Na fonte está Lianor — José Afonso
Na fonte está Lianor est un thème qu’on peut aussi entendre, sur une musique composée par José Afonso, interprété par lui-même sur son premier album (Baladas e canções, 1964). L’ambiance musicale de cette version est à l’opposé de celle de Sete Lágrimas que nous connaissons.
Na fonte está Lianor / José Afonso, chant ; Luís de Camões, paroles ; José Afonso, musique ; Rui Pato, guitare.
Fait partie de : Baladas e canções (1964).
Ici, les paroles sont attribuées à Luís de Camões (1524?-1580) — le grand poète de la Renaissance portugaise –, ce qui à proprement parler n’est pas tout à fait juste car le poème de Camões est sensiblement plus long. En outre les triples répétitions du 2e vers de chaque strophe dans la chanson de José Afonso (qui est très belle) modifient le rythme et le caractère du poème.
La première strophe est celle du vilancete utilisé par Sete Lágrimas. Elle n’est pas de Camões, et lui sert, selon un modèle répandu à la Renaissance, de thème ou de motif (« mote ») à partir duquel le poète compose ses « voltas », qui pourraient être un équivalent de variations sur un thème donné en musique. Le « mote » est soit du poète lui-même soit d’autrui (« mote alheio ») comme c’est le cas dans Na fonte está Lianor.
Ceci d’abord. C’est le texte original de Camões :
Cantiga
a esta cantiga alheia :Na fonte está Leanor
lavando a talha e chorando,
às amigas perguntando :
vistes la o meu amor ?Voltas
Posto o pensamento nele,
porque a tudo o Amor a obriga
cantava, mas a cantiga
eram suspiros por ele.
Nisto estava Leanor
o seu desejo enganando,
às amigas perguntando
vistes lá o meu amor ?O rosto sobre ũa mão,
os olhos no chaõ pregados,
que, do chorar já cansados,
algum descanso lhe dão.
Desta sorte Leanor
suspende de quando em quando
sua dor ; e em si tornando,
mais pesada sente a dor.Não deita dos olhos água,
que não quer que a dor se abrande
Amor, porque em mágoa grande
seca as lágrimas a mágoa.
Que depois de seu amor
soube novas preguntando,
d’emproviso, a vi chorando.
Olhai que extremos de dor !
Luís de Camões (1524?-1580). Cantiga (Na fonte está Leanor). Extrait de : Rimas (1616, 1ère publication). Source : Camões, Luís de. Rimas. Pimpão, Álvaro J. da Costa, éd. [Universidade de Coimbra], 1953. (Acta Universitatis Conimbrigensis). P. 62.
Camões, Luís de (1524?-1580). Na fonte está Lianor. Dans : Rimas. Édition de 1616, la première dans laquelle apparaît Na fonte está Lianor. Source : Biblioteca nacional digital. Biblioteca Nacional de Portugal.
Voici maintenant ce que chante José Afonso :
Na Fonte Está Lianor
Lavando a talha e chorando, lavando a talha e chorando, lavando a talha e chorando
Às amigas perguntando :
Vistes lá o meu amor, Vistes lá o meu amor, Vistes lá o meu amorNisto estava Lianor
O seu desejo enganando, o seu desejo enganando, o seu desejo enganando
Às amigas perguntando
Vistes lá o meu amor, Vistes lá o meu amor, Vistes lá o meu amorO rosto sobre ua mão
Os olhos no chão pregados, os olhos no chão pregados, os olhos no chão pregados
Que de chorar já cansados
Algum descanso lhe dão, algum descanso lhe dão, algum descanso lhe dãoNa Fonte Está Lianor
Lavando a talha e chorando, lavando a talha e chorando, lavando a talha e chorando
Às amigas perguntando
Vistes lá o meu amor, Vistes lá o meu amor, Vistes lá o meu amor
Luís de Camões (1524?-1580). Na Fonte Está Lianor, tel que le poème est chanté par José Afonso.
Je ne me risque pas à traduire Camões. Ceci je l’ai fait juste pour donner une idée du texte de la chanson de José Afonso :
À la fontaine se tient Lianor
Elle lave en pleurant
Interrogeant ses compagnes
Avez-vous vu mon amour ?Dans ces pensées
Lianor endormait son désir
Demandant à ses compagnes
Avez-vous vu mon amour ?Le visage posé sur une main
Les yeux cloués au sol
Qui déjà las de pleurer
Lui donnent un peu de reposÀ la fontaine se tient Lianor
Elle lave en pleurant
Interrogeant ses compagnes
Avez-vous vu mon amour ?
