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Casser la vaisselle : Θα σπάσω Κούπες

4 novembre 2016

Μαρίνα Σάττι [Marína Sátti] | Κούπες [Koúpes] (Θα σπάσω Κούπες) [Tha spásō koúpes]. Paroles et musique traditionnelles.
Μαρίνα Σάττι [Marína Sátti], chant, arrangements ; Αλέξανδρος Φραγκούλατζης [Aléxandros Fragkoúlatzīs], xylophone ; Στέλιος Φραγκούς [Stélios Fragkoús], basse ; Χάρης Παρασκευάς [Chárīs Paraskevás], batterie ; Δάφνη Δαυίδ [Dáfnī Davíd], Ευαγγελία Καρακατσάνη [Evaggelía Karakatsánī], Οδυσσέας Ιωάννου Κωνσταντίνου [Odysséas Iōannou Kōnstantínou], Θάνος Λέκκας [Thános Lékkas], Άρης Πλασκασοβίτης [Árīs Plaskasovítīs], Βιργινία Φραγκούλατζη [Virginía Fragkoúlatzī], chœurs.
Enregistrement et mixage : Μάριος Λαζ Ιωαννίδης [Mários Laz Iōannídīs] au MusicRoom Studio (Grèce). Enregistrement publié en 2016.
Vidéo : Ευτυχία Ιωσηφίδου [Evtychía Iōsīfídou], réalisation. Grèce, 2016.

C’est une très ancienne chanson, née en Asie mineure, sur des rivages de la mer Égée aujourd’hui turcs, autrefois grecs. Son premier enregistrement connu date de 1907.

C’est une chanson d’amour et de dépit. Une histoire qui pourrait connaître une issue atroce — du moins pour ce qui est de la vaisselle. Les paroles varient un peu selon les versions. Dans certaines, après les tasses et les verres, il est question de briser aussi les assiettes. Le distique introduit par « Aman, aman » est parfois entièrement chanté en turc : « aman aman yanıyorum ben, aman aman seviyorum sen » (Ah je brûle, Ah je t’aime).

Εχθες το βράδυ σ’ είδα στ’ όνειρό μου
πως είχες τα μαλλάκια σου ριγμένα στο λαιμό μου

 

Cette nuit j’ai rêvé
Que tu avais jeté ta chevelure autour de mon cou
Αμάν άμαν, πια μικρό μην κλαις
Αμάν άμαν, και έχεις ό, τι θες

 

Aman aman, arrête de pleurer petite
Aman aman, tu as ce que tu veux
Έλα μικρό μου να σε φιλήσω
και μην φοβάσαι πως θα το μαρτυρήσω

 

Viens petite, que je t’embrasse
Et n’aie pas peur que j’aille le raconter
Θα σπάσω κούπες για τα λόγια που `πες
και ποτηράκια για τα πικρά λογάκια

 

Tes paroles me donnent envie de casser les tasses
Tes mots amers de casser les verres
Traditionnel grec (Ionie). Θα σπάσω Κούπες [Tha spásō koúpes].
Traditionnel grec (Ionie).
Je vais casser les tasses
, traduction approximative de : Θα σπάσω Κούπες [Tha spásō koúpes] par L. & L. à partir de la traduction allemande publiée sur le site stixoi.info.

 

En voici un enregistrement parmi les plus anciens connus, réalisé semble-t-il à New York où la chanteuse avait émigré au début des années 1910 :

Μαρίκα Παπαγκίκα [Maríka Papagkíka] (1890-1943) | Θα σπάσω Κούπες [Tha spásō koúpes]. Paroles et musique traditionnelles.
Μαρίκα Παπαγκίκα [Maríka Papagkíka], chant ; ensemble de violoncelles sous la direction de Μ. Σιφνιός [M. Sifniós] ; Κ. Παπαγκίκας [K. Papagkíkas], cymbalum ; violon. Enregistrement publié en 1923.

