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Mísia | Delikatessen café concerto (2013)

20 décembre 2014

Heureusement, il y a Mísia. Sa voix n’est pas dépourvue d’imperfections, mais l’artiste dispose d’autres arguments qui font d’elle, avec Lula Pena bien sûr quoique dans un tout autre registre, le personnage le plus intéressant que le fado de l’après-Amália ait suscité. Personnalité singulière, excentrique, intelligente, et très sympathique.

Son album Delikatessen café concerto, publié en 2013 au Portugal, mais qui paraît cet automne en France, en atteste une fois de plus. Il s’agit d’une collection de chansons anciennes, ainsi présentée par la chanteuse dans le texte d’accompagnement :

Le répertoire de Delikatessen café concerto fonctionne comme un repas chaotique, où on savourera quelques-unes des chansons que j’adore depuis toujours. Il s’agit en majorité de musiques kitsch appartenant au répertoire de chanteurs ou de chanteuses disparus, souvent issues de l’univers du cinéma et relevant de cultures, d’époques et de genres divers.

Une forme d’hommage donc, non dépourvu d’ironie parfois, et marqué comme toujours par une intelligence de chacune des pièces qu’elle a retenues pour ce goûter à la fois pétillant et nostalgique. Treize chansons : cinq portugaises, cinq espagnoles, trois françaises (dont une à moitié argentine).

L’album est émaillé de contributions d’artistes invités, instrumentistes ou chanteurs. Ainsi du pétulant Cha cha cha em Lisboa (version originale : 1956), auquel participe le quintette de musique klezmer Melech Mechaya (violon, contrebasse, guitare, clarinette, percussions) et qui donne une idée du ton de l’album. Voici :

Mísia | Cha cha cha em Lisboa. Artur Ribeiro, paroles ; Ferrer Trindade, musique ; Mísia, chant ; Melech Mechaya, groupe instrumental et vocal ; Fabrizio Romano, direction musicale. Bande son extraite de l’album Delikatessen café concerto / Mísia, 2013. Enregistrement : juin 2013. 1ère publication : Portugal, Liberdades poéticas, 2013.
Vidéo : Frederico Corado, réalisation. Filmé à Lisbonne. 2013.

Amália Rodrigues, auquel le prochain album de la chanteuse sera entièrement consacré, est honorée aussi dans celui-ci, dès la première plage. Le Fado do ciúme (Fado de la jalousie) est une création de jeunesse d’Amália, qu’elle avait fini par détester à cause de ses paroles qu’elles jugeait ridicules.

Detesto o Fado do ciúme, com aquele « já estás perdoado / de tudo o que me chamaste ».
Amália Rodrigues (1920-1999), Vítor Pavão dos Santos. Amália, uma biografia (1986). Presença, 2005, ISBN 972-23-3468-9, page 76.

Je déteste le Fado do ciúme, avec ce « tu es déjà pardonné / de tous ces noms dont tu m’as traitée ».
Amália Rodrigues (1920-1999), Vítor Pavão dos Santos. Amália, uma biografia (1986). Presença, 2005, ISBN 972-23-3468-9, page 137.

Par malheur ce fado lui était réclamé avec insistance à chacun de ses concerts au Brésil. Elle l’expédiait en une minute, se contentant des deux premières strophes, e basta. Mísia en fait une interprétation au second degré, dans un arrangement d’orchestre de café concert qui joue une sorte de tango mettant précisément en relief le pathétique désuet des paroles.

Autre hommage décalé au fado-chanson : Só nós dois (Il n’y a que nous deux), avec accompagnement dans le style du blues :

Mísia | Só nós dois. Joaquim Pimentel, paroles et musique ; Mísia, chant ; The legendary Tigerman, guitare électrique ; ensemble instrumental sous la direction de Fabrizio Romano. Bande son extraite de l’album Delikatessen café concerto / Mísia, 2013. Enregistrement : juin 2013. 1ère publication : Portugal, Liberdades poéticas, 2013.

À comparer avec l’interprétation originale de Tony de Matos (fadiste au style marqué par le bel canto), extraite du film A canção da saudade (1964) :

Tony de Matos (1924-1989) | Só nós dois. Joaquim Pimentel, paroles et musique ; Tony de Matos, chant ; accompagnement d’orchestre. Scène extraite du film A canção da saudade (1964), réalisation Henrique Campos.

Le plus surprenant est la présence, dans cet album marqué par le second degré, de la déchirante chanson Las nanas de la cebolla (Les berceuses de l’oignon), composée par Alberto Cortez sur les vers de Miguel Hernández (1910-1942) écrits en 1939 dans les prisons franquistes où il mourra de la tuberculose trois ans plus tard.

La « berceuse de l’oignon » est dédiée par le poète à son fils âgé de quelques mois et qu’il n’a jamais vu. Elle accompagnait une lettre adressée à sa femme, qui lui avait écrit qu’elle ne pouvait pour se nourrir se procurer que du pain et des oignons.

Dans sa version chantée, elle a été popularisée par Joan Manuel Serrat dans un album de 1972 consacré au poète.

Joan Manuel Serrat | Las nanas de la cebolla. Miguel Hernández, poème ; Alex Cortez, musique ; Joan Manuel Serrat, chant ; formation instrumentale. Récital au théâtre du Casino l’Aliança del Poblenou, Barcelone, 1974.

[…]
En la cuna del hambre
mi niño estaba.
Con sangre de cebolla
se amamantaba.
[…]
[…]
Dans le berceau de la faim
Était mon enfant.
Et c’est du sang d’oignon
Qu’il prenait au sein de sa mère.
[…]
Tu risa me hace libre,
me pone alas.
Soledades me quita,
cárcel me arranca.
Boca que vuela,
corazón que en tus labios
relampaguea.
Ton rire me rend libre
Il me donne des ailes.
Il fait fondre mes peines,
Il arrache la prison de moi.
Bouche qui vole,
Cœur qui sur tes lèvres
Étincelle.
Es tu risa la espada
más victoriosa.
Vencedor de las flores
y las alondras.
Rival del sol.
Porvenir de mis huesos
y de mi amor.
[…]
Ton rire est le glaive
Le plus victorieux.
Vainqueur des fleurs
Et des alouettes.
Rival du soleil.
Avenir de mes os
Et de mon amour
[…]
Miguel Hernández (1910-1942). Las nanas de la cebolla (1939).
Miguel Hernández (1910-1942). Berceuse de l’oignon, traduit de Las nanas de la cebolla (1939) par L. & L.

L’album comprend trois duos vocaux, tous réussis, parce qu’ils fonctionnent sur la complémentarité et le contraste des voix : celle, tannique et parfois un peu dure, de Mísia d’une part ; et de l’autre celle, suave et brésilienne, d’Adriana Calcanhotto (Que será), ou celle, experte et ductile, du ténor mexicain Ramón Vargas (Contigo aprendí), se mettent mutuellement en valeur. Le plus savoureux de ces duos — du moins pour nous Français —, c’est La chanson d’Hélène, du film de Claude Sautet Les choses de la vie (1970), avec Mísia dans le rôle de Romy Schneider, et un inattendu (et convaincant) Iggy Pop dans celui de Michel Piccoli.

Mísia & Iggy Pop | La chanson d’Hélène, du film Les choses de la vie (1970, France), réalisation Claude Sautet. Jean-Loup Dabadie, paroles ; Philippe Sarde, musique ; Mísia, chant ; Iggy Pop, voix parlée ; Fabrizio Romano, direction musicale, piano. Bande son extraite de l’album Delikatessen café concerto / Mísia, 2013. Enregistrement : juin 2013. 1ère publication : Portugal, Liberdades poéticas, 2013.
Vidéo : Tiffany Meyer, réalisation ; Amir Hosseinpour, mise en scène et chorégraphie. Filmé à Paris. 2013 ou 2014.

Mísia est décidément très à l’aise dans ces chansons françaises des décennies de l’après-guerre. Sa voix leur convient, sa diction, que le léger accent portugais ne gêne en rien, est excellente, et elle connaît bien la langue et son fonctionnement. Elle a de surcroît assimilé le style de ces chansons, au point de pouvoir donner ici une interprétation personnelle et plausible des Mots d’amour, du répertoire d’Édith Piaf (qu’elle avait déjà chantée sur scène ; elle en avait d’ailleurs réalisé un enregistrement studio pour un CD bonus joint à l’album Paixões diagonais de 1999).

J’oublie, un texte de David McNeil sur Oblivion, une musique d’Astor Piazzolla (créé je pense par Milva et Piazzolla lui-même lors de leur récital commun aux Bouffes du Nord en 1984) ici sobrement accompagné au piano, est remarquable.

Il est juste regrettable que les chansons ne soient pas contextualisées dans le livret accompagnant l’album, et que leurs textes soient livrés sans traduction. Paresse de l’éditeur.

Mísia
Delikatessen café concerto (2013)

Mísia | Delikatessen café concerto. 2013.Delikatessen café concerto / Mísia, chant ; Fabrizio Romano, direction musicale et piano. — Production : Portugal : Liberdades poéticas, ℗2013.
Avec la participation de : Melech Mechaya, ensemble instrumental et vocal ; Adriana Calcanhotto, chant ; Ramón Vargas, chant ; Iggy Pop, voix ; Dead Combo, ensemble instrumental ; Geoffey Burton, guitare électrique ; Pedro Santos, accordéon ; Luís Cunha, violon ; Daniel Pinto, guitare de fado ; Sandro Costa, guitare portugaise ; The Legendary Tigerman, guitare électrique. Enregistré en 2013.

