À écouter : une émission de radio de la BBC sur la scène musicale portugaise actuelle
Global beats — Lisbon (BBC World Service). Présentation Rodrigo Pinto (en anglais). 55 minutes.
(jusqu’au 23 janvier 2015).
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Avec : Carminho (A ponte, de son dernier album Canto), António Zambujo (une interprétation assez réussie, extrêmement zambujesque, de Foi Deus du répertoire d’Amália), la chanteuse Silva Tavares — saveur cap-verdienne —, le groupe Buraka Som Sistema — spécialiste du kuduro, genre d’origine angolaise plus ou moins comparable au zouk —, le groupe Real combo lisbonense (Ca Room Pa Pa, hommage à l’impétueuse Carmen Miranda), le musicien Bruno Pernadas (Pink poneys don’t fly on Jupiter), le remarquable guitariste Filho da mãe (Rui de Carvalho de son nom d’état civil) — le seul qui ne se laisse pas interviewer en anglais —, et enfin l’ineffable Lula Pena (un collage inédit, qu’elle interprète désormais en concert : Garcia Lorca, Atahualpa Yupanqui, Amália Rodrigues), point final idéal de cette intéressante émission.
Blaumut | Pa amb oli i sal
À vrai dire la sonorité de la langue catalane m’enchante, voyez. Il suffit de ces e prononcés sur tous les sons intermédiaires entre é et a ou des diphtongues identiques à celles du portugais (comme celle de veure). Et puis de phrases telles que celle-ci : « Els astronautes volen baix, els núvols passen com qui no diu res. » C’est à dire : Les astronautes volent bas, les nuages passent l’air de rien. Els núvols. Ils passent com qui no diu res : comme qui ne dit rien.
Paraît qu’elle découle de l’occitan, cette langue catalane.
Blaumut | Pa amb oli i sal. Xavi de la Iglesia, paroles et musique ; Xavi de la Iglesia & Oriol Aymat, arrangements ; Blaumut, groupe instrumental & vocal (Xavi de la Iglesia, chant, guitares, guitare basse ; Vassil Lambrinov, violon, « xerrac », sifflets & percussions ; Oriol Aymat, violoncelle, voix & sifflets ; Manel Pedrós, batterie & chœurs) ; Sergi Goubert, contrebasse.
Vidéo : Enric Recoder, réalisation. 2012. Bande son extraite de l’album El Turista (Picap, 2012).
Prudence : si on écoute cette chanson, son motif sifflé récurrent s’insinue en soi et s’y installe durablement.
- Internet : http://www.blaumut.com/
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| Fes una foto del terrat que des d’aquí es pot veure Mart. La roba estesa, el meu agost, un camp d’espigues i cargols. |
Prends une photo sur la terrasse Parce que d’ici on peut voir Mars. Le linge étendu, mon mois d’août, Un champ d’épis et d’escargots. |
| Esperarem que passi el fred i sota l’arbre parlarem de tot. Un bioritme elemental, un mar d’antenes i animals. |
On attendra que le froid passe, Et sous l’arbre on parlera de tout. Un biorythme élémentaire, Une mer d’antennes et d’animaux. |
| Els astronautes volen baix, els núvols passen com qui no diu res. Amb les butxaques a les mans caminarem els passos d’altres peus… |
Les astronautes volent bas, Les nuages passent l’air de rien. Les poches dans les mains Nous suivrons les pas d’autres pieds… |
| Esmorzarem pa amb oli i sal, ho vestirem amb unes copes de vi, deixant de banda la ciutat, la tarda és llarga i potser més, molt més, la nit. |
On déjeunera de pain à l’huile et au sel qu’on habillera de quelques verres de vin La ville on la laissera derrière nous La soirée est longue, et peut-être plus longue, bien plus longue, la nuit. |
| Un altre lloc, un altre temps, on parlarem amb altres déus. El meu secret subtitulat, camins d’arròs, camins de blat. |
Un autre lieu, un autre temps, Pour y parler avec d’autres dieux. Mon secret sous-titré, Chemins de riz, chemins de blé. |
| Esperarem que baixi el sol i sota l’arbre parlarem del temps. Un bioritme elemental, un tros de vida artificial. |
On attendra le coucher du soleil, Et sous l’arbre on parlera du temps. Un biorythme élémentaire, Un morceau de vie artificielle. |
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Xavi de la Iglesia. Pa amb oli i salt (2012).
