Tel poussin, tel poussin

Enseigne de la maison Au Poussin bleu père et fils, Toulouse (Occitanie, France)
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Mon père est oiseau,
Ma mère est oiselle.
Je passe l’eau sans nacelle,
Je passe l’eau sans bateau.
Ma mère est oiselle,
Mon père est oiseau.
Victor Hugo (1802-1885). Notre-Dame de Paris (1831)
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Pelas ruas marchando
Indecisos cordões
Ainda fazem da flor
Seu mais forte refrão
E acreditam nas flores
Vencendo o canhão.
Geraldo Vandré. Pra não dizer que não falei das flores (1968).Dans les rues certains marchent
En cortèges indécis
Et leurs refrains célèbrent
Le pouvoir de la fleur.
Ils croient encore que les fleurs
Peuvent vaincre les canons.
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Cet été, vous avez sans aucun doute écouté à la radio la série de Marcel Quillivéré Carrefour des Amériques, consacrée au Brésil. « 40 épisodes pour découvrir son histoire musicale des années 20 aux années 1980 », annonce la page de l’émission sur le site de France Musique, qui donne accès au sommaire et à la réécoute de chacun desdits épisodes. Un régal – et une aubaine pour ceux qui, comme moi, n’ont pour ainsi dire pas de connaissance du sujet.
C’est dans l’un de ces épisodes – le 34e, consacré au Tropicalisme de Gilberto Gil et Caetano Veloso – que j’ai découvert Pra não dizer que não falei das flores (« Pour ne pas dire que je n’ai pas parlé des fleurs »), de Geraldo Vandré, une chanson de 1968 connue aussi sous son incipit Caminhando (« En marchant »). Je dois dire que je n’avais jusqu’alors entendu parler ni de la chanson (très célèbre pourtant), ni de son auteur et interprète.
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Geraldo Vandré | Pra não dizer que não falei das flores. Geraldo Vandré, paroles & musique.
Geraldo Vandré, chant, guitare ; [Marconi Campos, guitare ?].
Brésil, ℗ 1968.
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Un rythme de marche, un refrain à la mélodie efficace, facile à retenir et à chanter, un accompagnement de guitare sans chausse-trapes : on croirait, à l’entendre de loin, une de ces chansons de révolte ou de lutte comme les années 60 et 70 en ont produit en quantité, surtout en Amérique latine hispanophone. Ou bien au Portugal, ou ailleurs en Europe, ou même en Amérique du Nord.
En effet il s’agit de ce type de chanson. Mais celle-ci est brésilienne. Elle a connu un retentissement considérable à sa création, fin 1968. Vem, vamos embora / Que esperar não é saber / Quem sabe faz a hora / Não espera acontecer, dit le refrain (« Viens, partons, / Attendre n’est pas savoir / Quand on sait on agit / On n’attend pas les événements »), devenu une sorte d’hymne de la résistance au régime de dictature militaire installée dans le pays depuis le coup d’état du 31 mars 1964.
Nul doute que le tumulte du Festival international de la chanson populaire de Rio de 1968, dans laquelle Pra não dizer que não falei das flores était engagée, y a contribué. La chanson, pourtant massivement soutenue par le public, ne sera classée qu’en deuxième position par un jury soupçonné de dépendance envers l’armée au pouvoir (ce qui sera avéré des années plus tard). La chanson victorieuse, la splendide Sabiá, de Tom Jobim et Chico Buarque – aujourd’hui un classique – sera copieusement huée lors de sa présentation par le duo Cynara e Cybele. Idem de celle de Caetano Veloso dont le titre reprend un des slogans de Mai 68, É proibido proibir (« Il est interdit d’interdire »). Caetano, ulcéré, s’emportera vigoureusement contre le public dans un discours improvisé resté célèbre. Geraldo Vandré lui-même, au moment de ré-exécuter sa chanson après l’annonce des résultats, ne parviendra pas à calmer la foule en colère, comme on l’entend dans la captation réalisée alors sur le vif :
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Geraldo Vandré | Pra não dizer que não falei das flores. Geraldo Vandré, paroles & musique.
