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Geraldo Vandré | Pra não dizer que não falei das flores (Caminhando)

16 octobre 2019

Pelas ruas marchando
Indecisos cordões
Ainda fazem da flor
Seu mais forte refrão
E acreditam nas flores
Vencendo o canhão.
Geraldo Vandré. Pra não dizer que não falei das flores (1968).

Dans les rues certains marchent
En cortèges indécis
Et leurs refrains célèbrent
Le pouvoir de la fleur.
Ils croient encore que les fleurs
Peuvent vaincre les canons.

Cet été, vous avez sans aucun doute écouté à la radio la série de Marcel Quillivéré Carrefour des Amériques, consacrée au Brésil. « 40 épisodes pour découvrir son histoire musicale des années 20 aux années 1980 », annonce la page de l’émission sur le site de France Musique, qui donne accès au sommaire et à la réécoute de chacun desdits épisodes. Un régal – et une aubaine pour ceux qui, comme moi, n’ont pour ainsi dire pas de connaissance du sujet.

C’est dans l’un de ces épisodes – le 34e, consacré au Tropicalisme de Gilberto Gil et Caetano Veloso – que j’ai découvert Pra não dizer que não falei das flores (« Pour ne pas dire que je n’ai pas parlé des fleurs »), de Geraldo Vandré, une chanson de 1968 connue aussi sous son incipit Caminhando (« En marchant »). Je dois dire que je n’avais jusqu’alors entendu parler ni de la chanson (très célèbre pourtant), ni de son auteur et interprète.

Geraldo Vandré | Pra não dizer que não falei das flores. Geraldo Vandré, paroles & musique.
Geraldo Vandré, chant, guitare ; [Marconi Campos, guitare ?].
Brésil, ℗ 1968.

Un rythme de marche, un refrain à la mélodie efficace, facile à retenir et à chanter, un accompagnement de guitare sans chausse-trapes : on croirait, à l’entendre de loin, une de ces chansons de révolte ou de lutte comme les années 60 et 70 en ont produit en quantité, surtout en Amérique latine hispanophone. Ou bien au Portugal, ou ailleurs en Europe, ou même en Amérique du Nord.

En effet il s’agit de ce type de chanson. Mais celle-ci est brésilienne. Elle a connu un retentissement considérable à sa création, fin 1968. Vem, vamos embora / Que esperar não é saber / Quem sabe faz a hora / Não espera acontecer, dit le refrain (« Viens, partons, / Attendre n’est pas savoir / Quand on sait on agit / On n’attend pas les événements »), devenu une sorte d’hymne de la résistance au régime de dictature militaire installée dans le pays depuis le coup d’état du 31 mars 1964.

Nul doute que le tumulte du Festival international de la chanson populaire de Rio de 1968, dans laquelle Pra não dizer que não falei das flores était engagée, y a contribué. La chanson, pourtant massivement soutenue par le public, ne sera classée qu’en deuxième position par un jury soupçonné de dépendance envers l’armée au pouvoir (ce qui sera avéré des années plus tard). La chanson victorieuse, la splendide Sabiá, de Tom Jobim et Chico Buarque – aujourd’hui un classique – sera copieusement huée lors de sa présentation par le duo Cynara e Cybele. Idem de celle de Caetano Veloso dont le titre reprend un des slogans de Mai 68, É proibido proibir (« Il est interdit d’interdire »). Caetano, ulcéré, s’emportera vigoureusement contre le public dans un discours improvisé resté célèbre. Geraldo Vandré lui-même, au moment de ré-exécuter sa chanson après l’annonce des résultats, ne parviendra pas à calmer la foule en colère, comme on l’entend dans la captation réalisée alors sur le vif :

Geraldo Vandré | Pra não dizer que não falei das flores. Geraldo Vandré, paroles & musique.
Geraldo Vandré, chant, guitare.
Captation : Rio de Janeiro (Brésil), gymnase du Maracanãzinho, 29 septembre 1968, dans le cadre du 3e Festival international de la chanson populaire (IIIo Festival internacional da canção popular) organisé par TV Globo.
………
Transcription de l’échange avec le public :
« Olha, sabe o que eu acho? Eu acho… Uma coisa só… Mas Antônio Carlos Jobim e Chico Buarque de Holanda merecem nosso respeito [applaudissements]. A nossa função é fazer canções. A função de julgar, neste instante, é do júri que está ali… [huées] Um momento!… [huées] Por favor, por favor… [huées] E tem mais uma coisa só. Pra vocês, pra vocês que continuam pensando que me apóiam vaiando. [Foule: « É marmelada, é marmelada… »] Gente, gente! Por favor! [Foule: « É marmelada, é marmelada… »] … Olha, tem uma coisa só. A vida não se resume em festivais… »
Traduction :
« Écoutez, vous savez ce que je pense ? