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Au subjonctif la vie serait plus belle

28 mars 2015

Pourquoi avons-nous cessé d’employer l’imparfait du subjonctif ? Quelle perte ! Quel reniement de soi-même ! Il n’y a pas à s’étonner dès lors que la boue la plus infecte s’amoncelle dans les urnes les dimanches.

Les Portugais, qui ont inventé et qui pratiquent la langue la plus touristique du monde, ne se sont jamais laissés aller à pareille simplification. Qu’ils soient techniciens de surface, trapézistes, pompiers, aventurières ou ministres de la culture, ils manient l’imparfait du subjonctif avec un grand naturel, même dans les circonstances les plus ordinaires. « Tu aimerais que je chantasse sur un autre ton, que je te peignisse le monde d’une autre couleur, que je déposasse à tes pieds un monde bon, et que je te jurasse un éternel amour », soit en v.o. : « Preferias que cantasse noutro tom, que te pintasse o mundo de outra cor, que te pusesse aos pés um mundo bom, que te jurasse amor, o eterno amor », c’est ainsi qu’on s’exprime au Portugal.

La preuve :

Rádio Macau | Cantiga d’amor. Pedro Malaquias, paroles ; Flak (João Pires de Campos), musique ; Rádio Macau, groupe instrumental et vocal.
Vidéo : José Nascimento, réalisateur. Bande son extraite de l’album 8 [Oito] (2008).

On dit :

« Tu voudrais que je dérobasse à la Grande Ourse son éclat pour en illuminer tes yeux, que je te berçasse amoureusement dans les vagues, et que je t’emmenasse danser sur la lune. », soit en v.o. :

« Querias que roubasse ao sete estrelo à luz que te iluminasse o olhar, embalar-te nas ondas com desvelo, levar-te até à lua para dançar »

Quel chic ! Sans rien dire de l’admirable subjonctif futur, une subtilité qui nous est inaccessible à jamais. Nous en sommes réduits à le rendre en français par un imparfait de l’indicatif des plus frustes : « Se quiseres », « Si tu voulais », voire par un présent : « Se preferires », « Si tu préfères », ou par des périphrases pesantes : « O que disseres » : « Ce que tu pourrais dire » (ce que tu diras peut-être).

« Que a lua está longe e mesmo assim, dançar podemos sempre se quiseres. Ou então se preferires fica aí, que ninguém há-de saber o que disseres. »

Voilà une langue économique (autant qu’elle est musicale).

« Mais elle est loin la lune et quand bien même, on peut toujours danser si tu en as envie. Ou alors si tu préfères reste là : il est vrai que nul n’a à savoir ce que tu dis. »

Quel prosaïsme !

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Rádio Macau
8 [Oito] (2008)

Rádio Macau. 8 [Oito]. iPlay, 20088 [Oito] / Rádio Macau, groupe instrumental et vocal. — Production : Portugal : iPlay Som e Imagem, ℗2008.
Enregistré à Lisbonne, Estúdios do Olival.

1 CD + 1 DVD : iPlay, 2008. — EAN 5604931124320.

Amor sem casa | Karina Beorlegui, Amália Rodrigues

26 mars 2015

Une curiosité.

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Karina Beorlegui y Los Primos Gabino | Amor sem casa. Teresa Rita Lopes, poème ; Alain Oulman, musique ; Karina Beorlegui, chant ; Los primos Gabino (Nacho Cabello, Juan Pablo Esmok Lew y Esteban Ruiz), guitares. Captation : concert « Tango & Fado » au café El Faro, Villa Urquiza, Buenos Aires (Argentine), 15 février 2013.

Est-ce la perspective d’interpréter un fado du répertoire d’Amália, — une grande dame du fado comme elle l’était, une très grande dame —, qui l’a conduite, elle, une jeune Argentine au nom basque comme nombre de ses compatriotes, à faire placer le micro très haut, ce qui l’oblige à l’effort permanent, lorsqu’elle chante, de se hisser sur les mollets pour l’atteindre et à déployer ses bras comme pour s’y agripper ? (Ou est-ce que l’articulation du pied de ce micro est bloquée ?)