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Xavi de la Iglesia. Du pain à l’huile et au sel, traduit de Pa amb oli i sal (2012), par L. & L. |
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Voilà.
Froide clarté de l’année qui commence
2015.
Quel millésime sera-ce ?
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Amália Rodrigues | Fria claridade. Pedro Homem de Mello, paroles ; José Marques do Amaral, musique ; Amália Rodrigues, chant.
RTP (Rádio e Televisão de Portugal), 1967.
No meio da claridade
Daquele tão triste dia
Grande, grande era a cidade
E ninguém me conheciaEntão passaram por mim
Dois olhos lindos, depois
Julguei sonhar, vendo enfim
Dois olhos, como há só doisEm todos os meus sentidos
Tive presságios de adeus*
E aqueles olhos tão lindos
Afastaram-se dos meusAcordei, a claridade
Fez-se maior e mais fria
Grande, grande era a cidade
E ninguém me conhecia
Pedro Homem de Mello (1904-1983). Fria claridade.
* Chanté : « presságios de Deus » (« présages de Dieu »).Au cœur de la clarté
De cette si triste journée
Grande grande était la ville
Et personne ne me connaissaitFugitivement se sont posés sur moi
Deux yeux profonds et beaux
J’ai cru les avoir rêvés
Ces yeux incomparablesJ’ai perçu de tout mon être
Les présages de l’adieu
Et ces yeux si beaux
Se sont éloignés des miensLe rêve passé, la clarté
S’est faite plus vive et plus froide
Grande grande était la ville
Et personne ne me connaissait
Pedro Homem de Mello (1904-1983). Froide clarté, traduit de Fria claridade par L. & L.
Bonne année !
L. & L.
Florence : Japonais et tout le tremblement.
Va neiger ? Paraît. Fait pas chaud en tout cas.

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Dès le point du jour, Florence est parcourue de cortèges de Japonais. Lorsqu’on en croise, il faut s’arrêter, attendre le passage du train.
Où qu’on aille ils nous devancent.
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À l’église San Miniato, nous sommes témoins d’un curieux phénomène : une femme en proie à un violent tremblement continu, extraordinairement intense et rapide. La voici une première fois :

Et la voici encore (les photos ont été prises en toute hâte, de peur de manquer le passage de l’agitée) :

On se perd en conjectures sur ce qui peut causer pareille conduite. Une transe excessive, suscitée par la messe qui vient de s’achever ? (L’officiant était il est vrai doté d’une remarquable voix de baryton.) Elle ne va tout de même pas nous faire le coup d’une apparition de la Vierge.
Ou alors, elle se sera tenu dans un courant d’air glacé durant tout l’office.
En tout cas elle s’en est allée, absolument mystérieuse ; l’énigme demeure.

Les environs sont calmes.

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Pitti



Calligraphie
André, tu es un homme de merde.
C’est écrit.

Sarzana (Ligurie, Italie), 26 décembre 2014
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Cathédrale de Sarzana (Ligurie, Italie), 26 décembre 2014
Insolite

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Drôle de veille de Noël. L’air est comme illuminé de l’intérieur, comme si chacune de ses molécules réagissait chimiquement aux rayons du soleil qui la frappent. Les gens sont sur les terrasses, à déjeuner, à siroter des cafés ou des jus de fruits comme dans une saison intermédiaire. La ville ressemble à un samedi d’avril. Même lumière, même rumeur.