Geraldo Vandré, chant, guitare.
Captation : Rio de Janeiro (Brésil), gymnase du Maracanãzinho, 29 septembre 1968, dans le cadre du 3e Festival international de la chanson populaire (IIIo Festival internacional da canção popular) organisé par TV Globo.
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Transcription de l’échange avec le public :
« Olha, sabe o que eu acho? Eu acho… Uma coisa só… Mas Antônio Carlos Jobim e Chico Buarque de Holanda merecem nosso respeito [applaudissements]. A nossa função é fazer canções. A função de julgar, neste instante, é do júri que está ali… [huées] Um momento!… [huées] Por favor, por favor… [huées] E tem mais uma coisa só. Pra vocês, pra vocês que continuam pensando que me apóiam vaiando. [Foule: « É marmelada, é marmelada… »] Gente, gente! Por favor! [Foule: « É marmelada, é marmelada… »] … Olha, tem uma coisa só. A vida não se resume em festivais… »
Traduction :
« Écoutez, vous savez ce que je pense ? Je pense… Juste une chose… Mais Antônio Carlos Jobim et Chico Buarque de Holanda méritent notre respect [applaudissements]. Notre rôle est de faire des chansons. Celui de juger, en ce moment, revient au jury qui est là… [huées] Attendez !… [huées] S’il vous plaît, s’il vous plaît… [huées] Juste une chose. Pour vous, pour vous qui pensez que vous m’aidez en huant… [Foule : C’est une arnaque ! »] S’il vous plaît, s’il vous plaît !… [Foule : Arnaque ! Arnaque ! »] … Écoutez, juste une chose. La vie ne se résume pas à des festivals… »
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Le 13 décembre suivant, la promulgation de « l’Acte institutionnel numéro 5 » (AI-5), durcissant le régime de manière significative, obligera Geraldo Vandré comme bien d’autres (Caetano Veloso et Gilberto Gil, par exemple) à l’exil. Sa carrière artistique n’y survivra guère.
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Há soldados armados
Amados ou não
Quase todos perdidos
De armas na mão
Nos quartéis lhes ensinam
Uma antiga lição
De morrer pela pátria
E viver sem razão…Il y a des soldats armés,
Aimés ou non,
Presque tous perdus,
Les armes à la main.
Dans les casernes on leur enseigne
Cette vieille leçon :
Mourir pour la patrie
Et vivre sans raison.Vem, vamos embora
Que esperar não é saber
Quem sabe faz a hora
Não espera acontecer…Viens, partons,
Attendre n’est pas savoir
Quand on sait on agit
On n’attend pas les événements.
Nas escolas, nas ruas
Campos, construções
Somos todos soldados
Armados ou não
Caminhando e cantando
E seguindo a canção
Somos todos iguais
Braços dados ou não…Dans les écoles, dans les rues,
Les champs ou les chantiers,
Nous sommes tous des soldats,
Armés ou non.
Quand on marche en chantant
En suivant la chanson,
On est tous égaux
Qu’on se donne le bras ou non.
Pelos campos há fome
Em grandes plantações
Pelas ruas marchando
Indecisos cordões
Ainda fazem da flor
Seu mais forte refrão
E acreditam nas flores
Vencendo o canhão.La faim sévit
Dans les grandes plantations.
Dans les rues certains marchent
En cortèges indécis
Et leurs refrains célèbrent
Le pouvoir de la fleur.
Ils croient encore que les fleurs
Peuvent vaincre les canons.
Os amores na mente
As flores no chão
A certeza na frente
A história na mão
Caminhando e cantando
E seguindo a canção
Aprendendo e ensinando
Uma nova lição…Les amours en tête,
Les fleurs laissées au sol,
La certitude devant nous,
L’histoire dans nos mains,
Nous marchons en chantant.
En suivant la chanson,
Nous apprenons et enseignons
Une nouvelle leçon.
Geraldo Vandré. Pra não dizer que não falei das flores (1968).Geraldo Vandré. Pra não dizer que não falei das flores (1968). Traduction L. & L.