CD : Verycords, 2013. — EAN 3760220460752.

Internet : Mísia – site officiel

La voix de la gare

12 décembre 2014

Elle dit : L’intercités numéro 4567, en provenance de Marseille-Saint-Charles et à destination de Bordeaux-Saint-Jean, départ initialement prévu à 18h57, est annoncé voie D. Il dessert Toulouse-Matabiau. Il est sans arrêt jusqu’à Toulouse-Matabiau.

La voix qui dit cela est ronde et chantante, agréablement rythmée, très musicale, pleine d’une joie à peine contenue. Elle annonce cet événement qui est en instance de se produire comme la promesse d’un délice, d’un bonheur imminent.

Puis elle poursuit gravement, sur un ton de confidence : Il est rappelé aux personnes accompagnant les voyageurs de ne pas monter à bord du train.

La voix a changé. Il y a une alerte en elle, de la solennité. On pressent tout à coup qu’il suffirait d’un rien, d’une inadvertance — ne serait-ce que le pied d’une personne accompagnant un voyageur posé sur le marchepied d’une voiture de ce train qui vient — pour que le malheur fonde sur quiconque s’autoriserait, fût-ce par mégarde, à transgresser une consigne pourtant clairement énoncée, et qui sait sur le train lui-même, sur la gare, sur la ville.

Hermínia Silva | Lisboa antiga

12 décembre 2014

Pour bien commencer le week-end, avec la malicieuse, irremplaçable Hermínia Silva.

« Je vais chanter encore une fois une de mes premières créations — annonce-t-elle au début de la séquence —, Lisboa antiga. J’ai toujours beaucoup de plaisir à chanter cette chanson, vu qu’elle est internationale maintenant, enfin ça fait toujours plaisir que les fados soient entendus jusqu’à l’étranger, et chantés jusqu’à l’étranger. »

Nul doute que cette entrée en matière soit teintée d’un peu d’ironie, car celle qui a rendu ce fado « international », à savoir Amália Rodrigues, était à l’époque en butte à de nombreuses critiques et railleries en raison précisément de cet abandon de domicile dont elle était accusée. Accusée de dévoyer le fado en l’internationalisant, et certainement jalousée pour son statut de vedette.

Amália, qui disait ce qu’elle pensait, dans un sens comme dans l’autre, pouvait être assez dure avec certains de ses contemporains. Mais elle a toujours ménagé Hermínia.

Hermínia Silva (1907-1993) | Lisboa antiga. José Galhardo & Amadeu do Vale, paroles ; Raúl Portela, musique ; Hermínia Silva, chant ; Victor Ramos, guitare portugaise ; José Inácio, guitare classique.
Vidéo extraite de : 15 minutos com Hermínia Silva, RTP [Rádio e Televisão de Portugal], 1961.

Lisboa, velha cidade, cheia de encanto e beleza
Sempre a sorrir tão formosa, e no vestir sempre airosa
O branco véu da saudade
Cobre o teu rosto linda princesa
Lisbonne, ville ancienne, pleine de charme et de beauté
Toujours souriante, jolie et bien vêtue
Le voile blanc de la saudade
Couvre ton visage, belle princesse.
Olhai, senhores, esta Lisboa doutras eras
Dos cruzados, das esperas e das toiradas reais
Das festas, das seculares procissões
Dos populares pregões matinais
Que já não voltam mais
Voyez Messieurs, cette Lisbonne d’autrefois
Des vieilles pièces de monnaie et des corridas royales
Des fêtes, des traditionnelles processions
Des cris des vendeurs de rues.
Aujourd’hui disparus.
Lisboa do oiro e de prata, outra mais linda não vejo
Eternamente a cantar e a dançar de contente
O teu semblante se retrata
No azul cristalino do Tejo
Lisbonne d’or et d’argent, Lisbonne sans pareille,
Toujours contente à chanter et danser
Ton visage se reflète
Dans le bleu cristallin du Tage.
José Galhardo & Amadeu do Vale. Lisboa antiga.
José Galhardo & Amadeu do Vale. Lisbonne ancienne, traduit de Lisboa antiga par L. & L.

Sílvia Pérez Cruz & Raül Fernandez Miró | Pequeño vals Vienés

10 décembre 2014

En Viena bailaré contigo
con un disfraz que tenga
cabeza de río.
¡Mira qué orillas tengo de jacintos!

Federico García Lorca (1898-1936). Pequeño vals vienés, extrait de Poeta en Nueva York (1929-1930).

À Vienne, je danserai avec toi
dans un déguisement qui aura
une tête de fleuve.
Vois mes rives de jacinthes !
Federico García Lorca (1898-1936). Petite valse viennoise, traduit de : Pequeño vals vienés par Pierre Darmangeat. Dans : Poésies 111 / Federico García Lorca, Gallimard, 1968, (Poésie).

