António Zambujo | O pica do 7
Un peu de frivolité, pour conjurer la dureté de l’époque.
Voici qu’António Z. réapparaît avec son nouvel album Rua da emenda, qui vient de sortir en France deux mois après sa publication portugaise.
Il ne s’agit pas encore d’évoquer l’ensemble de l’album (qui est dans la continuité des deux précédents). Juste cette chanson-là, dans cette vidéo précise (alors qu’il en existe un clip officiel réalisé à grands frais), en raison de la marinière Armor Lux. On y voit António, qui a grossi, présentant Rua da emenda à Lisbonne lors de la sortie portugaise de l’album.
António Zambujo | O pica do 7. Miguel Araújo, paroles & musique ; António Zambujo, chant & guitare.
Vidéo : RTP [Rádio e Televisão de Portugal]. Captation : Lisbon hostel, Lisbonne, 17 novembre 2014.
À voir les cernes qui lui viennent jusqu’au milieu des joues on l’aura tiré du lit de bonne heure, avant trois heures de l’après-midi. (Ou bien il a mangé plus que sa part du plat de rojões la veille, et bu ce qui va avec.) Pas le temps de s’habiller nickel, et d’ailleurs elles sont passées où les chemises propres ? À portée de main il n’y a que cette marinière, on fera avec.
O pica do 7 (« Le contrôleur du [tram n°] 7 »), une valse malicieuse en faveur des transports en commun, fort bien écrite par son ami Miguel Araújo, n’est pas une nouveauté : voici António, frais et svelte, l’interprétant déjà au moment de la sortie de son précédent album, Quinto, c’est à dire en 2012 :
António Zambujo | O pica do 7. Miguel Araújo, paroles & musique ; António Zambujo, chant & guitare.
Vidéo : RTP [Rádio e Televisão de Portugal]. 2012.
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De manhã cedinho eu salto do ninho e vou para a paragem,
De bandolete à espera do 7 mas não pela viagem.
Eu bem que não queria mas um belo dia eu vi-o passar
E o meu peito, que é céptico, por um pica de eléctrico voltou a sonhar.
Au petit matin, je saute du lit et je cours jusqu’à l’arrêt
J’ai mis mon serre-tête, et j’attends le 7 (mais pas pour le trajet).
Moi qui vivais très bien sans ça, il a suffi qu’un beau jour je le voie
Pour que mon cœur (qui est sceptique) à cause d’un contrôleur se remette à rêver.
Em cada repique que salta do clique de aquele alicate
De um modo frenético o peito, que é céptico, toca a rebate
Se o trem descarrila o povo refila e eu fico num sino
Porque um mero trajecto no meu caso concreto é já o destino.
Quand la pince pique, et que le son du clic implacable s’approche
Une alarme frénétique, dans mon cœur sceptique, fait sonner sa cloche
Si le train déraille y a les gens qui râlent, mais moi ça m’est égal
Parce que pour moi voilà, c’est ce tram qui est déjà ma destination finale.
Ninguém acredita o estado em que fica o meu coração,
Quando o 7 me apanha até acho que a senha me salta da mão.
Pois na carreira desta vida vã,
Mas nada me dá a pica que o pica do sete me dá.
Personne n’a idée dans quel état ça me met de voir le 7 qui vient
C’est tout juste si j’ai pas mon ticket et tout ça qui me tombent des mains
Car sur la ligne de cette vie sans queue ni tête
Y a rien qui me fait l’effet que me fait le contrôleur du 7.
Que triste fadário e que itinerário tão infeliz,
Traçar meu horário com o de um funcionário de um trem da Carris,
Se eu lhe perguntasse se tem livre passe para o peito de alguém,
Vá-se lá saber, talvez eu lhe oblitere o peito também.
Quel triste destin, et quel itinéraire vraiment malheureux
De régler mes horaires sur ceux d’un fonctionnaire d’un tram municipal
Si je lui demandais s’il a une carte d’abonnement au cœur de quelqu’un
Qui sait si je n’irais pas jusqu’à lui oblitérer le sien !
Miguel Araújo. O pica do 7 (2012).
Miguel Araújo. Le contrôleur du 7, traduit de O pica do 7 (2012), par L. & L.
Philharmonie