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Yves Montand | Je soussigné (Alain Oulman)
https://www.dailymotion.com/video/x20rtzt
Yves Montand (1921-1991) | Je soussigné. Colette Valentin, paroles ; Alain Oulman, musique.
Yves Montand, chant ; orchestre sous la direction de Bob Castella. France, 1955.
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Ceci n’est pas un hommage à Yves Montand, dont je n’ai jamais aimé ni le style de chant ni le jeu d’acteur. Il s’agit ici du fameux Alain Oulman (1928-1990), dont les compositions ont marqué une étape décisive dans la carrière d’Amália Rodrigues. Cette chanson, Je soussigné, est sa seule œuvre connue avant sa période « amálienne », qui s’est poursuivie jusqu’à la fin de sa vie (voir le billet Amália Rodrigues | Padroeira). Les paroles sont d’une Colette Valentin, sur qui je n’ai trouvé aucune information, ni trace d’aucune autre œuvre, du moins sous cette identité. L’enregistrement (publié sur un disque 78 tours) est daté de 1955.
Alain Oulman rencontre Amália Rodrigues à la fin des années 1950 – probablement en 1959 –, ou au tout début des années 1960. Ensuite il compose exclusivement pour elle, exception faite de deux poèmes d’Alexandre O’Neill mis en musique pour l’actrice portugaise Isabel Ruth, à la demande de celle-ci*. L’une de ces compositions, Formiga bossa nossa, sera enregistrée par Amália dans l’album Com que voz (1970).
*Source : catalogue de l’exposition As mãos que trago : Alain Oulman, 1928-1990, Lisbonne : EGEAC, 2009.
La belle jambe | Aragon, Kosma
Et ça ?
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Catherine Sauvage (1929-1998) | La belle jambe. Louis Aragon, paroles ; Joseph Kosma, musique..
Catherine Sauvage, chant ; Jacques Loussier, piano. Extrait de l’album Chansons de Louis Aragon / Catherine Sauvage avec Jacques Loussier. France, ℗ 1963.
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Elle a les plus beaux yeux du monde
Ah la belle la belle la belle la belleElle a les plus doux seins du monde
Ah la belle la belle la belle la belleElle a les plus cruelles mains du monde
Ah la belle la belle la belle la belleElle a les plus mystérieuses,
les plus mystérieuses,
les plus mystérieuses dents du monde
Ah la belle la belle la belle la belleElle a les plus troublants regards du monde
Elle a les plus beaux yeux
Elle a les plus doux seins
Elle a les plus cruelles mains
Elle a les plus mystérieuses dentsElle a les plus troublants regards
Elle a les plus fines jambes du monde
Ah la belle la belle la belle la belle jambe
Que ça nous fait
Ah la belle la belle la belle la belle jambe
Que ça nous fait
Louis Aragon (1897-1982), paroles & Joseph Kosma (1905-1969), musique. La belle jambe (1954).
Tu crois qu’on va s’aimer tout l’temps ?

Deux marins soviétiques (figurine de faïence). Exposition « Bazar Zoulou », La collection d’objets populaires de Françoise Huguier, 4 octobre – 28 décembre 2019, Fondation Espace Écureuil pour l’art contemporain (Toulouse)
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Sans blague
Est-ce que tu crois vraiment
Qu’on va s’aimer tout l’temps
Ne mens pas
Sans blague
C’est pas dans des romans
Que t’as trouvé tout ça
Dis-le-moi
Boris Vian (1920-1959). Sans blague (1954)
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Renée Lebas (1917-2009) | Sans blague. Boris Vian, paroles ; Jimmy Walter, musique.
Renée Lebas, chant ; avec Jimmy Walter et son orchestre. France, 1955.
