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Amália 1967 — As lavadeiras de Caneças

23 décembre 2009

Amália Rodrigues à l'Olympia (Paris) en 1967Un petit cadeau de Noël. Enfin cadeau, c’est exagéré comme mot, disons un bonbon.

C’est une vidéo que j’ai trouvée à l’endroit habituel. Un extrait du récital donné par Amália à l’Olympia de Paris en 1967 : sa voix est alors à son zénith. Elle a déjà entamé sa fructueuse collaboration avec Alain Oulman depuis le début de la décennie, et ce soir-là elle aura probablement chanté plusieurs morceaux de ce nouveau répertoire en plus des fados classiques comme Povo que lavas no rio.

Mais elle a toujours aimé parsemer ses tours de chant de choses plus légères, et elle avait une prédilection particulière pour ces marches très enlevées qui font autant partie de la tradition de Lisbonne que le fado.

Celle-ci est adorable. Amália semble l’avoir chantée sur scène tout au long de sa carrière, plusieurs vidéos disponibles sur l’Internet en attestent, mais il n’en existe aucun enregistrement officiel, même en public.

L’étrange est que ce petit clip est manifestement dû à des professionnels, une équipe de télévision peut-être. Où se trouve le reste de la captation du spectacle ? Pourquoi n’est-elle pas publiée ? Étonnant.

Amália Rodrigues — As lavadeiras de Caneças / Frederico de Freitas, musique ; Luíz da Silva, Xavier de Magalhães, paroles. Paris (Olympia), 1967.

Dos fregueses a conduta / é pela roupa que se prova. / Mas lavada e bem enxuta / até fica como nova.
Com Lisboa sem vaidade / a saloia pede meças. / Há mais burros na cidade / do que há burros em Caneças!

Ai bate, bate
Bate a preceito!
Ai bate, bate
Esfrega co’a mão
Batida a eito
A roupa de feição
Ó vai
Ó vai com jeito
ou com sabão!

Se por cá rebenta o fogo / entre o povo e mais a tropa, / em Caneças vê-se logo / quando a gente aparta a roupa.
Eu conheço badamecos / que só vestem roupa fina / e até lavo papo-secos / que usam cuecas de menina.

Xavier de Magalhães (1885-1948). As lavadeiras de Canaças. Extrait de la revue A Rambóia (1928).

De la même époque, on trouvera sur le site de l’Ina (Institut national de l’audiovisuel) un reportage véritablement exceptionnel consacré à Amália, diffusé dans le cadre de l’émission Cinq colonnes à la une. À voir tout spécialement une séquence remarquable, qui montre Amália entourée d’un groupe d’hommes aux physiques dignes d’un film de Pasolini, se livrant avec eux à une sorte de desgarrada (c’est à dire une joute d’improvisation) :

Amália Rodrigues - Cinq colonnes à la une - 5 mai 1967

Amália Rodrigues – Cinq colonnes à la une – 5 mai 1967.

Pour accéder à la vidéo : cliquer sur l’image ou sur le lien ci-desssous.

retrouver ce média sur www.ina.fr

L. & L.

Natal de Elvas (Eu hei-de ir ao presépio)

21 décembre 2009

Puisque la semaine de Noël est commencée il nous faut des chants de Noël.

Celui-ci provient de la ville d’Elvas (région du Haut-Alentejo), ancienne place forte toute proche de l’Estrémadure espagnole.

D’abord une version impertinente, chantée par l’arbre de Noël lui-même, se tenant tout enguirlandé dans la vraie crèche :

Puis une plus politiquement correcte :

Et pour pouvoir chanter avec l’un ou avec les autres, les paroles :

Eu hei-de ir ao presépio
A assentar-me num cantinho
A ver com’o Deus Menino
Nasceu lá tão pobrezinho.

Ó meu Menino Jesus,
Que tendes, por que chorais?
Deu-me minha mãe um beijo,
Choro por que me dê mais.

O Menino chora, chora,
Chora por muita razão:
Fizeram-lhe a cama curta
Tem os pezinhos no chão.

L. & L.

Kate Bush — Rocket man

20 décembre 2009
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Incongru ?

Un peu de pop music, sans raison ni occasion particulière, sinon que tout à coup j’ai été pris de la frénésie de trouver une vidéo de cette chanson précise : Rocket man, par l’adorable, l’impeccable Kate Bush.

Je voulais le clip original, mais on n’en trouve pas de versions de bonne qualité technique. Celui-ci est extrait d’une émission de BBC 1, il est très bien aussi.

