O Venezia che sei la più bella
Pour Venise, ce chant qui était de révolte, interprété ici par la grande Giovanna Daffini (1913-1969), elle qui a été à l’avant-garde de la redécouverte de la tradition musicale populaire italienne, ouvrant le chemin à Giovanna Marini et à d’autres :
O Venezia che sei la più bella
e tu di Mantova che sei la più forte
gira l’acqua dintorno alle porte,
sarà difficile poterti pigliar.Un bel giorno, entrando in Venezia,
tutto il sangue scorreva per terra,
i soldati sul campo di guerra
e tutto il popolo gridava pietà.O Venezia, ti vuoi maritare
per marito ti daremo Ancona,
per corredo le chiavi di Roma
e per anello le onde del mar.
O Venezia che sei la più bella (Ô Venise, toi qui es la plus belle) fait allusion au soulèvement des Vénitiens contre l’occupant autrichien en 1848 et à la répression qui s’ensuivit. La République de Venise libre ne durera qu’un an, les Autrichiens reviendront en maîtres.
Voyez, j’étais à Venise la semaine dernière. Une des splendeurs du monde, à tel point qu’il n’y a rien à dire de sa beauté.
Pourtant, la ville de Venise n’est pas seulement un séjour provisoire pour les touristes du monde entier, il s’y déroule aussi la vie ordinaire.
Des gens y travaillent, souvent venus de la terre ferme, Mestre, Marghera, ces villes périphériques laides qui sont le moteur de Venise et qui en dépit de leurs gaz et de leurs fumées lui permettent de respirer encore.

Des gens y habitent aussi, des Vénitiens qui vivent là comme enfermés dans ce lieu inouï.
Estranha forma de vida, drôle de vie quand on y pense.
Comment peut-on être vénitien ? Il faut vivre avec l’eau, elle est partout, elle s’insinue même en vous.
Venise est une ville de la mer, c’est un port, elle a cela en commun avec d’autres lieux d’Europe comme Lisbonne ou Saint-Malo.
—
Avec ces deux villes aussi, et avec d’autres, elle partage un passé de conquérante, une histoire faite de navires envoyés vers les bouts du monde et revenant les voiles gonflées d’un autre vent.
—

Gonflées d’autres amours.

Entre le réel et l'irréel il y a une porte....., cette porte c'est nous !! Je t'aime pardonne-moi
Des amours pour lesquels on demande pardon, amours comme une porte entre le réel et l’irréel : Venise est aussi la ville du théâtre, en quoi elle se rapproche de Naples.

Venise, toujours à rechercher autre chose, um outro sentido :

Cherche pape disponible immédiatement
Venise de laquelle il faut enfin se séparer.

