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Tandis que deux c’est vraiment mieux

12 décembre 2012

Deux pères, non je ne sais pas. Déjà qu’un seul…

Et quand je vois les pères des autres enfants je ne suis pas convaincu non plus.

Ou alors des pères italiens. Un père italien ça, c’est l’idéal. C’est entièrement dévoué à ses enfants. Il faut les voir, on dirait qu’ils sont faits d’amour, comme le bon dieu du catéchisme (le bon dieu est amour, il t’aime toi, toi, toi, oui toi).

Un père italien est amour. Il t’aime toi, toi, toi, oui toi, son enfant. Et lui tu le connais, il a un corps, des bras, des mains, des doigts, un visage, des cheveux, une voix, des lèvres, des yeux qui te sont familiers, tu sais où il dort, ce qu’il prend au petit déjeuner. Il t’appelle par ton nom, ou par un nom d’amour dont nul autre que lui n’est autorisé à faire usage.

Alors tu penses, deux pères italiens !

Des comme ceux-là par exemple :

Agnolo di Cosimo di Mariano, dit Bronzino (1503-1572). Ritratto di giovane con liuto (1530-1532) / Girolamo Sellari, dit Girolamo da Carpi (1501-1556). Ritratto di gentiluomo in nero
À gauche : Agnolo di Cosimo di Mariano, dit Bronzino (1503-1572). Ritratto di giovane con liuto (1530-1532).Galerie des Offices, Florence.
À droite : Girolamo Sellari, dit Girolamo da Carpi (1501-1556). Ritratto di gentiluomo in nero [Girolamo de Vincenti ?] (1536-1537). Musée national de Capodimonte, Naples.

Ils se seraient rencontrés, je ne sais pas… à Palerme…, ou à Spolète ; oui c’est ça, l’un montant à Monteluco (780 m d’altitude, près de 400 m de dénivelé), l’autre en descendant déjà ; se seraient croisés sur le sentier dans le sous-bois, se seraient regardés, l’un immédiatement subjugué, l’autre aussi mais ne l’ayant pas su, n’ayant pas compris ce qui se tramait en lui-même, cependant un signal se serait déclenché, s’amplifiant ensuite chemin faisant. Le premier, foudroyé, ne se serait retourné qu’au bout de quelques minutes, trop tard pour croiser à nouveau le regard du second qui lui l’avait fait sans attendre, innocemment, dans le mouvement de son ascension.

La suite on ne la connaît pas avec exactitude : généralement les parents ne fournissent pas ce genre de renseignements à leurs enfants, sinon partiellement peut-être. Se cherchant fébrilement tout en redoutant la rencontre, l’un et l’autre auraient erré trois jours durant dans la ville, la partie basse, la haute, ne sachant s’il était préférable de visiter les églises et les musées ou de s’en tenir aux rues et aux places, entrant finalement l’un, puis l’autre après quelques minutes, dans la même librairie exiguë, se trouvant pris au piège, affolés, ravis. Lequel des deux se sera jeté le premier dans le délicieux abîme ?

i’ che l’esca amorosa al petto avea,
qual meraviglia se di subito arsi?

Francesco Petrarca (1304-1374). Dal Sonetto XC.

J’avais au cœur  la mèche de l’amour,
Fut-ce étonnant si d’un coup je pris feu ?

Pétrarque (1304-1374). Sonnet XC, extrait. Traduction Yves Bonnefoy. Dans : Je vois sans yeux et sans bouche je crie : vingt-quatre sonnets taduits par Yves Bonnefoy. Galilée, 2011.

Oui, pourquoi pas.

Mais en réalité, ce qui m’aurait vraiment plu tu sais, ce que j’aurais voulu pour moi : c’est d’avoir deux mères.

École de Fontainebleau, artiste non identifié. Portrait présumé de Gabrielle d'Estrées et de sa sœur la duchesse de Villars (vers 1594). Paris, Musée du Louvre.

École de Fontainebleau, artiste non identifié. Portrait présumé de Gabrielle d’Estrées et de sa sœur la duchesse de Villars (vers 1594).Musée du Louvre, Paris.

L. & L.

2 commentaires leave one →
  1. Alex Caire permalink
    12 décembre 2012 23:08

    Quelle peche ! Réflexion rafraichissante !

    En effet, avec des pères souvent absents et des mères partagées entre l’hystérie au travail et la frustration des taches ménagères, les enfants du XXIème se ruent sur les affections virtuelles, éphémères par leur évidente nature ludique de pure artifice !

    Vous avez raison, avoir deux mères à notre époque est un luxe !
    Etant père accompli sur le tard – vaut mieux tard que jamais – j’ai eu la chance d’avoir des mère – 2 ou 3 au total, aux carrefours cruciaux de ma vie !!!

    Alex

    • 13 décembre 2012 13:51

      3 mères, mazette ! Personne n’était encore allé aussi loin…

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