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Fado da Loucura. 1. « Sou do fado »

18 mars 2022

Chorai, chorai,
Poetas do meu país,
Troncos da mesma raíz,
Da vida que nos juntou.

Joaquim Frederico de Brito (1894-1977). Sou do fado (19.. ?)

Pleurez, pleurez,
Poètes de mon pays,
Troncs nés de la même racine,
De cette vie qui nous a réunis.

Ce nom : Fado da loucura (« Fado de la folie »), semble résonner avec l’horreur du monde présent ; par bonheur il ne s’agit ici que de « folie » existentielle. Quoique ancien — sa composition par Júlio de Sousa (1906-1966) remonte à 1930 —, ce fado a connu à partir des années 2000 un regain de vogue auprès des vedettes du fado commercial : Mariza et Ana Moura notamment.

Ana MouraLoucura (Sou do fado). Joaquim Frederico de Brito, paroles ; Júlio Campos de Sousa, musique (Fado Loucura).
Ana Moura, chant ; Custódio Castelo, guitare portugaise ; Jorge Fernando, guitare ; Filipe Larsen, basse acoustique.
Vidéo : Aucune information de production. Capté lors d’un spectacle donné au CCB (Centro cultural de Belém), Lisbonne, en 2007.

Comme tous les fados dits « traditionnels », ou « castiços » (« authentiques »), la musique du Fado Loucura a subi de multiples réemplois sur les textes les plus divers. Cependant trois de ces textes, dont celui de la version originale, sont l’œuvre du même homme : Frederico de Brito (1894-1977) dit « Britinho », un auteur-compositeur de renom qui travaillait pour le gratin des artistes de son époque. Les trois ont pour thème une « folie » et leurs refrains commencent par la même injonction : « Chorai, chorai » (« Pleurez, pleurez »), en écho à la célèbre complainte sur la mort de Maria Severa (1820-1846), fadiste mythique du XIXe siècle : « Chorai, fadistas, chorai / Que a Severa já morreu » (« Pleurez, fadistes, pleurez / Car voici que la Severa est morte » [Teófilo Braga, Fado da Severa, 1848]).

Ana Moura, lors de ce concert donné à Lisbonne en 2007 où elle est accompagnée à la guitare portugaise par l’excellent mais toujours histrionique Custódio Castelo, interprète le Fado Loucura dans l’une de ces trois versions, celle qui est aujourd’hui la plus connue : « Sou do fado » (« J’appartiens au fado »).


Sou do fado!
Como sei!
Vivo um poema cantado,
De um fado que eu inventei.

J’appartiens au fado,
Je le sais !
Ma vie est un poème chanté,
Un fado que j’ai inventé.

A falar,
Não posso dar-me,
Mas ponho a alma a cantar,
E as almas sabem escutar-me.

Quand je parle
Je ne sais rien dire,
Mais dans le chant mon âme se livre
Et les âmes savent l’écouter.

Chorai, chorai,
Poetas do meu país,
Troncos da mesma raíz,
Da vida que nos juntou.

Pleurez, pleurez,
Poètes de mon pays,
Troncs nés de la même racine,
De cette vie qui nous a réunis.

E se vocês
Não estivessem a meu lado,
Então, não havia fado,
Nem fadistas como eu sou!

Et si
Vous n’étiez pas à mes côtés,
Alors il n’y aurait pas de fado,
Ni de fadistes comme moi !

Esta voz,
Tão dolorida,
É culpa de todos vós,
Poetas da minha vida.

Cette douleur
Dans ma voix
Vient de vous,
Poètes de ma vie.

É loucura!
Oiço dizer,
Mas bendita esta loucura,
De cantar e de sofrer.

J’entends dire :
C’est de la folie !
Mais bénie soit cette folie
De chanter et de souffrir.
Joaquim Frederico de Brito (1894-1977). Sou do fado (19.. ?)
Joaquim Frederico de Brito (1894-1977). J’appartiens au fado, traduit par L. & L. de : Sou do fado (19.. ?)

Cette version, probablement créée par Berta Cardoso (1911-1997) puis enregistrée en 1963 par Carlos do Carmo, sonne comme une profession de foi fadiste, dont l’usage par certains artistes relève d’ailleurs de la célèbre méthode Coué. Son texte reprend un des lieux communs d’un certain type de fado, le « fado-destin », selon lequel « l’être fadiste » serait une grâce — ou une pathologie — congénitale. C’est à dire que, à l’inverse de la célèbre déclaration de Simone de Beauvoir relative à la féminité, on ne deviendrait pas fadiste : on naîtrait tel, ou telle. « Como se nasce poeta / Também se nasce fadista » (« Comme on naît poète, / De même on naît fadiste »), entend-on par exemple dans le Fado da Adiça créé en 1956 par Amália Rodrigues, qui confirme d’ailleurs la communauté de destin entre fadistes et poètes, « troncs nés de la même racine ».

Voici trois autres interprétations de Sou do fado. L’une (la plus belle, selon moi), par Carlos Zel. La seconde, par Mísia sur son premier album (1991), qui s’embarrasse encore d’afféteries. La troisième est celle de Carlos do Carmo à laquelle il a été fait référence plus haut. Il effectuait lui aussi ses débuts discographiques, pour lesquels il est malheureusement accompagné par un orchestre de variétés.

Carlos Zel (1950-2002)Loucura (Sou do fado). Joaquim Frederico de Brito, paroles ; Júlio Campos de Sousa, musique (Fado Loucura).
Carlos Zel, chant ; [António Chaínho, guitare portugaise ; Nel Garcia ?, guitare].
Vidéo : Extrait d’une émission de télévision non identifiée. Production : Portugal, RTP (Rádio e Televisão de Portugal), 19??.

MísiaLoucura (Sou do fado). Joaquim Frederico de Brito, paroles ; Júlio Campos de Sousa, musique (Fado Loucura).
Mísia, chant ; António Chaínho, guitare portugaise ; Carlos Proença, guitare ; Pedro Nóbrega, basse acoustique.
Extrait de l’album Mísia. Portugal, ℗ 1991.

Carlos do Carmo (1939-2021)Loucura (Sou do fado). Joaquim Frederico de Brito, paroles ; Júlio Campos de Sousa, musique (Fado Loucura).
Carlos do Carmo, chant ; Orquestra de Joaquim Luiz Gomes.
Première publication dans le disque 45t Loucura ; Estranha forma de vida ; Lisboa casta princesa ; Viela / Carlos do Carmo. Portugal, ℗ 1963.

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