Wind hat mir ein Lied erzählt. Bruno Balz, paroles originales allemandes.
Damia, chant ; accompagnement d’orchestre.
France, 1939.

Le vent m’a dit une chanson est une adaptation française, interprétée par la grande Damia, de Der Wind hat mir ein Lied erzählt, créée par l’actrice et chanteuse suédoise Zarah Leander dans La habanera, le dernier film réalisé en Allemagne par Detlef Sierck (1897-1987) avant son exil aux États-Unis, où il sera connu sous le nom de Douglas Sirk.

La Habanera (1937). Extrait. Detlef Sierck (Douglas Sirk), réalisation ; Gerhard Menzel, scénario & dialogues ; Lothar Brühne & Ernst Holder, musique.
Distribution : Zarah Leander (Astrée Sternhjelm) ; Julia Serda (Ana Sternhjelm) ; Ferdinand Marian (Don Pedro de Ávila)…
Production : Allemagne : Universum Film AG (UFA), 1937. Sortie : 1937 (Allemagne) ; 1938 (France).
Chanson :

Der Wind hat mir ein Lied erzählt. Bruno Balz, paroles ; Lothar Brühne , musique ; d’après La paloma, Sebastián Iradier, musique.
Zarah Leander, chant ; Ufa-Tonfilm-Orchester.
Allemagne, ℗ 1937.


Allein bin ich in der Nacht,
meine Seele wacht und lauscht.
Oh! Herz, hörst du, wie es klingt,
in den Palmen singt und rauscht.

Je suis seule dans la nuit,
Mon âme veille et écoute.
Oh mon cœur, entends-tu cette musique
Qui chante et se presse dans les palmiers ?

Der Wind hat mir ein Lied erzählt
von einem Glück, unsagbar schön.
Er weiß, was meinem Herzen fehlt,
für wen es schlägt und glüht.
Er weiß, für wen.
Komm, komm, ach!
Der Wind hat mir ein Lied erzählt,
von einem Herzen, das mir fehlt.

Le vent m’a dit une chanson
D’un bonheur d’une ineffable beauté.
Il sait ce que ressent mon cœur,
Et pour qui il bat et s’illumine.
Il sait pour qui.
Viens, viens, ah !
Le vent m’a dit une chanson
D’un cœur absent.

Am Meer stand ich abends oft
und ich hab’ gehofft, auf was?
Ich sah bunten Vögeln nach — ach,
mein Glück zerbrach wie Glas!

Le soir, près de la mer,
J’ai souvent espéré — mais quoi ?
Je contemplais les oiseaux multicolores
Ah ! Mon cœur s’est brisé comme du verre.

Der Wind hat mir ein Lied erzählt
von einem Glück, unsagbar schön.
Er weiß, was meinem Herzen fehlt,
für wen es schlägt und glüht.
Er weiß, für wen.
Komm, komm!

Le vent m’a dit une chanson
D’un bonheur d’une ineffable beauté.
Il sait ce que ressent mon cœur,
Et pour qui il bat et s’illumine.
Il sait pour qui.
Viens, viens !

Ach! Der Wind hat mir ein Lied erzählt,
von einem Herzen, das mir fehlt.
Der Wind …

Ah ! Le vent m’a dit une chanson
D’un cœur absent.
Le vent…
Bruno Balz (1902-1988). Der Wind hat mir ein Lied erzählt (1937)
.
Bruno Balz (1902-1988). Le vent m’a dit une chanson, traduit par L. & L. de : Der Wind hat mir ein Lied erzählt (1937)

Canção de Alcipe • Mísia, Carlos Paredes

21 février 2022

Sozinha no bosque fui
Com meus tristes pensamentos,
Lá calei minhas saudades
E fiz trégua aos meus tormentos.

Leonor de Almeida Portugal, 4e marquise d’Alorna, dite « Alcipe » (1750–1839). Adaptation Vasco Graça Moura. Canção de Alcipe, d’après la « cantiga » Sózinha no bosque…

Seule au bois je m’en fus
Avec mes tristes pensées.
J’y fis taire mes regrets,
J’y mis trêve à mes tourments.

Canção de Alcipe (« Chanson d’Alcipe ») provient d’un album déjà ancien, Canto, consacré en 2003 par Mísia au grand musicien, joueur de guitare portugaise de Coimbra, Carlos Paredes (1925-2004).