Luís de Camões (1524?-1580). Na Fonte Está Lianor, tel que le poème est chanté par José Afonso. Traduction Lili & Lulu.
L. & L.
Éclipse twist — Mina

Affiche tchèque du film L’eclisse (L’éclipse) de Michelangelo Antonioni (1962). Source : MoviePosterDB.com
C’est Noël, il faut un twist, italien de préférence. Celui-ci, chanté par Mina, accompagne le générique de L’éclipse, le film de Michelangelo Antonioni (1962) avec la splendide Monica Vitti. On entend ici la version française de la chanson — bien entendu chantée en italien dans le film, cependant le disque 45 t publié par Philips à l’époque (référence commerciale Philips 433 704 BE) comportait bien l’une et l’autre versions.
L’auteur des paroles — qui ne sont pas piquées des hannetons — serait Antonioni lui-même, mais je n’ai pas pu l’établir avec certitude. Quelqu’un sait ?
Les étoiles et la lune
Pour les amants s’allument
Oui, mais pour moi, tu sais,
Tout ça c’est bien.Il est bi biologique
Le plus grand amour
Il est zoologique
Même le plus pur.La radioactivité
Peut bien nous faire frémir
Mais toi, mais toi
Tu, tu m’ fais mourir.
Éclipse twist / Mina, chant ; orchestre sous la direction de Tony De Vita ; Giovanni Fusco, musique ; Ammonio [Michelangelo Antonioni ?], paroles. Version française de Eclisse twist, du film L’eclisse de Michelangelo Antonioni (Italie-France, 1962).
L. & L.
Triste fado
Dans le métro à l’instant, debout face à moi se tenait une fillette — elle pouvait avoir quel âge ? 7 ans je dirais –, les lèvres maquillées d’un pourpre grisâtre, une couleur obscène qui lui faisait un visage de femme de 70 ans. Puis j’ai vu son père, qui était assis et qu’elle me cachait jusque là. Une bouche identique, même dessin exactement, même couleur.
L. & L.
C’est tout.
À Montpellier, qui est une petite ville, je suis toujours perdu. Je n’en connais pas le mode d’emploi. Je ne sais pas s’il en existe un emploi possible d’ailleurs. Tandis que Toulouse, où je ne suis pas né, c’est comme si c’était chez moi. Cela au point que je n’ai pas besoin de rester tard en ville, je n’ai pas besoin de la voir, il me suffit de la savoir là.
L. & L.
Na fonte está Lianor — Sete Lágrimas
Sete Lágrimas (Sept larmes), ce nom bien portugais fait pourtant référence aux Lachrimae, or Seaven Teares de John Dowland (1563-1626). C’est celui d’un ensemble instrumental et vocal de musique ancienne formé à Lisbonne en 2000, d’abord sous le nom L’Antica Musica. Les Sept larmes ont commencé en 2007 la publication d’une discographie maintenant assez riche dont le 7e volume, Terra, sort ces jours-ci.
Sur l’une des pages de leur compte Facebook, cette nouvelle œuvre semble porter en sous-titre Diáspora, vol. 2, c’est à dire qu’on pourrait l’entendre comme la continuation d’ un précédent travail : Diaspora.pt (2008), un parcours dans les musiques anciennes de tous styles, essentiellement des XVIe et XVIIe siècles, des régions lusophones de la terre. Portugal, Brésil, Cap Vert, Timor, Macau, Inde, plus l’Espagne.
En voici un adorable échantillon, Na fomte está Lianor (À la fontaine se tient Lianor) :
Na fomte está Lianor / Sete Lágrimas, ensemble instrumental et vocal ; paroles et musique traditionnelles (vilancete anonyme du XVIe siècle, Portugal), et arrangement sur la Recercada segunda de Diego Ortiz. Fait partie de : Diaspora.pt (2008).
Un délice, je ne m’en fatigue pas.
Na fomte está Lianor est un vilancete anonyme du XVIe siècle, auquel les deux directeurs musicaux du groupe, Filipe Faria et Sérgio Peixoto, ont mêlé un arrangement de la Recercada segunda sobre el passamezzo moderno du compositeur espagnol Diego Ortiz (1510-1570). L’allégresse de la musique fait contrepoint au texte quant à lui pour le moins fébrile, Lianor en larmes cherchant son amant, ne le trouvant pas, interrogeant ses compagnes — mais nul n’a vu cet homme, et la passion de Lianor pour lui grandit à mesure de son inquiétude.