Et un dernier, très récent celui-ci, mais réalisé dans un style traditionnel :

Άντζελα Ορφανού [Ántzela Orfanoú] | Θα σπάσω Κούπες [Tha spásō koúpes]. Paroles et musique traditionnelles.
Άντζελα Ορφανού [Ántzela Orfanoú], chant ; accompagnement instrumental.
Vidéo : Extrait d’un numéro de la série Ονείρου Ελλάς [Oneíron Ellás], Κώστα Φέρρη [Kṓsta Férrī], réalisation, Θέσια Παναγιώτου [Thésia Panagiṓtou], diresction musicale. Grèce, prod. ERT (Radio Télévision hellénique), 2015.

 

Lula Pena | Ausencia + Πες μου μια λέξη [Pes mou mia léksī]

31 octobre 2016

Lula Pena | Ausencia + Πες μου μια λέξη [Pes mou mia léksī].
Ausencia : Tomás Gabino Ortiz, paroles et musique.
Πες μου μια λέξη [Pes mou mia léksī] : Αλέκος Σακελλάριος [Alékos Sakellários], paroles ; Μάνος Χατζιδάκις [Mános Hatzidákis], musique.
Lula Pena, arrangements, chant et guitare. Captation : juillet 2016, dans le cadre du festival WOMAD UK 2016 (Charlton Park, Malmesbury, Wiltshire, Angleterre).
Vidéo : Royaume-Uni : BBC, 2016.

La parution de l’album Archivo Pittoresco est encore reportée paraît-il. Certains sites de vente en ligne ne l’annoncent plus que pour janvier. Mais l’attente est un moment de plaisir ; comme au théâtre, quand on s’est installé dans son fauteuil et que la salle est encore dans la lumière, vibrante de la rumeur des conversations, des appels, des déplacements.

Nous connaissons déjà Ausencia, chanson chilienne.

Or voici que lui fait suite, dans cette captation d’un concert de l’été dernier, une de ces adorables chansons grecques des années 1960, composée qui plus est par le grand Mános Hadjidákis. Elle est extraite d’un film, intitulé Αλίμονο στους νέους [Alímono stous néous] (« Malheur aux jeunes »), réalisé en 1961 par Αλέκος Σακελλάριος [Alékos Sakellários] qui en est aussi l’auteur du scénario (une variation sur le thème de Faust). C’est encore lui qui a écrit les paroles de la chanson Πες μου μια λέξη [Pes mou mia léksī] (« Dis-moi un mot »).

Δημήτρης Χορν [Dīmī́́́́trīs Chorn] & Μάρω Κοντού [Márō Kontoú] | Πες μου μια λέξη [Pes mou mia léksī]. Αλέκος Σακελλάριος [Alékos Sakellários], paroles ; Μάνος Χατζιδάκις [Mános Hatzidákis], musique.
Extrait du film Αλίμονο στους νέους [Alímono stous néous] (« Malheur aux jeunes », 1961), Αλέκος Σακελλάριος [Alékos Sakellários], réalisateur, scénariste.

Je n’ai pas reçu le don de la langue grecque, c’est une des malédictions de ma vie. J’ai dû m’en remettre à une traduction anglaise pour obtenir un équivalent français du texte – qui vaut donc ce qu’il vaut.

Πες μου μια λέξη, αυτή τη μόνη λέξη,
σε λίγο πια θα φέξει,
θα `ρθει η χλωμή αυγή.

 

Dis-moi un mot, ce seul mot.
Dans un instant le soleil va se lever
Et viendra l’aube pâle.
Κοντεύει έξι,
ας πούμε αυτή τη λέξη
που `χει στα χείλη μπλέξει
και δεν τολμά να βγει.

 

Il est presque six heures
Disons-le, ce mot
Qui reste accroché à nos lèvres
Sans oser les franchir.
Ο ουρανός, ο μεγάλος ουρανός
είν’ ακόμα σκοτεινός
και η νύχτα κυλά.
Μα εκεί ψηλά
κοίτα έν’ άστρο που δειλά
μοναχό φεγγοβολά και μας χαμογελά.

 

Le ciel, le ciel immense
Est encore sombre
Et la nuit s’étire.
Mais tout là-haut,
Timide et seule,
Une étoile brille et nous sourit.
Νύχτα ασημένια
κι η κάθε μου η έννοια
σ’ απόχη μεταξένια
από ξανθά μαλλιά.