MísiaCanção de Alcipe. Vasco Graça Moura, paroles adaptées ; Afonso Correia Leite & Armando Rodrigues, musique. Paroles adaptées de Sózinha no bosque…, poème de Alcipe (Leonor de Almeida Portugal, 4e marquise d’Alorna ; 1750–1839).
Mísia, chant ; José Manuel Neto, guitare portugaise ; Carlos Manuel Proença, guitare ; Manuel Rocha, violon ; Quintette à cordes issu de la Camerata de Bourgogne (Jean-François Corvaisier, violon ; Laurent Lagarde, violoncelle ; Alain Pélissier & Valérie Pélissier, alto ; Pierre Sylvan, contrebasse) ; Henri Agnel, arrangement et direction.
Enregistrement : Waimes (Belgique), studio GAM, juin 2003.
Extrait de l’album Canto / Mísia. France, ℗ 2003.


Sozinha no bosque fui
Com meus tristes pensamentos,
Lá calei minhas saudades
E fiz trégua aos meus tormentos.

Seule au bois je m’en fus
Avec mes tristes pensées.
J’y fis taire mes regrets,
J’y mis trêve à mes tourments.

Olhei então para a Lua
Que as sombras já rasgava
E no tremular das águas
Seus raios soltava.

Alors je regardai la Lune
Qui déjà déchirait l’ombre
Et sur le tremblement des eaux
Répandait ses rayons.

Nessa torrente
da despedida
vejo assustada
a minha vida.

Dans ce torrent
Qui court vers sa fin,
Emplie de frayeur
Je contemple ma vie.

Do peito as dores
iam cessar,
voa a tristeza
torna o meu penar.

Les souffrances de mon cœur
Allaient prendre fin,
Vole la tristesse,
Dure ma peine.

Do peito as dores
iam cessar,
tornam tristezas
a voar.

Les souffrances de mon cœur
Allaient prendre fin,
Revoici la tristesse
Qui vole vers moi.
Leonor de Almeida Portugal, 4e marquise d’Alorna, dite « Alcipe » (1750–1839). Adaptation Vasco Graça Moura. Canção de Alcipe, d’après la « cantiga » Sózinha no bosque…
Leonor de Almeida Portugal, 4e marquise d’Alorna, dite « Alcipe » (1750–1839). Adaptation Vasco Graça Moura. Chanson d’Alcipe, traduit par L. & L. de : Canção de Alcipe, d’après la « cantiga » Sózinha no bosque…

À l’exception du splendide Verdes anos, que Paredes a composé en 1963 sur un poème de Pedro Tamen (1934-2021), les musiques retenues par Mísia étaient dépourvues de paroles. Elle s’est à l’époque adressée à Vasco Graça Moura (1942-2014), homme aux activités multiples, écrivain et traducteur (notamment de Racine et de Molière), pour lui en procurer.

Mais la Canção de Alcipe était un cas particulier. Cette jolie valse a d’abord été une musique composée pour un film de 1936 (Bocage, co-production luso-espagnole de Leitão de Barros). Le personnage principal en est le poète portugais Manuel Maria Barbosa du Bocage (1765-1805), autour duquel gravite entre autres Leonor de Almeida Portugal, 4e marquise d’Alorna (1750–1839), dite « Alcipe », peintre et aussi poétesse. Sur cette musique, plutôt que de composer des vers originaux, Vasco Graça Moura a adapté un poème « d’Alcipe » elle-même, une cantiga (« chanson », ou « romance ») sans titre, commençant ainsi : Sózinha no bosque / Com meus pensamentos / Calei as saudades / Fiz trégua aos tormentos (« Seule au bois / Avec mes pensées / Je fis taire mes regrets, / Je mis trêve à mes tourments. »).

Carlos Paredes n’est pas l’auteur de cette musique. Son père, Artur Paredes (1899-1980), en avait réalisé un arrangement pour guitare portugaise, que Carlos a adapté à son tour pour guitare portugaise et guitare classique (encore que les renseignements disponibles n’autorisent aucune certitude sur les responsabilités respectives de l’un et de l’autre quant au morceau enregistré par Carlos Paredes en 1987 : les indications portées sur l’album ne font état que des compositeurs de la musique originelle).

MísiaCarlos Paredes (1925-2004). Afonso Correia Leite & Armando Rodrigues, musique ; Carlos Paredes, arrangement pour guitare portugaise et guitare.
Carlos Paredes, guitare portugaise ; Fernando Alvim, guitare.
Enregistrement : Lisbonne, studio Angel II.
Extrait de l’album Espelho de sons / Carlos Paredes. Portugal, ℗ 1987.

La chanson du dimanche [10]

20 février 2022

Celle d’aujourd’hui nous vient d’Italie, une autre de nos voisines — nous en avons beaucoup, c’est une grande chance.