L. & L.

Rocket man / Kate Bush, chant ; Bernie Taupin, paroles ; Elton John,  musique. BBC, 1991.

Lula Pena — Phado é sorte

14 décembre 2009

Lula Pena, Plushmusic Festival, LOFT, Cologne, février 2009. Photo Matt Jolly © Plushmusic

E toldam-lhe românticos cabelos
Olhos gregos, lembrando.

Des mèches de cheveux romantiques brouillant
Ses yeux hellènes, occupés à se souvenir.

Fernando Pessoa. Mensagem.

Traduction française : Patrick Quillier, dans : Pessoa, Fernando. Œuvres poétiques. – Gallimard, 2001. – (Bibliothèque de la Pléiade ; 482). ISBN 2-07-011490-2. Page 1245.

Lula Pena, je pensais qu’elle avait disparu de la circulation, alors que non : on trouve sur l’Internet des vidéos récentes la montrant en concert, toujours seule avec sa voix grave, sa voix comme faite de terre ou d’une autre matière granuleuse, sa guitare, son visage remarquable et son charme.

Lula Pena | O fado de cada um / Silva Tavares, paroles ; Frederico de Freitas, musique. Suivi de : Partido alto / Chico Buarque, paroles et musique. Lula Pena, chant, guitare. Lisbonne, 2007.

Sa voix j’y reviens, âpre, avec un effet d’envoûtement, issue du fond de l’âme, venant de loin, ayant traversé plusieurs strates avant de sourdre. Elle me fait un peu (un peu) penser à celle de Nico (la Nico du Velvet Underground) : le grain de la voix peut-être, ou la manière de la poser. Elle m’évoque aussi la splendide voix parlée de Hannah Schygulla.

Elle chante non le fado, mais le phado (Phados est le titre de son unique album, publié en 1998) : ça se prononce de la même manière mais ça ne s’écrit pas pareil. C’est à dire que du fado elle retient l’essence. Fado destin, fado expression de l’être, fado exutoire de l’âme. Phado son expression à elle.

Pour moi, elle fait partie de la famille extrêmement restreinte des fadistes créateurs : Lula Pena, António Zambujo, Amália Rodrigues — qui d’autre ?

L. & L.

Bem pensado
Todos temos nosso fado
E quem nasce mal fadado
Melhor fado não terá
Fado é sorte
E do berço até à morte
Ninguém foge, por mais forte
Ao destino que Deus dá
O fado de cada um / Silva Tavares, paroles ; Frederico de Freitas, musique.



Phados / Lula Pena, chant et guitare. — Bruxelles : Carbon 7, 1999. — C7-032 (toujours disponible).

Lula Pena sur MySpace

Joana Amendoeira — Sopra o vento

12 décembre 2009

Revenons au Portugal.

Joana Amendoeira a déjà plusieurs albums à son actif, et beaucoup d’apparitions sur les scènes des pays les plus divers : Grande-Bretagne, France, Hongrie, Italie, Inde, Estonie … Dans ce clip elle fait entendre Sopra o vento (Souffle le vent), poème de Fernando Pessoa, un des fados extraits de À flor da pele (À fleur de peau) publié en 2007 :

Poème : Fernando Pessoa ; musique : Paulo Paz.

La voix est jolie et bien en place, et on n’est guère surpris de relever le nom de Custódio Castelo à la direction artistique et aux arrangements. L’album lui-même est à l’image de ce morceau : un bon choix de mélodies et de textes (dont deux de  Pedro Homem de Mello), et une interprétation assez banale, manquant de nerf et de force. Il faut dire que je viens de regarder un film sur Oum Kalthoum : j’aurais peut-être dû attendre un peu avant d’écrire ce billet.

Reste le poème de Pessoa.

L. & L.

Sopra o vento, sopra o vento,
Sopra alto o vento lá fora;
Mas também meu pensamento
Tem um vento que o devora.

Há uma íntima intenção
Que tumultua em meu ser
E faz do meu coração
O que um vento quer varrer;

Não sei se há ramos deitados
Abaixo no temporal,
Se pés do chão levantados
Num sopro onde tudo é igual.

Dos ramos que ali caíram
Sei só que há mágoas e dores
Destinadas a não ser
Mais que um desfolhar de flores.

Souffle le vent, souffle le vent,
Souffle très haut le vent dehors ;
Toutefois ma pensée aussi
Connaît un vent qui la dévore.

Il est une intime intention
Qui fait tumulte dans mon être
Et qui vient transformer mon cœur
En ce qu’un vent veut balayer ;

Je ne sais s’il y a des branches
Mises à bas par la tempête,
Ou des pieds du sol soulevés
En un souffle où tout est pareil.

