Amália, Cecília Meireles & Alain Oulman • Nunca ninguém viu ninguém

Cecília Meireles, portrait par Arpad Szénes (1942)
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Alain Oulman (1928-1990) semblait porter un intérêt particulier à l’œuvre de la poétesse brésilienne Cecília Meireles (1901-1964). Pour Amália il a mis en musique plusieurs de ses poèmes. Naufrágio (Canção) et As mãos que trago (Canção a caminho do Céu) faisaient partie de l’album Com que voz, publié en 1970. Beaucoup plus tard il y a eu Soledad, dont un enregistrement studio, réputé avoir été réalisé avec accompagnement de piano, demeure inédit ; seule est parue une version enregistrée en public à Lisbonne, en 1987 (sur l’album Coliseu 1987).
On connaît en outre, grâce à une captation artisanale d’Alain Oulman chantant lui-même sa composition en s’accompagnant au piano, le saisissant Eu não tinha (Retrato), probablement jamais enregistré par Amália en dépit de sa très grande beauté.
La publication, fin 2025, de la nouvelle édition augmentée de l’album Cantigas numa língua antiga livre enfin un enregistrement, jusque ici inédit (mais qui a, un temps, circulé sur l’Internet), de Nunca ninguém viu ninguém. Cet enregistrement a été réalisé au cours des sessions de l’album mais n’a pas été retenu pour y figurer.
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Amália Rodrigues (1920-1999) • Nunca ninguém viu ninguém. Poème de Cecília Meireles ; Alain Oulman, musique.
Amália Rodrigues, chant ; José Fontes Rocha, guitare portugaise ; Martinho d’Assunção, guitare classique.
Enregistrement : Paço de Arcos (Portugal), studio Valentim de Carvalho, 22 janvier 1975.
Première publication dans l’album Cantigas numa língua antiga, [nouvelle éd. augmentée] / Amália Rodrigues. Portugal, Edições Valentim de Carvalho, ℗ 2025.
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NUNCA eu tivera querido
dizer palavra tão louca:
bateu-me o vento na bôca,
e depois no teu ouvido.
JAMAIS je n’aurais voulu
dire une parole aussi folle :
c’est le vent qui me l’a prise dans la bouche
et qui te l’a soufflée à l’oreille.
Levou sòmente a palavra,
deixou ficar o sentido.
Il ne t’a apporté que le mot
Et non pas ce qu’il voulait dire.
O sentido está guardado
no rosto com que te miro,
neste perdido suspiro
que te segue alucinado,
no meu sorriso suspenso
como um beijo malogrado.
Ce qu’il veut dire est là
Sur mon visage qui te regarde,
Dans ce soupir éperdu
Qui te suit, halluciné,
Dans mon sourire en suspens
Comme un baiser interrompu.
Nunca ninguém viu ninguém
que o amor pusesse tão triste.
Essa tristeza não viste,
e eu sei que ela se vê bem…
Só si aquele mesmo vento
fechou teus olhos, também…
Nul n’a jamais vu personne
Que l’amour rendait aussi triste,
Et toi, cette tristesse tu ne l’as pas vue
Et je sais qu’elle se voit pourtant…
Ou est-ce que ce même vent
T’a aussi fermé les yeux ?
Cecília Meireles (1901-1964). Canção (Nunca ninguém viu ninguém), extrait de Viagem (1939).
.Cecília Meireles (1901-1964). Chanson (Nul n’a jamais vu personne), trad. par L. & L. de Canção (Nunca ninguém viu ninguém), extrait de Viagem (1939).
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