 

Nuit d’argent
Et chaque pensée que je forme
Se prend dans un filet soyeux
De cheveux blonds.
Γλυκοχαράζει αλλά δε σε πειράζει
που γέμισε μαράζι η άδεια μου αγκαλιά.

 

L’aube vient dans sa douceur, mais peu t’importe
Que mon étreinte amère se referme sur le vide.
Αλέκος Σακελλάριος [Alékos Sakellários] (1913-1991). Πες μου μια λέξη [Pes mou mia léksī] (1961).
Αλέκος Σακελλάριος [Alékos Sakellários] (1913-1991).
Dis-moi un mot
, traduit de : Πες μου μια λέξη [Pes mou mia léksī] par L. & L. à partir de la traduction anglaise publiée sur le site stixoi.info.

Inter flores requiescunt

30 octobre 2016

Cimetière de Saint-Girons (Ariège, France), 29 octobre 2016

Cimetière de Saint-Girons (Ariège, France), 29 octobre 2016

José Pracana | Lenda das rosas. Linhares Barbosa, paroles ; musique traditionnelle (Fado das horas).
José Pracana, chant et guitare portugaise ; José Fontes Rocha, guitare portugaise ; Francisco Peres, guitare ; José Carlos da Maia, guitare basse. Captation : Lisbonne, années 1970 ?
Vidéo : RTP (Rádio e televisão de Portugal), années 1970 ?

Na mesma campa nasceram
Duas roseiras a par
Conforme o vento as movia
Iam-se as rosas beijar.

 

Sur la même tombe naquirent
Deux rosiers semblables
Le vent les agitait de même
Et faisait se rencontrer leurs fleurs.
Deu uma, rosas vermelhas
Desse vermelho que os sábios
Dizem ser a cor dos lábios
Onde o amor põe centelhas
Da outra, gentis parelhas
De rosas brancas vieram.

 

L’un donnait des roses rouges
De ce rouge que les sages
Disent être la couleur des lèvres
Que l’amour fait scintiller.
Sur l’autre s’épanouissaient
Des roses blanches de même forme.
Só nisso diferentes eram
Nada mais as diferençou
A mesma seiva as criou
Na mesma campa nasceram.

 

C’était leur seule différence
Rien d’autre ne les distinguait
La même sève les nourrissait,
Ils étaient nés du même tombeau.
Dizem contos magoados
Que aquele triste coval
Fora leito nupcial
De dois jovens namorados
Que no amor contrariados
Ali se foram finar.

 

D’après certaines légendes
Cette si triste tombe
Avait été le lit nuptial
De deux jeunes amants
Qui contrariés dans leur amour
Y vinrent pour y mourir
E continuaram a amar
Lá no Além, todavia
E é por isso que ali havia
Duas roseiras a par.

 

Et leur amour se poursuivit
Malgré la mort dans l’au-delà
Voilà pourquoi sur le tombeau
Naquirent les deux rosiers.
A lenda, simples, singela,
Conta mais, que as rosas brancas
Eram as mãos puras, francas
Da desditosa donzela.

 

La légende, toute simple,
Dit aussi que les roses blanches
Sont les mains belles et pures
De la malheureuse amante
E ao querer beijar as mãos dela
Como na vida o fazia
A boca dele se abria
Em rosas de rubra cor
E segredavam o amor
Conforme o vento as movia.

 

Et que dans son désir de les baiser
Comme elle le faisait autrefois
La bouche du jeune homme s’ouvre
En roses couleur de rubis
Qui leur murmurent son amour
Dans le doux balancement du vent.
Mas certa noite fatal
Noite de agrestes nortadas
As pobres foram ceifadas
Pela ânsia de um temporal
Uma lufada infernal
Parecia rasgar o ar
E ao coveiro ouvi contar
Em pranto que ainda derrama
Que desfolhadas na lama
Iam-se as rosas beijar.

 

Mais au cours d’une nuit fatale
Où se déchaîna le vent du nord
Les deux rosiers furent fauchés
Par la fureur de l’ouragan.
Des rafales infernales
Semblaient déchirer l’air
Et le fossoyeur m’a conté
Avec encore les larmes aux yeux
Que gisant sans feuilles dans la boue
Les deux rosiers s’embrassaient.
Linhares Barbosa (1893-1965).
Lenda das rosas
Linhares Barbosa (1893-1965).
Légende des roses
, traduit de : Lenda das rosas par L. & L.