Des branches qui sont tombées là
Je ne sais que douleurs et peines
Destinées à n’être rien d’autre
Que quelques fleurs que l’on effeuille.

Fernando Pessoa. Traduction française : Patrick Quillier, dans : Pessoa, Fernando. Œuvres poétiques. – Gallimard, 2001. – (Bibliothèque de la Pléiade ; 482). ISBN 2-07-011490-2. Page 870.

Joana Amendoeira -- À flor da peleÀ flor da pele / Joana Amendoeira, chant ; Custódio Castelo, direcção musical, arranjos ; Pedro Amendoeira, guitarra portuguesa ; Pedro Pinhal, viola ; Paulo Paz, contrabaixo, baixo acústico. — HM Música, P 2006. (En France, diff. Le chant du monde, 2009)

Joana Amendoeira — Site officiel
Joana Amendoeira sur Myspace
Joana Amendoeira — Blog

Le fado des étrangers. 2, Les Pays-Bas

11 décembre 2009

Là je suis en pleine terra incognita. Je ne connais pas grand chose de la Hollande où je ne suis allé que deux ou trois fois, ni des Hollandais. Simplement je les avais trouvés très sympathiques, accueillants et aimables envers les étrangers.

Cristina Branco in Holland. Custódio Castelo, guitare portugaise ; Alexandre Silva, guitare. Círculo de cultura portuguesa na Holanda, 1997

Pour ce qui est du fado, voici le peu que je sais. Cristina Branco surtout y jouit d’une grande popularité, d’ailleurs c’est là que sa carrière a commencé, par un de ces hasards qui parfois déterminent une vie. C’est là aussi qu’elle a enregistré son premier album, en public (Cristina Branco in Holland. 1997).

En guise d’hommage à ce pays qui pour ainsi dire l’a vue naître au fado, elle a publié un peu plus tard un album entier réunissant des morceaux de Custódio Castelo (son mari d’alors) composés sur des poèmes de Jan Jacob Slauerhoff (1898-1936) : Cristina Branco canta Slauerhoff, 2000, réédité en 2002 (Universal) avec trois morceaux supplémentaires sous le titre  O descobridor. C’est de ce recueil qu’est extrait Os solitários, qu’on entend ici :

C’était avant qu’elle ne se consacre à cette sorte de fado-pop qu’on lui connaît maintenant.

Mais les Hollandais eux-mêmes ?

Ils se lancent, parfois. Ca peut donner des choses étonnantes, telles que cette interprétation de Garça perdida, un morceau issu du répertoire de Dulce Pontes (Leonardo Amuedo, musique ; João Mendonça, paroles), par une chanteuse du nom de Michon :

(L’original peut s’écouter sur Deezer)

Et  Lenny Kuhr, vous vous en souvenez ? Mais si, allons : The Netherlands, six votes, les Pays-Bas, six points … le concours de l’Eurovision, l’édition 1969 et ses 4 gagnantes, Lenny Kuhr avec son Troubadour, la formidable Frida Boccara et deux autres chanteuses sans intérêt aucun. Ah vous n’étiez pas nés … Dans ce cas, pour que vous sachiez de quoi il est question :

Très jolie voix. C’est émouvant de revoir ça … Le lien avec le fado ? Il n’y en a pas. Mais je découvre ceci : Portugese lente, qui se révèle être une version néerlandaise de Uma casa portuguesa (Reinaldo Ferreira, Matos Sequeira, paroles ; Artur Fonseca, musique), par la même Lenny Kuhr (vidéo de qualité médiocre) :

Et même Fadista (Lenny Kuhr, Gerard de Graal, musique ; Herman Pieter de Boer, paroles), un hommage à Amália, enregistré en 2007 d’après le commentaire de la vidéo sur Youtube :

La voix est toujours là. (Ceux qui lisent le néerlandais trouveront les paroles ici.) Mais bien sûr on est loin du fado.

L. & L.

Le fado des étrangers. 1, La France

6 décembre 2009

Le fado, l’une des expressions artistiques de la très singulière âme portugaise, est probablement celle qui est connue et appréciée à l’étranger par le plus large public. J’ai pensé parcourir quelques uns des pays où l’on sait que le fado est bien accueilli, au point parfois de susciter des vocations locales.