De même la vidéo semble sans rapport avec la pièce de musique. Délice aussi de se trouver à bord de cette auto qui quitte Lisbonne à toute vitesse et file vers le Sud, vers Caparica qui sait, ou vers l’Alentejo, dans cette lumière vorace qui digère le mauvais gras de la vie, comme lors du bonheur. Qui conduit ? Qui tu veux.
Sais-tu qu’on peut en restituer exactement l’itinéraire à l’aide de Google street view ? Essaie. Deux indices : vers la 57e seconde on voit devant soi une portion de l’Aqueduto das Águas Livres (l’aqueduc des Eaux libres, qui se développe dans le nord-ouest de Lisbonne). Et vers la fin de la vidéo, c’est bien sûr le Christ-roi qui apparaît en surplomb de la route.
Tu n’y arrives pas ? Nouvel indice : on part du quartier de Campo de Ourique.
Solution à la fin du billet.
Na fomte está Lianor
Na fomte está Lianor,
lavamdo pote, chorando.
He as amigas preguntando:
vistes lá ho meu amor.Nenhuma lhe da rrezão
De que ela fique contente,
De que ela fique contentePorque não no ter presente
Iso lhe da mais payxão,
Iso lhe da mais payxão.Ho caminho está olhando
Cos olhos que lhe dão dor,
E ás que vinhão preguntando:
Vistes lá o meu amor,
Vistes lá o meu amor.Humas vem e outras vão
Nenhuma vinha a quem,
Nenhuma vinha a quem.Pregunte pelo seu bem
Que dele lhe de rrezão,
Que dele lhe de rrezão.Estava triste, cuidando
Rremedio pera tal dor.
Deixa a talha e chorando
Vay buscar ho seu amor,
Vay buscar ho seu amor.
Na fomte está Lianor. Anonyme (Portugal, XVIe siècle). Source : XV Festival de Música Antigua de Úbeda y Baeza 2011, consulté le 8 décembre 2011.
Juste pour comparer, une version de la Recercada Segunda d’Ortiz, par Jordi Savall et alii :
Diego Ortiz (1510-1570). Recercada Primera sobre el passamezzo Antiguo ; Recercada Segunda sobre el passamezzo Moderno / Diego Ortiz ; Jordi Savall, basse de viole de gambe ; Rolf Lislevand, vihuela ; Ton Koopman, clavecin ; Andrew Lawrence-King, harpe Renaissance ; Lorenz Duftschmid, violone ; Paolo Pandolfo, viole de gambe. La Recercada Segunda débute à 1 min 38.
L’itinéraire : la vidéo commence à peu près au niveau du 120, Rua do Campo de Ourique, en direction de l’ouest. Au bout de cette rue, l’auto continue à droite dans la Rua Maria Pia qui rejoint la Rua do Arco Carvalhão sous l’Avenida Eng. Duarte Pacheco, tourne à gauche dans la Rua Particular à Rua do Arco do Carvalhão (Campolide), encore à gauche dans la Rua projectada à Calçada da Quintinha (drôle de nom) jusqu’à l’Avenida Eng. Duarte Pacheco où elle s’engage, prenant immédiatement, à droite, la bretelle d’accès à l’autoroute du sud en direction du pont du 25 avril, qu’elle franchit.
L. & L.
Sete Lágrimas
Diaspora.pt (2008)
Diaspora.pt / Sete Lágrimas, ensemble instrumental et vocal ; Filipe Faria et Sérgio Peixoto, direction et arrangements. — [Lisboa] : Mu, 2008.
Mu MU0103.
Détail
J’ai pris le train de 17h46 aujourd’hui, 50 minutes de retard à l’arrivée à Toulouse : modeste.
Séparé de moi par le couloir central un jeune homme jouait sur son ordinateur dans ce train. À un moment du voyage il s’est levé et dans le mouvement m’a demandé de surveiller son ordinateur : « Excusez-moi monsieur, est-ce que vous pouvez surveiller mon ordinateur ? » Il avait de grands yeux noirs, un visage affable fait pour le sourire, un visage qui aurait plu à Pasolini. Je lui ai dit : « il a tendance à faire des bêtises ? »
Figure-toi que ça ne l’a pas amusé du tout, c’est un euphémisme.
Il est revenu, a dit Merci monsieur. Vu les circonstances, je me suis contenté de baisser brièvement les paupières, manière de dire Il n’y a pas de quoi. Ce faisant je me suis rendu compte qu’il chaussait au moins du 45, un détail qui n’altérait son charme en aucune manière.