C’est un choix étonnant que cet Amor sem casa, composé par Alain Oulman, enregistré à deux reprises (1967 et 1968) par Amália Rodrigues et resté chaque fois inédit. Le premier de ces enregistrements n’a été révélé qu’en 1997 (soit deux ans avant la mort de la fadiste) sur l’album Segredo constitué de splendides « fonds de tiroir » des années 60 et 70, l’autre à l’occasion de la réédition, en 2010, de l’album Com que voz de 1970 accompagné d’un CD d’inédits. Le texte est de Teresa Rita Lopes, poète et chercheuse en littérature portugaise réfugiée en France en 1963 pour cause d’incompatibilité d’humeur avec le régime salazariste. Elle a soutenu à Paris une thèse sur Fernando Pessoa dont elle est spécialiste, avant de rentrer au Portugal en 1976. Le poème sur lequel est composé le fado Amor sem casa constitue la première partie d’un triptyque intitulé O amor sem rosto (L’amour sans visage).

Quant à Karina Beorlegui, qui est chanteuse, actrice et danseuse, née à Buenos Aires en 1970, elle semble fascinée par le fado tout autant que par le tango. Ses concerts, de même que ses enregistrements, mêlent les deux genres. Elle a d’ailleurs fondé dans sa ville natale un cycle de concerts dénommé Fado-Tango Club qui a connu sa 6e édition en 2014 : Buenos Aires n’est-elle pas, comme Lisbonne, posée au bord d’un estuaire ? Avec un peu d’imagination on pourra trouver dans son style de chant (sinon dans son accent) une évocation de la manière de Mísia, qui s’est d’ailleurs quant à elle intéressée au tango. La guitare portugaise est d’une grande étrangeté.

Amália Rodrigues | Amor sem casa. Teresa Rita Lopes, poème ; Alain Oulman, musique ; Amália Rodrigues, chant ; Raúl Nery & José Fontes Rocha, guitares portugaises ; Júlio Gomes, guitare classique ; Joel Pina, basse acoustique. Bande son extraite de l’album Segredo (1997). Enregistrement : 1967.

O amor sem rosto
o amor sem casa
pássaro pequeno
de asa tão leve
L’amour sans visage
l’amour sans maison
petit oiseau
aux ailes légères
de asa tão leve
pra onde me levas
o amor sem casa
o amor sem tréguas
aux ailes légères
où m’emmènes-tu
l’amour sans maison
l’amour sans trêve
o amor sem tréguas
o amor sem guerras
asa sem destino
pra onde me levas
l’amour sans trêve
l’amour sans guerre
aile qui vole sans but
où m’emmènes-tu
pra onde me levas
deixai-me levar*
[deixai-me ficar]**
não quero amanhã
hora de chegar
où m’emmènes-tu
je voudrais me laisser porter*
[je voudrais rester]**
et qu’il n’y ait demain
ni heure d’arrivée
hora de chegar
a lugar nenhum
deixai-me ficar
deixai-me partir
*
ni heure d’arrivée
ni lieu d’arrivée
je voudrais rester
je voudrais partir
*
deixai-me partir
não sei por que estou
não sei por que vim
não sei por que vou
*
je voudrais partir
je ne sais ni pour quoi je suis là
ni pour quoi je suis venue
ni pour quoi je m’en vais
*
[não sou de ninguém
deixai-me ficar
deixai-me ficar
não sei porque vim]**
[je ne suis à personne
je voudrais rester
je voudrais rester
je ne sais pourquoi je suis venue]**
[Deixai-me partir
não sei porque vou]**
[je voudrais partir
je ne sais pourquoi je m’en vais]**
não sei por que vou
que vento me leva
o amor sem rosto
o amor sem tréguas
je ne sais pour quoi je m’en vais
quel vent m’emmène
l’amour sans visage
l’amour sans trêve
não sei onde vou
que sopro me arrasta
o amor sem rosto
o amor sem casa
je ne sais où je vais
quel souffle m’emporte
l’amour sans visage
l’amour sans maison
Teresa Rita Lopes (née en 1937). O amor sem rosto, I. Publié dans le recueil : Os dedos os dias as palavras (1987). Teresa Rita Lopes (née en 1937). L’amour sans visage, I,
traduit de O amor sem rosto, I par L. & L.
–

* Parties du poème non reprises dans le fado
** Parties de texte propres au fado

— Je vous mets une poche ?

