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Amália, Mísia : deux compils pour Noël

21 décembre 2016

Voici 2 compilations — d’ailleurs pas absolument indispensables — qu’on peut s’offrir pour Noël ou pour une autre nuit. Se les faire remettre de préférence sous forme de CD : les couvertures des deux coffrets s’accordent parfaitement ensemble. On pourra les disposer l’un près de l’autre sur un meuble, une table de travail, un rayonnage de bibliothèque.

Mísia
Do primeiro fado ao último tango (2016)

Mísia. Do primeiro fado ao último tango (2016)Do primeiro fado ao último tango / Mísia, chant ; instrumentistes divers. — [Portugal] : Warner Music Portugal, ℗2016. — 2 CD.

Compilation d’enregistrements précédemment publiés.
Contient des extraits des albums : Mísia, ℗1991. — Fado, ℗1993. — Tanto menos tanto mais, ℗1995. — Garras dos sentidos, ℗1998. — Paixões diagonais, ℗1999. — Ritual, ℗2001. — Canto, ℗2003. — Drama box, ℗2005. — Ruas, ℗2009. — Senhora da noite, ℗2011. — Delikatessen café concerto, ℗2013. — Para Amália, ℗2015.

EAN 190295891541.

La pétulante Mísia marque ses 25 ans de carrière par une sélection de ses enregistrements réunis dans un double album intitulé Do primeiro fado ao último tango (« Du premier fado au dernier tango »).

Une véritable rétrospective, vu que les 40 titres qui la constituent ont été prélevés dans la totalité des albums publiés par la fadiste, depuis Mísia, apparu en 1991, alors que le Portugal gardait encore une forme de rancune à l’endroit du fado, jusqu’à Para Amália, hommage très personnel à la grande Amália Rodrigues publié l’an dernier. On passe donc à travers presque tous les genres abordés par l’éclectique artiste dans l’espace de ces 25 ans : chanson espagnole, française, mexicaine, rock, boléro, cha-cha-chá, tango… et surtout fado bien entendu. L’une des indiscutables qualités de Mísia est le goût très sûr qui la guide dans son choix de répertoire.

La disposition des morceaux, qui ne suit pas l’ordre chronologique, met en évidence les réussites (par exemple : les extraits du remarquable album Garras dos sentidos, 1998 ; ceux de Canto, 2003, étonnante mise en textes de musiques de Carlos Paredes — l’un des plus célèbres artistes de la guitare portugaise de Coimbra —, accompagnée par les instrumentistes habituels du fado renforcés par un quintette à cordes ; ou encore l’interprétation de Lágrima, d’Amália Rodrigues, en 2001) comme les ratages. Parmi ceux-ci : Yo soy María, de l’« opéra-tango » María de Buenos Aires, d’Astor Piazzolla et Horacio Ferrer, très insuffisant au regard de l’interprétation originale du même thème par l’incomparable Amelita Baltar. Drama box (2005), dont est tiré ce morceau, était d’ailleurs un album plutôt raté, dont on peut cependant sauver quelques titres parmi lesquels Ese momento, qui figure aussi sur la compilation. Et puis il y a les moments où l’oreille souffre de certaines duretés dans la voix, dont la justesse n’est pas toujours parfaite.

Mísia | Ese momento. Armando Manzanero, paroles et musique
Mísia, chant ; José Manuel Neto, guitare portugaise ; Carlos Manuel Proença, guitare classique ; Daniel Pinto, basse acoustique ; Luís Cunha, violon ; Ricardo Dias, piano, arrangements. Extrait de l’album Drama box, ℗2005.
Vidéo : pas d’informations. Production : France, Naive, 2005.

Amália Rodrigues
Amália canta Portugal (2016)

Amália Rodrigues. Amália canta Portugal (2016)Amália… canta Portugal / Amália Rodrigues, chant ; instrumentistes divers. — [Portugal] : Valentim de Carvalho, ℗2016. — 2 CD.