Un homme entre deux âges déambule, coiffé d’un chapeau melon. On n’a jamais vu ça. Un chapeau melon, un accessoire absolument révolu, condamné ; évocateur des Dupondt de Tintin autant que des plénipotentiaires du traité de Versailles — mais aucunement d’un quelconque lord anglais. Non, vraiment cet homme a quelque chose du gaffeur ordinaire, de l’oublieur de ce qu’il était allé faire en ville, du démanteleur de l’Autriche-Hongrie. De celui qui dit « mince alors » en se tapant le front du plat de la main une fois rentré chez lui.
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Mísia | Delikatessen café concerto (2013)
Heureusement, il y a Mísia. Sa voix n’est pas dépourvue d’imperfections, mais l’artiste dispose d’autres arguments qui font d’elle, avec Lula Pena bien sûr quoique dans un tout autre registre, le personnage le plus intéressant que le fado de l’après-Amália ait suscité. Personnalité singulière, excentrique, intelligente, et très sympathique.
- Écouter l’entretien entre Laure Adler et Mísia, émission Hors-champs, diffusée sur France Culture le 5 décembre 2014. Voir la présentation de cet entretien sur le site de France Culture.
Son album Delikatessen café concerto, publié en 2013 au Portugal, mais qui paraît cet automne en France, en atteste une fois de plus. Il s’agit d’une collection de chansons anciennes, ainsi présentée par la chanteuse dans le texte d’accompagnement :
Le répertoire de Delikatessen café concerto fonctionne comme un repas chaotique, où on savourera quelques-unes des chansons que j’adore depuis toujours. Il s’agit en majorité de musiques kitsch appartenant au répertoire de chanteurs ou de chanteuses disparus, souvent issues de l’univers du cinéma et relevant de cultures, d’époques et de genres divers.
Une forme d’hommage donc, non dépourvu d’ironie parfois, et marqué comme toujours par une intelligence de chacune des pièces qu’elle a retenues pour ce goûter à la fois pétillant et nostalgique. Treize chansons : cinq portugaises, cinq espagnoles, trois françaises (dont une à moitié argentine).
L’album est émaillé de contributions d’artistes invités, instrumentistes ou chanteurs. Ainsi du pétulant Cha cha cha em Lisboa (version originale : 1956), auquel participe le quintette de musique klezmer Melech Mechaya (violon, contrebasse, guitare, clarinette, percussions) et qui donne une idée du ton de l’album. Voici :
Mísia | Cha cha cha em Lisboa. Artur Ribeiro, paroles ; Ferrer Trindade, musique ; Mísia, chant ; Melech Mechaya, groupe instrumental et vocal ; Fabrizio Romano, direction musicale. Bande son extraite de l’album Delikatessen café concerto / Mísia, 2013. Enregistrement : juin 2013. 1ère publication : Portugal, Liberdades poéticas, 2013.
Vidéo : Frederico Corado, réalisation. Filmé à Lisbonne. 2013.
Amália Rodrigues, auquel le prochain album de la chanteuse sera entièrement consacré, est honorée aussi dans celui-ci, dès la première plage. Le Fado do ciúme (Fado de la jalousie) est une création de jeunesse d’Amália, qu’elle avait fini par détester à cause de ses paroles qu’elles jugeait ridicules.
Detesto o Fado do ciúme, com aquele « já estás perdoado / de tudo o que me chamaste ».
Amália Rodrigues (1920-1999), Vítor Pavão dos Santos. Amália, uma biografia (1986). Presença, 2005, ISBN 972-23-3468-9, page 76.Je déteste le Fado do ciúme, avec ce « tu es déjà pardonné / de tous ces noms dont tu m’as traitée ».
Amália Rodrigues (1920-1999), Vítor Pavão dos Santos. Amália, uma biografia (1986). Presença, 2005, ISBN 972-23-3468-9, page 137.