Sílvia Pérez Cruz & Raül Fernandez Miró | Pequeño vals vienés. Poème de Federico García Lorca ; musique Leonard Cohen ; Sílvia Pérez Cruz, chant ; Raül Fernandez Miró, guitare. 2014.
Vidéo : Costa Est Audiovisuals i Co. 2014.

À propos donc de ce Pequeño vals Vienés interprété par Sílvia Pérez Cruz et Raül Fernandez Miró : c’est d’abord un poème de Lorca, l’un des derniers du recueil Poeta en Nueva York (Poète à New York, 1929-1930). Voici :

En Viena hay diez muchachas,
un hombro donde solloza la muerte
y un bosque de palomas disecadas.
Hay un fragmento de la mañana
en el museo de la escarcha.
Hay un salón con mil ventanas.
À Vienne il y a dix jeunes filles,
une épaule où sanglote la mort
et un bois de colombes empaillées,
Il y a un fragment de matin
au musée du givre.
Il y a un un salon à mille fenêtres.
¡Ay, ay, ay, ay!
Toma este vals con la boca cerrada.
Ay, ay, ay, ay !
Prends cette valse la bouche fermée.
Este vals, este vals, este vals, este vals,
de sí, de muerte y de coñac
que moja su cola en el mar.
Cette valse, valse, valse
De oui, de mort et de cognac,
Qui mouille sa traîne dans la mer.
Te quiero, te quiero, te quiero,
con la butaca y el libro muerto,
por el melancólico pasillo,
en el oscuro desván del lirio,
en nuestra cama de la luna
y en la danza que sueña la tortuga.
Je t’aime, t’aime, t’aime,
avec le fauteuil et le livre mort,
dans le couloir mélancolique,
au grenier sombre de l’iris,
dans notre lit de la lune
et par la danse que rêve la tortue.
¡Ay, ay, ay, ay!
Toma este vals de quebrada cintura.
Ay, ay, ay, ay !
Prends cette valse aux reins cambrés.
En Viena hay cuatro espejos
donde juegan tu boca y los ecos.
Hay una muerte para piano
que pinta de azul a los muchachos.
Hay mendigos por los tejados,
hay frescas guirnaldas de llanto.
À Vienne il y a quatre miroirs
où jouent ta bouche et les échos.
Il y a une mort pour piano
qui peint en bleu les jeunes gars.
Il y a des mendiants sur les toits.
Il y a de fraîches guirlandes de pleurs.
¡Ay, ay, ay, ay!
Toma este vals que se muere en mis brazos.
Ay, ay, ay, ay !
Prends cette valse qui meurt dans mes bras.
Porque te quiero, te quiero, amor mío,
en el desván donde juegan los niños,
soñando viejas luces de Hungría
por los rumores de la tarde tibia,
viendo ovejas y lirios de nieve
por el silencio oscuro de tu frente.
Parce que je t’aime, je t’aime, amour,
dans le grenier où vont jouer les enfants,
rêvant de vieux lustres de Hongrie
dans la rumeur du tendre après-midi,
voyant des brebis et des iris de neige
dans le silence obscur de ton front.
¡Ay, ay, ay, ay!
Toma este vals, este vals del « Te quiero siempre ».
Ay, ay, ay, ay !
Je prends la valse « Je t’aime toujours. »
En Viena bailaré contigo
con un disfraz que tenga
cabeza de río.
¡Mira qué orillas tengo de jacintos!
Dejaré mi boca entre tus piernas,
mi alma en fotografías y azucenas,
y en las ondas oscuras de tu andar
quiero, amor mío, amor mío, dejar,
violín y sepulcro, las cintas del vals.
À Vienne, je danserai avec toi
dans un déguisement qui aura
une tête de fleuve.
Vois mes rives de jacinthes !
Je laisserai ma bouche entre tes jambes,
mon âme dans des lis et des photographies
et dans la vague obscure de ta démarche
je veux, mon amour, mon amour, laisser,
violon et sépulcre, les rubans de la valse.
Federico García Lorca (1898-1936). Pequeño vals vienés, extrait de Poeta en Nueva York (1929-1930).
Federico García Lorca (1898-1936). Petite valse viennoise, traduit de : Pequeño vals vienés par Pierre Darmangeat. Dans : Poésies 111 / Federico García Lorca, Gallimard, 1968, (Poésie).

En 1986, à l’occasion du 50e anniversaire de la mort de Lorca, est publié un album collectif fait de poèmes extraits de ce même recueil Poeta en Nueva York, la plupart adaptés dans des langues autres que le castillan, mis en musique et interprétés chacun par un artiste différent. En catalan (Els negres, norma i paradis, Lluís Llach), en grec (Φεύγω Για Το Σαντιάγο, adaptation de Son de negros en Cuba par Míkis Theodorákis, interprété par Georges Moustaki), en portugais (Chico Buarque), en italien (Angelo Branduardi), en hébreu, en allemand.