L. & L.
Φλέρυ Νταντωνάκη [Fléry Dandonáki] — Οδός Ονείρων [Odós oneíron]
Οδός Ονείρων [Odós oneíron] (Rue des rêves) est extrait du spectacle musical éponyme composé par Mános Hadjidakis en 1962. Quatre années plus tard, fuyant le régime des colonels, il s’exile aux États-Unis où il rencontre Fléry Dandonáki, voir le billet précédent.
L’enregistrement que voici (je n’en ai pas la date) est donc postérieur à 1970.
Οδός Ονείρων [Odós Oneírōn] / Φλέρυ Νταντωνάκη [Fléry Dandonáki], chant ; Μάνος Χατζιδάκις [Mános Hadjidakis], paroles et musique.
Οδός Ονείρων
Κάθε κήπος έχει
μια φωλιά για τα πουλιά.
Κάθε δρόμος έχει
μια καρδιά για τα παιδιά.Μα κυρά μου εσύ,
σαν τι να λες με την αυγή
και κοιτάς τ’ αστέρια
που όλο πέφτουν σαν βροχή.Δως μου τα μαλλιά σου
να τα κάνω προσευχή,
για να ξαναρχίσω
το τραγούδι απ’ την αρχή.Κάθε σπίτι κρύβει
λίγη αγάπη στη σιωπή.
Μα ένα αγόρι έχει
την αγάπη για ντροπή.
Μάνος Χατζιδάκις [Mános Hadjidákis] (1925-1994). Οδός Ονείρων [Odós Oneírōn] (1962). Source : http://www.stixoi.info.Rue des rêves
Chaque jardin a
Un nid pour les oiseaux.
Chaque rue a
Un cœur pour les enfantsMais toi ma chérie
Que peux-tu-dire à l’aube
Quand tu regardes les étoiles filantes
Qui tombent inlassablement comme la pluieDonne-moi tes cheveux
Que j’en fasse une prière
Pour recommencer
Le chant à zéroChaque huis cache
Un peu d’amour dans le silence
Mais il y a un garçon
Qui considère l’amour comme une honte.
Μάνος Χατζιδάκις [Mános Hadjidákis] (1925-1994). Rue des rêves (1962). Source de la traduction : http://www.stixoi.info.
Autre version, également magnifique, par cette autre grande voix grecque, Νένα Βενετσάνου [Néna Venetsánou] (quatre chansons pour le prix d’une, la dernière est spelndide) :
Οδός Ονείρων [Odós Oneírōn] / Νένα Βενετσάνου [Néna Venetsánou], chant ; Μάνος Χατζιδάκις [Mános Hadjidakis], paroles et musique.
Avec en prime : Η μαύρη Φόρντ [Ī mávrī Fórd] ; Οι αδελφές Τατά [Oi adelfés Tatá] / Μάνος Χατζιδάκις [Mános Hadjidakis], paroles et musique. Πάει έφυγε το τρένο [Páei éfyge to tréno] / Νίκος Γκάτσος [Níkos Gkátsos], paroles ; Μάνος Χατζιδάκις [Mános Hadjidakis], musique.
L. & L.
Φλέρυ Νταντωνάκη [Fléry Dandonáki], voix grecque
![Φλέρυ Νταντωνάκη [Fléry Dandonáki] Φλέρυ Νταντωνάκη [Fléry Dandonáki]](https://jepleuresansraison.com/wp-content/uploads/2011/11/fleurydandonaki02.jpg?w=600)
Φλέρυ Νταντωνάκη [Fléry Dandonáki] (1937-1998)
Il y a encore une semaine je ne connaissais rien d’elle, jusqu’à son existence. Ce n’est pas que je la connaisse aujourd’hui, mais il y a du moins de quoi commencer à susciter l’intérêt. Il suffit de l’entendre. Il suffisait de l’entendre dans O Μεγάλος Ερωτικός [O Megálos Erōtikós], ce cycle de chants d’amour composé par Μάνος Χατζιδάκις [Mános Hadjidakis] sur des poèmes de divers auteurs, dont Jours de 1903 de Cavafy.
Φλέρυ Νταντωνάκη [Fléry Dandonáki] (1937-1998) — ce nom est parfois transcrit Fleury Dandonaki –, est une de ces grandes voix féminines que la Grèce semble engendrer par dizaines. On peut consulter sa notice dans Wikipédia à condition de lire le grec, ou comme moi se contenter de la très poétique traduction automatique de ladite notice et de ce billet d’un blog appelé Skip the Greek.