Io bacio… tu baci (1961). Extrait. Piero Vivarelli, réalisation ; Giovanni Addessi, Sergio Corbucci & Piero Vivarelli, scénario & dialogues ; Giulio Libano, musique.
Distribution : Mina (Marcella) ; Umberto Orsini (Paolo) ; Adriano Celentano (lui-même) ; Peppino di Capri (lui-même) ;
Tony Dallara (lui-même)…
Production : Italie : Giovanni Addessi Produzioni Cinematografiche, 1961. Sortie : 1961 (Italie).
Chanson :

Il cielo in una stanza. Gino Paoli, paroles & musique.
Mina (Mina Mazzini), chant ; Orchestra Tony De Vita ; Antonio De Vita, direction.
Italie, ℗ 1960.

Autre civilisation, autre coiffure. Quelle différence avec le chignon septentrional, n’est-ce pas ? Celui d’Italie bénéficie du legs d’une histoire artistique incomparable, la plus accomplie au monde. Pisanello, Botticelli, Raphaël, le Caravage,… — ou du moins leurs mémoires — ont contribué à cette coiffure raffinée. On pourrait même voir dans la mèche en virgule laissée libre sur la tempe gauche de la chanteuse — suprême élégance — une inspiration maniériste.

Le clip est extrait d’un film musical (un musicarello, genre exclusivement italien), Io bacio… tu baci (1961) réalisé par Piero Vivarelli et mettant en scène nombre de vedettes de l’époque. Mina, qui en est la vedette, y côtoie Adriano Celentano, Peppino di Capri, Tony Dallara et d’autres. Elle y chante notamment cette chanson, Il cielo in una stanza (« Le ciel dans une chambre »), de Gino Paoli, qui fut un énorme succès dès son lancement en 1960.


Quando sei qui con me
Questa stanza non ha più pareti
Ma alberi
Alberi infiniti


Quand tu es avec moi,
Cette chambre n’a plus de murs.
Elle a des arbres,
À l’infini.

Quando sei qui vicino a me
Questo soffitto viola
No, non esiste più
Io vedo il cielo sopra noi
Che restiamo qui
Abbandonati
Come se non ci fosse più
Niente, più niente al mondo

Quand tu es près de moi,
Ce plafond violet
N’existe plus.
C’est le ciel que je vois,
Au-dessus de nous,
Abandonnés
Comme s’il n’y avait plus
Rien, plus rien au monde.

Suona un’armonica
Mi sembra un organo
Che vibra per te e per me
Su nell’immensità del cielo

Un harmonica joue ;
On croirait un orgue
Qui vibre pour toi et pour moi
La-haut dans l’immensité du ciel.

Suona un’armonica
Mi sembra un organo
Che vibra per te e per me
Su nell’immensità del cielo
Per te e per me
Nel cielo

Un harmonica joue ;
On croirait un orgue
Qui vibre pour toi et pour moi
La-haut dans l’immensité du ciel,
Pour toi et pour moi,
Dans le ciel.
Gino Paoli. Il cielo in una stanza (1960).
.
Gino Paoli. Le ciel dans une chambre, traduit de : Il cielo in una stanza (1960) par L. & L.

Il cielo in una stanza a fait l’objet d’innombrables reprises, y compris des adaptations dans d’autres langues parmi lesquelles une regrettable version française enregistrée par l’épouse de l’antéprécédent président de la république. En voici une très récente, donnée par le duo Mahmood & Blanco lors du dernier Festival de Sanremo, il y a quelques semaines à peine.

Mahmood & BlancoIl cielo in una stanza. Gino Paoli, paroles & musique.
Mahmood & Blanco, chant ; Orchestre du Festival de Sanremo ; Michelangelo, direction.
Extrait audio de la 4e soirée du Festival di Sanremo 2022. Captation : Sanremo (Imperia, Italie), Teatro Ariston, 4 février 2022. Production : Italie, RAI, 2022.

.

.

Pisanello (Antonio di Puccio di Giovanni de Cereto ; 1395?–1455?). Détail. Portrait d'une princesse de la Maison d'Este (2e quart du XVe siècle). Musée du Louvre (Paris).

Amália Rodrigues • Sem razão (1957)

19 février 2022

Amália Rodrigues (1920-1999)Sem razão. Fernando Farinha, paroles ; Alberto Correia, musique (Fado Vanda).
Amália Rodrigues, chant ; Domingos Camarinha, guitare portugaise ; Santos Moreira, guitare.
Portugal, Alvorada, ℗ 1957.

L’enregistrement a été réalisé en 1957, probablement dans un studio de l’Emissora nacional (la radio publique portugaise, ancêtre de la RTP [Rádio e Televisão de Portugal]). À l’époque, Amália avait momentanément quitté la maison Valentim de Carvalho et travaillait avec divers autres éditeurs : Ducretet Thomson en France, ou Alvorada au Portugal, avec un son de qualité variable — mais j’aime beaucoup cette voix qu’elle avait dans les années 1950, accompagnée seulement par une guitare portugaise et une guitare. En 1957, âgée de 37 ans, elle est encore immergée dans le milieu du fado, où elle est considérée depuis longtemps comme un cas à part, quelqu’un qui ne fait rien comme tout le monde et qui chante à sa manière, avec une grande liberté. Les instrumentistes dont elle s’entourait alors sont dans la pure tradition du fado de Lisbonne.

