Fado da Defesa • Lina_ & Marco Mezquida (et Maria Teresa de Noronha)
Lina_ (née en 1984) & Marco Mezquida (né en 1987) • Fado da Defesa. António Calém, paroles ; José António Sabrosa, musique (Fado da Defesa). Autre titre : Lembras-te da nossa rua.
Lina_, chant ; Marco Mezquida, piano.
Enregistrement : Barcelone, Moraleda studios, 2025.
Extrait de l’album O fado / Lina & Marco Mezquida. Allemagne, Galileo, ℗ 2025.
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Elle peut se prévaloir d’une voix agréable et d’une technique de chant parfaite qu’elle met en œuvre en toutes circonstances, et quelle que soit la nature de son accompagnement instrumental, d’une manière imperturbablement classique.
Ses trois albums ont été reçus dans l’enthousiasme par la critique internationale, France comprise. Lina_Raül Refree (2020) était à vrai dire un projet de Raül Refree, auquel Lina (Lina Rodrigues, devenue « Lina_ » pour l’occasion) prêtait sa voix pour un ensemble de morceaux presque tous choisis dans le répertoire d’Amália ; le chant, très traditionnel, contrastait avec des arrangements à base de synthétiseurs et de claviers.
Fado Camões (2024) puisait dans l’œuvre du grand poète national portugais – Luís de Camões –, comme Amália l’avait fait autrefois à son corps défendant. Dans les années 1960 la chose passait pour une audace scandaleuse et Amália avait dû affronter alors ce qu’on appellerait aujourd’hui une tempête médiatique. Fado Camões, enregistré avec des musiciens pop britanniques, est un joli disque bien chanté, bien produit.
O fado (2025), dont est extrait ce Fado da Defesa (une création de Maria Teresa de Noronha) est un autre album-concept, réalisé en duo avec le pianiste minorquin Marco Mezquida – pianiste de jazz, amant de la musique de Ravel et qui, avant Lina_, s’est produit un duo avec Sílvia Pérez Cruz (voir les billets Sílvia Pérez Cruz & Marco Mezquida • Na nena (Tornada a Menorca) et Sílvia Pérez Cruz & Marco Mezquida • Mallorca i No trobaràs la mar). Et toujours ce même chant bien exécuté, impeccable, sans débord.
Voici Maria Teresa de Noronha :
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Maria Teresa de Noronha (1918-1993) • Fado da Defesa. António Calém, paroles ; José António Sabrosa, musique (Fado da Defesa). Autre titre : Lembras-te da nossa rua.
Maria Teresa de Noronha, chant ; José António Sabrosa, Raul Nery & José Fontes Rocha, guitare portugaise ; Joaquim de Vale & Júlio Gomes, guitare ; Joel Pina, basse acoustique.
Première publication : disque 45 t Avé Maria da Serra / Maria Teresa de Noronha. Portugal, Decca, ℗ 1969.
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Lembras-te da nossa rua
Que hoje é minha e já foi tua
Talhada para nós dois?
Foi aberta pela amizade,
Construída com saudade
Para o amor morar depois
Te souviens-tu de notre rue,
Qui est ma rue et qui fut ta rue,
Taillée pour nous deux ?
Ouverte par l’amitié
Construite avec le désir
Que l’amour y demeure.
Mas um dia tu partiste
E um vento frio e triste
Varreu toda a Primavera
Agora veio o Outono
E as folhas ao abandono
Morreram à tua espera
Mais un jour tu es parti
Et un vent froid et triste
A balayé tout le printemps.
À présent voici l’automne
Et les feuilles à l’abandon
Sont mortes de t’attendre.
Certas noites o luar
Traça o caminho no ar
Para chegares até mim
Mas é tão longa a viagem
Que só te vejo em miragem
Num sonho que não tem fim
Parfois le clair de lune
Trace dans la nuit le chemin
Qui te mènerait à moi.
Mais il est si long le voyage
Que je ne te vois qu’en mirage
Dans un rêve sans fin.
… … António Calém (1913-1990). Lembras-te da nossa rua (avant 1952). Autres titres : Fado do Zé António ; Fado da Defesa.
António Calém (1913-1990). Souviens-toi de notre rue, traduit de : Lembras-te da nossa rua (avant 1952), par L. & L.
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Il est très fréquent qu’une musique de fado traditionnel soit combinée à des textes différents ; c’est même presque la règle. L’inverse – un même texte chanté sur des musiques différentes – est rare. Tel est le cas de Lembras-te da nossa rua, d’António Calém (1913-1990), que Maria Teresa de Noronha utilise sur le Fado da Defesa (une composition de son mari, le guitariste José António Sabrosa). Elle l’avait déjà interprété dix-sept ans plus tôt, en 1952, sur le Fado do Zé António de sextilhas – autre composition de José António Sabrosa – que je préfère au Fado da Defesa, je dois dire :
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Maria Teresa de Noronha (1918-1993) • Fado do Zé António. António Calém, paroles ; José António Sabrosa, musique (Fado José António de sextilhas). Autre titre : Lembras-te da nossa rua.
Maria Teresa de Noronha, chant ; Fernando Pinto Coelho, guitare portugaise ; Alberto Lima, guitare.
Première publication : disque 78 t Fado do Zé António ; Fado em cinco estilos / Maria Teresa de Noronha. Portugal, Melodia, ℗ 1952.
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Nossa rua construida com saudade 👍ça me plaît beaucoup
Lina c’est une voix très belle et envoûtante.Mais elle me fait penser aux sirènes de l’Odyssée 🙂
Ah, vous aimez cette voix alors…
Pas tellement mais elle est une artiste assez originale, je veux dire qu’elle propose une autre perspective musicale de fado. Vous ne trouvez pas ?
Je suis très partagé. C’est quelqu’un qui a une très solide technique vocale, acquise depuis longtemps. Mais je ne crois pas que ce soit une fadiste (même si elle chante aussi le fado traditionnel, accompagnée de guitaristes. J’ai moi-même eu l’occasion de la voir à Lisbonne, au Musée du fado. C’était bien avant son album avec Raül Refree, je crois que c’était en 2012). Ce serait plutôt, à mon avis, quelqu’un qui utilise le fado comme un ingrédient pour se construire une expression artistique. C’est toute la différence avec quelqu’un comme Mísia par exemple. Mísia ne chantait pas très bien, mais elle portait dans sa voix même et dans sa façon d’être tout le poids du fado. Et elle aussi a chanté avec piano, ou avec un ensemble baroque, ou avec des guitares électriques etc.
Bref, pour en revenir à Lina, ça manque d’émotion (ce n’est qu’un avis, subjectif par définition !)
🙂J’ai pensé à Mísia en écoutant Lina ( ses trois disques qui sont faites de la même façon – c’est pourquoi je ne suis pas sur si c’est elle qui fait ses choix 🙂) mais en tout cas c’est permette- moi l’expression militaire,,avalable sans problème «
Mais il’ya toujours une possibilité que ce n’est pas elle qui gère l’affaire 🙂
Ah ah ! ça se pourrait bien en effet 🙂
Bien que ce n’est pas un plat typique de la cuisine portugaise 🙂
Une très belle phrase Vous avez utilisé – porter le poids du fado dans la voix 👍 chic🙂 merci beaucoup