Aller au contenu principal

Amália Rodrigues | Com que voz (nouvelle édition, 2019)

20 octobre 2019

Amália Rodrigues | Com que voz (nouvelle édition, 2019)
Amália Rodrigues (1920-1999) | Com que voz (nouvelle édition, 2019)

Com que voz, paru en mars 1970, est à la discographie d’Amália Rodrigues et à celle du fado ce qu’est Kind of blue (1959) à la discographie de Miles Davis et à celle du jazz. « L’album parfait », « l’album miraculeux » … : la dithyrambe est de mise lorsqu’il s’agit d’évoquer cet album de douze morceaux enregistrés en deux nuits de janvier 1969, pour n’être publié que 14 mois plus tard. Douze chansons, toutes composées par Alain Oulman sur des poèmes d’auteurs portugais modernes (David Mourão-Ferreira, Ary dos Santos, Alexandre O’Neill, Manuel Alegre,…) ou anciens (Luís de Camões) ainsi que de Cecília Meireles, l’une des grands poètes brésiliens du XXe siècle, amie de l’artiste peintre Maria Helena Vieira da Silva. Douze fados peut-être (certains en 1970 ont dit que non, que la plus grande chanteuse du Portugal dévoyait le chant national ; aujourd’hui de même on pourrait dire que non, tant cette œuvre singulière et précieuse excède les limites d’un genre).

Bien que la rencontre entre Amália Rodrigues et Alain Oulman ait eu lieu dix ans auparavant, Com que voz est le premier album de la chanteuse constitué exclusivement de compositions de ce dernier (il n’y en aura qu’un autre : Cantigas numa língua antiga, 1977). D’où une très grande cohésion, renforcée encore par la réduction de l’accompagnement instrumental à une guitare portugaise, tenue par José Fontes Rocha, et une guitare classique (Pedro Leal) – au lieu des deux guitares portugaises, de la guitare et de la guitare basse habituelles.

Ce recueil renferme quelques-unes des plus belles compositions d’Alain Oulman (le splendide et déchirant Naufrágio, qui ouvre l’album, Com que voz, qui lui donne son titre, ou Gaivota, pour n’en citer que trois). C’est aussi assurément avec cet album que l’art d’interprète d’Amália atteint une forme d’absolu, tant elle insuffle une vie organique à ces chansons pourtant élaborées à partir de poèmes qui n’étaient aucunement destinés à recevoir une musique – à l’exception de Gaivota, écrit par Alexandre O’Neill sur une composition pré-existante. Un art qui peut s’appuyer sur une voix alors à l’apogée de sa beauté et de ses qualités expressives.

Il faut dire que Com que voz est le résultat d’une maturation de plusieurs années, comme le montrent les versions successives de certains des morceaux qui le composent – dont certaines remontent à 1964, d’autres à 1966 ou 1968 –, versions de travail dont les enregistrements avaient été conservés et opportunément publiés dans la précédente réédition de l’album, celle de 2010, qui s’accompagnait en outre de nombreuses notes historiques et qui contenait les textes de l’intégralité des titres.

La nouvelle édition, celle de 2019 donc, est moins riche et les textes d’accompagnement bien moins intéressants. On n’y trouvera la transcription d’aucun des poèmes. Son principal intérêt, outre une «  remastérisation » de l’album original, perceptible à condition de disposer d’un excellent matériel de lecture, réside dans la publication de trois enregistrements inédits, tous sur des compositions d’Alain Oulman : deux versions préparatoires d’enregistrements déjà publiés : É da torre mas alta et Amêndoa amarga (poèmes d’Ary dos Santos), et un inédit absolu : Fui à fonte lavar os cabelos (de João Soares Coelho, poète du XIIIe siècle). Un billet sera prochainement consacré à chacun de ces morceaux.