- Renée Lebas (1917-2009) dans Wikipédia
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Sans blague
Est-ce que tu crois vraiment
Qu’on va s’aimer tout l’temps
Ne mens pas
Sans blague
C’est pas dans des romans
Que t’as trouvé tout ça
Dis-le-moiParle
Répète encore une fois
Comment cela sera
Quand on vivra ensemble
Parle
À quoi cela ressemble
Deux amoureux d’un soir
Au bout d’six moisSans blague
Si jamais ça n’finit
Emmène-moi dans ma vie
Avec toiOn lit tant d’choses
Moi je n’sais plus
Le noir et l’rose
Sont confondus
On dit tant d’choses
J’écoute plus rien
Toi, ça m’repose
Et je m’sens bienSans blague
Est-ce que tu crois vraiment
Qu’on va s’aimer tout l’temps
Ne mens pas
Sans blague
C’est pas dans des romans
Que t’as trouvé tout ça
Dis-le-moiParle
Répète encore une fois
Comment cela sera
Quand on vivra ensemble
Parle
À quoi cela ressemble
Deux amoureux d’un soir
Au bout d’six moisSans blague
Sans blague
Si le jour et la nuit
Ça reste aussi joli
Emmène-moi dans ma vie
Boris Vian (1920-1959). Sans blague (1954)
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Sinnò me moro | Alida Chelli, Gabriella Ferri

Une des premières images du film Un Maledetto imbroglio (Italie, 1959). Pietro Germi, réalisation. On y voit la silhouette du commissaire Ingravallo (Pietro Germi) se découpant sur la façade du palais Farnese à Rome. Domaine public.
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Sinnò me moro (« Sinon je meurs » dans le dialecte romanesco qui est celui de Rome), est la chanson qui accompagne le générique de début du film Un maledetto imbroglio (titre français : Meurtre à l’italienne) de Pietro Germi (1914-1974), un drame policier réalisé en 1959, où Germi lui-même tient le rôle principal, celui de l’inspecteur antipathique et moralisateur, aux côtés de Claudia Cardinale, jeune, éperdue de tracas, d’amour et de douleur.
Dans le film, Sinnò me moro est interprétée par la chanteuse et actice Alida Chelli (1943-2012), fille du compositeur de la bande originale, Carlo Rustichelli. Dans la vidéo ci-dessous – avec sous-titres en coréen, ça peut servir –, la chanson est montée sur les scènes finales du film.
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Alida Chelli (1943-2012) | Sinnò me moro. Pietro Germi, Alfredo Giannetti, paroles ; Carlo Rustichelli, musique.
Images extraites du film Un maledetto imbroglio (1959). Pietro Germi, réalisation ; Pietro Germi, Ennio De Concini, Alfredo Giannetti, scénario ; d’après le roman Quer pasticciaccio brutto de Via Merulana de Carlo Emilio Gadda ; Pietro Germi (commissario Ingravallo), Claudia Cardinale (Assuntina), Nino Castelnuovo (Diomede), Franco Fabrizi (Valdarena), Claudio Gora (Remo Banducci), Eleonora Rossi Drago (Liliana Banducci)…, acteurs. Italie, 1959.
Bande son : Alida Chelli, chant ; orchestre dirigé par Pierluigi Urbini. Extrait de la bande originale du film Un maledetto imbroglio (1959).
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Amore amore amore amore mio
In braccio a te me scordo ogni doloreMon amour, mon amour, mon amour
Dans tes bras j’oublie tout le malVojo resta’ co’ te
Sinnò me moro
Vojo resta’ co’ te
Sinnò me moro
Vojo resta’ co’ te
Sinnò me moroJe veux rester avec toi
Sinon je meurs
Je veux rester avec toi
Sinon je meurs
Je veux rester avec toi
Sinon je meurs
Nun piagne’ amore nun piagne’ amore mio
Nun piagne’ statte zitto su ‘sto core
Ma si te fa soffri’ dimmelo pure
Quello che m’hai da di’ dimmelo pure
Quello che m’hai da di’ dimmelo pureNe pleure pas mon amour, ne pleure pas
Ne pleure pas, reste tranquille sur mon cœur
Mais si quelque chose te fait mal, dis-le-moi
Ce que tu as à me dire, dis-le-moi
Ce que tu as à me dire, dis-le-moi
Te penso amore te penso amore mio
Tu sei partito e m’hai lassata sola
Ma tu non sai che sento ner core mio
Ce sento er bene tuo che me consola
Ce sento er bene tuo che me consolaJe pense à toi mon amour
Tu es parti et tu m’as laissée seule
Mais tu ne sais pas ce que je sens dans mon cœur
Je sens ton amour qui me console
Je sens ton amour qui me console.