Par malheur ce fado lui était réclamé avec insistance à chacun de ses concerts au Brésil. Elle l’expédiait en une minute, se contentant des deux premières strophes, e basta. Mísia en fait une interprétation au second degré, dans un arrangement d’orchestre de café concert qui joue une sorte de tango mettant précisément en relief le pathétique désuet des paroles.
Autre hommage décalé au fado-chanson : Só nós dois (Il n’y a que nous deux), avec accompagnement dans le style du blues :
Mísia | Só nós dois. Joaquim Pimentel, paroles et musique ; Mísia, chant ; The legendary Tigerman, guitare électrique ; ensemble instrumental sous la direction de Fabrizio Romano. Bande son extraite de l’album Delikatessen café concerto / Mísia, 2013. Enregistrement : juin 2013. 1ère publication : Portugal, Liberdades poéticas, 2013.
À comparer avec l’interprétation originale de Tony de Matos (fadiste au style marqué par le bel canto), extraite du film A canção da saudade (1964) :
Tony de Matos (1924-1989) | Só nós dois. Joaquim Pimentel, paroles et musique ; Tony de Matos, chant ; accompagnement d’orchestre. Scène extraite du film A canção da saudade (1964), réalisation Henrique Campos.
Le plus surprenant est la présence, dans cet album marqué par le second degré, de la déchirante chanson Las nanas de la cebolla (Les berceuses de l’oignon), composée par Alberto Cortez sur les vers de Miguel Hernández (1910-1942) écrits en 1939 dans les prisons franquistes où il mourra de la tuberculose trois ans plus tard.
La « berceuse de l’oignon » est dédiée par le poète à son fils âgé de quelques mois et qu’il n’a jamais vu. Elle accompagnait une lettre adressée à sa femme, qui lui avait écrit qu’elle ne pouvait pour se nourrir se procurer que du pain et des oignons.
Dans sa version chantée, elle a été popularisée par Joan Manuel Serrat dans un album de 1972 consacré au poète.
Joan Manuel Serrat | Las nanas de la cebolla. Miguel Hernández, poème ; Alex Cortez, musique ; Joan Manuel Serrat, chant ; formation instrumentale. Récital au théâtre du Casino l’Aliança del Poblenou, Barcelone, 1974.
| […] En la cuna del hambre mi niño estaba. Con sangre de cebolla se amamantaba. […] |
[…] Dans le berceau de la faim Était mon enfant. Et c’est du sang d’oignon Qu’il prenait au sein de sa mère. […] |
| Tu risa me hace libre, me pone alas. Soledades me quita, cárcel me arranca. Boca que vuela, corazón que en tus labios relampaguea. |
Ton rire me rend libre Il me donne des ailes. Il fait fondre mes peines, Il arrache la prison de moi. Bouche qui vole, Cœur qui sur tes lèvres Étincelle. |
| Es tu risa la espada más victoriosa. Vencedor de las flores y las alondras. Rival del sol. Porvenir de mis huesos y de mi amor. […] |
Ton rire est le glaive Le plus victorieux. Vainqueur des fleurs Et des alouettes. Rival du soleil. Avenir de mes os Et de mon amour […] |
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Miguel Hernández (1910-1942). Las nanas de la cebolla (1939).
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Miguel Hernández (1910-1942). Berceuse de l’oignon, traduit de Las nanas de la cebolla (1939) par L. & L. |
L’album comprend trois duos vocaux, tous réussis, parce qu’ils fonctionnent sur la complémentarité et le contraste des voix : celle, tannique et parfois un peu dure, de Mísia d’une part ; et de l’autre celle, suave et brésilienne, d’Adriana Calcanhotto (Que será), ou celle, experte et ductile, du ténor mexicain Ramón Vargas (Contigo aprendí), se mettent mutuellement en valeur. Le plus savoureux de ces duos — du moins pour nous Français —, c’est La chanson d’Hélène, du film de Claude Sautet Les choses de la vie (1970), avec Mísia dans le rôle de Romy Schneider, et un inattendu (et convaincant) Iggy Pop dans celui de Michel Piccoli.