Compilation d’enregistrements précédemment publiés en : 1966, 1967, 1970, 1972, 1974, 1975 et de quelques enregistrements inédits (1965, 1966, 1967, 1969, 1972).
Contient notamment : Amália canta Portugal / accompagnement d’orchestre ; Joaquim Luís Gomes et Jorge Costa Pinto, arrangements et direction (enr. 1965, publ. 1966). — Amália canta Portugal 2 / accompagnement d’orchestre ; Joaquim Luís Gomes, arrangements et direction (enr. 1967, publ. 1971). — Amália canta Portugal III / José Fontes Rocha et Carlos Gonçalves, guitare portugaise ; Pedro Leal, guitare classique ; Joel Pina, basse acoustique (1972).

Valentim de Carvalho 0418-2. — EAN 5605231041829.

Valentim de Carvalho, le principal éditeur des enregistrements d’Amália Rodrigues, poursuit depuis quelques années une politique de réédition de l’héritage discographique de la fadiste, les albums originaux se trouvant le plus souvent augmentés de captations restées non publiées pour des raisons diverses : prises alternatives, répétitions, autres versions de morceaux publiés, et parfois — rarement — de véritables inédits. Le plus spectaculaire de ces projets (et le plus intéressant à ce jour) a été la nouvelle édition, en 2010, de Com que voz, l’album de 1970 considéré par beaucoup comme le sommet absolu de l’entière discographie du fado.

Amália canta Portugal rassemble en 2 CD les enregistrements de chansons traditionnelles ou à caractère traditionnel : ceux que la chanteuse et son éditeur appelaient ses disques de folclore, dont se détachent les trois albums 33t publiés de 1966 à 1972, tous intitulés Amália canta Portugal. Les deux premiers sont malheureusement gâchés par un accompagnement orchestral inapproprié. Le troisième, avec guitares portugaises et guitares, est splendide.

La brochure qui accompagne la compilation donne de précieux renseignements sur l’origine géographique de chacune des chansons et sur les recueils dont elles proviennent le cas échéant. On y apprend ainsi que le premier des trois albums est composé pour partie d’extraits d’un recueil de chansons transcrites et arrangées pour voix et piano, et de propositions d’Hugo Ribeiro, l’ingénieur du son de la maison Valentim de Carvalho (décédé récemment), dont Amália disait qu’il était le seul à capter correctement sa voix.

Le double CD, qui ne compte pas moins de 61 plages, ne se limite pas aux contenus originaux des trois albums de folclore. On y trouve en outre deux enregistrements publics inédits, l’un au Hollywood Bowl de Los Angeles en 1966 (4 morceaux issus du premier Amália canta Portugal), le second au monastère des Jerónimos de Lisbonne en 1969 (deux chansons extraites respectivement des Amália canta Portugal 1 et 2).

On pourrait penser qu’Amália Rodrigues et José Afonso relevaient de milieux, voire d’univers antagonistes. Le fait est. Amália a pourtant enregistré en 1970 Natal dos simples et Balada do sino, deux thèmes de Cantares do andarilho (1968), un album de José Afonso constitué de chansons à contenu crypto-politique pour lesquelles il avait employé un style d’écriture et de composition à la manière des chansons traditionnelles. On entend pour la première fois ces enregistrements, avec accompagnement de guitares. Ils ressemblent à des maquettes plutôt qu’à des versions destinées à la publication, mais tels quels ils sont préférables à ceux avec orchestre effectivement publiés la même année, présents également dans la compilation. Ils y précèdent le fameux Grândola, vila morena de 1974, dont on apprend que c’est Rui Valentim de Carvalho lui-même, le patron de la maison éponyme, qui a suggéré à Amália de l’enregistrer, juste après la Révolution des œillets. On s’étonne de pareil manque de discernement. Malgré sa beauté, ce Grândola-là n’a pas manqué de susciter les railleries à sa sortie.

À noter encore quelques inédits (dont Verde limão, souvent chanté sur scène en ouverture de récital, mais dont aucun enregistrement studio ne semblait exister) et des captations de sessions d’enregistrement qui constituent autant de courts documentaires sonores sur le travail de studio. On y entend les tâtonnements, les hésitations (« Ah je me suis trompée »), les échanges avec les guitaristes qu’Amália interpelle par leurs noms de famille (« Vous ne pensez pas, Fontes Rocha ? »).