On apprend qu’ayant émigré aux États-Unis le temps d’y conduire des études littéraires, elle y mène également une activité d’actrice, et secondairement de chanteuse. C’est pourtant à l’occasion d’un remplacement dans la comédie musicale Jacques Brel is alive and well and living in Paris de Mort Shuman, en 1970 dans un théâtre de New York, que sa carrière véritable prend son essor. Mános Hadjidakis, assistant à l’une des représentations du spectacle, en est ébloui. Il en fera sa muse.
Elle s’est éteinte à l’âge de 60 ans seulement, d’une mort difficile, folie, cancer, oubli.
Dans cet enregistrement de 1971, on l’entend accompagnée au piano par Mános Hadjidakis dans un arrangement de Αντιλαλούνε τα βουνά [Antilaloúne ta vouná] (Les montagnes me font écho), un rebétiko de 1947 de Vassílīs Tsitsánīs (texte et traduction ci-dessous ; la 2e strophe n’est pas chantée, le refrain est intercalé entre les 2e et 3e vers de la 3e strophe) :
Αντιλαλούνε τα βουνά [Antilaloúne ta vouná] / Φλέρυ Νταντωνάκη [Fléry Dandonáki], chant ; Βασίλης Τσιτσάνης [Vassílīs Tsitsánīs], paroles et musique ; Μάνος Χατζιδάκις [Mános Hadjidakis], piano. 1971.
Αντιλαλούνε τα βουνά
Αντιλαλούνε τα βουνά,
σαν κλαίω εγώ τα δειλινά
περνούν οι ώρες θλιβερές
σ’ ένα παλιό ρολόι
κι εγώ τους αναστεναγμούς
τους παίζω κομπολόιΑντιλαλούνε τα βουνά,
σαν κλαίω εγώ τα δειλινάΕμπάφιασ’ απ’ τα ντέρτια μου
κι απ’ τα πολλά σεκλέτια μου
κουράγιο είχα στη ζωή,
μα τώρα που σε χάνω
θα είναι προτιμότερο για μένα να
πεθάνωΑντιλαλούνε τα βουνά,
σαν κλαίω εγώ τα δειλινάΣτενάζω απ’ τις λαβωματιές
κι απ’ τις δικές σου μαχαιριές
λαβωματιές με γέμισες
και μ’ έφαγαν οι πόνοι
και στη φωτιά που μ’ έριξες,
τίποτα δε με σώνει
Βασίλης Τσιτσάνης [Vassílīs Tsitsánīs] (1915-1984). Αντιλαλούνε τα βουνά [Antilaloúne ta voudá] (1947). Source : http://www.stixoi.info.Les montagnes me font écho
Les montagnes me font écho
Le soir lorsque je pleure
Les heures sombres s’écoulent
Sur une horloge fatiguée
Et j’égrène mes soupirs
Comme sur un chapelet.Les montagnes me font écho
Le soir lorsque je pleure.Je n’en peux plus de ma souffrance
Ni de mes tourments infinis
J’avais foi en la vie
Mais puisque je te perds
Il ne me reste
Qu’à mourir.Les montagnes me font écho
Le soir lorsque je pleure.Je gémis sous tes blessures
Sous tes coups de poignard
Je ne suis plus que blessure
Éperdue de douleur
Et de cette fournaise où tu m’as jetée
Nul ne peut me sauver.
Βασίλης Τσιτσάνης [Vassílīs Tsitsánīs] (1915-1984). Les montagnes me font écho (1947). Traduction L. & L., à partir de la traduction italienne publiée dans : http://www.stixoi.info et de la traduction anglaise publiée dans : Dalaras Internet Community, l’une et l’autre consultées le 20 novembre 2011.
Par comparaison, écoute l’extraordinaire interprétation faite de ce même rebétiko par la grande Sotiría Béllou (voir Le fado des étrangers. 4, La Grèce (4)), dans un style évidemment beaucoup plus proche de l’original :
Αντιλαλούνε τα βουνά [Antilaloúne ta vouná] / Σωτηρία Μπέλλου [Sotiría Béllou], chant ; Βασίλης Τσιτσάνης [Vassílīs Tsitsánīs], paroles et musique.
L. & L.
Stupéfiante révélation : mon coiffeur
est argentin, né à Buenos Aires — la plus belle ville du monde, dix fois plus de choses à voir qu’à Paris, mais incroyable ! — de mère argentine (c’est le mot qu’il a dit) et de père mapuche.