14 mars 2015
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Toulouse (France), 14 mars 2015

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— Vu le temps qu’il fait, je ne dis pas non. Merci.

— Avec plaisir.

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Toulouse (France), 14 mars 2015

À cause des garçons

8 mars 2015

Montpellier (France), 7 mars 2015

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Léon Torpusse tient les branches de la haie pour que Catherine Legrand puisse passer. Catherine Legrand s’engage dans le trou de la haie et reçoit dans la figure sur les jambes sur les cuisses les épines des prunelliers et des ronciers que Léon Torpusse lâche au moment où elle passe. Catherine Legrand a des balafres sur la figure sur les jambes sur les cuisses. Léon Torpusse est assis sur les talons. Léon Torpusse rit tout fort en tapant par terre avec les poings. Pierre Doumieux est debout derrière lui. Il ne rit pas. Catherine Legrand se précipite vers Léon Torpusse qui fait un bond et se met à courir. Catherine Legrand court derrière Léon Torpusse. Pierre Doumieux court derrière Catherine Legrand. Léon Torpusse attrape en courant la branche basse d’un arbre, on voit que son corps balance d’avant en arrière à cause de l’élan. Catherine Legrand lui tape sur les cuisses sur les jambes. Léon Torpusse essaie de se hisser sur l’arbre en projetant les jambes. Catherine Legrand lui attrape un pied, puis un mollet et tire de toutes ses forces jusqu’à ce que Léon Torpusse lâche la branche et tombe sur le dos. Alors Catherine Legrand lui saute sur le ventre sur les cuisses lui frappe la figure.
Monique Wittig (1935-2003). L’Opoponax (1964). Éd. de Minuit, impr. 1964, pages 272-273.

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Montpellier (France), 7 mars 2015

Éveil

15 février 2015

Quel était ce rêve ?
Je ne le sais pas.
Fernando Pessoa (1888-1935). Extrait de : Trois chansons mortes, II (1923).

Cette chose-là s’est produite dans la semaine qui vient de s’écouler, je ne sais plus quel matin exactement, celui du 11 ou du 12 février 2015 probablement. Je me suis éveillé à une heure inhabituelle, dérangé par le rêve que voici : j’étais engagé dans une conversation courtoise avec une personne, une femme… Si je me rappelle bien les faits, j’étais l’un des orateurs invités lors d’une journée d’étude organisée dans l’établissement qu’elle dirigeait, et elle m’accueillait comme on le fait dans ces cas-là. Parfois on ne le fait pas d’ailleurs, mais dans le cas de ce rêve il y avait au contraire à mon endroit, de la part de cette femme, cette attention discrètement chaleureuse et pleine de tact qui détend les intervenants stressés. Cette femme était Marine Le Pen.

C’est peu dire que j’étais interloqué. Émergeant du sommeil en même temps qu’interrompant ce rêve importun que j’avais produit, moi et personne d’autre, j’étais à la fois sonné et médusé.

Le scénario du rêve ne m’a pas surpris : j’avais participé quelques jours plus tôt, extrêmement stressé, à une journée d’étude dont in petto je désapprouvais le principe. C’était à Paris. Je ne suis jamais parvenu à maîtriser ce mauvais trac que j’avais en arrivant sur les lieux de l’épreuve. Car chacun sait que le trac, qui est toujours douloureux pour ceux qui y sont sujets, peut avoir des effets très divers selon les situations. Ce fut effectivement un fiasco.

