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Trop belle pour toi

2 janvier 2013

— Donc reprenons. Tu es allé à Rome, c’est bien ça ?
— C’est ça oui.
— Et ?
— Et j’en suis revenu.
— C’est à dire ?
— C’est à dire que Rome est trop pour moi. Elle est impossible pour moi, invivable. Je me demande comment s’y sentent les Romains d’ailleurs, comment ils s’y prennent avec cette ville de Rome. À y penser, je n’ai jamais été en empathie avec elle je crois.
— Mais qu’est-ce que tu dis. Mais qu’est-ce que tu dis ?
— Rome c’est un amas de splendeurs, treize à la douzaine et même bien davantage, sur un territoire exigu, une densité incroyable ; des empilements, des entassements, à peine si on peut s’y retourner. Mais invivable.
— Mais qu’est-ce que tu dis. Mais qu’est-ce que tu dis, mais quelle extravagance !
— Tu n’as pas compris ? Je me suis exprimé clairement pourtant je trouve. Ces splendeurs dont je parle, en voilà un échantillon regarde :

Villa Borghese, Rome (Italie), 27 décembre 2012 Villa Borghese, Rome (Italie), 27 décembre 2012.

Église San Carlo alle Quattro Fontane, Rome (Italie), 28 décembre 2012 Église San Carlo alle Quattro Fontane, Rome (Italie), 28 décembre 2012.

Vue (vers l'ouest) depuis le perron de l'église Santi Domenico e Sisto, Rome (Italie), 24 décembre 2012 Vue (vers l’ouest) depuis le perron de l’église Santi Domenico e Sisto, Rome (Italie), 24 décembre 2012.

Villa Celimontana, Rome (Italie), 27 décembre 2012 Villa Celimontana, Rome (Italie), 27 décembre 2012.

C’est plus qu’on en peut supporter.
— Petite nature. Le monde entier admire Rome, on dit partout que c’est la ville la plus belle qui ait jamais été construite, et toi… quel snobisme !
— Possible. Mais je maintiens que Rome ne m’est pas sympathique. Je suis peut-être injuste, en ceci que je la juge au regard des autres villes italiennes — Florence, Palerme, Ferrare, Bologne, Trieste et d’autres, ces villes qui me plaisent –, alors que je devrais le faire en la rapportant aux autres capitales (les autres lieux de pouvoir) que je connais, Paris, Madrid, Berlin, Helsinki, Budapest, Lisbonne, etc. Au vrai, Rome m’évoque Bruxelles.
— Ridicule.
— J’y ai pensé sur je ne sais plus quelle esplanade de Rome, quel lieu dominant. Je n’aime pas Rome parce que c’est un lieu de pouvoir, non pas celui officiel, le pouvoir de l’État italien. Rome c’est la prédominance du Vatican. État qui n’a de souveraineté directe que sur un territoire minuscule, le plus petit du monde, mais ce n’est pas vrai : en Italie du moins, et à Rome tout particulièrement, il fait la pluie et le beau temps. Il suffit d’y séjourner un jour ou deux pour le sentir, son odeur puissante est répandue partout, imprégnant cette ville de Rome dans chacune de ses cellules. Cette odeur, je te l’assure, n’est pas de sainteté.

Le crois-tu ceci, que dans cette semaine où nous étions à Rome, le Vatican a apporté son soutien à Mario Monti qui vient d’entrer en campagne électorale après avoir démissionné de son poste de Premier ministre ? C’est à dire qu’il a pris parti pour un candidat à des élections nationales d’un état tiers ? Il est vrai qu’au cours de la même semaine on a vu sur France 24 Viviane Reding, vice-présidente de la Commission  européenne, et interrogée en cette qualité, faire de même, exactement. Alors tu vois, Rome et Bruxelles, ce n’est pas couper les cheveux en quatre que de les rapprocher.

Les propos de Viviane Reding, les Italiens ne les entendront pas, à moins qu’ils soient repris dans la presse nationale. La prise de position du Vatican, si. Beaucoup y seront sensibles. Car la bigoterie italienne est une chose effrayante, et je te prie de croire qu’à Rome, qui doit compter une église pour chaque centaine d’habitants au minimum, elle a de quoi s’exercer, et s’exhiber. On vient s’agenouiller devant les petits jésus des crèches pour leur baiser les pieds, ou faire une prière à son saint favori, celui qui guérit de l’acné ou celui des pieds plats ; on écrit dans les livres d’or Seigneur protège-moi et protège ma famille dans cette nouvelle année, et on croit qu’Il le fera à condition qu’on se comporte comme il faut, comme Il veut qu’on se comporte, c’est à dire comme indiqué par les prêtres.

Et ils disent de ces choses, certains prêtres italiens… Un en particulier, un certain don Piero Corsi, curé de Lerici, très joli petit port ligure, après La Spezia quand on vient de Gênes. La semaine dernière toujours. Il a placardé sur la porte de son église une sorte de manifeste intitulé Le donne e il femminicidio. Facciano sana autocritica. Quante volte provocano? (Les femmes et le féminicide. Qu’elles fassent une saine autocritique. Combien de fois provoquent-elles ?). C’est à dire : il n’y a pas à s’étonner que les femmes se fassent assassiner, par leurs maris ou par qui que ce soit, elles le cherchent bien.

Le prélat, cheveux courts et gris, style aumônier militaire, ne s’est pas laissé démonter par les premières critiques suscitées par son brûlot. A un journaliste de la Rai, la télévision publique, qui lui demandait d’étayer sa pensée, il a répondu, ajoutant l’homophobie à la misogynie : « Mais si vous n’éprouvez rien face à une femme nue qui passe devant vous, cela signifie que vous êtes un pédé. » On voit par là, également, que Don Corsi a le sens de la nuance.
Philippe Ridet. Don Piero Corsi, curé italien misogyne et homophobe, persiste et signe, Le Monde (en ligne), 28 décembre 2012.

Mais je divague. Don Piero Corsi n’est pas romain. Et Rome est très belle c’est vrai.

 Basilique Santa Sabina, Rome (Italie), 25 décembre 2012
Basilique Santa Sabina, Rome (Italie), 25 décembre 2012.

— Trop belle pour toi, oui.

L. & L.

Musées du Capitole (Rome)

2 janvier 2013

Rome (Italie). Musei Capitolini, 26 décembre 2012

Rome (Italie). Musei Capitolini, 26 décembre 2012

Rome (Italie). Musei Capitolini, 26 décembre 2012

Rome (Italie). Musei Capitolini, 26 décembre 2012

Rome (Italie). Musei Capitolini, 26 décembre 2012

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Musei Capitolini (Rome) — Site officiel
Musées du Capitole (Rome), sur Wikipédia (fr)

Cette mouette tenace

21 décembre 2012

Vous penserez que c’est moi qui vous ai choisi. Moi. Vous. Vous qui êtes à chaque instant le tout de vous-même auprès de moi, cela, quoi que vous fassiez, si loin ou si près que vous soyez de mon espérance.

Vous penserez à vous, mais comme à ce mur, à cette mer qui ne s’est jamais produite encore, à ce vent et à cette mouette qui sont séparés pour la première fois, à ce chien perdu.

Vous penserez que le miracle n’est pas dans l’apparente similitude entre chaque particule de ces milliards du déferlement continu, mais dans la différence irréductible qui les sépare, qui sépare les hommes des chiens, les chiens du cinéma, le sable de la mer, Dieu de ce chien ou de cette mouette tenace face au vent, du cristal liquide de vos yeux de celui blessant des sables, de la touffeur irrespirable du hall de cet hôtel passé de l’éblouissante clarté égale de la plage, de chaque mot de chaque phrase, de chaque ligne de chaque livre, de chaque jour et de chaque siècle et de chaque éternité passée ou à venir et de vous et de moi.

Durant votre passage, il vous faudra donc croire à votre inaltérable royauté.

Vous avancerez. Vous marcherez comme vous le faites quand vous êtes seul et que vous croyez que quelqu’un vous regarde, Dieu ou moi, ou ce chien le long de la mer, ou cette mouette tragique face au vent, si seule devant l’objet atlantique.

Marguerite Duras (1914-1996). L’homme atlantique (1982). Éd. de Minuit, impr. 2008, p. 10-12.

Amália Rodrigues (1920-1999). Gaivota [Mouette] / Alexandre O’Neill, paroles ; Alain Oulman, musique ; Amália Rodrigues, chant ; instrumentistes non identifiés. Années 1970.