Cimetière de Saint-Girons (Ariège, France), 29 octobre 2016

Amália Rodrigues | As facas (1977)

11 septembre 2016

Quatro letras nos matam quatro facas
que no corpo me gravam o teu nome.
Quatro facas amor com que me matas
sem que eu mate esta sede e esta fome.
Manuel Alegre (né en 1936). As facas. Dans : Coisa amar, coisas do mar (1976).

Cinq lettres nous tuent, cinq poignards
Qui dans le corps me gravent ton nom.
Cinq poignards dont tu me tues, amour
Sans que meurent ni ma faim ni ma soif.

On l’entend, c’est indiscutable : avec cet album de 1977, Cantigas numa língua antiga [Chansons dans une langue ancienne], la voix s’est définitivement teintée d’amertume en même temps qu’elle a perdu de son lustre — sinon de sa force. Cette transformation s’est produite en l’espace de deux, trois ans à peine.

Entre temps il y a eu la Révolution des œillets et son lot de règlements de compte : considérée comme l’un des emblèmes du régime précédent la « reine du fado » a été insultée, parfois publiquement, calomniée, reniée aussi par certains de ses amis. Elle en est restée profondément meurtrie. À cela s’ajoutent des soucis de santé : le cœur, et aussi ce que dans son autobiographie elle appelle une « tumeur » à l’œil droit, dont quelque chose transparaît en effet dans les vidéos de ces années-là, une sorte de fixité et comme un léger affaissement. On lui a dit que c’était opérable mais risqué, au point de la défigurer ou pire.

As facas, qu’on peut traduire « Les couteaux », ou « Les poignards » pour rester dans le ton de la métaphore guerrière du poème de Manuel Alegre, est chanté avec une forme de stupéfaction devant la férocité de la vie. Alors que le poème est plein de vigueur, on entend dans le fado passer comme de l’effroi, comme si la blessure infligée par l’amour était réellement mortelle et qu’Amália en ait découvert subitement la menace. Car croyant aimer le peuple portugais et en être aimée de la même manière, elle a vu au cours de ces deux ou trois années, les plus dures de sa vie peut-être, apparaître le revers de cet amour, hérissé de lames.

Amália Rodrigues (1920—1999) | As facas. Poème de Manuel Alegre ; Alain Oulman, musique.
Amália Rodrigues, chant ; José Fontes Rocha, guitare portugaise ; Martinho d’Assunção, guitare. Extrait de l’album Cantigas numa língua antiga / Amália Rodrigues (1977).

Quatro letras nos matam quatro facas
que no corpo me gravam o teu nome.
Quatro facas amor com que me matas
sem que eu mate esta sede e esta fome.

 

Cinq lettres nous tuent, cinq poignards
Qui dans le corps me gravent ton nom.
Cinq poignards dont tu me tues, amour
Sans que meurent ni ma faim ni ma soif.
Este amor é de guerra. (De arma branca).
Amando ataco amando contra-atacas
este amor é de sangue que não estanca.
Quatro letras nos matam quatro facas.

 

Cet amour est une guerre. (À l’arme blanche.)
Aimant j’attaque, aimant tu contre-attaques
Cet amour est de sang que rien n’étanche.
Cinq lettres nous tuent, cinq poignards.
Armado estou de amor. E desarmado.
Morro assaltando morro se me assaltas.
E em cada assalto sou assassinado.

 

Je suis armé d’amour. Et désarmé.
Je meurs en assaillant, je meurs si tu m’assailles
Et chaque assaut me laisse assassiné.
Quatro letras amor com que me matas.
E as facas ferem mais quando me faltas.
Quatro letras nos matam quatro facas.
Cinq lettres dont tu me tues, amour.
Et ces poignards sont plus durs encore de ton absence.
Cinq lettres nous tuent, cinq poignards.
Manuel Alegre (né en 1936). As facas. Dans : Coisa amar, coisas do mar (1976).
Manuel Alegre (né en 1936).
Les poignards
, traduit de : As facas par L. & L.