Amália Rodrigues | Rosa Tirana. Paroles et musique traditionnelles (Nord du Portugal).
Amália Rodrigues, chant ; [José Fontes Rocha? et Carlos Gonçalves?, guitare portugaise ; Pedro Leal?, guitare classique ; Joel Pina?, basse acoustique]
Captation : Naples (Italie), Auditorium Rai di Napoli, 1972?

Mélabú

3 décembre 2016

Il m’a plu dès que je l’ai vu, parmi tous les autres il s’est distingué.

Je ne l’ai pas remarqué tout de suite. Cela ne s’est produit qu’au bout d’une demie heure environ. Je déambulais, en examinant tel ou tel avec plus ou moins d’attention, m’attardant sur quelques uns qui me paraissaient, oui, intéressants au point presque de céder à l’un d’eux, mais non, j’y reviendrai peut-être si je ne trouve pas mieux me suis-je dit. Tandis que lui : tout de suite, au premier regard. Il était seul, petit mais bien proportionné, bien fait, très élégant. Curieusement la couleur des rabats m’a semblé très belle, à moi qui ai horreur du violet. Je ne songerais jamais à porter un vêtement violet, jamais. Il y a des hommes, vous l’avez remarqué comme moi, qui portent par exemple des pantalons violets, ou des cabans, voire des manteaux violets. Des souliers aussi. Moi non, jamais. Mais sur lui cette couleur, alliée au blanc crème de la couverture, convenait parfaitement.

L’auteur est hongrois, du nom de Péter Nádas et le titre : Mélancolie. Sur la couverture le nom de l’auteur est imprimé en noir, le titre en violet, le tout en capitales, ce qui donne à l’ensemble beaucoup d’allure en raison notamment de ces trois accents aigus disposés exactement à égale distance l’un de l’autre. À l’intérieur on retrouve ce titre : Mélancolie, accompagné de son équivalent hongrois : Mélabú. En technique documentaire, ce titre dans une autre langue accompagnant le titre proprement dit s’appelle un titre parallèle, sachez-le. Un titre parallèle hongrois, quelle merveille !

Voici le début du texte :

Mélabú, l’un des plus beaux mots du hongrois, fait aussi partie des plus nobles.

Sans violence aucune, mais non sans acuité, la première syllabe projette dans l’espace ce que la seconde émousse aussitôt ; cette tension entre acuité et matité éclate alors, telle une bulle irisée, sur la consonne de la troisième syllabe, pour que se creuse, long et profond, un vide sonore en fin de mot.

L’absence invoque l’espace dans ce mot à fin ouverte, et l’absence appelle un gigantesque espace de ses vœux ; le plus vaste des espaces imaginables.
Péter Nádas. Mélancolie, traduit de Mélabú (1987) par Marc Martin. Le bruit du temps, 2015. ISBN 978-2-35873-067-9. Page 11.

Comment résister ?

Il s’agit en réalité d’un essai (esszé en hongrois) sur Caspar David Friedrich, dont les reproductions de quelques œuvres illustrent le livre.

Quel dommage et quels regrets de ne pas avoir appris à temps ces langues fascinantes : le hongrois, le grec, le turc. Il est trop tard désormais. La partie du cerveau où s’enregistrent le nouveau, le complexe, est fichue ; inutile d’essayer.

Péter Nádas. Mélancolie, traduit de Mélabú (1987) par Marc Martin. Le bruit du temps, 2015.

 

İsmail Altunsaray | Senin yüzünden

23 novembre 2016

FIORILLA
(Che bel turco! Avviciniamoci.)
Felice Romani (1788–1865). Il Turco in Italia (1814), livret de l’opéra de Gioacchino Rossini. Acte 1, scène 6.

FIORILLA
(Quel beau Turc ! Approchons-nous.)

İsmail Altunsaray | Senin yüzünden. Poème de Fikret Dikmen ; İsmail Altunsaray, musique.
İsmail Altunsaray, chant, saz ; Ceyhun Çelikten, arrangements.
Enregistrement sonore : Turquie : Kalan Müzik, ©2016.
Vidéo : Murat Akay, réalisation. Turquie, 2016.