Se uma gaivota viesse
Trazer-me o céu de Lisboa
No desenho que fizesse,
Nesse céu onde o olhar
É uma asa que não voa,
Esmorece e cai no mar
Si une mouette venait
M’apporter le ciel de Lisbonne
Par ce dessin qu’elle trace
Dans ce ciel où le regard
Est une aile qui cesse de voler,
Défaille et s’abîme en mer
Que perfeito coração
No meu peito bateria,
Meu amor na tua mão,
Nessa mão onde cabia
Perfeito o meu coração.
Alors quel cœur parfait
Battrait dans ma poitrine,
Mon amour dans ta main,
Cette main où se logerait
Si parfaitement mon cœur.
Se um português marinheiro,
Dos sete mares andarilho,
Fosse quem sabe o primeiro
A contar-me o que inventasse,
Se um olhar de novo brilho
No meu olhar se enlaçasse
Si un marin portugais,
Ayant vu toutes les mers du monde,
Était, qui sait, le premier
À me conter ses découvertes,
Si un regard d’un nouvel éclat
S’enlaçait à mon regard
Que perfeito coração
No meu peito bateria,
Meu amor na tua mão,
Nessa mão onde cabia
Perfeito o meu coração.
Alors quel cœur parfait
Battrait dans ma poitrine,
Mon amour dans ta main,
Cette main où se logerait
Si parfaitement mon cœur.
Se ao dizer adeus à vida
As aves todas do céu,
Me dessem na despedida
O teu olhar derradeiro,
Esse olhar que era só teu,
Amor que foste o primeiro
Si, tout près de quitter la vie
Tous les oiseaux du ciel
Me faisaient dans cet adieu
Le présent ultime de ton regard
Ce regard incomparable
De toi, amour qui fus le premier
Que perfeito coração
Morreria no meu peito,
Meu amor na tua mão,
Nessa mão onde perfeito
Bateu o meu coração
Alors quel cœur parfait
Mourrait dans ma poitrine,
Mon amour dans ta main,
Cette main où battait
Si parfaitement mon cœur.
Alexandre O’Neill (1924-1986). Gaivota.
Alexandre O’Neill (1924-1986). Gaivota. Trad.L. & L.

Zorongo gitano — Carmen Linares ; Patrizia Laquidara

19 décembre 2012

C’est une chanson traditionnelle, que Federico García Lorca en personne avait harmonisée pour le piano, et pour laquelle il avait écrit des paroles originales, ou plus probablement adapté, voire simplement transcrit, des vers existants. Elle appartient à un recueil de 10 chansons populaires, Colección de canciones populares españolas, enregistré en 1931 par Lorca lui-même au piano, et une chanteuse (et danseuse) de flamenco connue sous le surnom de La Argentinita (car elle était née à Buenos Aires).

Cet enregistrement, on peut l’entendre par exemple ici.

Tengo los ojos azules,
Tengo los ojos azules,
y el corazoncito igual
que la cresta de la lumbre.
Mes yeux sont bleus,
Mes yeux sont bleus,
Et mon cœur est comme
La crête de la flamme.
De noche me salgo al patio
y me harto de llorar
de ver que te quiero tanto
y tú no me quieres ná.
La nuit je sors dans la cour
Et je pleure toutes mes larmes
Parce que je t’aime
Et que tu ne m’aimes pas.
Esta gitana está loca,
loca que la van a atar;
que lo que sueña de noche
quiere que sea verdad.
Cette gitane est folle
Elle est folle à lier
Elle voudrait que ses rêves
Soient la réalité.
Federico García Lorca (1598-1936). Zorongo gitano (1931).
Federico García Lorca (1898-1936). Zorongo gitano (1931). Traduction L. & L.

Comme les autres chansons du recueil, Zorongo gitano a été l’objet d’innombrables reprises, par des spécialistes du flamenco ou d’autres, dans toutes sortes de styles. En voici deux, l’une et l’autre avec un texte augmenté de strophes supplémentaires non retenues par Lorca ; l’une dans un style flamenco (Carmen Linares), l’autre plus insolite, par la chanteuse italienne Patrizia Laquidara.

Carmen Linares. Zorongo gitano / Federico García Lorca, paroles ; musique traditionnelle ; Carmen Linares, chant ; Paco Cortés y Miguel Ángel Cortés, guitare ; Fede Baeza, Ana María González, palmas. Captation : Festival d’art flamenco de Mont-de-Marsan (Landes), années 1990 ?

Patrizia Laquidara. Zorongo gitano / Federico García Lorca, paroles ; musique traditionnelle. 2012.

Las manos de mi cariño
te están bordando una capa
con agremán de alhelies
y con esclavinas de agua.

Cuando fuiste novio mío
por la primavera blanca,
los cascos de tu caballo
cuatro sollozos de plata.

La luna es un pozo chico
las flores no valen nada;
lo que valen son tus brazos
cuando de noche me abrazas.

Tengo los ojos azules,
y el corazoncito igual
que la cresta de la lumbre.

De noche me salgo al campo
y me harto de llorar
de ver que te quiero tanto
y tú no me quieres ná.

La luna es un pozo chico
las flores no valen nada;
lo que valen son tus brazos
cuando de noche me abrazas.

Veinticuatro horas del día,
veinticuatro horas que tiene;
si tuviera veintisiete,
tres horas más te querria.

Este gitano está loco,
loco que le van a atar;
que lo que sueña de noche
quiere que sea verdad.

La luna es un pozo chico
las flores no valen nada;
lo que valen son tus brazos
cuando de noche me abrazas.

———

Voir :

Carmen Linares — Site officiel
Patrizia Laquidara — Site officiel
Patrizia Laquidara sur Myspace

Promenade dominicale

16 décembre 2012

Musée des Augustins, Toulouse, 16 décembre 2012 Manifestation en faveur du mariage pour tous, Toulouse, Musée des Augustins, 16 décembre 2012.

Les pigeons se sont massés sur le toit du musée des Augustins pour nous regarder passer.

Manifestation en faveur du mariage pour tous, Toulouse, 16 décembre 2012 Manifestation en faveur du mariage pour tous, Toulouse, rue de Metz,16 décembre 2012.

Nous n’étions pas seuls. Beaucoup se promenaient à la même heure, empruntant les mêmes rues que nous.

Manifestation en faveur du mariage pour tous, Toulouse, 16 décembre 2012 Manifestation en faveur du mariage pour tous, Toulouse, place Wilson, 16 décembre 2012.

Tous ensemble nous avons fait un tour de ville, poussant jusqu’à la place Wilson.

Manifestation en faveur du mariage pour tous, Toulouse, 16 décembre 2012 Manifestation en faveur du mariage pour tous, Toulouse, place Wilson, 16 décembre 2012.

Quel beau dimanche !

L. & L.

Luis Cernuda — Salvador

14 décembre 2012

Salvador

Sálvale o condénale,
Porque ya su destino
Está en tus manos, abolido.

Si eres salvador, sálvale
De ti y de él ; la violencia
De no ser uno en ti, aquiétala.

O si no lo eres, condénale,
Para que a su deseo
Suceda otro tormento.

Sálvale o condénale,
Pero así no le dejes
Seguir vivo, y perderte.

Luis Cernuda (1902-1963). Salvador, extrait de : Poemas para un cuerpo (1951).

Sauveur

Sauve-le ou condamne-le,
Car déjà son destin
Est entre tes mains, aboli.

Si tu es sauveur, sauve-le
De toi et de lui ; la violence
De n’être un en toi, apaise-la.

Ou si tu ne l’es pas, condamne-le
Afin qu’à son désir
Succède un autre tourment.

Sauve-le ou condamne-le,
Mais ne le laisse ainsi
Vivre encore et te perdre.

Luis Cernuda (1902-1963). Salvador, extrait de : Poemas para un cuerpo (1951). Traduction Bruno Roy. Fata Morgana, 1985 et 2010.

Luis Cernuda (1902-1963). Poèmes pour un corps. Bilingue, trad. Bruno Roy, ill. Luis Caballero. Fata Morgana, 2010.Luis Cernuda (1902-1963)
Poemas para un cuerpo (1951). Espagnol et traduction française (Roy)

Poèmes pour un corps / Luis Cernuda ; [illustrations] Luis Caballero ; texte français de Bruno Roy. — Fata Morgana, 2010. — 49 p. ; 24 cm.
Bilingue.

ISBN 978-2-85194-781-9

La règle de trois

14 décembre 2012

Le 3e exemplaire de Poèmes pour un corps de Luis Cernuda avait la couverture légèrement écornée : non. Impossible, surtout un si beau livre ; j’ai dû me contenter du deuxième.

Du Ritsos (Dix-huit petites chansons de la patrie amère) il n’y en avait que deux, et donc pareil, condamné au second.

Seule issue : le deuxième exemplaire d’un troisième livre. Un jeu d’enfant : la totalité de La recherche, en Quarto. Ils ont prévu large : au moins cinq dans la pile.

Sauvé.

Mais ça doit rester exceptionnel, n’est-ce pas ?

L. & L.

———

Luis Cernuda (1902-1963). Poèmes pour un corps. Bilingue, trad. Bruno Roy, ill. Luis Caballero. Fata Morgana, 2010.Luis Cernuda (1902-1963)
Poemas para un cuerpo (1951). Espagnol et traduction française (Roy)

Poèmes pour un corps / Luis Cernuda ; [illustrations] Luis Caballero ; texte français de Bruno Roy. — Fata Morgana, 2010. — 49 p. ; 24 cm.
Bilingue.

ISBN 978-2-85194-781-9

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Marcel Proust. À la recherche du temps perdu. Gallimard, 1999. (Quarto).Marcel Proust (1871-1922)
À la recherche du temps perdu (1908-1922). Éd. Tadié

À la recherche du temps perdu / Marcel Proust ; texte établi sous la direction de Jean-Yves Tadié. — Gallimard, 1999 (impr. 2011). — 2400 p. ; 21 cm.
(Quarto).

ISBN 978-2-07-075492-2

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Yannis Ritsos (1909-1990). Dix-huit petites chansons de la patrie amère. Bilingue, trad. Anne Personnaz. Éd. Bruno Doucey, 2012.Ρίτσος, Γιάννης (1909-1990)
Δεκαοχτώ λιανοτράγουδα της πικρής πατρίδας (1973). Grec et traduction française (Personnaz)
Dix-huit petites chansons de la patrie amère / Yannis Ritsos ; traduit du grec par Anne Personnaz ; préface de Bruno Doucey. — Éd. Bruno Doucey, 2012. — 54 p. ; 14 x 18 cm.
Bilingue.
ISBN 978-2-36229-039-8

Tandis que deux c’est vraiment mieux

12 décembre 2012

Deux pères, non je ne sais pas. Déjà qu’un seul…

Et quand je vois les pères des autres enfants je ne suis pas convaincu non plus.

Ou alors des pères italiens. Un père italien ça, c’est l’idéal. C’est entièrement dévoué à ses enfants. Il faut les voir, on dirait qu’ils sont faits d’amour, comme le bon dieu du catéchisme (le bon dieu est amour, il t’aime toi, toi, toi, oui toi).

Un père italien est amour. Il t’aime toi, toi, toi, oui toi, son enfant. Et lui tu le connais, il a un corps, des bras, des mains, des doigts, un visage, des cheveux, une voix, des lèvres, des yeux qui te sont familiers, tu sais où il dort, ce qu’il prend au petit déjeuner. Il t’appelle par ton nom, ou par un nom d’amour dont nul autre que lui n’est autorisé à faire usage.

Alors tu penses, deux pères italiens !

Des comme ceux-là par exemple :

Agnolo di Cosimo di Mariano, dit Bronzino (1503-1572). Ritratto di giovane con liuto (1530-1532) / Girolamo Sellari, dit Girolamo da Carpi (1501-1556). Ritratto di gentiluomo in nero
À gauche : Agnolo di Cosimo di Mariano, dit Bronzino (1503-1572). Ritratto di giovane con liuto (1530-1532).Galerie des Offices, Florence.
À droite : Girolamo Sellari, dit Girolamo da Carpi (1501-1556). Ritratto di gentiluomo in nero [Girolamo de Vincenti ?] (1536-1537). Musée national de Capodimonte, Naples.

Ils se seraient rencontrés, je ne sais pas… à Palerme…, ou à Spolète ; oui c’est ça, l’un montant à Monteluco (780 m d’altitude, près de 400 m de dénivelé), l’autre en descendant déjà ; se seraient croisés sur le sentier dans le sous-bois, se seraient regardés, l’un immédiatement subjugué, l’autre aussi mais ne l’ayant pas su, n’ayant pas compris ce qui se tramait en lui-même, cependant un signal se serait déclenché, s’amplifiant ensuite chemin faisant. Le premier, foudroyé, ne se serait retourné qu’au bout de quelques minutes, trop tard pour croiser à nouveau le regard du second qui lui l’avait fait sans attendre, innocemment, dans le mouvement de son ascension.