Philharmonie de Paris, 13 janvier 2015
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Quand je la vois je dis à mon collègue « Ben dis donc, elle a pas l’air vraiment finie ».
J’aurais mieux fait de me taire.
« Pas finie », qu’elle dit, « et vous Monsieur, vous vous croyez fini peut-être ? Vous avez beau vous dire Charlie, vous êtes un malpoli Monsieur. Charlie ou pas, les goujats restent des goujats ! »
Les gens sont susceptibles.
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- Philharmonie de Paris – Gala d’ouverture ce soir, mercredi 14 janvier. Orchestre de Paris, Paavo Järvi, direction. Renaud Capuçon, violon. Sabine Devieilhe, soprano. Matthias Goerne, baryton. Hélène Grimaud, piano. Œuvres de Dutilleux, Fauré, Ravel, Escaich.
Revivre
Et maintenant ?
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Gérard Manset | Revivre. Gérard Manset, paroles, musique, orchestration, chant ; Gérard Manset, Vick Anderson, claviers. Extrait de l’album Revivre / Gérard Manset (1991).
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#JeSuisCharlie #JeSuisAhmed #JeMangeCacher #JeNeSuisPasCharlie etc.
#JeSuisLaVieQuiContinue #MaisComment?
À écouter : une émission de radio de la BBC sur la scène musicale portugaise actuelle
Global beats — Lisbon (BBC World Service). Présentation Rodrigo Pinto (en anglais). 55 minutes.
(jusqu’au 23 janvier 2015).
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Avec : Carminho (A ponte, de son dernier album Canto), António Zambujo (une interprétation assez réussie, extrêmement zambujesque, de Foi Deus du répertoire d’Amália), la chanteuse Silva Tavares — saveur cap-verdienne —, le groupe Buraka Som Sistema — spécialiste du kuduro, genre d’origine angolaise plus ou moins comparable au zouk —, le groupe Real combo lisbonense (Ca Room Pa Pa, hommage à l’impétueuse Carmen Miranda), le musicien Bruno Pernadas (Pink poneys don’t fly on Jupiter), le remarquable guitariste Filho da mãe (Rui de Carvalho de son nom d’état civil) — le seul qui ne se laisse pas interviewer en anglais —, et enfin l’ineffable Lula Pena (un collage inédit, qu’elle interprète désormais en concert : Garcia Lorca, Atahualpa Yupanqui, Amália Rodrigues), point final idéal de cette intéressante émission.
Blaumut | Pa amb oli i sal
À vrai dire la sonorité de la langue catalane m’enchante, voyez. Il suffit de ces e prononcés sur tous les sons intermédiaires entre é et a ou des diphtongues identiques à celles du portugais (comme celle de veure). Et puis de phrases telles que celle-ci : « Els astronautes volen baix, els núvols passen com qui no diu res. » C’est à dire : Les astronautes volent bas, les nuages passent l’air de rien. Els núvols. Ils passent com qui no diu res : comme qui ne dit rien.
Paraît qu’elle découle de l’occitan, cette langue catalane.
Blaumut | Pa amb oli i sal. Xavi de la Iglesia, paroles et musique ; Xavi de la Iglesia & Oriol Aymat, arrangements ; Blaumut, groupe instrumental & vocal (Xavi de la Iglesia, chant, guitares, guitare basse ; Vassil Lambrinov, violon, « xerrac », sifflets & percussions ; Oriol Aymat, violoncelle, voix & sifflets ; Manel Pedrós, batterie & chœurs) ; Sergi Goubert, contrebasse.
Vidéo : Enric Recoder, réalisation. 2012. Bande son extraite de l’album El Turista (Picap, 2012).
Prudence : si on écoute cette chanson, son motif sifflé récurrent s’insinue en soi et s’y installe durablement.
- Internet : http://www.blaumut.com/
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| Fes una foto del terrat que des d’aquí es pot veure Mart. La roba estesa, el meu agost, un camp d’espigues i cargols. |
Prends une photo sur la terrasse Parce que d’ici on peut voir Mars. Le linge étendu, mon mois d’août, Un champ d’épis et d’escargots. |
| Esperarem que passi el fred i sota l’arbre parlarem de tot. Un bioritme elemental, un mar d’antenes i animals. |
On attendra que le froid passe, Et sous l’arbre on parlera de tout. Un biorythme élémentaire, Une mer d’antennes et d’animaux. |
| Els astronautes volen baix, els núvols passen com qui no diu res. Amb les butxaques a les mans caminarem els passos d’altres peus… |