Trois sont restés en castillan. Deux adaptés en anglais, l’un par Donovan et l’autre — Pequeño vals vienés — par Leonard Cohen sous le titre Take this waltz. Une adaptation assez libre.

Leonard Cohen | Take this waltz. Texte adapté par Leonard Cohen de Pequeño vals vienés, poème de Federico García Lorca ; musique Leonard Cohen ; Leonard Cohen, chant ; accompagnement d’orchestre. Extrait de l’album collectif Poetas en Nueva York, publié en commémoration du 50e anniversaire de la mort de Lorca. CBS, 1986.

C’est sur cette musique de Leonard Cohen qu’Enrique Morente mettra le poème à son répertoire dix ans plus tard, rétabli dans la version originale de son auteur, à l’occasion d’un album, Omega (1996), conçu comme un double hommage à Lorca et à Cohen. L’ordre des strophes est cependant légèrement altéré, et l’une d’elles (« Te quiero, te quiero, te quiero, / con la butaca y el libro muerto, […] ») est omise.

Enrique Morente | Pequeño vals vienés. Poème de Federico García Lorca ; musique Leonard Cohen ; Enrique Morente, chant ; Tomás San Miguel, accordéon, claviers ; José Ruiz « Bandolero », cajón ; Javier Losada, contrebasse ; José Antonio Galicia, percussion. Extrait de l’album : Omega / Morente & Lagartija Nick (1996).

Et c’est cette version-là qui est à l’origine de celle de Sílvia Pérez Cruz & Raül Fernandez Miró, magnifique.

Sílvia Pérez Cruz & Raül Fernandez Miró
granada (2014)

Sílvia Pérez Cruz & Raül Fernandez Miró | granada (2014)granada / Sílvia Pérez Cruz, chant ; Raül Fernandez Miró, guitares.
Enregistré au studio Calamar, Barcelone, d’avril 2013 à mars 2014. Universal Music Spain, ℗2014.

CD : Universal Music Spain, 2014. — EAN 0602537822270.

L’après-midi au musée Fabre

9 décembre 2014

François Dumont (Paris 1688 - [?] 1726) | Statue de Mlle Bonnier de la Mosson (1720), détail. Musée Fabre, Montpellier (France)Émile-Antoine Bourdelle (Montauban 1861 - Le Vésinet 1929) | Tête de l'Éloquence (vers 1913-1923). Musée Fabre, Montpellier (France)

Frans van Mieris l'Ancien (Leyde 1635 - Leyde 1681) | L'enfileuse de perles (1658), détail. Musée Fabre, Montpellier (France)

Dirck Dircksz van Santvoort (Amsterdam 1610 - Amsterdam 1680) | Portrait de femme (vers 1635-1640), détail. Musée Fabre, Montpellier (France)Louis Gauffier (Poitiers 1762 - Florence 1801) | Étude d'arbre au bord du Tibre (vers 1790-1793), détail. Musée Fabre, Montpellier (France)

Musée Fabre, Montpellier (France)   Giovanni Andrea Coppola (Gallipoli 1597 - Gallipoli 1659) | Adoration des bergers (sans date), détail. Musée Fabre, Montpellier (France)   Musée Fabre, Montpellier (France)

Musée Fabre, Montpellier (France)

Sílvia Pérez Cruz & Raül Fernandez Miró aujourd’hui à Paris

29 novembre 2014

…au théâtre des Abbesses, à 17 h, pour présenter leur album granada (2014). Je vois cela à l’instant dans Le Monde.

Si on est à Paris, et s’il reste des places, il faut y aller absolument. Je suis pris de court pour écrire quelque chose d’un peu construit, mais cet album, que j’ai depuis sa parution en Espagne, m’intrigue toujours autant. Il est fait de reprises, seulement. Il est, d’une certaine manière, très ibérique, au sens où Amália Rodrigues employait ce terme en parlant d’elle-même : « je suis une chanteuse ibérique » disait-elle, tout en étant profondément portugaise. Il en va de même de Sílvia Pérez Cruz, absolument catalane, mais ouverte au flamenco, au fado, et au chant en général. Une maîtrise du chant dans cet album granada, flagrante. Un album murmuré, traversé de cris.