Pietro Germi (1914-1974) & Alfredo Giannetti (1924-1995). Sinnò me moro (1959).Pietro Germi (1914-1974) & Alfredo Giannetti (1924-1995). Sinon je meurs, traduit de Sinnò me moro (1959) par L. & L.
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Une autre version très connue de Sinnò me moro est celle de la chanteuse romaine Gabriella Ferri (1942-2004), connue pour son répertoire en romanesco.
Gabriella Ferri (1942-2004) | Sinnò me moro. Pietro Germi, Alfredo Giannetti, paroles ; Carlo Rustichelli, musique.
Extrait de l’émission de télévision Questa sera… Gabriella Ferri. Stefano Di Stefani, réalisation. Production : Italie, RAI, 1971.
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Mayte Martín | Paraules d’amor (Joan Manuel Serrat)
Paraules d’amor (« Mots d’amour ») est l’une des chansons les plus connues de Joan Manuel Serrat. La voici dans la très belle et sensible interprétation de la grande Mayte Martín – plus connue pour son art du chant flamenco –, magnifiquement accompagnée au piano par un ou une instrumentiste malheureusement non identifié(e).
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Mayte Martín | Paraules d’amor. Joan Manuel Serrat, paroles & musique.
Mayte Martín, chant ; accompagnement de piano (pianiste non identifié). Extrait du coffret Serrat encanta. Catalogne, ℗ 2014. Repris de l’album collectif El disc de la Marató ; 5. Catalogne, ℗ 2005.
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Ella em va estimar tant…
Jo me l’estimo encara.
Plegats vam travessar
una porta tancada.Elle m’aimait tellement…
Et moi je l’aime encore.
Ensemble nous avons traversé
Une porte fermée.Ella, com us ho podré dir,
era tot el meu món llavors
quan en la llar cremàvem
només paraules d’amor…Elle était, comment vous dire,
Elle était alors tout mon univers
Nous n’avions pour tout feu
Que des mots d’amour.
Paraules d’amor senzilles i tendres.
No en sabíem més, teníem quinze anys.
No havíem tingut massa temps per aprendre’n,
tot just despertàvem del son dels infants.Des mots d’amour simples et tendres
Nous ne savions rien d’autre, nous avions quinze ans
Qu’aurions nous pu savoir,
Tout juste éveillés du sommeil des enfants ?
En teníem prou amb tres frases fetes
que havíem après d’antics comediants.
D’històries d’amor, somnis de poetes,
no en sabíem més, teníem quinze anys…Il nous suffisait de trois phrases toutes faites
Apprises auprès de vieux comédiens
D’histoires d’amour, de rêves de poètes,
Nous ne savions rien d’autre, nous avions quinze ans.
Ella qui sap on és,
ella qui sap on para.
La vaig perdre i mai més
he tornat a trobar-la.Où est-elle à présent ?
Où s’est-elle arrêtée ?
Je l’ai perdue
Je ne l’ai plus jamais revue.
Però sovint en fer-se fosc,
de lluny m’arriba una cançó.
Velles notes, vells acords,
velles paraules d’amor…Mais souvent, quand la nuit tombe,
Une chanson me vient je ne sais d’où
Vieilles notes, vieux accords,
Et vieux mots d’amour.
Joan Manuel Serrat. Paraules d’amor.Joan Manuel Serrat. Paraules d’amor. Traduction L. & L.
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En voici une exécution captée par la chaîne de télévision catalane TV3, au cours d’une de ces émissions destinées à recueillir des fonds pour financer la recherche médicale. Cette fois le pianiste est visible – mais reste innommé.
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Mayte Martín | Paraules d’amor. Joan Manuel Serrat, paroles & musique.
Mayte Martín, chant ; [José Reinoso, piano ?].