Je commence par la France puisqu’elle est là autour de moi, et qu’elle est probablement le premier pays étranger non lusophone dans lequel le fado ait rencontré un succès véritable et durable, grâce en partie à l’immigration portugaise des années 60, grâce surtout à l’irruption d’Amália Rodrigues dans le monde français du spectacle en 1956, date de son premier récital triomphal à l’Olympia, à Paris. À partir de ce moment et jusqu’à la fin de sa vie elle ne cessera jamais de se produire en France, à Paris et ailleurs.

Amália à l'Olympia, 1967Amália à l’Olympia, 1967

Tout au long des années 60 elle était l’une des vedettes — comme on disait alors — du music-hall en France. Il ne fait pas de doute, ainsi qu’elle en convenait elle-même, que c’est le succès dont elle a bénéficié en France qui lui a ouvert l’accès aux autres scènes étrangères et a fait d’elle une célébrité internationale.

Mais au fond, est-ce véritablement la fadiste que les Français ont aimé en Amália ? Ou est-ce la chanteuse à la voix splendide et expressive, à son aise dans bien des répertoires, y compris la variété française ou italienne ? Si aujourd’hui on réalisait un sondage sur ce que les gens ont retenu d’elle, le résultat serait connu d’avance : la presque totalité des interrogés ne serait capable de citer qu’un seul titre, La maison sur le port.

C’est une chose qui m’avait frappé lors du concert donné par António Zambujo à Rennes en juillet 2009 : certains dans le public lui réclamaient La maison sur le port (en français dans le texte).

Énorme succès au Portugal en 1968 (je parle de la version originale d’Alberto Janes, Vou dar de beber à dor), ce morceau l’est aussi en France, où il a d’ailleurs été repris récemment par Sanseverino (2006) et par Juliette, sur la scène du Grand Rex à Paris en 2005 :

La maison sur le port (musique Alberto Janes ; paroles Pierre Cour) est aussi devenu un succès aux Antilles, adapté à la sauce zouk.

Mais en dehors de cette chanson-là on a du mal à repérer quelque fado que ce soit qui aurait été repris par un ou plusieurs chanteurs français, même dans notre langue. On relève tout de même Les cloches de Lisbonne, adapté par Francis Blanche du Fado da Madragoa (musique Frederico Valério ; paroles João Bastos) présenté la même année par Amália sur la scène de Bobino. Seulement la version française, qui fut l’un des grands succès de 1960, interprétée par Gloria Lasso, Luis Mariano, Gilbert Bécaud, Tino Rossi, Yvette Horner et d’autres, relève du répertoire de la chanson exotique en vogue à l’époque, et n’a rien à voir avec le fado. Idem du célèbre Avril au Portugal, la version française de Coimbra, créée par Yvette Giraud dix ans plus tôt, en 1950.

La reprise par Agnès Jaoui pour son album Canta (Tôt ou tard, 2006) du Fado do retorno, en duo avec Mísia et en portugais, peut donc passer pour une originalité.

Le Fado do retorno (poème de Lídia Jorge sur le Fado Estoril du grand guitariste Armandinho), a été créé par Mísia sur son album Garras do sentido (1998).

Et elle ne s’arrête pas en si bon chemin, Agnès Jaoui, puisqu’elle vient de récidiver dans son nouvel album Dans mon pays (Tôt ou tard, novembre 2009). Elle a cette fois Camané pour partenaire (A cantar é que te deixas levar, paroles et musique José Mário Branco).

Mais ça fait peu, au regard de la fortune que connaissent en France certains autres genres, pourtant aussi liés que le fado à une ville ou une région, notamment le tango. Pourquoi les artistes français s’intéressent-ils si peu au fado ? Peut-être parce que c’est un art vocal difficile, et au fond mal connu des Français, comme la langue portugaise elle-même. On le laisse aux Portugais — aux Portugaises surtout –, qui trouvent dans le sillon creusé par Amália un terreau encore fertile pour nourrir une carrière française. Mísia bien sûr, qui s’est établie à Paris, Cristina Branco, Mariza, Katia Guerreiro…

C’est qu’en France on ne connaît guère du fado que ce qu’on a bien voulu retenir du répertoire d’Amália, laquelle a progressivement orienté son art vers une forme de chanson, profondément portugaise, mais assez proche dans l’esprit de ce que Léo Ferré et Georges Brassens pouvaient faire entendre en France à la même époque. Et cela avec la collaboration déterminante d’un certain Alain Oulman, un musicien français.

L. & L.

António Zambujo : nouvel album en avril

3 décembre 2009

D’après le site Portal do fado (information datée du 1er décembre 2009), António Zambujo publiera son nouvel album en avril prochain.

Il va s’en passer des choses, ce mois-là !

L. & L.

António Zambujo — site officiel

Fado et chanson napolitaine (2) — Era de maggio

1 décembre 2009

Au fond, une chanson napolitaine s’approche du fado si elle est chantée par un(e) fadiste véritable, j’entends par là quelqu’un qui soit immergé dans le fado, qui en ait assimilé la musicalité et la technique vocale prticulières en même temps que l’arrière-plan culturel.

Autre exemple, récent celui-ci : Era de maggio de Mísia (& Peppe Servillo, du groupe Avion travel) dans l’album Ruas, dont l’une des parties est consacrée à des musiques étrangères au fado, mais voisines de celui-ci — en tout cas jugées telles par Mísia.

Dans cette vidéo de making of se trouve également la ranchera Fallaste corazon — je n’aime pas tellement les rancheras, celle-ci ne fait pas exception. On n’a de surcroît qu’un bref aperçu de Era de maggio. (On peut l’écouter sur Deezer.)

En comparaison, voici la version — très italienne — de l’étonnante Mina (née en 1940) :

La même chose, façon bel canto, par le grandissimo tenore Tito Schipa (1888-1965), avec en prime Mandulinata ‘a Napule :

La tradition napolitaine, Roberto Murolo :

Ça en fait du monde !

Era de maggio e te cadéano ‘nzino,
a schiocche a schiocche, li ccerase rosse…
Fresca era ll’aria…e tutto lu ciardino
addurava de rose a ciento passe…

Era de maggio, io no, nun mme ne scordo,
na canzone cantávamo a doje voce…
Cchiù tiempo passa e cchiù mme n’allicordo,
fresca era ll’aria e la canzona doce…

C’était en mai, et les cerises vermeilles
Tombaient dans ton giron à pleines poignées
L’air était frais … et les roses du jardin
Embaumaient à cent pas…

C’était en mai, moi non je ne l’oublie pas,
Nous chantions une chanson à deux voix
Plus le temps passe et plus je m’en souviens,
L’air était frais, et douce la chanson.

Era de maggio (1885) / musique Salvatore Di Giacomo ; paroles Mario Pasquale Costa

Pour le plaisir (le mien en tout cas), terminons par Peppe Servillo, à nouveau en duo, avec Gigliola Cinquetti cette fois, une personne et une chanteuse élégante je trouve, au style vocal situé aux antipodes de celui du fado, et donc fort différent de celui de Mísia. Les voix se marient parfaitement : très joli duo, réalisé en direct sur un plateau de télévision, à la fin d’une émission animée par la Cinquetti elle-même, chapeau. La chanson s’appelle Abbassando (paroles et musique Peppe Servillo) — et il ne s’agit plus de chanson napolitaine, et encore moins de fado :

L. & L.

Fado et chanson napolitaine (1) — Dicitencello vuje / Amália et Roberto Murolo

30 novembre 2009

On rapproche parfois la chanson napolitaine et le fado de Lisbonne, au point qu’un « jumelage » entre les deux traditions a eu lieu en 1994. Une initiative italienne, Lisbonne étant cette année-là capitale européenne de la culture.

On peut juger cette accointance quelque peu forcée. Quoi qu’il en soit, Roberto Murolo (1912-2003) et Amália, les deux stars respectives de l’un et l’autre genre ont eu l’occasion de chanter plusieurs fois ensemble sur des scènes italiennes et se connaissaient bien. Il se trouve que les derniers enregistrements d’Amália réalisés en studio et publiés sont deux duos avec Murolo pour l’album Anema e core de ce dernier (1995), deux chansons napolitaines choisies par elle : Anema e core (1950) et Dicitencello vuje (1930), qu’on peut entendre ici :

On se souvient qu’Amália avait enregistré une vingtaine d’années plus tôt un album de chansons traditionnelles italiennes (A una terra che amo, Columbia, 1973) parmi lesquelles deux chansons napolitaines (la Tarantella et le célèbre et très beau Canto delle lavandaie del Vomero).

L. & L.

‘A voglio bene…
‘A voglio bene assaje!
Dicitencello vuje
ca nun mm »a scordo maje.
E’ na passione,
cchiù forte ‘e na catena,
ca mme turmenta ll’anema…
e nun mme fa campá!…

Je l’aime
Je l’aime tellement !
Dites-le lui, vous
Que je ne l’oublierai jamais.
C’est une passion,
Plus forte qu’une chaîne,
Qui me tourmente l’âme
Et m’empêche de vivre.

Enzo Fusco, paroles ; Rodolfo Falvo, musique

On trouvera les paroles originales complètes avec leur traduction italienne sur ce site.