Or j’avais été invité quelques mois auparavant, en novembre, à participer à deux journées d’étude consécutives, l’une à Genève, l’autre à Lausanne, et l’accueil des collègues suisses – deux femmes – avait été remarquable. Tout s’était parfaitement déroulé, et j’en étais revenu enchanté.

Il y a donc en moi quelque chose — ou quelqu’un — de retors qui s’est attaché à substituer, fût-ce en rêve, Marine Le Pen à ces irréprochables collègues suisses, dans une forme de contrepoint grotesque à la lamentable journée parisienne. Un ennemi intérieur.

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Toulouse (France). Cathédrale Saint-Étienne. Atlante de la chaire à prêcher

Antonio Castrignanò | Fomenta

31 janvier 2015

Un António — surtout un qui a grossi — ne doit pas en cacher un autre. Antonio Castrignanò (avec ce singulier accent tonique sur le dernier o de son nom) est natif de Galatina, une ville des environs de Lecce dans le Salento, cette presqu’île située à l’extrémité des Pouilles et qui pointe vers la Grèce. Chanteur et joueur de tamburo, auteur compositeur, son art se fonde sur la musique traditionnelle de son pays : tarantelle, pizzica etc. Il compte à son actif deux albums en solo (Mara la fatìa, 2010, et Fomenta, 2013), outre des participations à des projets collectifs.

Il se produit dans une semaine à Paris, dans le cadre du festival Au fil des voix (Alhambra, samedi 7 février 2015).

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Antonio Castrignanò | Fomenta. Antonio Castrignanò, paroles & musique, chant, tambourin ; Gianluca Longo, mandoline ; Rocco Nigro, accordéon, synthétiseur ; Giovanni Emanuele Gelao, flûte et bouzouki ; Andrea Doremi, tuba.
Bande son extraite de l’album Fomenta, Ilenu de Taranta / Antonio Castrignanò, Italie, Ponderosa, 2013.
Vidéo : Emanuele Crialese, réalisation. Production : Ponderosa Music & Art.

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Antonio Castrignanò
Fomenta, ilenu de taranta (2013)

Antonio Castrignanò. Fomenta, ilenu de taranta. Ponderosa, 2013Fomenta : ilenu de taranta / Antonio Castrignanò, paroles & musique, chant, tambureddhu, mandoloncello, synthétiseur ; Gianluca Longo, mandoline ; Giuseppe Spedicato, basse électrique et acoustique ; Rocco Nigro, accordéon, synthétiseur ; Giulio Bianco, cornemuse, ciaramella et flûte ; Andrea Doremi, tuba ; Mert Elmas, darbouka et tapan ; Mercan Dede, Alberto Fabris, synthétiseur ; Cafer Nazlibas, kemane ; Ninfa Giannuzzi, voix. — Production : Italie : Ponderosa, ℗2013.

CD : Ponderosa, 2013. — Ponderosa CD 123. EAN 8030482001457.

António Zambujo | Rua da Emenda (2014)

30 janvier 2015

C’est dans la rua da emenda, l’une des rues du quartier du Chiado à Lisbonne, que se trouve le studio où António Zambujo répète avec ses collègues. Il n’a, de son propre aveu, aucune imagination pour les titres de ses albums : celui de cette sixième livraison, paraissant deux ans et demi après Quinto (« Cinquième »), confirme la règle. Du moins intrigue-t-il si on ne dispose pas de ce renseignement, car emenda est un nom commun, qui évoque l’amendement, la réparation, la rectification. Qu’y aurait-il eu à corriger ? Rien justement. Tout allait bien jusqu’ici, son petit bonhomme de chemin comme on dit.