Dans le fado le second tercet devient un quatrain. C’est probablement Alain Oulman, contraint par sa composition, qui y introduit un vers « de remplissage » : Ninguém sabe porquê, nem como foi (« Personne ne sait ni pourquoi, ni comment ») et recombine les vers du poème original :

Ninguém sabe porquê, nem como foi
E as facas ferem mais quando me faltas
Quatro letras nos matam quatro facas
Quatro facas meu amor com que me matas.

Personne ne sait ni pourquoi, ni comment
Et ces poignards sont plus durs encore de ton absence
Cinq lettres nous tuent, cinq poignards
Cinq poignards mon amour, dont tu me tues.

Lula Pena | Ausencia

6 août 2016

Hoy en los ayes de ardiente brisa
a tus oídos irá mi voz,
porque la ausencia es tan cruel dolor.

Tomás Gabino Ortiz (actif vers 1895-1903). Ausencia (vers 1895).

Aujourd’hui, mêlée aux plaintes de la brise ardente
Te praviendra ma voix
Car l’absence est une cruelle douleur.

Lula Pena | Ausencia. Tomás Gabino Ortiz, paroles et musique ; Lula Pena, arrangements.
Lula Pena, chant et guitare. Captation : Pays-Bas, mai 2016.
Vidéo : Hilversum (Pays-Bas) : VPRO, 2016.

L’album Archivo Pittoresco, annoncé pour mai, ne sortira qu’en novembre. Mais Lula Pena en répand quelques aperçus ici ou là.

Ausencia (« Absence ») est une reprise « à la Lula Pena », c’est à dire une recréation, d’une chanson enregistrée à Paris par la chanteuse chilienne Violeta Parra en 1956, au cours d’une session qui donnera lieu à la publication par Le Chant du monde, en septembre de la même année, de deux microsillons intitulés Chants et danses du Chili I et II.

Sur les pochettes de ces deux disques les titres des chansons sont transcrits sans mention d’auteur, laissant supposer qu’il s’agit de morceaux traditionnels. Or Ausencia est une œuvre d’un certain Tomás Gabino Ortiz, « une romance pour piano et chant, éditée par la Casa Carlos Kirsinger y Cía. (Santiago du Chili et Valparaíso), vers 1895. Violeta Parra l’a recueillie auprès de Florencia Durán, du village de Alto Jahuel, commune de Buin [tout près de Santiago], qui la chantait sur un rythme de habanera, telle qu’elle avait été enregistrée par l’ensemble Los Provincianos dans les années 40. Violeta Parra ignorait l’origine de la chanson, et la considérait ‘issue du folklore’ ». Source : Cancioneros.com, trad. L. & L.

Il ne fait aucun doute que cette interprétation de Ausencia par Lula Pena doit s’entendre comme un hommage à Violeta Parra, dans la continuité de ceux rendus à José Afonso, Amália Rodrigues, Atahualpa Yupanqui, Chico Buarque et tant d’autres dans Troubadour.

¡Cómo se han ido volando, ingrato,
las raudas horas de un tiempo cruel!
Hoy de ti lejos y en otro campo,
y de ti, amigo, tan cerca ayer.
Ayer, tu mano puse en la mía
con ardorosa y grata presión.
Hoy en los ayes de ardiente brisa
a tus oídos irá mi voz,
porque la ausencia es tan cruel dolor.

 

Ingrat, comme elles ont filé
Les heures véloces d’un temps cruel !
Me voici loin de toi, en un autre lieu,
Et de toi mon ami si proche encore hier !
Hier j’ai mis ta main dans la mienne,
La pressant avec ardeur et gratitude.
Aujourd’hui, mêlée aux plaintes de la brise ardente
Te praviendra ma voix
Car l’absence est une cruelle douleur.
Yo no sé, amigo, vivir alegre
como en un tiempo que ya se fue.
Tu amor ausente me tiene triste;
nunca olvides quien te quiso bien.
Si acaso olvidas a quien te adora,
a quien un día el alma te dio,
mañana acaso, lánguida y mustia,
sobre su tallo muera una flor
y su perfume no vuelva, no.
Ami, je ne sais plus vivre heureuse
Comme dans ce temps qui s’en est allé.
Je suis triste de ton amour absent.
N’oublie jamais celle qui t’aimait.
Si tu oubliais celle qui t’adore,
Celle qui un jour t’a donné son âme,
Demain peut-être, affaiblie, fanée,
Sur sa tige mourrait une fleur
Et son parfum jamais ne reviendrait.
Tomás Gabino Ortiz (actif vers 1895-1903).
Ausencia
(vers 1895).
Tomás Gabino Ortiz (actif vers 1895-1903).
Absence
, traduit de : Ausencia par L. & L.