Extrait de l’émission de télévision La Marató de TV3, diffusée en direct en Catalogne et Andorre le 18 décembre 2005. Production : Televisió de Catalunya, 2005..
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Amália Rodrigues | Padroeira
Mas o amor nunca mais veio;
Nossa Senhora não quis.
Pedro Homem de Melo (1904-1984). Padroiera (extrait)Mais l’amour n’est jamais revenu ;
Notre Dame ne l’a pas voulu.
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6 octobre 1999 : il y a 20 ans mourait Amália Rodrigues.
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Amália Rodrigues (1920-1999) | Padroeira. Pedro Homem de Melo, paroles ; Alain Oulman, musique.
Amália Rodrigues, chant ; ensemble instrumental.
Captation : Paris, Olympia, janvier 1992.
Vidéo : April in Portugal Song, août 2019 (mise en ligne).
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Il est resté de cette fin de vie une impression de grande tristesse : la chanteuse avait vu sa voix s’abîmer dès le début des années 1980, mais il lui fallait absolument, sous peine d’en mourir, se produire partout dans le monde, revenir inlassablement dans les théâtres de ses triomphes passés, y chanter encore. Certains soirs le flot de cailloux et d’impuretés de toutes sortes qui encombrait désormais son chant semblait se tarir, et le concert était inoubliable. Mais souvent sa voix était comme prise dans une gangue qui la détimbrait et lui refusait la justesse.
En mars 1990, Alain Oulman, le compositeur de Com que voz, Gaivota, Abandono et autres, à qui elle vouait autant d’admiration que d’amitié, meurt subitement à Paris où, devenu éditeur, il résidait depuis 1967. La vidéo ci-dessus est une véritable rareté : filmée au cours du récital d’Amália Rodrigues à l’Olympia en janvier 1992, elle contient un inédit. La captation est artisanale, réalisée probablement depuis le pied de la scène au moyen d’un appareil photo de l’époque ; le son en est très mauvais, de sorte que même la présentation de la chanson, effectuée en français, est difficilement audible. Quelques bribes sont intelligibles et permettent de reconstituer le discours : il est question d’un « hommage » à « un grand ami à moi […], Alain Oulman », et de la « dernière musique » qu’il ait composée. La fin est plus claire : « … très triste […] mais je le chante parce que moi aussi je suis triste, comme lui était. D’Alain, Padroiera [c’est le titre]. Pedro Homem de Melo e Alain Oulman. »
Padroiera (« patronne », ou « sainte patronne ») est donc la dernière composition d’Alain Oulman, sur un poème de Pedro Homem de Melo (1904-1984) – dont je n’ai trouvé aucune trace sur l’Internet. Et j’ai eu beau écouter, réécouter cette vidéo, ainsi que l’enregistrement d’une répétition qu’on trouve sur le Web et dont le son est à peine moins mauvais, je n’y comprends quasiment rien. Quelques vers complets, quelques lambeaux par ci par là, c’est tout. Il est vrai que mon portugais ne s’améliore pas, au contraire.
Le poème est fait que quatre quatrains, tous suivis du même vers en forme de refrain : « Nossa Senhora não quis » (« Notre Dame ne l’a pas voulu »). Le premier quatrain commence par « Rosa que eu trago em meu seio » (« Rose que je porte à la poitrine ») et se clôt par « Mas o amor nunca mais veio » (« Mais l’amour n’est plus jamais venu »). Le dernier pourrait être (sans certitude aucune) :
Perdão perdão Padroiera
P’ra fazer o que desfiz
Só sei cantar à maneira
Do povo do meu paísPardon, pardon, sainte patronne,
Pour faire ce que j’ai défait
Je ne sais que chanter
Comme le peuple de mon pays.
Je ne suis raisonnablement sûr que des deux derniers vers.
Amália Rodrigues chantera à nouveau Padroiera au Coliseu dos recreios à Lisbonne, lors du dernier récital de sa vie, en décembre 1994 (il en existe un enregistrement, dont l’écoute est cruelle). Elle était à l’époque extrêmement affaiblie par un cancer des poumons, dont elle sera opérée l’année suivante. Sa voix n’y survivra pas : détruit, le chant ne reviendra jamais.