Depuis quelque temps il ne se passe pas un jour sans que ce site (celui-ci même) ne reçoive des visites, une ou plusieurs, de Turquie. De partout en Turquie : Trabzon — Trébizonde, l’antique capitale du Pont —, Diyarbakır sur le Tigre, Ankara, Adana, Şanlıurfa près de la Syrie, Mersin et Antalya sur la côte méridionale, İzmir et Çanakkale sur la mer Égée, Aydın, Eskişehir, İstanbul, Bursa, Çankırı, Adapazan… Ces visites, d’où qu’elles proviennent, n’ont qu’un seul objet : ce billet consacré à Elena Ledda, qui est sarde. Mystère.

Le jeune homme du clip vidéo, İsmail Altunsaray, est originaire d’une ville située en plein centre de la Turquie. Cette sorte de luth dont il joue s’appelle un saz. C’est l’instrument d’accompagnement obligé du bozlak, un type de chanson de lamentation originaire de l’Anatolie centrale généralement interprété par des hommes, dont le nom signifie paraît-il crier, gémir. Un chant hurlé. İsmail Altunsaray est un chanteur de bozlak.

Senin yüzünden semble signifier « À cause de toi » ou peut-être même « Par ta faute ». Le turc est une langue désespérante. Les moteurs de traduction automatique sont impuissants à la transposer dans une autre langue. Celui de Google donne des résultats différents selon qu’il traduit en français, en anglais, en italien ou en allemand, tous incohérents et incompréhensibles.

Je suis un mort vivant, j’erre comme un fou, à cause de toi. Ce qui semblait un rêve s’est changé en torture, à cause de toi. Ce serait ça plus ou moins, hurlé.

Kıyram oldu evim barkım
Senin yüzünden yüzünden
Kalmadı deliden farkım
Senin yüzünden yüzünden

Viran oldu evim barkım
Senin yüzünden yüzünden
Kalmadı deliden farkım
Senin yüzünden yüzünden

Aklımı firara saldım
Türlü hayallere daldım
Bir deri bir kemik kaldım
Senin yüzünden yüzünden

Yaşıyorum ölü gibi
Esir olsam yeri gibi
Dolaşıyorum deli gibi
Senin yüzünden yüzünden

Yaşıyorum ölü gibi
Esir olsam yeri gibi
Dolaşıyorum deli gibi
Senin yüzünden yüzünden

Gel gör düştüm bak ne hale
Çektiğim bunca dert çile
Başımdaki türlü bela
Senin yüzünden yüzünden
Fikret Dikmen. Senin yüzünden.

Anxiété

5 novembre 2016

Marguerite Duras a écrit, je ne sais plus où, dans La vie matérielle probablement, qu’il lui fallait absolument avoir toujours dans sa maison une réserve de certains produits, pour elle de première nécessité. Du sel, de l’huile, de la sauce indochinoise. Il lui était nécessaire de savoir que ces denrées-là, elle en avait d’avance. C’est à dire des paquets, des bouteilles, des flacons non entamés.

Je souffre aussi de ce type d’obsession, mais pas exactement vis-à-vis des mêmes produits. Ne pas avoir de sauce indochinoise, par exemple, m’est indifférent. D’ailleurs je n’en ai pas. Des pâtes oui. Du riz oui. Et j’ai besoin d’avoir au moins un ticket non entamé de 10 trajets de tram en plus de celui en cours. De même que deux ou trois brosses à dents.

Ma réserve de brosses à dents tirant à sa fin, je suis passé à la parapharmacie pour l’alimenter. Comme presque toujours la caissière a glissé dans la poche où elle avait placé mes achats (les brosses à dents plus un ou deux autres articles) deux échantillons de quelque chose. J’ai attendu de me trouver à nouveau dans la rue pour prendre connaissance de son verdict.

Crème hydratante défatigante.

Crème lissante 1ères rides.

J’ai eu pire. Elle devait être myope.