Cette réédition s’inscrit dans le cadre du projet de publication intégrale des enregistrements d’Amália Rodrigues entrepris depuis quelques années par la maison Valentim de Carvalho, principal éditeur phonographique de la chanteuse dont on célèbrera en 2020 le centenaire de la naissance. Un nouveau jalon de cette œuvre monumentale devrait marquer la fin de cette année 2019 : un coffret de cinq CD intitulé « Amália em Paris », composé en grande partie d’enregistrements pris sur le vif réalisés dans la capitale française.

Amália Rodrigues (1920-1999) | Naufrágio. Cecília Meireles, paroles ; Alain Oulman, musique.
Amália Rodrigues, chant ; José Fontes Rocha, guitare portugaise ; Pedro Leal, guitare classique ; José Fontes Rocha, arrangements. Enregistrement : janvier 1969.
Extrait de l’album Com que voz, nouvelle édition « remastered ». Portugal : Edições Valentim de Carvalho, ℗ et © 2019.

Pus o meu sonho num navio
e o navio em cima do mar;
– depois, abri o mar com as mãos,
para o meu sonho naufragar.
J’ai mis mon rêve dans un navire
Et ce navire au dessus de la mer ;
Puis de mes mains, la mer je l’ai ouverte
Afin que sombre mon rêve.
Minhas mãos ainda estão molhadas
do azul das ondas entreabertas,
e a cor que escorre dos meus dedos
colore as areias desertas.
Mes mains sont encore mouillées
Du bleu des vagues entrouvertes,
Et ce bleu qui s’écoule de mes doigts
Colore les plages désertes.
O vento vem vindo de longe,
a noite se curva de frio;
debaixo da água vai morrendo
meu sonho, dentro de um navio…
Le vent se lève, venant de loin
La nuit se courbe de froid ;
Tandis qu’au fond de l’eau mon rêve
Se meurt, prisonnier d’un navire…
Chorarei quanto for preciso,
para fazer com que o mar cresça,
e o meu navio chegue ao fundo
e o meu sonho desapareça.
Je verserai assez de larmes
Pour que la mer grossisse
Et que mon navire en touche le fond,
Et que mon rêve disparaisse.
*Depois, tudo estará perfeito;
praia lisa, águas ordenadas,
meus olhos secos como pedras
e as minhas duas mãos quebradas.
*Alors, tout sera parfait ;
La plage nette, les eaux calmées
Mes yeux aussi secs que des pierres
Et mes deux mains brisées.
……… ………
Cecília Meireles (1901-1964). Canção. Dans : Viagem (1939).
*Le dernier couplet ne fait pas partie du fado.
Cecília Meireles (1901-1964). Chanson, traduit de : Canção, extrait de Viagem (1939), par L. & L.
*Le dernier couplet ne fait pas partie du fado.

Amália Rodrigues (1920-1999)
Com que voz (Édition 2019)

Amália Rodrigues | Com que voz (nouvelle édition, 2019)Com que voz / poèmes de Cecília Meireles, David Mourão-Ferreira, Manuel Alegre, etc. ; Alain Oulman, musiques ; Amália Rodrigues, chant ; José Fontes Rocha, guitare portugaise ; Pedro Leal, guitare,… [etc.]. — Production : Portugal : Edições Valentim De Carvalho, ℗ 2019.
Nouvelle édition remastérisée de l’album Com que voz (enregistré en 1969 et publié pour la première fois en 1970), augmentée de 8 morceaux réunis en un ensemble intitulé « À maneira do Com que voz », parmi lesquels des versions inédites de titres précédemment publiés ainsi qu’un titre inédit (Fui à fonte lavar os cabelos, poème de João Soares Coelho, musique d’Alain Oulman). Dates d’enregistrement : 8 et 9 janvier 1969 (édition originale de Com que voz) ; dates diverses, comprises entre novembre 1968 et 1969 (« À maneira do Com que voz »).

CD : Valentim de Carvalho, 2019. — EAN 3760220460752.

Voir la description complète de l’album sur Discogs

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :