Carminho sur RTP internacional ce soir

Si vous avez accès à RTP internacional : l’émission d’informations 30 Minutos de ce soir 12 janvier sera consacrée à Carminho.
L. & L.
30 Minutos, 22 heures (heure française), sur RTP internacional.
Éric Rohmer
Éric Rohmer maintenant. Bien sûr ça arrive à tout le monde, ce n’est pas si extraordinaire, de mourir, surtout lorsqu’on est âgé. Mais pour celui qui meurt, si, c’est extraordinaire, ça n’arrive qu’une fois, et après plus jamais.
La femme de l’aviateur, 1981
Pauline à la plage, 1983
L. & L.
Le fado des étrangers. 3, L’Espagne
Je ne la connais pas très bien, l’Espagne, et pourtant elle est là, au coin de la rue pour ainsi dire, il n’y aurait que les Pyrénées à traverser.
Mais c’est en Catalogne qu’on déboucherait, ce qui changerait un peu la perspective. Qu’est-ce que c’est le Portugal pour les Espagnols ? Un lopin de terre enclavé dans leur jardin et qui les empêche d’avoir une vue panoramique sur la mer ? Je ne sais pas.
Amália disait que l’Espagne était le pays du monde qui lui avait accordé le moins d’attention. Elle le regrettait probablement, puisqu’elle se considérait une chanteuse « ibérique ».
Na verdade, considero-me uma cantora ibérica.
Santos, Vítor Pavão dos. Amália : uma biografia. Contexto, 1987. P. 59.
Elle lisait la poésie espagnole, António Machado en particulier. Sans doute connaissait-elle ce poème :
Todo pasa y todo queda,
pero lo nuestro es pasar,
pasar haciendo caminos,
caminos sobre el mar.
…Al andar se hace camino
y al volver la vista atrás
se ve la senda que nunca
se ha de volver a pisar.
…Caminante no hay camino
sino estelas en la mar…
Dans un entretien avec Mildred Clary diffusé sur France-Musique à la fin des années quatre-vingts, elle comparait le fado et le flamenco. En substance, elle disait que la différence résidait surtout dans la forme de l’expression : extériorisée, « physique » (il me semble qu’elle employait ce mot) pour le flamenco, quand le fado est tout entier dans l’âme, l’intime, le dedans.
Elle-même, à chaque concert, chantait toujours une ou deux « espagnolades » comme elle disait.
Bon. Mais les Espagnols ?
Je n’ai pas trouvé grand chose, sinon une chanteuse catalane, et une autre basque.
Névoa donc, une chanteuse barcelonaise, dont la carrière est toute entière dédiée au fado. J’ajoute que cette vidéo a été mise en ligne sur Youtube par mon ami Jaume, catalan lui aussi comme son nom l’indique, et qui tient de fado, un blog extrêmement nourri :
Alors, c’est peut-être la seule Catalogne qui est fadophile ?
Mais j’ai parlé aussi d’une chanteuse basque : elle s’appelle María Berasarte, convaincante dans un répertoire de fados chantés en castillan, comme ici dans Cosas que no sé (fado Tamanquinhas) :
Ce morceau est extrait de Todas las horas son viejas, un album enregistré à Lisbonne et paru en 2009 (Universal).
Il est disponible sur l’Internet (se reporter à la section Acheter CD & DVD de fado sur la colonne de droite).
Pour étoffer un peu cette maigre récolte, on pourrait ajouter Mísia, elle aussi catalane — enfin d’ascendance, par sa mère. D’ailleurs on y pense un peu en entendant Névoa… Mais ce serait artificiel, même si Mísia ne renie pas cette partie-là de ses racines (il y a une chanson catalane, La gavina, sur Fado, son tout premier album).
Alors signalons Uxía, galicienne quant à elle, une compagne occasionnelle de Dulce Pontes, que l’on voit ici interpréter le beau Verdes são os campos dans un hommage à José Afonso :
Verdes são os campos,
De cor de limão:
Assim são os olhos
Do meu coração.Campo, que te estendes
Com verdura bela;
Ovelhas, que nela
Vosso pasto tendes,
De ervas vos mantendes
Que traz o Verão,
E eu das lembranças
Do meu coração.Isso que comeis
Não são ervas, não:
São graças dos olhos
Do meu coração.
Luís de Camões.
Catalogne, Pays basque, Galice : toutes les régions allophones de l’Espagne. Terminons donc avec un vrai fadiste, bien portugais, l’excellent Ricardo Ribeiro, chantant quant à lui en espagnol ce magnifique Hoy el mar es más azul que el cielo en compagnie de deux autres artistes portugais, João Gil et Ruben Alves :
Splendide.
L. & L.
Toulouse prise dans la banquise

L’entrée de l’hôtel d’Ulmo, ici.

La place Saint-Étienne avec sa cathédrale,

rue Ninau…

… et place Rouaix.
Toute la journée, il a neigé.
L. & L.
Le twist des anges

J’étais encore en Italie la semaine dernière (je ne suis pas sur la photo, vu que c’est moi qui l’ai prise). Un pays inépuisable et qui nous demeure mystérieux à nous autres Français, quoi qu’on dise. Je sais bien, surtout à présent que sévit ce ridicule « débat » sur notre « identité nationale », qu’il faut éviter les globalisations du genre les Italiens sont comme ci, les Français sont comme ça, les Espagnols sont gnols et les Portugais sont gais (gay-friendly ils le sont sans doute, puisque leur parlement vient de légaliser le mariage entre personnes du même sexe, aujourd’hui même).
Mais tout de même il y a certaines constatations à faire.
La langue italienne est aux antipodes de la nôtre quant à la sonorité, au rythme, à l’occupation de l’espace sonore. Par exemple, le brouhaha d’un restaurant italien est très différent de celui d’un restaurant français.
Je ne sais pas si on peut dire des Italiens qu’ils aiment parler, en tout cas ils le font, comme ils respirent.
Ainsi la plupart d’entre eux prend une bonne dizaine de minutes pour commander son repas : il faut passer presque tous les plats de la carte en revue, même dans les cas où leur désignation est parfaitement claire sur le menu. Durant cet exercice il est indispensable de maintenir le fil du discours, le cas échéant à l’aide de formules de remplissage, de mots prononcés sur un certain ton, et qui n’ont d’autre fonction que de ne pas laisser s’installer le silence, comme à la radio.
Le serveur ou la serveuse ne s’impatiente jamais, au contraire il ou elle parlerait volontiers encore un peu (ce n’est que partie remise de toutes façons, les occasions ne manqueront pas d’ici à la fin du repas).
L’italien est une langue très vocalique. Le dessin de la phrase parlée s’appuie sur des voyelles franches, très claires. De surcroît, les voix sont en général fortes et bien timbrées.
Quant à la France (sauf dans certaines régions, dans certains milieux), les voix y sont au contraire sourdes et atones. La faute à la télévision probablement — qui chez nous est l’une des modalités du jacobinisme, de l’obsession de « l’unité nationale » –, car il n’en a pas toujours été ainsi.
C’était avant la télévision. Car chez nous la langue — je veux dire La Langue, le français quoi — siège dans un tabernacle, c’est elle notre sainte patronne. Il est interdit de lui manquer de respect. User d’un accent régional, local ou communautaire est en France un impair, et sévèrement mal vu. Sauf dans certains cas (à Toulouse l’accent du cru est très bien porté parmi le personnel politique, de même que dans le milieu universitaire). Mais enfin ça fait quand même plusieurs décennies qu’ « on » rabote la sonorité du français, qu’ « on » la nivelle par le fade.
On, qui ça on ?
Françoise Hardy ?
Non, quelle idée ? Qu’est-ce qu’elle vient faire là Françoise Hardy ?
Enfin oui, peut-être. Mais non, parce qu’en fait la télévision existait déjà à son époque. Elle est une victime elle aussi.
En tout cas en Italie ça ne s’est pas produit.
La voix, ça émane du corps, c’est fabriqué par lui. Les Italiens, c’est comme s’ils avaient un rapport facile avec leur corps, avec ce qui bouge, ce qui se touche, qui se voit et s’entend.
Est-ce une question de culture, d’éducation ?
Regardez leur façon de s’habiller. C’est toujours bien. Comme si au moment de choisir leur garde-robe, quelque chose, un courant électrique particulier, les avertissait secrètement : ce pantalon non, celui-là oui, le pull là-bas, oui celui-là, mais attention aux chaussures.
De fait les moches s’arrangent pour ne pas l’être absolument — voire pour rendre leur laideur charmante. Et des bourgeois de 60 ans portent très élégamment des pantalons de velours côtelé saumon avec une veste matelassée bleu marine rehaussée d’une écharpe vert anis.
Ils sont en outre dans une relation de familiarité avec leur patrimoine architectural et artistique. En Italie les parents savent apprendre à leurs enfants à regarder une œuvre, très simplement, avec naturel, comme quelque chose qui fait partie de leur environnement.

C’est au XVe siècle que le twist a été inventé, en Italie.
Ce détail de la façade de l’oratoire de San Bernardino à Pérouse, œuvre de Agostino di Duccio (1418-1481?) en témoigne.
Bon, ils ont Berlusconi. Fait aggravant, ils l’ont choisi et ils ont l’air d’y tenir. Nobody’s perfect — et de toutes façons nous en France nous n’avons rien à remontrer à personne quant au choix de nos gouvernants.
Cependant en Italie, la résistance s’organise :

Florence : « Vota il partito di cervello » (vote pour le parti du cerveau).
L. & L.
Voir aussi Franco Battiato — Povera patria
Aldina Duarte — Lírio quebrado
Encore un petit hommage à Aldina Duarte, cette vidéo tournée en 2004 au Sr. Vinho à Lisbonne — la maison de fados tenue par Maria da Fé, dans laquelle se produit également António Zambujo.
Lírio quebrado (Le lis brisé), extrait de Apenas o amor, le premier album de la chanteuse, est un fado écrit par Aldina Duarte sur la musique du fado bailado d’Alfredo Marceneiro.
Corri praças, roubei flores
Em jardins cheios de gente
Cruzei as rosas com lírios
Numa teia de martírios
Quase leve e transparente.Lírio quebrado / Aldina Duarte, chant et paroles ; Alfredo Marceneiro, musique.
L. & L.
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Apenas o amor / Aldina Duarte, chant. — EMI Music Portugal, 2004. — EAN 724359828329.
Disponible chez CDGO
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Le blog d’Aldina Duarte
Aldina Duarte sur Myspace
Aldina Duarte dans Wikipedia (en portugais)
Aldina Duarte et Rui Vieira Nery
Si vous aimez le fado, et que vous compreniez suffisamment le portugais pour suivre une émission de télévision d’une cinquantaine de minutes, il vous faut absolument regarder celle-ci. Il s’agit de Autores, un magazine culturel hebdomadaire diffusé sur la chaîne portugaise de télévision TVI 24 (Televisão Independente 24 Horas) diffusée sur le câble et aussi sur Internet, et en particulier de la livraison du 27 décembre dernier.
Ce jour-là, l’émission était consacrée au fado. Le journaliste Paulo Sérgio recevait Aldina Duarte et Rui Vieira Nery.
Ce dernier est le fils du guitariste Raul Nery, qui a travaillé avec Amália, Hermínia Silva et d’autres. Il est aussi un musicologue réputé, plutôt spécialiste de musique baroque — mais aussi auteur d’une histoire du fado (Para uma história do fado. Lisboa : Público, 2004. ISBN 972-8892-32-2).

Quant à l’intelligente, chaleureuse, et décidément très sympathique Aldina Duarte, elle est comme on sait une des meilleures fadistes actuelles, doublée de l’une des plus talentueuses parolières pour le fado. (Elle est admirablement filmée par Eugène Green dans son film La religieuse portugaise, 2009, dans lequel elle chante 3 fados.)
Elle parle ici de sa rencontre avec Beatriz da Conceição, déterminante quant à sa décision de devenir fadiste. Elle dit qu’en effet elle n’est pas née fadiste, qu’à 20 ans elle ne connaissait pour ainsi dire qu’Amália et Alfredo Marceneiro, qu’elle n’avait jamais entendu le fado sur le vif.
Elle parle aussi de l’importance fondamentale de la technique dans l’exercice du fado, tant dans le chant et l’interprétation que dans l’écriture.
Quant à définir le fado, c’est impossible, comme de « toutes les choses qui ont le plus à voir avec la vie ».

L. & L.
Pour voir l’émission, cliquer sur ce lien, puis faire défiler les vignettes qui se trouvent dans le bas de la fenêtre jusqu’à l’émission du 27 décembre 2009.
L’ouvrage Para uma história do fado de Rui Vieira Nery semble indisponible dans sa version originale, mais il en existe une traduction italienne (Nery, Rui Vieira. Il fado: storia e cultura della canzone portoghese ; trad. Vanessa Castagna. Roma : Donzelli, 2006. ISBN 88-6036-028-5).
Le blog d’Aldina Duarte
Aldina Duarte sur Myspace
Aldina Duarte dans Wikipedia (en portugais)
Reprendre le harnais
Retour au travail aujourd’hui. Affreux. Je ne supporte plus ce genre de retour. On ne sait pas quoi faire. Comme monsieur Songe.
Reprendre joyeusement l’affreux harnais écrit monsieur Songe. Et puis il biffe l’affreux. Et puis il biffe harnais. Reste reprendre joyeusement.
Il pose la plume et dit reprendre joyeusement quoi ?
Le Harnais / Robert Pinget. — Éd. de Minuit, 1984. — P. 9. — ISBN 2-7073-0675-4
Reprendre quoi, oui on se le demande. En plus on change d’année, on n’arrête pas le progrès.
Reste la possibilité de regarder et d’écouter monsieur Songe lui-même, du temps où il ne se nommait pas encore de cette manière. Comment Desgraupes a-t-il résisté à tant de charme ? A-t-il résisté ?

Robert Pinget -- Quelqu'un (Entretien avec Pierre Desgraupes. Lectures pour tous - 01/12/1965). Pour voir la vidéo, cliquer sur l'image.
Bonne année alors.
L. & L.
El cant dels ocells
El cant dels ocells (Le chant des oiseaux) est un chant de Noël catalan, fort populaire et très beau, interprété ici en mai 1989 au Palau de la Música Catalana par la grande cantatrice barcelonaise Victòria dels Àngels — Victoria de los Ángeles en castillan — (1923-2005) :
Al veure despuntar
el major lluminar
en la nit més ditxosa,
els ocellets cantant,
a festejar-lo van
amb sa veu melindrosa.
Paroles et musique traditionnelles. Les paroles complètes et leur traduction française sont ici.
Cette mélodie, Pau Casals (Pablo Casals) la jouait souvent en conclusion de ses concerts, elle avait le sens d’un sanglot de colère contre l’Espagne franquiste, et plus tard contre toutes les tyrannies du monde :
Bon Nadal a tots !
Et je le dis aussi en breton, qui est la langue de mes parents :
Nedeleg laouen d’an holl !
et en portugais, comme il se doit :
Feliz Natal a todos !
Ce qui fait trois fois en tout. Or, ainsi que le postule l’homme à la cloche de La chasse au Snark de Lewis Carroll : « ce que je vous dis trois fois est vrai ». (« What I tell you three times is true ».)
L. & L.