C’est un duo chant guitare. Il donne cette impression qu’on est dans la maison où Sílvia Pérez Cruz vaque à ses occupations ordinaires, passant d’une pièce à l’autre, en chantant. La voix est dans la cuisine, et puis elle se rapproche, elle s’éloigne à nouveau, passe au salon. Elle ne chante que pour elle-même, pour ceux à qui elle pense, elle. Son père, mort, sa mère (on les entend l’un et l’autre à la fin du premier morceau, Abril 74, de Lluís Llach), ou ceux qu’elle a en tête. C’est à dire qu’il n’y a aucune grandiloquence dans cet album, et que tous les morceaux qu’il comprend y sont transformés, intériorisés. Les Corrandes d’exili, encore de Lluís Llach, sont fort différents de la version qu’elle en donnait elle-même en scène jusqu’à présent. Le fameux Cant dels ocells, merveilleux noël traditionnel catalan, est ici chanté comme une valse assez rapide, loin de l’interprétation célèbre de sa compatriote Victòria dels Àngels (Victoria de los Ángeles) [voir le billet El cant dels ocells]. Idem des deux lieder de Schumann Im wunderschönen Monat Mai et Aus meinen Tränen spriessen, très libres.

Les chansons espagnoles extraites du répertoire de Enrique Morente sont magnifiques : Pequeño vals vienés (poème de Federico García Lorca, mis en musique par Leonard Cohen) donne la chair de poule. De même : Que me van aniquilando et Compañero (poème de Miguel Hernández).

L’Amérique latine est présente elle aussi : Violeta Parra (Puerto Montt está temblando) et Fito Páez (Carabelas nada).

Une seule erreur à mon sens : L’hymne à l’amour, d’Édith Piaf. Mais il doit avoir un sens pour elle.

Sílvia Pérez Cruz & Raül Fernandez Miró | Pequeño vals vienés. Poème de Federico García Lorca ; musique Leonard Cohen ; Sílvia Pérez Cruz, chant ; Raül Fernandez Miró, guitare. 2014.
Vidéo : Costa Est Audiovisuals i Co. 2014.

Sílvia Pérez Cruz & Raül Fernandez Miró
granada (2014)

Sílvia Pérez Cruz & Raül Fernandez Miró | granada (2014)granada / Sílvia Pérez Cruz, chant ; Raül Fernandez Miró, guitares.
Enregistré au studio Calamar, Barcelone, d’avril 2013 à mars 2014. Universal Music Spain, ℗2014.

CD : Universal Music Spain, 2014. — EAN 0602537822270.

Bungaro | Fare e disfare

26 novembre 2014

Pour bien commencer la journée. Une journée italienne, et mélancolique. Bungaro est un chanteur (et compositeur), aujourd’hui quinquagénaire, originaire de Brindisi dans les Pouilles — l’antique Apulie.

Bungaro | Fare e disfare. Pino Romanelli, paroles ; Bungaro, musique ; Bungaro, chant ; Aidan Zammit, piano, arrangements et direction ; Lisa Green, violon ; Pasquale Filasto, violoncelle. Extrait de l’album L’attesa / Bungaro, [Italie], Aliante/Delta Dischi/RCA, 2004.

Sei tu che non chiedi permesso
Sei entrata e sei uscita lo stesso…
A volte appena sfiorandomi
Altre come se non ci fossi…
Adesso non sopporto le scuse
Scusarsi è come avere pochissima memoria
I tuoi silenzi fanno male…
Lasciano tracce non ti perdono
Sono lividi e fiori… son lividi e fiori
che portiamo nel cuore…
sono lividi e spine e il dolore si sente…
E ho bisogno di aria e di ventilazione
fare due passi nella notte e scordare il tuo nome…
ne ho bisogno come respirare e nascondermi
in un niente solo fare e disfare…
in un semplice abbandono…
ora non ti perdono
Ma noi siamo quello che siamo
minuti di un tempo sprecato…
anime poco impermeabili
a bere questa pioggia che scende
Sono lividi e fiori… son lividi e fiori
che portiamo nel cuore…
sono lividi e spine e il dolore si sente…
E ho bisogno di aria e di ventilazione
fare due passi nella notte e scordare il tuo nome…
ne ho bisogno come respirare e nascondermi
in un niente solo fare e disfare… e un semplice abbandono
che ci sfugge di mano.
Pino Romanelli. Fare e disfare. Source : Pino Romanelli — site Internet.

C’est toi qui ne demande pas la permission
Tu es entrée et sortie de la même manière
Parfois m’effleurant à peine
Parfois comme si je n’étais pas là…
Je ne supporte pas les excuses
S’excuser c’est comme avoir peu de mémoire
Tes silences font mal
Ils laissent des traces, je ne te pardonne pas.
Ils sont autant de bleus et de fleurs, des bleus et des fleurs
Que nous portons dans le cœur…
Ce sont des bleus et des épines, et la douleur est là.
Et j’ai besoin d’air, et j’ai besoin
De faire quelques pas dans la nuit et d’oublier ton nom.
J’en ai besoin autant que de respirer. Besoin de me cacher
Dans un rien. Seulement faire et défaire
Dans un pur abandon…
En cet instant je ne te pardonne pas.
Mais nous sommes ce que nous sommes
Les minutes d’un temps gâché,
Des âmes perméables
Buvant cette pluie qui tombe.
Ce sont des bleus et des fleurs, des bleus et des fleurs
Que nous portons dans le cœur…
Ce sont des bleus et des épines, et la douleur est là.
Et j’ai besoin d’air, et j’ai besoin
De faire quelques pas dans la nuit et d’oublier ton nom…
J’en ai besoin autant que de respirer. Besoin de me cacher
Dans un rien. Seulement faire et défaire… Et d’un pur abandon
Qui nous glisse des mains.
Pino Romanelli. Faire et défaire, traduit de Fare e disfare (2004) par L. & L.