Casser la vaisselle : Θα σπάσω Κούπες

4 novembre 2016

Μαρίνα Σάττι [Marína Sátti] | Κούπες [Koúpes] (Θα σπάσω Κούπες) [Tha spásō koúpes]. Paroles et musique traditionnelles.
Μαρίνα Σάττι [Marína Sátti], chant, arrangements ; Αλέξανδρος Φραγκούλατζης [Aléxandros Fragkoúlatzīs], xylophone ; Στέλιος Φραγκούς [Stélios Fragkoús], basse ; Χάρης Παρασκευάς [Chárīs Paraskevás], batterie ; Δάφνη Δαυίδ [Dáfnī Davíd], Ευαγγελία Καρακατσάνη [Evaggelía Karakatsánī], Οδυσσέας Ιωάννου Κωνσταντίνου [Odysséas Iōannou Kōnstantínou], Θάνος Λέκκας [Thános Lékkas], Άρης Πλασκασοβίτης [Árīs Plaskasovítīs], Βιργινία Φραγκούλατζη [Virginía Fragkoúlatzī], chœurs.
Enregistrement et mixage : Μάριος Λαζ Ιωαννίδης [Mários Laz Iōannídīs] au MusicRoom Studio (Grèce). Enregistrement publié en 2016.
Vidéo : Ευτυχία Ιωσηφίδου [Evtychía Iōsīfídou], réalisation. Grèce, 2016.

C’est une très ancienne chanson, née en Asie mineure, sur des rivages de la mer Égée aujourd’hui turcs, autrefois grecs. Son premier enregistrement connu date de 1907.

C’est une chanson d’amour et de dépit. Une histoire qui pourrait connaître une issue atroce — du moins pour ce qui est de la vaisselle. Les paroles varient un peu selon les versions. Dans certaines, après les tasses et les verres, il est question de briser aussi les assiettes. Le distique introduit par « Aman, aman » est parfois entièrement chanté en turc : « aman aman yanıyorum ben, aman aman seviyorum sen » (Ah je brûle, Ah je t’aime).

Εχθες το βράδυ σ’ είδα στ’ όνειρό μου
πως είχες τα μαλλάκια σου ριγμένα στο λαιμό μου

 

Cette nuit j’ai rêvé
Que tu avais jeté ta chevelure autour de mon cou
Αμάν άμαν, πια μικρό μην κλαις
Αμάν άμαν, και έχεις ό, τι θες

 

Aman aman, arrête de pleurer petite
Aman aman, tu as ce que tu veux
Έλα μικρό μου να σε φιλήσω
και μην φοβάσαι πως θα το μαρτυρήσω

 

Viens petite, que je t’embrasse
Et n’aie pas peur que j’aille le raconter
Θα σπάσω κούπες για τα λόγια που `πες
και ποτηράκια για τα πικρά λογάκια

 

Tes paroles me donnent envie de casser les tasses
Tes mots amers de casser les verres
Traditionnel grec (Ionie). Θα σπάσω Κούπες [Tha spásō koúpes].
Traditionnel grec (Ionie).
Je vais casser les tasses
, traduction approximative de : Θα σπάσω Κούπες [Tha spásō koúpes] par L. & L. à partir de la traduction allemande publiée sur le site stixoi.info.

 

En voici un enregistrement parmi les plus anciens connus, réalisé semble-t-il à New York où la chanteuse avait émigré au début des années 1910 :

Μαρίκα Παπαγκίκα [Maríka Papagkíka] (1890-1943) | Θα σπάσω Κούπες [Tha spásō koúpes]. Paroles et musique traditionnelles.
Μαρίκα Παπαγκίκα [Maríka Papagkíka], chant ; ensemble de violoncelles sous la direction de Μ. Σιφνιός [M. Sifniós] ; Κ. Παπαγκίκας [K. Papagkíkas], cymbalum ; violon. Enregistrement publié en 1923.

Et un dernier, très récent celui-ci, mais réalisé dans un style traditionnel :

Άντζελα Ορφανού [Ántzela Orfanoú] | Θα σπάσω Κούπες [Tha spásō koúpes]. Paroles et musique traditionnelles.
Άντζελα Ορφανού [Ántzela Orfanoú], chant ; accompagnement instrumental.
Vidéo : Extrait d’un numéro de la série Ονείρου Ελλάς [Oneíron Ellás], Κώστα Φέρρη [Kṓsta Férrī], réalisation, Θέσια Παναγιώτου [Thésia Panagiṓtou], diresction musicale. Grèce, prod. ERT (Radio Télévision hellénique), 2015.