L. & L.
Amália — la dernière interview (2)
À part ça, quelques gentillesses sur Vinícius de Moraes — un ivrogne tripoteur de jeunes filles (« Il était complètement dingue cet homme-là. Il buvait trop, mais c’était un grand poète. ») — ou Carlos do Carmo qu’elle détestait. Même le satisfecit accordé à Hermínia Silva n’est pas exempt de quelques piques, elle ne peut pas s’en empêcher :
Hermínia Silva
J’aimais beaucoup Hermínia Silva, qui était une artiste très drôle. Elle chantait d’une manière complètement différente de la mienne. Je n’aurais pas aimé chanter comme elle, je préfère mon style. Mais après moi, c‘est elle que je préfère. Je ne l’ai jamais appelée par son prénom, je disais toujours Senhora Dona Hermínia. Un jour il s’est passé quelque chose de très amusant. Elle me demande : « Vous dormez bien, vous ? » « Oui. » « Moi je ne dors pas du tout , mais vraiment pas du tout, je passe la nuit à lire, je ne fais que ça toute la nuit. » J’étais un peu étonnée. « Ah bon ? Et qu’est-ce que vous lisez ? » « J‘adore lire le journal, je le lis d‘un bout à l‘autre. » Tout ce qu’elle lisait c’était le journal, mais elle disait qu’elle adorait lire ! Mais elle était très drôle, et c’était une grande artiste. Une revue avec elle était à mourir de rire.
Amália Rodrigues – a derradeira entrevista (parte 3)
Et puis il y a surtout l’amertume vis-à-vis de ses amis « de gauche » qui fréquentaient assidûment sa maison du temps de la dictature, en particulier les poètes Ary dos Santos et David Mourão-Ferreira qui ont chacun écrit des paroles de fado pour elle :
Avant le 25 avril vous receviez chez vous des personnes considérées de gauche …
Oui, il y avait Natália Correia, Ary dos Santos, David Mourão-Ferreira, Alain Oulman. Je ne savais pas qu’Alain était politique, et en fin de compte il l’était. Un jour il m’a dit qu’il était maoïste, mais je ne savais pas ce que ça voulait dire. Il m’a expliqué que les Chinois aimaient beaucoup travailler. Et moi : « c’est quoi cette chinoiserie ? » Les Chinois, aimer travailler … Il y avait lui, Natália Correia, Ary dos Santos… Ary écrivait des paroles pour Alain… Mais je ne me suis jamais mêlée de quoi que ce soit.Amália Rodrigues – a derradeira entrevista (parte 3)
Ary dos Santos
Ary dos Santos était toqué. César [le mari d’Amália, NDT] l‘appelait le « poète de la rue des fruits » Vous savez pourquoi ? Il parlait tout le temps de citron et de je ne sais quoi. Ça ne m’a pas plu, ce qu’il a fait. Il est venu ici chez moi tellement souvent — et après il ne m’a téléphoné qu’une seule fois pour me demander si j’avais besoin de quelque chose. J’ai dit non, juste de chansons. Personne, pas même David [Mourão-Ferreira], ne s’est manifesté pour dire « Attendez, c’est des mensonges tout ce qu’on raconte, elle n’a rien à voir avec tout ça ». Personne n’a rien dit. Personne, sauf Alain, qui était plus communiste que tous les autres. Il était maoïste ».Amália Rodrigues – a derradeira entrevista (parte 4)
Entretien : Felícia Cabrita
L. & L.
Amália — la dernière interview (1)
Depuis plusieurs jours on peut lire sur le site Portal do fado un entretien entre Amália et Felícia Cabrita, une journaliste d’investigation connue au Portugal pour une certaine intrépidité. C’est elle qui a révélé la sordide affaire de Casa pia dans les colonnes du magazine O Expresso.
L’entretien, intitulé Amália Rodrigues, a derradeira entrevista (Amália Rodrigues, la dernière interview) est repris du périodique Revista Tabu dans lequel il a été publié le 13 novembre 2009. Dans Portal do fado il est découpé en tranches, quatre pour l’instant. On n’a pas d’information sur la date de l’interview, c’est bien dommage. Était-ce en 1999, ou était-ce avant ? On retrouve des choses déjà lues ailleurs, notamment dans Amália : uma biografia, par Vítor Pavão dos Santos (Lisboa : Contexto, 1987), mais la journaliste cherche pendant un long moment (dans les parties 3 et 4) à éclaircir le positionnement politique de la chanteuse.