Et tout va toujours bien, tranquillement, sur ce même petit chemin, sans virages ni escarpements, un chemin de plaine, sans péril aucun, sur lequel il fait si bon musarder que peu de distance semble y avoir été parcourue depuis Guia — le quatrième album, celui de 2010, par lequel Zambujo et sa bande s’y sont engagés. Cette « bande », outre le chanteur lui-même, qui est aussi guitariste et compositeur de quelques-uns (très peu) de ses titres, c’est d’abord Ricardo Cruz, directeur musical et contrebassiste, fidèle au poste depuis 2004 (le magnifique album Por meu cante, le meilleur à ce jour), puis Bernardo Couto à la guitare portugaise, Jon Luz au cavaquinho et à divers autres instruments à cordes, José Miguel Conde à la clarinette. À ce noyau s’adjoignent d’autres musiciens au gré des besoins, parfois pour un morceau seulement (un exemple en est l’heureux emploi de l’harmonie des employés de la Carris — la régie des transports en commun de Lisbonne — dans O pica do 7).

António Zambujo | O pica do 7. Miguel Araújo, paroles & musique ; António Zambujo, chant ; Miguel Araújo, guitare ; Ricardo Cruz, basse portugaise ; João Salcedo, accordéon ; Mário Costa, batterie ; Banda de música dos empregados da Carris, Carlos da Silva Ribeiro, dir. ; João Moreira, arrangements.
Bande son extraite de l’album Rua da Emenda / António Zambujo, Portugal, 2014.
Vidéo : Filipe Cunha Monteiro, réalisation ; Sons em trânsito, production exécutive. Filmé à Lisbonne en 2014.

De même, Zambujo reste fidèle à une poignée d’auteurs et de compositeurs (João Monge, Maria do Rosário Pedreira, José Eduardo Agualusa, Miguel Araújo, Pedro da Silva Martins, Rodrigo Maranhão, Ricardo Cruz,…) qui s’enrichit de nouvelles collaborations au fil des albums (par exemple dans Rua da emenda : Samuel Úria, né en 1979, talentueux représentant de la scène portugaise de « musiques actuelles », pour une Valsa do vai não vas [Valse du vas-y vas-y pas] faite sur mesure pour Zambujo, avec une dose de colorant E9630 « saveur brésilienne » et une goutte de valium, ou José Fialho Gouveia, journaliste de télévision, auteur du joli poème Viver de ouvido [Vivre à l’oreille], mis en musique par une certaine Alice Sepúlveda, et incongrûment enregistré artisanalement par le chanteur chez lui, sur son téléphone portable).

Aldina Duarte semble désormais sortie du cercle, de même que le fado, qui pour ainsi dire n’est plus là même si certaines des chansons de l’album en portent des réminiscences. Il faut en effet parler de chansons, plus ou moins réussies. Musicalement, encore une fois, cet album est dans la continuité des précédents.

Quant aux textes, ils parlent généralement d’histoires de mecs qui ont des problèmes avec leur(s) femme(s), des banalités du genre qui se raconte entre collègues à la machine à café. Dans le meilleur des cas (celui de João Monge, auteur de trois des textes de l’album, et qu’on a connu vraiment mieux inspiré), ça m’évoque du Jean-Loup Dabadie, l’ambiance des films de Claude Sautet, les histoires d’ « hommes », Yves Montand et compagnie. Il doit y avoir un public pour ça. Du moins João Monge, qui a de l’expérience, a-t-il acquis un solide savoir-faire de parolier. Il sait manier la langue portugaise (voir par exemple la chute assez bien trouvée de Flintstones, qu’il aurait fallu traduire en français par Pierrafeu puisqu’il s’agit bien d’une allusion à la série télévisée américaine qui passait autrefois).

Il y a tout de même de jolies choses, qui sortent de ce ton-là : la Canção de Brazzaville, de l’angolais José Eduardo Agualusa (mise en musique par Ricardo Cruz d’une manière très semblable, jusque dans l’instrumentation, à ce qu’il avait fait dans le précédent album pour Milagrário pessoal, du même auteur), Viver de ouvido déjà cité, O pica do 7 du malicieux Miguel Araújo, évoqué dans un précédent billet, et la Valsa lisérgica de Rodrigo Maranhão et Pedro Luís, pour moi la plus réussie des 15 chansons de l’album.

À signaler aussi l’exquise Chanson de Prévert, dans laquelle se manifestent cette intelligence et ce brio d’écriture si propres à Gainsbourg. On se demande ce qui a pu conduire à retenir, pour le répertoire d’un chanteur portugais du XXIe siècle, une chanson à ce point idiomatique, ancrée dans les heureuses et créatives « trente glorieuses » françaises, et dont la compréhension requiert non seulement d’y reconnaître l’évocation des Feuilles mortes — la chanson de Prévert et Kosma —, mais aussi d’en connaître les paroles, ou du moins leur teneur. On s’arrête donc sur l’hypothèse d’un choix guidé par des considérations plus ou moins commerciales (qui a pu s’exercer également en faveur de la Zamba del olvido de l’Uruguayen Jorge Drexler, dont on ne voit pas bien ce qu’elle fait là). Cela dit la Chanson est joliment interprétée, pleine des r grasseyés zambujiens (qui sont peut-être un trait particulier de la prononciation des Portugais de l’Alentejo, je l’ignore) et forte d’un accompagnement instrumental où domine la délicieuse guitare portugaise de José Manuel Neto.

Vocalement, rien à dire : ça va toujours, en dépit de quelques aigus un peu stridents. Instrumentistes impeccables. Bref, du travail bien fait. Mais sans étincelle, sans cette électricité qui foudroie et qui emporte. Or c’est ce qu’on voudrait pour soi : être foudroyé, emporté.

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António Zambujo
Rua da Emenda (2014)

António Zambujo | Rua da Emenda (2014)Rua da Emenda / António Zambujo, chant, guitare ; Bernardo Couto, guitare portugaise ; Jon Luz, cavaquinho, guitare ; Carlos Manuel Proença, guitare ; Ricardo Cruz, basse portugaise, contrebasse ; João Moreira, trompette ; José Miguel Conde, clarinette, clarinette basse ; Ricardo Cruz, direction musicale. — Production : Portugal : FeeFiFooFado, ℗2014.
Avec la participation de : José Manuel Neto, guitare portugaise ; Miguel Araújo, guitare ; Pedro da Silva Martins, guitare ; Luís da Silva Martins, guitare ; João Salcedo, accordéon ; Mário Costa, batterie ; Banda de música dos empregados da Carris, Carlos da Silva Ribeiro, dir.. Enregistré en 2014.

CD : World Village France, 2015. — World Village France WVF 479106. EAN 3149026011120.

Τζένη Καρέζη (Jenny Karézi) | Μην τον ρωτάς τον ουρανό [Min ton rotás ton ouranó]

26 janvier 2015

En l’honneur de la Grèce.

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Τζένη Καρέζη [Tzéni Karézi (Jenny Karézi, 1932-1992). Μην τον ρωτάς τον ουρανό [Min ton rotás ton ouranó] / Γιάννης Ιωαννίδης [Giánnis Ioannídis], paroles ; Μάνος Χατζιδάκις [Mános Hatzidákis], musique ; Τζένη Καρέζη [Tzéni Karézi (Jenny Karézi)], actrice.
Extrait du film Το νησί των γενναίων [To nisí ton gennaíon] (L’île des braves), réalisé par Ντίμης (Δημήτρης) Δαδήρας [Ntímis (Dimítris) Dadíras] (1924-1982), sorti en 1959.

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Λόγο στο λόγο και ξεχαστήκαμε
μας πήρε ο πόνος και νυχτωθήκαμε
σβήσε το δάκρυ με το μαντίλι σου
να πιω τον ήλιο μέσα απ’ τα χείλη σου

À force de parler nous n’avons pas vu le temps passer
En proie à la douleur nous avons laissé la nuit nous surprendre
Prends ton mouchoir et sèche tes larmes,
Que je puisse enfin boire le soleil à tes lèvres.

Μην τον ρωτάς τον ουρανό
το σύννεφο και το φεγγάρι
το βλέμμα σου το σκοτεινό
κάτι απ’ τη νύχτα έχει πάρει

N’interroge pas le ciel,
Le nuage, la lune.
Ton regard sombre
A dérobé quelque chose à la nuit.