 

Lula Pena | Ausencia + Πες μου μια λέξη [Pes mou mia léksī]

31 octobre 2016

Lula Pena | Ausencia + Πες μου μια λέξη [Pes mou mia léksī].
Ausencia : Tomás Gabino Ortiz, paroles et musique.
Πες μου μια λέξη [Pes mou mia léksī] : Αλέκος Σακελλάριος [Alékos Sakellários], paroles ; Μάνος Χατζιδάκις [Mános Hatzidákis], musique.
Lula Pena, arrangements, chant et guitare. Captation : juillet 2016, dans le cadre du festival WOMAD UK 2016 (Charlton Park, Malmesbury, Wiltshire, Angleterre).
Vidéo : Royaume-Uni : BBC, 2016.

La parution de l’album Archivo Pittoresco est encore reportée paraît-il. Certains sites de vente en ligne ne l’annoncent plus que pour janvier. Mais l’attente est un moment de plaisir ; comme au théâtre, quand on s’est installé dans son fauteuil et que la salle est encore dans la lumière, vibrante de la rumeur des conversations, des appels, des déplacements.

Nous connaissons déjà Ausencia, chanson chilienne.

Or voici que lui fait suite, dans cette captation d’un concert de l’été dernier, une de ces adorables chansons grecques des années 1960, composée qui plus est par le grand Mános Hadjidákis. Elle est extraite d’un film, intitulé Αλίμονο στους νέους [Alímono stous néous] (« Malheur aux jeunes »), réalisé en 1961 par Αλέκος Σακελλάριος [Alékos Sakellários] qui en est aussi l’auteur du scénario (une variation sur le thème de Faust). C’est encore lui qui a écrit les paroles de la chanson Πες μου μια λέξη [Pes mou mia léksī] (« Dis-moi un mot »).

Δημήτρης Χορν [Dīmī́́́́trīs Chorn] & Μάρω Κοντού [Márō Kontoú] | Πες μου μια λέξη [Pes mou mia léksī]. Αλέκος Σακελλάριος [Alékos Sakellários], paroles ; Μάνος Χατζιδάκις [Mános Hatzidákis], musique.
Extrait du film Αλίμονο στους νέους [Alímono stous néous] (« Malheur aux jeunes », 1961), Αλέκος Σακελλάριος [Alékos Sakellários], réalisateur, scénariste.

Je n’ai pas reçu le don de la langue grecque, c’est une des malédictions de ma vie. J’ai dû m’en remettre à une traduction anglaise pour obtenir un équivalent français du texte – qui vaut donc ce qu’il vaut.

Πες μου μια λέξη, αυτή τη μόνη λέξη,
σε λίγο πια θα φέξει,
θα `ρθει η χλωμή αυγή.

 

Dis-moi un mot, ce seul mot.
Dans un instant le soleil va se lever
Et viendra l’aube pâle.
Κοντεύει έξι,
ας πούμε αυτή τη λέξη
που `χει στα χείλη μπλέξει
και δεν τολμά να βγει.

 

Il est presque six heures
Disons-le, ce mot
Qui reste accroché à nos lèvres
Sans oser les franchir.
Ο ουρανός, ο μεγάλος ουρανός
είν’ ακόμα σκοτεινός
και η νύχτα κυλά.
Μα εκεί ψηλά
κοίτα έν’ άστρο που δειλά
μοναχό φεγγοβολά και μας χαμογελά.

 

Le ciel, le ciel immense
Est encore sombre
Et la nuit s’étire.
Mais tout là-haut,
Timide et seule,
Une étoile brille et nous sourit.
Νύχτα ασημένια
κι η κάθε μου η έννοια
σ’ απόχη μεταξένια
από ξανθά μαλλιά.

 

Nuit d’argent
Et chaque pensée que je forme
Se prend dans un filet soyeux
De cheveux blonds.
Γλυκοχαράζει αλλά δε σε πειράζει
που γέμισε μαράζι η άδεια μου αγκαλιά.