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Tarantella del Gargano
Une friandise pour commencer cette fin de semaine : la délicieuse et célèbre Tarantella del Gargano. Il en existe une pléthore d’enregistrements. En voici deux. Le premier par Giuseppe (dit Pino) De Vittorio, né une veille de Noël à Leporano dans les Pouilles, accompagné par la Cappella della Pietà de’ Turchini, ensemble de musique ancienne dirigé par Antonio Florio. Le second par l’éclectique Napolitain Daniele Sepe avec la chanteuse Brunella Selo.
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Pino De Vittorio | Tarantella del Gargano. Paroles et musique traditionnelles (Italie, XVIIe siècle).
Pino De Vittorio, ténor ; Cappella della Pietà de’ Turchini, ensemble instrumental et vocal ; Antonio Florio, dir.
1ère publication dans l’album Oh cielo, oh ammore (Cantate Napoletane dell’età barocca ; I). Italie, ℗ 1992.
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Sta donnì, accomme j’eia fà p’ amà ‘sta donni?
Ah de rose ce l’eja fà nu bellu giardini,
‘ndorne pe ‘ndorni l’eja annammurari,
di preta preziosi e ori fini,
ammezzi ‘nce l’eja cavà ‘na brava funtani,
j’eja fà corri l’acqua surgentivi,
‘ncoppa ce lu metto n’auciello a cantari.
Cantavi e repusavi bella dicevi:
e pi vui so’ addivintati n’auciello,
pi farimi ‘nu suonno accanto a voi bella madonna.
Me l’ha fatto ‘nnammurà la cammenatura e lu parla’,
si bella tu nun ce jve ‘nnammura’ nun me facive,
ah uei lì uei llà.
Ah pi ‘nciuè ‘sta ‘ncagnata che vuò da me,
mammeta lu sape e lo vò dicere pure a me.
Anonyme (Italie, XVIIe siècle). Tarantella del Gargano.
Comme c’est généralement le cas des chansons populaires, les paroles ne sont pas fixées. Celles transcrites ici sont données à titre indicatif.
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Daniele Sepe | Tarantella del Gargano. Paroles et musique traditionnelles (Italie, XVIIe siècle).
Brunella Selo, chant ; ensemble instrumental ; Daniele Sepe, dir.
Extrait de l’album Vite perdite / Daniele Sepe. Italie, ℗ 1993.
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Dona Filipa | Miguel Amaral & Yuri Reis
En tant que duo, ils débutent. Mais Miguel Amaral (guitare portugaise) et Yuri Reis (guitares) sont deux musiciens chevronnés, le premier s’intéressant davantage à la musique portugaise, le second à celle du Brésil et notamment au choro. Originaires de Porto l’un et l’autre, ils cultivent soigneusement cette identité septentrionale et se prévalent de l’influence de maîtres locaux, tels que José Fontes Rocha (1926-2011) ou José Nunes (1916-1979) dont ils exécutent ici une des compositions.
Leur premier album, Saudade, sort en octobre.
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Miguel Amaral & Yuri Reis | Dona Filipa. José Nunes, musique.
Miguel Amaral, guitare portugaise ; Yuri Reis, « violão de 7 cordas » (guitare brésilienne à 7 cordes). Extrait de l’album Saudade, Portugal, 2019 (à paraître).
Vidéo : Krystallenia Batziou, réalisation. Portugal, 2018.
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Par comparaison, voici Dona Filipa dans l’interprétation de son auteur. José Nunes, bien que natif de Porto, est arrivé à Lisbonne à l’âge de six ans : son jeu est en effet très lisboète. Il a été l’un des accompagnateurs d’Amália Rodrigues comme le sera, après lui, José Fontes Rocha.
José Nunes (1916-1979) | Dona Filipa. José Nunes, musique.
José Nunes, guitare portugaise ; Francisco Perez Andion (« Paquito »), guitare. Portugal, date inconnue (années 1960?).
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