Ce qui en ressort, c’est le portrait d’une femme complètement indifférente à la chose politique, cherchant même de propos délibéré à paraître hermétiquement fermée à ces questions,
inaccessible, voire obtuse. Le mot même de « politique », on dirait qu’il lui semble obscène. Elle ne nie pas avoir été élevée au sein d’une famille plutôt bien disposée à l’égard du régime, ni avoir rencontré Salazar lui-même à une ou deux reprises, mais elle refuse en revanche, et avec quelle énergie, qu’on puisse en déduire une quelconque connivence avec ledit régime. Pas plus qu’elle ait été communiste comme on l’a dit aussi. On apprend en revanche que son mari était favorable à Humberto Delgado, ce général de l’armée de l’air qui défia ouvertement Salazar à l’occasion des élections présidentielles de 1958. Et qu’Alain Oulman — qu’elle « adorait » — était « plus communiste que tous les autres [gens « de gauche » qu’elle recevait régulièrement chez elle, comme Ary dos Santos, Natália Correia etc.] Il était maoïste. »
Et pourtant il y a eu Libertação, Abandono (le « fado de Peniche » comme on l’a appelé), la Trova do vento que passa, Meu amor é marinheiro (voir ici). Il y a eu aussi, le lendemain de sa mort, la révélation par José Saramago de son soutien financier au parti communiste du temps de la dictature, chose qui causa une grande sensation.
L. & L.
Amália Rodrigues – a derradeira entrevista (parte 1)
Amália Rodrigues – a derradeira entrevista (parte 2)
Amália Rodrigues – a derradeira entrevista (parte 3)
Amália Rodrigues – a derradeira entrevista (parte 4)
António Zambujo à Nice — Rappel
Comme déjà annoncé, António Zambujo est à Nice ce vendredi, dans le cadre de la programmation du C.U.M. (Centre universitaire méditerranéen). Un bel article paru hier sur le site Paris-Côte d’Azur en parle aussi. En voici la conclusion :
Sur scène comme sur disque, qu’il chante des compositions originales ou des classiques, Antonio Zambujo pèse chaque vers et le colore de façon unique, au filtre d’une voix qui sait réveiller l’esprit des anges endormis à la lisière du silence et du bruit.
C’est bien dit non ?
L. & L.
Soirée fado avec António Zambujo (voix, guitare), accompagné par Luís Guerreiro (guitare portugaise), Ricardo Cruz (contrebasse), José Conde (clarinette)
20 novembre 2009, 19 h
Centre universitaire méditerranéen
65, promenade des Anglais, Nice
Téléphone : 04 97 13 46 10
Entrée gratuite dans la limite des places disponibles.
Os Argonautas — Elis Regina
Étonnante et émouvante cette vidéo tronquée d’Elis Regina chantant Os Argonautas, l’hommage de Caetano au Portugal et au fado, accompagnée par un ensemble de guitaristes de fado de Coimbra.
O barco, noite no céu tão bonito
Sorriso solto perdido
Horizonte, madrugada
O riso, o arco, da madrugada
O porto, nada
Navegar é preciso, viver não é precisoCaetano Veloso (on n’entend pas ce couplet dans la vidéo)
Un maintien de fadiste, un visage admirable. Dommage que la vidéo soit de si piètre qualité.
L. & L.
Os Argonautas / Caetano Veloso, paroles et musique.
On s’empêche de mourir par politesse.
Un petit coup de Marguerite, allez ça fait du bien. C’est un des textes que je préfère, ça parle du théâtre et de la passion :
Tu ne sais plus qui tu es, qui tu as été, tu sais que tu as joué, tu ne sais plus ce que tu as joué, ce que tu joues, tu joues, tu sais que tu dois jouer, tu ne sais plus quoi, tu joues. Ni quels sont tes rôles, ni quels sont tes enfants vivants ou morts. Ni quels sont les lieux, les scènes, les capitales, les continents où tu as crié la passion des amants. Sauf que la salle a payé et qu’on lui doit le spectacle.
Tu es la comédienne de théâtre, la splendeur de l’âge du monde, son accomplissement, l’immensité de sa dernière délivrance.
Tu as tout oublié sauf Savannah, Savannah Bay.
Savannah Bay c’est toi.
M. D.