Mísia & Iggy Pop | La chanson d’Hélène, du film Les choses de la vie (1970, France), réalisation Claude Sautet. Jean-Loup Dabadie, paroles ; Philippe Sarde, musique ; Mísia, chant ; Iggy Pop, voix parlée ; Fabrizio Romano, direction musicale, piano. Bande son extraite de l’album Delikatessen café concerto / Mísia, 2013. Enregistrement : juin 2013. 1ère publication : Portugal, Liberdades poéticas, 2013.
Vidéo : Tiffany Meyer, réalisation ; Amir Hosseinpour, mise en scène et chorégraphie. Filmé à Paris. 2013 ou 2014.
Mísia est décidément très à l’aise dans ces chansons françaises des décennies de l’après-guerre. Sa voix leur convient, sa diction, que le léger accent portugais ne gêne en rien, est excellente, et elle connaît bien la langue et son fonctionnement. Elle a de surcroît assimilé le style de ces chansons, au point de pouvoir donner ici une interprétation personnelle et plausible des Mots d’amour, du répertoire d’Édith Piaf (qu’elle avait déjà chantée sur scène ; elle en avait d’ailleurs réalisé un enregistrement studio pour un CD bonus joint à l’album Paixões diagonais de 1999).
J’oublie, un texte de David McNeil sur Oblivion, une musique d’Astor Piazzolla (créé je pense par Milva et Piazzolla lui-même lors de leur récital commun aux Bouffes du Nord en 1984) ici sobrement accompagné au piano, est remarquable.
Il est juste regrettable que les chansons ne soient pas contextualisées dans le livret accompagnant l’album, et que leurs textes soient livrés sans traduction. Paresse de l’éditeur.
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Mísia
Delikatessen café concerto (2013)
Delikatessen café concerto / Mísia, chant ; Fabrizio Romano, direction musicale et piano. — Production : Portugal : Liberdades poéticas, ℗2013.
Avec la participation de : Melech Mechaya, ensemble instrumental et vocal ; Adriana Calcanhotto, chant ; Ramón Vargas, chant ; Iggy Pop, voix ; Dead Combo, ensemble instrumental ; Geoffey Burton, guitare électrique ; Pedro Santos, accordéon ; Luís Cunha, violon ; Daniel Pinto, guitare de fado ; Sandro Costa, guitare portugaise ; The Legendary Tigerman, guitare électrique. Enregistré en 2013.
CD : Verycords, 2013. — EAN 3760220460752.
Internet : Mísia – site officiel
La voix de la gare
Elle dit : L’intercités numéro 4567, en provenance de Marseille-Saint-Charles et à destination de Bordeaux-Saint-Jean, départ initialement prévu à 18h57, est annoncé voie D. Il dessert Toulouse-Matabiau. Il est sans arrêt jusqu’à Toulouse-Matabiau.
La voix qui dit cela est ronde et chantante, agréablement rythmée, très musicale, pleine d’une joie à peine contenue. Elle annonce cet événement qui est en instance de se produire comme la promesse d’un délice, d’un bonheur imminent.
Puis elle poursuit gravement, sur un ton de confidence : Il est rappelé aux personnes accompagnant les voyageurs de ne pas monter à bord du train.
La voix a changé. Il y a une alerte en elle, de la solennité. On pressent tout à coup qu’il suffirait d’un rien, d’une inadvertance — ne serait-ce que le pied d’une personne accompagnant un voyageur posé sur le marchepied d’une voiture de ce train qui vient — pour que le malheur fonde sur quiconque s’autoriserait, fût-ce par mégarde, à transgresser une consigne pourtant clairement énoncée, et qui sait sur le train lui-même, sur la gare, sur la ville.