La rencontre avec Alain Oulman — un homme totalement étranger au microcosme lisboète du fado —, qui se produit dans les coulisses de l’Olympia début 1959 et qui sera à l’origine d’une évolution profonde dans le répertoire, le style et la carrière de la fadiste, n’a pas encore eu lieu. Vers la fin de la décennie suivante l’effectif instrumental se renouvellera pour s’adapter aux compositions d’Oulman, produisant un son qui se rapprochera progressivement de la tradition de Coimbra. Dans le même temps, Amália préférera s’entourer d’un conjunto (ensemble) plus étoffé (deux guitares portugaises, une guitare, une basse acoustique).

Sem razão (« Sans raison ») est l’œuvre du même couple auteur-compositeur que Lugar vazio, interprété entre autres par Hermínia Silva : musique de Alberto Correia, paroles de Fernando Farinha (1929-1988), lui-même fadiste, surnommé toute sa vie o miúdo da Bica (« le gamin de la Bica »), après qu’il ait représenté son quartier de la Bica à un concours de fado à l’âge de neuf ans.


Meu amor não me perguntes o motivo
Da paixão que me tortura
A verdadeira paixão
Não tem razão
Nem se procura
É desgosto ou felicidade
Que chega em qualquer altura.

Mon amour, ne me demande pas la raison
De cette passion qui me torture.
La vraie passion
Est sans raison
Et il ne faut pas en chercher :
C’est du bonheur ou du chagrin
Qui tout à coup survient.

Porque gostei de ti, não sei,
Pois nada fiz
Para que te queira
Se o amor me prendeu,
Que culpa tenho eu
De querer-te
Desta maneira?

Pourquoi je t’aime, je n’en sais rien
Je n’ai rien fait
Pour t’aimer.
Si l’amour m’a empoignée,
Est-ce ma faute à moi
Si je t’aime
Ainsi ?

O amor não anda às ordens de ninguém
Aparece de surpresa
Só sei que assim que te vi,
Olhei para ti
E fiquei presa
Neste mundo ninguém sabe
Do amor a natureza.

L’amour n’obéit à personne,
Il vient par surprise.
Je sais seulement que, dès que je t’ai vu,
Je t’ai regardé
Et j’étais conquise.
Ici-bas, nul ne connaît
La nature de l’amour.

Ninguém sabe onde mora a sorte
Nem se adivinha
Um mau castigo
E o amor, quando vem
Não sabemos também,
A sorte
Que traz consigo

Nul ne sait où réside la chance
Et nul ne peut pressentir
Un mauvais sort.
Et lorsque l’amour surgit,
Nul ne peut savoir
Le destin
Qu’il porte en lui.
Fernando Farinha (1929-1988). Sem razão.
.
Fernando Farinha (1929-1988). Sans raison, traduit de : Sem razão par L. & L.

Voici une autre captation de Sem razão par sa créatrice, en direct à la radio française (probablement Paris-Inter) en mai 1957, c’est à dire l’année même de la réalisation de la version studio. Elle est extraite du très riche coffret de 5 CD Amália em Paris publié en 2020 par la maison Valentim de Carvalho pour le centenaire de la fadiste. Les instrumentistes sont les mêmes (Domingos Camarinha à la guitare portugaise, Santos Moreira à la guitare) et les deux versions sont très proches l’une de l’autre. Celle-ci est plus lente.

Amália Rodrigues (1920-1999)Sem razão. Fernando Farinha, paroles ; Alberto Correia, musique (Fado Vanda).
Amália Rodrigues, chant ; Domingos Camarinha, guitare portugaise ; Santos Moreira, guitare.
Enregistrement réalisé par une radio française (Paris-Inter ?), Paris, mai 1957. Extrait de : Amália em Paris. 2. Na rádio, dans le coffret Amália em Paris. Première publication : 2020.
Portugal, Valentim de Carvalho, ℗ 2020.

Par comparaison, la version récente (2018) de Sem razão par Maria Emília paraît affectée :

Maria EmíliaSem razão. Fernando Farinha, paroles ; Alberto Correia, musique (Fado Vanda).
Maria Emília, chant ; instrumentistes non identifiés.
Extrait de l’album Casa de fado / Maria Emília. Portugal, Valentim de Carvalho, ℗ 2018.

%d blogueurs aiment cette page :