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Bye Bye, Berlin

27 septembre 2011
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Berlin (Allemagne), Knesebeckstraße, 23 septembre 2011 Berlin (Allemagne), Knesebeckstraße, 23 septembre 2011

Je suis rentré avant-hier soir dimanche, après toute une journée de voyage en train.

En regardant le paysage berlinois passer devant ma fenêtre je pensais que c’était probablement la dernière fois de ma vie que je le voyais. Je ne crois pas avoir l’occasion de revenir.

Berlin (Allemagne). La gare centrale vue du sud, 21 septembre 2011 Berlin (Allemagne). La gare centrale vue du sud, 21 septembre 2011

Tu sais, il y a quand même un problème avec Berlin. Ou plutôt il n’y en a pas, ce qui revient au même. Le problème est là : il est dans cette image que donne Berlin de lui-même, celle de la perfection. L’image du confort cossu, moderne et pratique. Et d’une capacité à cicatriser hors du commun.

Au fond c’est peut-être moi qui ai un problème avec Berlin : je continue, comme bien des touristes sans doute, à y chercher les lèvres de ses plaies, à y guetter les signes de sa souffrance.

En vain. Il n’y a plus de décombres où fouiller, ou si peu.

Et même — c’est incroyable — il semble que la misère n’existe nulle part dans cette ville. Plus étrange encore, on croirait que c’est par décret. Que le mal-être n’est pas souhaité ici. Ça ne se fait pas d’être miséreux. J’ai vu deux mendiantes en tout, et j’en ai fait des kilomètres, tu peux me croire ! Ce qu’on voit c’est du grand, du sain, du coûteux, tout cela disant : voilà comment on fait, voilà comment on réussit dans la vie. Sous-entendu : Berlin resplendit parce qu’il est vertueux. Cette ville est la plus respectable du monde.

Oui, mais c’est trop grand. De sorte que des espaces vides demeurent, et comment les combler ?

Berlin (Allemagne). La gare centrale vue du nord-est, 23 septembre 2011 Berlin (Allemagne). La gare centrale vue du nord-est, 23 septembre 2011

Ma première visite remonte à juillet 1994, c’est à dire après la chute du mur, mais la différence d’atmosphère entre les deux parties de la ville était encore très sensible. Ce qui faisait le caractère bien particulier de l’ancien Berlin-Est — je peux dire son charme —, une sorte d’esprit provincial sans âge, un peu de mélancolie, un peu de lenteur silencieuse, semble disparaître. De lui non plus on ne veut pas ; il faut le gommer, le supprimer comme la misère. Le centre-ville, autrefois à l’Est, est maintenant farci de boutiques pour bobos, de galeries, d’endroits branchés.

Peut-être que si on poursuivait en direction de l’est, mais je n’en ai pas eu le temps. Cela dit, même dans le centre, l’austérité de la RDA s’accroche par endroits à son ancien territoire, insensible aux détergents officiels. À la nuit tombante certaines rues donnent encore le cafard.

Il suffit le lendemain de franchir les portes cochères.

Berlin (Allemagne), Mitte, 24 septembre 2011 Berlin (Allemagne), Mitte, 24 septembre 2011

Berlin (Allemagne), Mitte, 24 septembre 2011 Berlin (Allemagne), Mitte, 24 septembre 2011

Berlin (Allemagne), Mitte, 24 septembre 2011 Berlin (Allemagne), Mitte, 24 septembre 2011

Pas eu le temps de retourner à Kreuzberg. Mais j’ai revu très brièvement Prenzlauer Berg, qui ne semble pas s’en sortir trop mal.

Et puis les Berlinois sont en général aimables. Les restaurants de la ville, du moins ceux que j’ai fréquentés, servent une cuisine des plus acceptables. Si tu y vas, je te recommande tout spécialement le Prater Gaststätte dans le jardin du Prater (Kastanienallee, à Prenzlauer Berg). De surcroît on sait faire le café à Berlin — comme probablement ailleurs en Allemagne — en tout cas bien mieux qu’à Paris et en France.

C’est par ce fait minuscule que parfois je m’y sentais un peu moins étranger. Car oui Berlin m’est un pays étranger, et la langue qu’on y parle aussi. Au sortir du musée d’art contemporain aménagé dans l’ancienne gare de Hambourg, là sur ce parvis :

Berlin (Allemagne). Ancienne gare de Hambourg (musée d'art contemporain), 23 septembre 2011 Berlin (Allemagne). Ancienne gare de Hambourg (musée d’art contemporain), 23 septembre 2011

Berlin (Allemagne). Ancienne gare de Hambourg (musée d'art contemporain), 23 septembre 2011 Berlin (Allemagne). Ancienne gare de Hambourg (musée d’art contemporain), 23 septembre 2011

une femme téléphonait en italien. Tout à coup c’était comme de repasser le mur. J’en avais les larmes aux yeux. Elle disait « … quello che non doveva succedere, è successo, ecco. Tu adesso cosa vuoi fare, vuoi prendere tempo per parlare con lei? » On comprenait que son interlocuteur venait d’être abandonné, là à l’instant, le matin même peut-être, ou la veille. Ou bien au contraire que cet homme à qui elle parlait (j’ai pensé que c’était en effet un homme) était celui qui abandonnait. Une histoire à pleurer, une histoire italienne, tellement proche.

Train bondé entre Berlin et Francfort ; il s’arrête beaucoup, des passagers descendent, d’autres montent et les remplacent. Après chaque gare le contrôleur passe et interroge à la cantonade : Guten Tag, noch jemand zu besichtigen? (Du moins c’est ce que j’entendais.) Dans tous les trains que j’ai pris les contrôleurs répétaient cette même phrase, chacun sur sa propre musique. Celui du Berlin-Francfort avait un voix de ténor de chorale. Il étirait la formule, chantant la dernière syllabe geeeen sur un demi-ton ascendant. Tout l’opposé de la contrôleuse du Cologne-Berlin de l’aller.

Mais quelle que soit la musique, les personnes « zu besichtigen » présentent spontanément leurs billets.

Un pays étranger.

L. & L.

3 commentaires leave one →
  1. Anne-Marie permalink
    27 septembre 2011 11:42

    Berlin ne m’attire pas, bien qu’il soit à la mode (si moderne,si branché, mon marchand de bijoux modernes à Paris veut aller s’y installer, quelle idée !!), et ce n’est pas après avoir lu ta description que je vais y mettre les pieds ! c’est vrai que je préfère comme toi les boutiques vieillottes de Lisbonne, l’abandon de Porto, et la lumière de l’Italie…Ce côté aseptisé… Enfin, je ne peux pas juger. Munich, peut-être, plus vivante ?
    Mais ce qui est sûr, c’est que tes porches sont superbes, de vrais tableaux, comment réussis-tu à avoir toujours cet équilibre et cette luminosité dans tes photos ? On est dedans! Elles, pour le coup, elles donnent envie d’y aller, n’importe où, sauf que ce n’est pas la peine, parce qu’on y est déjà..

  2. 30 septembre 2011 13:24

    J’aime vraiment beaucoup comment tes lumières et tes rencontres si fluides, si fugaces nous font voyager en phrases si simples mais infinies d’évocation. Je vais encore t’envoyer des promeneurs.

    • lili-et-lulu permalink*
      1 octobre 2011 16:28

      Merci !

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