Laura Betti | Je me jette

17 novembre 2014

Pour bien commencer la journée. Une journée d’extravagance, de démesure et de fureur. Une journée à la Laura Betti.

Laura Betti (1927-2004) | Je me jette. Alberto Moravia, paroles originales ; Jean Rougeul, adaptation française ; Gino Marinuzzi Jr., musique ; Laura Betti, chant ; accompagnement de piano. 1962 (première publication ; disque 45 t 17 cm, Orphée 150018).

Lorsque nous sommes arrivés à Athènes, l’après-midi était déjà bien avancé. De manière inattendue, le hall de l’hôtel Grande-Bretagne s’était transformé en un morceau d’Italie de cette époque-là, euphorique et enfantin. C’était le 18 mai, et le soir même, dans le stade d’Athènes, aurait lieu la finale de la Ligue des champions entre le Milan AC et le Barça. Sous les grands lampadaires en cristal s’agitait une petite foule de supporters milanais, qui ressemblaient à des dirigeants de la Fininvest ou de Mediaset, excités par le match, frétillants, imprégnés d’eau de Cologne ou d’après-rasage, leurs nœuds de cravate Regimental gros comme le poing, bruyants au-delà de toute limite (c’était encore l’époque où on croyait que, pour parler dans un téléphone portable, il fallait hurler). […] La race italienne atteignait, dans ce groupe de riches supporters en déplacement et dans leurs accompagnatrices, son degré maximal d’évolution et — oserai-je ajouter — de beauté tragique. Des siècles de pantalonnades, d’homicides commis de sang-froid, de dissimulation et de cynisme avaient conduit à ce résultat qui, depuis la rassurante place forte du présent, ne cachait pas ses visées de conquête du futur. En formation compacte, Massimo et moi côte à côte, tels des gardes du corps de Laura, nous fendîmes la petite foule en direction de la réception. Jusque là, et le mérite en revenait à Massimo, Laura avait été une compagne de voyage parfaite, mais en quelques secondes, la vision de ces gens l’avait rendue nerveuse. « Bordel, qu’est-ce qu’ils veulent, sifflait-elle en avançant, qu’est-ce qu’ils crient, ces péquenauds ? » Si nous avions été dans une bande dessinée, des éclairs et des têtes de mort se seraient accumulés au-dessus de sa tête, signes d’une mauvaise humeur prête à exploser. Et elle explosa ponctuellement, quand l’employé de la réception tenta de lui démontrer qu’il n’y avait que deux chambres de réservées, et non trois. Dans un français parfait, elle se mit à l’invectiver, criant si fort que les cravatés et leurs nanas se turent. Le directeur du Grande-Bretagne en personne arriva, et le problème fut résolu d’une manière ou d’une autre. Nous traversâmes de nouveau l’odorante compagnie des supporters du Milan. « Bravo madame Betti ! » lui lança un supporter un peu plus âgé que les autres, histoire de dire quelque chose. « Ma vaffanculo ! » lui répondit-elle, en se dirigeant tout droit vers l’ascenseur. […] Dès que la porte de l’ascenseur se fut refermée, la Folle commença à agir de manière étrange, soulevant son énorme jupe et farfouillant, de l’autre bras, dans cette montagne d’étoffe et de chair, comme si elle devait arranger quelque chose. Puis, légèrement penchée en avant, elle me fit signe de rester silencieux, le regard indéchiffrable derrière ses lunettes noires. Il y a des moments où vous vous demandez vraiment si vous êtes éveillé ou si vous rêvez, et vous êtes tellement étonné de ce que vous voyez que, effectivement, la vie semble faite de la matière des rêves. Oui, la Folle était en train de se venger de je ne sais quel outrage personnel qui lui avait été infligé dans le hall de la réception. Vous imaginez le bruit du pipi qui tombe sur la moquette, dans l’ascenseur d’un grand hôtel ? Quand nous sommes sortis de l’ascenseur, la tache était là, et elle était exactement ce qu’elle paraissait : une signature, un outrage, le caprice d’une vieille enfant-baleine qui refuse d’accepter l’existence de ceux qui lui sont antipathiques — ou qui, peut-être, lui font peur.
Emmanuele Trevi. Quelque chose d’écrit, traduit de Qualcosa di scritto (2012) par Marguerite Pozzoli. Actes Sud, impr. 2013, ISBN 978-2-330-02349-2, pages 251-254.