Violeta Parra (1917-1967) | Ausencia. Tomás Gabino Ortiz, paroles et musique.
Violeta Parra, chant et guitare.
Extrait du disque Chants et danses du Chili II / Violeta Parra, chant et guitare. France : Le chant du monde, 1956. 1 disque microsillon EP 17 cm. Référemce : Le Chant du Monde LDY-4071. Enregistrement : Paris, 26 mars 1956.

Canção da Beira Baixa | Amália Rodrigues, Gisela João

2 août 2016

La Beira Baixa est une région du Nord-Est du Portugal, limitée à l’Est par l’Estrémadure et à l’Ouest par les montagnes qui forment l’épine dorsale du Portugal central, culminant à la Serra da Estrela (1993 m) et se poursuivant en Espagne. Baixa (le x se prononce comme un ch français) veut dire « basse », car il y en a aussi une haute (Beira Alta, au Nord) et une littorale (Beira Litoral, à l’Ouest). C’est dans cette région de Beira Baixa, à une quarantaine de kilomètres de Castelo Branco qui en est la ville principale, que se trouve Fundão, berceau de la famille d’Amália Rodrigues.

Tout le monde sait ça.

Il y avait cette Chanson de Beira Baixa qu’Amália chantait souvent sur scène dans la dernière partie de sa carrière.

Quando eu era pequenina
Acabada de nascer
Ainda mal abria os olhos
Já era para te ver
Acabada de nascer

 

Quand j’étais toute petite
Quand je venais de naître
J’ouvrais à peine les yeux
Et c’était déjà pour te voir
Quand je venais de naître
E quando eu já for velhinha
Acabada de morrer
Olha bem para os meus olhos
Sem vida ainda te hão de ver
Acabada de morrer
Et quand je serai toute vieille
Au moment de ma mort
Alors regarde bien mes yeux :
Sans vie, ils te verront encore
Au moment de ma mort
Traditionnel portugais (Beira Baixa).
Canção da Beira Baixa (Quando eu era pequenina)
.
Traditionnel portugais (Beira Baixa).
Chanson de Beira Baixa (Quand j’étais toute petite)
. Traduction L. & L.

Elle en avait enregistré en 1970 une version tronquée, limitée à la première strophe. La voix est brillante — mais gâchée par un accompagnement orchestral importun.

Amália Rodrigues (1920-1999) | Canção da Beira Baixa (Quando eu era pequenina). Traditionnel portugais (Beira Baixa).
Amália Rodrigues, chant ; accompagnement d’orchestre ; Joaquim Luís Gomes, direction et arrangements. Extrait de l’album Amália canta Portugal 2 (1971). Enregistrement 1970 [?].

Plus tard, à partir de 1985, quand sa voix s’était détraquée et qu’elle donnait souvent l’impression de ne pas pouvoir y arriver, elle la chantait en entier, simplement accompagnée par ses guitaristes dans un arrangement de style un peu espagnol. Par exemple à Paris en 1987, à l’Olympia. Le profil du visage est alourdi, chanter est une lutte. « Et quand je serai toute vieille, au moment de ma mort… » (Pour voir la vidéo, il faut aller sur Youtube en cliquant sur le lien ad hoc qui se présente dans le cadre une fois qu’on a cliqué une première fois) :

Amália Rodrigues (1920-1999) | Canção da Beira Baixa (Quando eu era pequenina). Traditionnel portugais (Beira Baixa).
Amália Rodrigues, chant ; [Carlos Gonçalves & Pinta Varela ?], guitares portugaises ; [António Moliças ?], guitare classique ; Joel Pina, basse acoustique. Captation : Paris, Olympia, avril 1987.
Vidéo : Ricardo Costa (mise en ligne).