En effet les yeux sont indiens, oui, et le visage aussi. Ce qui n’est pas en faveur de la conjecture qu’il le soit c’est le châtain clair des cheveux. Je l’ai cru anglais la première fois, au point même d’entendre une pointe d’accent.
Il croyait que le mot porteño s’appliquait aux habitants de toute capitale du monde ; que les Argentins désignaient ainsi aussi bien les Madrilènes, voire les Parisiens, les Moscovites ou les Cairotes, que les gens de Buenos Aires. C’est sa patiente (espagnole je crois) qui l’a détrompé.
Quant à moi, le jeune Cambodgien qui me coiffait jusqu’à l’été ayant disparu de la boutique, je me trouvais entre les mains d’une jeune femme fort brune. Péruvienne par son père, la conversation générale la portait à le dévoiler.
N’ayant d’ascendance que bretonne, encore que certains dans ma famille allèguent parfois un filet de sang espagnol mais il n’y a pas à le croire, je n’ai rien dit. Sinon que je connaissais Buenos Aires, une ville qui me plaît beaucoup à moi aussi.
En l’honneur des Quechuas, des Mapuches et des autres Indiens, cette milonga (une musique uruguayenne) de l’incomparable Atahualpa Yupanqui, qui est venu mourir tout près d’ici, à Nîmes, au cours d’une tournée.
Cencerro / Atahualpa Yupanqui, paroles, musique, chant et guitare. Lieu et date de la captation inconnus.
L. & L.
Κωνσταντίνος Καβάφης — Μέρες του 1903
Autres yeux incomparables, ceux-ci égyptiens probablement. Perdus eux aussi, il y a plus d’un siècle de cela.
Jours de 1903
Je ne les ai plus retrouvés — eux que j’aurai si vite perdus…
les yeux pleins de poésie, la pâleur du visage
dans la nuit qui gagnait la rue…Je ne les ai plus retrouvés — eux que le hasard seul m’a donnés,
et dont je me suis si facilement détaché
pour les désirer ensuite avec angoisse.
Les yeux pleins de poésie, cette pâleur du visage,
ces lèvres-là, je ne les ai plus retrouvées.
Kōnstantínos P. Kaváfīs (1863-1933). Jours de 1903 (1917). Traduction Dominique Grandmont.
Μέρες του 1903
Δεν τα ηύρα πιά ξανά – τα τόσο γρήγορα χαμένα…
τα ποιητικά τα μάτια, το χλωμό
το πρόσωπο… στο νύχτωμα του δρόμου…Δεν τα ηύρα πιά – τ’ αποκτηθέντα κατά τύχην όλως,
που έτσι εύκολα παραίτησα
και που κατόπιν με αγωνίαν ήθελα.
Τα ποιητικά τα μάτια, το χλωμό το πρόσωπο,
τα χείλη εκείνα δεν τα ηύρα πιά.
Κωνσταντίνος Π. Καβάφης (1863-1933). Μέρες του 1903 (1917). Source : Ιθάκη = Ithaka : A Tribute to Constantine P. Cavafy
Ne pas pouvoir entendre, ayant pourtant le poème sous les yeux, la sonorité et le rythme de la langue grecque faute de pouvoir la lire et la comprendre (c’est mon cas) : c’est aussi une perte. Par bonheur Jours de 1903 a été mis en musique par Mános Hadjidákis (Μάνος Χατζιδάκις), au sein du cycle O Μεγάλος Ερωτικός [O Megálos Erōtikós], connu aussi sous le titre Magnus Eroticus (1972) :
Μέρες του 1903 [Méres tou 1903] / Δημήτρης Ψαριανός [Dimítris Psarianós], chant ; Κωνσταντίνος Π. Καβάφης [Kōnstantínos P. Kaváfīs], poème ; Μάνος Χατζιδάκις [Mános Hadjidákis], musique.
L. & L.
Jours de 1903, dans la traduction de Dominique Grandmont est disponible dans :
Kaváfīs, Kōnstantínos P. (1863-1933)
En attendant les barbares et autres poèmes (Gallimard ; 2003)
En attendant les barbares : et autres poèmes / Constantin Cavafis ; préface, traduction et notes de Dominique Grandmont. – [Paris] : Gallimard, 2003. — 323 p. : couv. ill. ; 18 cm.
(Collection Poésie ; 386)
ISBN 2-07-030305-5