Ό,τι μας βρήκε κι ό,τι μας λύπησε
σαν το μαχαίρι κρυφά μας χτύπησε
σβήσε το δάκρυ με το μαντίλι σου
να πιω τον ήλιο μέσα απ’ τα χείλη σου

Ce qui nous est arrivé, et nous a rendus tristes
Nous a frappés comme un couteau dans le dos
Prends ton mouchoir et sèche tes larmes,
Que je puisse enfin boire le soleil à tes lèvres.

Γιάννης Ιωαννίδης [Giánnis Ioannídis]. Μην τον ρωτάς τον ουρανό [Min ton rotás ton ouranó] (1959?). Source : www.stixoi.info
Γιάννης Ιωαννίδης [Giánnis Ioannídis]. N’interroge pas le ciel, traduit de Μην τον ρωτάς τον ουρανό [Min ton rotás ton ouranó] (1959?) par L. & L., à partir de la traduction anglaise de : www.stixoi.info

Si cette pénombre

25 janvier 2015

Montpellier (France), 24 janvier 2015

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Ils étaient restés ainsi, les yeux fermés, longtemps, épouvantés.

[…]

Et puis elle lui avait demandé si cette pénombre c’était le jour qui venait. Il lui avait dit que c’était sans doute le jour mais qu’à cette époque de l’année il était si lent à venir qu’on ne pouvait pas en être sûr.

Elle lui demande si c’est la dernière nuit.
Il dit que oui, que c’est possible que ce soit la dernière, il ne sait pas. Il lui rappelle qu’il ne sait jamais rien.

Il va sur la terrasse. Le jour est très sombre.
Il reste là, il regarde, il pleure.
Marguerite Duras (1914-1996). Les yeux bleus cheveux noirs (1986). Dans : Marguerite Duras, Œuvres complètes, IV, Gallimard, 2014. (Bibliothèque de la Pléiade), ISBN 978-2-07-012230-1, page 284.

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Menton (Alpes-Maritimes, France), 26 décembre 2014

Mayte Martín est à Nîmes le 20 janvier, et à Foix le 6 février

19 janvier 2015

http://vimeo.com/77789821

Mayte Martín | Los campanilleros. paroles et musique traditionnelles ; Mayte Martín, chant ; Juan Ramón Caro & José Luís Montó, guitare ; Chico Fargas, percussion. Captation : La Casa Murada, Banyeres del Penedès (Catalogne), septembre 2013.
Vidéo : Macià Florit, Raimon Fransoy, Julián Kancepolski & Xavier Puig, image ; Jordi C. Corchs, son et mixage. Production Elsabeth Produccions, 2014.

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Mayte Martín sera demain 20 janvier 2015 au Festival de flamenco de Nîmes, et le 6 février sur la Scène nationale de Foix, pour un récital intitulé Por los muertos del cante, hommage à ses morts à elle, à savoir les figures du chant qui peuplent son panthéon personnel. On y trouve bien entendu des artistes qui se sont illustrés dans l’art du flamenco (Enrique Morente, la Niña de los Peines et d’autres), mais aussi le grand Atahualpa Yupanqui.

Los campanilleros est un villancico — un chant de Noël, donc — dont la Niña de la Puebla (1908-1999) a donné une très célèbre version flamenco, qu’elle a chantée en public tout au long de sa vie. La voici dix-huit mois avant sa mort, la voix encore vaillante et juste, à Grenade. Elle est au nombre des muertos del cante de Mayte Martín.

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La Niña de la Puebla (1908-1999) | Los campanilleros. paroles et musique traditionnelles ; La Niña de la Puebla, chant ; El Niño de Pura, guitare.
Captation : Misa del Gallo [messe de minuit], 24 décembre 1997, Convento de San Jerónimo, Grenade (Andalousie, Espagne). Espagne, Canal Sur Televisión, 1997.