Bulle Ogier et Madeleine Renaud, Savannah Bay
Et encore :
Jeune femme. — La salle est pleine. On s’empêche de mourir par politesse. La salle attend. On lui doit le spectacle.
Madeleine. — La salle est noire. (Temps). On lui raconte qui est mort. (Temps). Qui est resté en vie. (Temps). Qui criait. (Temps). On lui dit comme la mer était bleue. (Temps). Quelle chaleur c’était. (Temps). Comme la pierre est blanche.
Jeune femme. — Comme la douleur est longue. (Temps). Comme elle change. (Temps). Comme elle devient. (Temps). Le second voyage. (Temps). L’autre rive. (Temps). Le deuxième amour.
Extr. de Savannah Bay / Marguerite Duras. Éd. de Minuit, cop. 1983. ISBN 2-7073-0668-1
António Zambujo à Nice
Si vous êtes à Nice le 20 novembre prochain, vous en avez de la chance ! Car António Zambujo s’y produira, dans le cadre de la programmation du C.U.M. (Centre universitaire méditerranéen).

António Zambujo, photo Filipa Vala
Soirée fado avec António Zambujo
20 novembre 2009, 19 h
Centre universitaire méditerranéen
65, promenade des Anglais
NiceEntrée gratuite dans la limite des places disponibles.
L. & L.
Carminho — A Bia da Mouraria
Elle a 25 ans, en elle la singularité du fado, et la voix est parfaite. La vidéo diffusée sur l’Internet — réalisée par João Botelho s’il vous plaît — confère à la Mouraria, à la petite église de la Senhora da Saúde et à ca fado une ambiance napolitaine.
Na Mouraria só falam do namorico
A Bia namora o Chico, as conversas são iguais.
Ai qualquer dia, Deus queira que isto não mude
Que a Senhora da Saúde vai ser pequena demais.
Adorable. Ils sont jeunes, ils n’ont rien, aucun bien matériel, pas un sou, ils n’ont que leur amour. Évidemment les paroles sont un peu nunuches, mais on trouve ce genre de couplets sans grande importance même chez les plus grands. En l’occurrence on pense à O namorico da Rita, d’António Mestre, sur une musique d’Artur Ribeiro, que chantait Amália dans les années 50.
Sabem todos os que lá vão
Que a Rita gosta do Chico
Só a mãe dela é que não
Consente no namorico.
On n’est pas dans la Mouraria mais dans le Mercado da Ribeira, les anciennes halles de Lisbonne situées au bord du Tage. Rita vend du poisson, tandis que son Chico est marin-pêcheur. L’histoire se corse d’un problème avec la maman de la petite qu’on imagine être une poissonnière maniant la sardine et le grondin avec pétulance.
L. & L.
A Bia da Mouraria / Carminho, chant ; António José, paroles ; Nóbrega e Sousa, musique ; José Manuel Neto, guitare portugaise [pas dans la vidéo] ; Diogo Clemente, viola de fado (guitare) ; Marino de Freitas, basse acoustique.