Les astronautes volent bas, Les nuages passent l’air de rien. Les poches dans les mains Nous suivrons les pas d’autres pieds… |
| Esmorzarem pa amb oli i sal, ho vestirem amb unes copes de vi, deixant de banda la ciutat, la tarda és llarga i potser més, molt més, la nit. |
On déjeunera de pain à l’huile et au sel qu’on habillera de quelques verres de vin La ville on la laissera derrière nous La soirée est longue, et peut-être plus longue, bien plus longue, la nuit. |
| Un altre lloc, un altre temps, on parlarem amb altres déus. El meu secret subtitulat, camins d’arròs, camins de blat. |
Un autre lieu, un autre temps, Pour y parler avec d’autres dieux. Mon secret sous-titré, Chemins de riz, chemins de blé. |
| Esperarem que baixi el sol i sota l’arbre parlarem del temps. Un bioritme elemental, un tros de vida artificial. |
On attendra le coucher du soleil, Et sous l’arbre on parlera du temps. Un biorythme élémentaire, Un morceau de vie artificielle. |
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Xavi de la Iglesia. Pa amb oli i salt (2012).
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Xavi de la Iglesia. Du pain à l’huile et au sel, traduit de Pa amb oli i sal (2012), par L. & L. |
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Voilà.
Froide clarté de l’année qui commence
2015.
Quel millésime sera-ce ?
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Amália Rodrigues | Fria claridade. Pedro Homem de Mello, paroles ; José Marques do Amaral, musique ; Amália Rodrigues, chant.
RTP (Rádio e Televisão de Portugal), 1967.
No meio da claridade
Daquele tão triste dia
Grande, grande era a cidade
E ninguém me conheciaEntão passaram por mim
Dois olhos lindos, depois
Julguei sonhar, vendo enfim
Dois olhos, como há só doisEm todos os meus sentidos
Tive presságios de adeus*
E aqueles olhos tão lindos
Afastaram-se dos meusAcordei, a claridade
Fez-se maior e mais fria
Grande, grande era a cidade
E ninguém me conhecia
Pedro Homem de Mello (1904-1983). Fria claridade.
* Chanté : « presságios de Deus » (« présages de Dieu »).Au cœur de la clarté
De cette si triste journée
Grande grande était la ville
Et personne ne me connaissaitFugitivement se sont posés sur moi
Deux yeux profonds et beaux
J’ai cru les avoir rêvés
Ces yeux incomparablesJ’ai perçu de tout mon être
Les présages de l’adieu
Et ces yeux si beaux
Se sont éloignés des miensLe rêve passé, la clarté
S’est faite plus vive et plus froide
Grande grande était la ville
Et personne ne me connaissait
Pedro Homem de Mello (1904-1983). Froide clarté, traduit de Fria claridade par L. & L.
Bonne année !
L. & L.
Florence : Japonais et tout le tremblement.
Va neiger ? Paraît. Fait pas chaud en tout cas.

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Dès le point du jour, Florence est parcourue de cortèges de Japonais. Lorsqu’on en croise, il faut s’arrêter, attendre le passage du train.
Où qu’on aille ils nous devancent.
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À l’église San Miniato, nous sommes témoins d’un curieux phénomène : une femme en proie à un violent tremblement continu, extraordinairement intense et rapide. La voici une première fois :

Et la voici encore (les photos ont été prises en toute hâte, de peur de manquer le passage de l’agitée) :

On se perd en conjectures sur ce qui peut causer pareille conduite. Une transe excessive, suscitée par la messe qui vient de s’achever ? (L’officiant était il est vrai doté d’une remarquable voix de baryton.) Elle ne va tout de même pas nous faire le coup d’une apparition de la Vierge.
Ou alors, elle se sera tenu dans un courant d’air glacé durant tout l’office.
En tout cas elle s’en est allée, absolument mystérieuse ; l’énigme demeure.

Les environs sont calmes.

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Pitti



Calligraphie
André, tu es un homme de merde.
C’est écrit.

Sarzana (Ligurie, Italie), 26 décembre 2014
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Cathédrale de Sarzana (Ligurie, Italie), 26 décembre 2014