 

L’aube vient dans sa douceur, mais peu t’importe
Que mon étreinte amère se referme sur le vide.
Αλέκος Σακελλάριος [Alékos Sakellários] (1913-1991). Πες μου μια λέξη [Pes mou mia léksī] (1961).
Αλέκος Σακελλάριος [Alékos Sakellários] (1913-1991).
Dis-moi un mot
, traduit de : Πες μου μια λέξη [Pes mou mia léksī] par L. & L. à partir de la traduction anglaise publiée sur le site stixoi.info.

Inter flores requiescunt

30 octobre 2016

Cimetière de Saint-Girons (Ariège, France), 29 octobre 2016

Cimetière de Saint-Girons (Ariège, France), 29 octobre 2016

José Pracana | Lenda das rosas. Linhares Barbosa, paroles ; musique traditionnelle (Fado das horas).
José Pracana, chant et guitare portugaise ; José Fontes Rocha, guitare portugaise ; Francisco Peres, guitare ; José Carlos da Maia, guitare basse. Captation : Lisbonne, années 1970 ?
Vidéo : RTP (Rádio e televisão de Portugal), années 1970 ?

Na mesma campa nasceram
Duas roseiras a par
Conforme o vento as movia
Iam-se as rosas beijar.

 

Sur la même tombe naquirent
Deux rosiers semblables
Le vent les agitait de même
Et faisait se rencontrer leurs fleurs.
Deu uma, rosas vermelhas
Desse vermelho que os sábios
Dizem ser a cor dos lábios
Onde o amor põe centelhas
Da outra, gentis parelhas
De rosas brancas vieram.

 

L’un donnait des roses rouges
De ce rouge que les sages
Disent être la couleur des lèvres
Que l’amour fait scintiller.
Sur l’autre s’épanouissaient
Des roses blanches de même forme.
Só nisso diferentes eram
Nada mais as diferençou
A mesma seiva as criou
Na mesma campa nasceram.

 

C’était leur seule différence
Rien d’autre ne les distinguait
La même sève les nourrissait,
Ils étaient nés du même tombeau.
Dizem contos magoados
Que aquele triste coval
Fora leito nupcial
De dois jovens namorados
Que no amor contrariados
Ali se foram finar.

 

D’après certaines légendes
Cette si triste tombe
Avait été le lit nuptial
De deux jeunes amants
Qui contrariés dans leur amour
Y vinrent pour y mourir
E continuaram a amar
Lá no Além, todavia
E é por isso que ali havia
Duas roseiras a par.

 

Et leur amour se poursuivit
Malgré la mort dans l’au-delà
Voilà pourquoi sur le tombeau
Naquirent les deux rosiers.
A lenda, simples, singela,
Conta mais, que as rosas brancas
Eram as mãos puras, francas
Da desditosa donzela.

 

La légende, toute simple,
Dit aussi que les roses blanches
Sont les mains belles et pures
De la malheureuse amante
E ao querer beijar as mãos dela
Como na vida o fazia
A boca dele se abria
Em rosas de rubra cor
E segredavam o amor
Conforme o vento as movia.

 

Et que dans son désir de les baiser
Comme elle le faisait autrefois
La bouche du jeune homme s’ouvre
En roses couleur de rubis
Qui leur murmurent son amour
Dans le doux balancement du vent.
Mas certa noite fatal
Noite de agrestes nortadas
As pobres foram ceifadas
Pela ânsia de um temporal
Uma lufada infernal
Parecia rasgar o ar
E ao coveiro ouvi contar
Em pranto que ainda derrama
Que desfolhadas na lama
Iam-se as rosas beijar.

 

Mais au cours d’une nuit fatale
Où se déchaîna le vent du nord
Les deux rosiers furent fauchés
Par la fureur de l’ouragan.
Des rafales infernales
Semblaient déchirer l’air
Et le fossoyeur m’a conté
Avec encore les larmes aux yeux
Que gisant sans feuilles dans la boue
Les deux rosiers s’embrassaient.
Linhares Barbosa (1893-1965).
Lenda das rosas
Linhares Barbosa (1893-1965).
Légende des roses
, traduit de : Lenda das rosas par L. & L.

Cimetière de Saint-Girons (Ariège, France), 29 octobre 2016

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