La suite on ne la connaît pas avec exactitude : généralement les parents ne fournissent pas ce genre de renseignements à leurs enfants, sinon partiellement peut-être. Se cherchant fébrilement tout en redoutant la rencontre, l’un et l’autre auraient erré trois jours durant dans la ville, la partie basse, la haute, ne sachant s’il était préférable de visiter les églises et les musées ou de s’en tenir aux rues et aux places, entrant finalement l’un, puis l’autre après quelques minutes, dans la même librairie exiguë, se trouvant pris au piège, affolés, ravis. Lequel des deux se sera jeté le premier dans le délicieux abîme ?

i’ che l’esca amorosa al petto avea,
qual meraviglia se di subito arsi?

Francesco Petrarca (1304-1374). Dal Sonetto XC.

J’avais au cœur  la mèche de l’amour,
Fut-ce étonnant si d’un coup je pris feu ?

Pétrarque (1304-1374). Sonnet XC, extrait. Traduction Yves Bonnefoy. Dans : Je vois sans yeux et sans bouche je crie : vingt-quatre sonnets taduits par Yves Bonnefoy. Galilée, 2011.

Oui, pourquoi pas.

Mais en réalité, ce qui m’aurait vraiment plu tu sais, ce que j’aurais voulu pour moi : c’est d’avoir deux mères.

École de Fontainebleau, artiste non identifié. Portrait présumé de Gabrielle d'Estrées et de sa sœur la duchesse de Villars (vers 1594). Paris, Musée du Louvre.

École de Fontainebleau, artiste non identifié. Portrait présumé de Gabrielle d’Estrées et de sa sœur la duchesse de Villars (vers 1594).Musée du Louvre, Paris.

L. & L.

fait ce jour

8 décembre 2012

vu l’exposition Adieu la Suisse !

C’est tout ?

ça m’a épuisé.

j’en peux plus

Non il y a eu d’autres faits et gestes
mais autant les passer sous silence.

Exposition Adieu la Suisse, Montpellier, 8 décembre 2012.Erich Busslinger -- Inland-Archiv, installation vidéo
Exposition Adieu la Suisse !, Montpellier, Pavillon populaire. Erich Busslinger — Inland-Archiv, installation vidéo. 8 décembre 2012.

Exposition Adieu la Suisse !, Montpellier, Pavillon populaire. Erich Busslinger — Inland-Archiv, installation vidéo. 8 décembre 2012.
Exposition Adieu la Suisse !, Montpellier, Pavillon populaire. Erich Busslinger — Inland-Archiv, installation vidéo. 8 décembre 2012.

Exposition Adieu la Suisse !, Montpellier, Pavillon populaire. Erich Busslinger — Inland-Archiv, installation vidéo. 8 décembre 2012.
Exposition Adieu la Suisse !, Montpellier, Pavillon populaire. Erich Busslinger — Inland-Archiv, installation vidéo. 8 décembre 2012.


Mais, je croyais t’avoir entendu dire que tu te refusais à croire à la réalité de la Suisse

pas du tout, je ne m’y refuse pas ; je n’y arrive pas ;
si refus il y a, il n’est pas de mon fait

Oui mais là quand même, toutes ces photos, ces vidéos, il faut te rendre à l’évidence.

quelle évidence ?

Exposition Adieu la Suisse !, Montpellier, Pavillon populaire. 8 décembre 2012.

Exposition Adieu la Suisse !, Montpellier, Pavillon populaire. 8 décembre 2012.

L. & L.

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Adieu la Suisse ! Exposition, Montpellier, Pavillon populaire, 16 novembre 2012 - 10 février 2013.AfficheAdieu la Suisse ! Construction et déconstruction d’un mythe photographique

Exposition. Montpellier, Pavillon populaire, 16 novembre 2012 – 10 février 2013.

Pavillon Populaire
Esplanade Charles-De-Gaulle – 34000 Montpellier
Ouvert du mardi au dimanche
de 10h à 13h et de 14h à 18h – Entrée libre

L’exposition sur le site Internet de la ville de Montpellier
Dossier de presse [.pdf]

O afinador

8 décembre 2012

Et si j’avais un piano ?

J’ai envie d’un piano tout à coup.

Pedro Coelho – Afinador de Pianos [Pedro Coelho, accordeur de pianos]. Réalisation Tiago Pereira ; son Nélia Marquez. Enregistré à la Dinâmica – Pianos e Som (Carcavelos, Portugal), mai 2011.
(A música portuguesa a gostar dela própria ; 486)
.

Envie d’avoir, ou d’être un piano ?

L. & L.

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A música portuguesa a gostar dela própria — Site