A Bia da Mouraria est extrait de l’album Fado, publié le 1er juin 2009. EMI (EAN 5099996652121)
Carminho — Site officiel
La parole Amália (3)
C’est seulement un peu plus tard que je suis entré pour de bon dans l’orbite d’Amália, et j’emploie ce mot à dessein car il s’agit en effet d’une captation.
À Rennes, à l’université, il y avait un enseignant encore jeune, Pedro, un Portugais. C’est une époque lointaine maintenant. Je ne l’ai connu que brièvement. Il partageait une colocation avec un Brésilien mélancolique et hypocondriaque qui s’appelait Marco, l’exact opposé du Pedro. Gays tous les deux (ce mot n’existait pas encore dans l’usage français je pense, je ne sais plus ce qu’on disait, homo peut-être), mais ils n’étaient pas ensemble. Pedro taquinait Marco tout le temps, il l’appelait Dona Marta : Ó Dona Marta, são as duas da tarde, quando é que você vai se levantar ?
Ce devait être deux ou trois ans après la révolution des œillets. Lui, Pedro, avait fui le Portugal fasciste, étant en délicatesse avec la PIDE. Il m’a raconté cette fuite une fois, la gare frontière portugaise, les coups de feu, courir, se cacher derrière les trains, monter dans n’importe lequel, courir, descendre, les cris des policiers, les chiens, tout ça, « tu ne peux pas imaginer, c’est pire que dans les films », finalement réussir mais avec encore l’Espagne franquiste à traverser avant la frontière française.
Ce Pedro avait une passion pour Amália. Il possédait quelques disques, parmi lesquels Amália no Japão, avec Barco negro qu’il me traduisait : « são loucas » est probablement le premier énoncé portugais que j’ai retenu. Et surtout Com que voz qu’il écoutait beaucoup et qu’il me commentait. Il avait aussi l’album Encontro avec le saxophone de Don Byas. Je n’aime pas ce disque, mais c’est en l’écoutant que pour la première fois j’ai entendu Povo que lavas no rio. J’étais comme Alice devant qui on tient ouverte la porte du jardin merveilleux.
C’est pourquoi j’ai toujours trouvé incompréhensible qu’on condamne Amália en raison de ses prétendues sympathies pour le régime salazariste, alors même qu’il suffit de considérer qu’en 1955 elle chantait en plein Lisbonne Libertação (« Libération », poème de David Mourão-Ferreira) ; qu’elle causait un grand émoi en 1962 avec Abandono (poème de David Mourão-Ferreira, musique d’Alain Oulman), allusion transparente aux conditions d’arrestation des opposants politiques et à leur incarcération à la prison de haute sécurité du fort de Peniche, petite ville côtière au nord de Lisbonne, et pour cette raison surnommé dès sa publication Fado de Peniche, ou encore en 1970 la Trova do vento que passa, musique d’Alain Oulman sur un poème de Manuel Alegre, exilé politique résidant alors en Algérie.
Nous nous sommes rapidement perdus de vue, j’ai quitté la Bretagne, et la voix d’Amália a tracé son chemin toute seule en moi, je n’avais plus besoin d’intermédiaire.
L. & L.
Libertação fait partie de Amália no Café Luso, récital enregistré en public en 1955, publié pour la première fois en novembre 1974. La musique est celle du fado Meia Noite.
Libertação
Fui à praia, e vi nos limos
A nossa vida enredada
Ó meu amor, se fugirmos
Ninguém saberá de nadaNa esquina de cada rua
Uma sombra nos espreita
E nos olhares se insinua
De repente, uma suspeitaFui ao campo e vi os ramos
Decepados e torcidos
Ó meu amor, se ficamos
Pobres dos nossos sentidosEm tudo vejo fronteiras
Fronteiras ao nosso amor
Longe daqui, onde queiras
A vida será maiorNem as esperanças do céu
Me conseguem demover
Este amor é teu e meu
Só na terra o queremos terDavid Mourão-Ferreira / Fado Meia Noite
Abandono (Fado Peniche)
L’album sans titre de 1962, appelé généralement Busto (Buste), dans lequel se trouve Abandono. Ici la réédition de 2002 (CD).
Por teu livre pensamento
Foram-te longe encerrar
Tão longe que o meu lamento
Não te consegue alcançar
E apenas ouves o vento
E apenas ouves o marLevaram-te a meio da noite
A treva tudo cobria
Foi de noite, numa noite
De todas a mais sombria
Foi de noite, foi de noite
E nunca mais se fez diaAi dessa noite o veneno
Persiste em me envenenar
Oiço apenas o silêncio
Que ficou em teu lugar
Ao menos ouves o vento
Ao menos ouves o marDavid Mourão-Ferreira / Alain Oulman
La parole Amália (2)
En 1970, le Portugal était sans aucun doute le pays le plus exotique d’Europe, même pour un Breton qui y retrouvait son Atlantique.
Après Porto nous étions allés à Lisbonne qui m’avait enchanté. Elle est restée pour moi une ville magique. J’en ai vu de plus belles sans doute, en Italie surtout, de plus spectaculaires, de plus brillantes, mais Lisbonne a un pouvoir souverain par lequel elle l’emporte sur toutes les autres, celui de me ramener à mon adolescence. Elle a beaucoup changé, et le Portugal aussi, cependant le charme opère encore.
De cette période date mon attachement au Portugal, à sa langue étrange, tellement qu’on se croirait dans un morceau d’Europe qui se trouverait en dehors du système solaire, dans un monde éloigné dans lequel je suis moi aussi, en étranger fasciné. Amália est liée à cette fascination depuis ce premier voyage.

L. & L.