Ibériques

8 novembre 2014

Immergées dans le chant, âme et corps, et accompagnées de guitaristes remarquables. Flamenco, fado. Castillan, catalan, portugais. Ce monde-là qui commence à la crête des Pyrénées.

Mayte Martín & Juan Ramón Caro. Granaínas. Traditionnel, paroles & musique ; Mayte Martín, chant ; Juan Ramón Caro, guitare classique. Captation : lieu non précisé, 2012?.

Mayte Martín sera le 20 janvier prochain au Festival de flamenco de Nîmes, et le 6 février sur la Scène nationale de Foix, là-même où il était une fois un marchand de foie. Dans ce théâtre où j’ai vu Mísia pour la première foix, il y a de cela, oui, quelques années. C’était au siècle dernier.

Sílvia Pérez Cruz & Toti Soler. He mirat aquesta terra. Salvador Espriu, paroles ; Raimon, musique ; Sílvia Pérez Cruz, chant ; Toti Soler, guitare classique. Captation : Barcelone, Palau de la música, 23 janvier 2013, cérémonie d’ouverture de l’Any Espriu (Année Espriu).

Merveille des merveilles, duo miraculeux.

Quan la llum pujada des del fons del mar
a llevant comença just a tremolar,
he mirat aquesta terra.

Quan per la muntanya que tanca el ponent
el falcó s’enduia la claror del cel,
he mirat aquesta terra.
Salvador Espriu (1913-1985). He mirat aquesta terra (1980). Source : cancioneros.com

Lorsque, montant du fond de la mer, la lumière
Commence à peine à trembler au levant,
J’ai regardé cette terre.

Quand dans la montagne qui ferme le couchant
Le faucon emporte la clarté du ciel
J’ai regardé cette terre.

Raquel Tavares & Pedro Jóia. Deste-me um beijo e vivi. Vasco de Lima Couto, paroles ; Alfredo Marceneiro, musique (Fado cravo) ; Raquel Tavares, chant ; Pedro Jóia, guitare.
Vidéo : Andreia Silva, réalisation. Enregistrement : Antiga fábrica da Viúva Lamego, Lisbonne, 28 novembre 2011. (A música portuguesa a gostar dela própria).

Elle est à l’intérieur d’elle-même, où se trouve aussi le fado, si proche ici du tranchant du flamenco, de ses coups. Dans cette sensualité tranquille du chant profond.

Deste-me um beijo e vivi
Na força que veio de ti
Encontrei a fé perdida
Negando o barro e o mito
O meu corpo feito grito
Pediu à vida mais vida

Acontecemos um só
Sob a luz dum mesmo sol
Cores do mesmo matiz
Razões de uma só razão
Pedaços do mesmo chão
Troncos da mesma raíz

Dá-me as tuas carícias mais gratas
Das tuas mãos regressadas
Vindas do fundo do tempo
Mil madrugadas esperei
Presença viva que sei
Amor com força de vento

E o meu corpo feito grito
Teve força de granito
Força que veio de ti
Encontrei a fé perdida
Deste-me um beijo e vivi
Pedi à vida mais vida.
Vasco de Lima Couto. Deste-me um beijo e vivi.

Ton baiser m’a fait revivre
Dans cette force qui vient de toi
J’ai puisé la foi perdue
Refusant l’argile et le mythe
Mon corps qui n’est plus qu’un cri
Réclame à nouveau sa part de vie

Nous ne faisons qu’un
Dans l’éclat d’un même soleil
Couleurs d’une même palette
Raisonnant d’une même raison
Pétris d’une même terre
Troncs d’une même racine

Apaise-moi des plus douces caresses
De tes mains que je retrouve
Venues du fond du temps
Mille fois j’ai attendu cette aube
Présence vive que je connais
Amour aussi fort que le vent

Et mon corps qui n’est qu’un cri
A repris une vigueur de granit
Une vigueur qui vient de toi
J’ai retrouvé la foi perdue
Ton baiser m’a fait revivre
Je veux encore ma part de vie
Vasco de Lima Couto. Deste-me um beijo e vivi. Traduction L. & L.

Navigation

27 octobre 2014

Distância da distância derivada
Aparição do mundo: a terra escorre
Pelos olhos que a vêem revelada.
E atrás um outro longe imenso morre.

Sophia de Mello Breyner Andresen (1919-2004). Navegação. Extrait de : Dia do mar (1947, 1ère publication)

Distance, de la distance dérivée
Apparition du monde : la terre s’écoule
Des yeux qui la voient révélée.
Et au-delà d’elle meurt un autre lointain, immense.
Sophia de Mello Breyner Andresen (1919-2004). Navigation, traduit de : Navegação par L. & L. Extrait de : Dia do mar (Jour de mer).

Montpellier (France), esplanade du Peyrou, 25 octobre 2014