En voici une reprise par Gisela João, limitée à la première strophe comme dans l’enregistrement d’Amália de 1970, mais avec un accompagnement d’une grande sobriété, mettant en valeur la voix si pleine et si jeune — si facile encore à conduire.

Gisela João | Canção da Beira Baixa (Quando eu era pequenina). Traditionnel portugais (Beira Baixa).
Gisela João, chant ; Pedro Soares, guitare classique. Captation : Lisbonne, Teatro do Bairro, 2012.
Vidéo : Maria Joana Figueiredo, image ; João Botelho, éclairage ; Federico Pereira, son ; Francisco Veloso, captation sonore. 2012.

Solitude des étoiles

30 juillet 2016


Soledad de las estrellas,
Recuerdos que duelen tanto.

Homero Manzi (1907-1951). Milonga triste (1936).

Solitude des étoiles,
Souvenirs qui font si mal.

Ainsi paraît la gloire du monde.

Toulouse (France), 30 juillet 2016

Ainsi passe-elle.

Toulouse (France), 30 juillet 2016

Cendre, retournée à la cendre.


Roberto Goyeneche (1926-1994) | Milonga triste. Homero Manzi, paroles ; Sebastián Piana, musique.
Roberto Goyeneche, chant ; [Orquesta típica Baffa Berlingieri ? ; Ernesto Baffa, bandonéon solo ? ; Roberto Berlingieri, piano, dir. ?]. Probablement extrait de l’album Goyeneche, Argentine : RCA Camden, 1968 (réf. commerciale : CAL-3157).

Llegabas por el sendero
Delantal y trenzas sueltas,
Brillaban tus ojos negros
Claridad de luna llena.
Mis labios te hicieron daño
Al besar tu boca fresca,
Castigo me dio tu mano
Pero más golpeó tu ausencia…

 

Tu venais par le sentier,
— Tablier et tresses libres —,
Tes yeux noirs brillaient,
Clairs comme une pleine lune.
Mes lèvres t’ont blessée
Quand j’ai baisé tes lèvres fraîches.
Ta main m’a frappé,
Mais ton absence frappe plus dur encore.
Volví por caminos blancos
Volví sin poder llegar,
Grité con mi grito largo
Canté sin saber cantar.

 

Je suis rentré par des chemins blancs,
Sans jamais pouvoir arriver,
J’ai crié un long cri,
J’ai chanté sans savoir chanter.
Cerraste los ojos negros
Se volvió tu cara blanca,
Y llevamos tu silencio
Al sonar de las campanas.
La luna cayó en el água
El dolor golpeó mi pecho,
Con cuerdas de cien guitarras
Me trencé remordimientos…
Tu as fermé tes yeux noirs
Ton blanc visage s’en est allé,
Et nous avons emporté ton silence
Tandis que les cloches sonnaient.
La lune est tombée dans l’eau,
La douleur a frappé ma poitrine.
Des cordes de cent guitares
Je me suis tressé des remords…
Volví por caminos viejos
Volví sin poder llegar,
Grité con tu nombre muerto
Recé sin saber rezar.
Je suis rentré par de chemins vieux,
Sans jamais pouvoir arriver,
J’ai crié ton nom mort,
J’ai prié sans savoir prier.
Tristeza de haber querido
Tu rubor en un sendero,
Tristeza de los caminos
Que después ya no te vieron.
Silencio del camposanto
Soledad de las estrellas,
Recuerdos que duelen tanto
Delantal y trenzas negras…
Tristesse d’avoir aimé
Ta colère dans un sentier,
Tristesse des chemins
Qui ne te verront plus.
Silence du cimetière
Solitude des étoiles,
Souvenirs qui font si mal
Tablier et tresses noires…
Volví por caminos muertos
Volví sin poder llegar,
Grité con tu nombre bueno
Lloré sin saber llorar.
Je suis rentré par des chemins morts,
Sans jamais pouvoir arriver,
J’ai crié ton nom si doux
J’ai pleuré sans savoir pleurer.
Homero Manzi (1907-1951). Milonga triste (1936).
Homero Manzi (1907-1951). Milonga triste, traduit de : Milonga triste (1936), par L. & L.

………

Toulouse (France), 30 juillet 2016

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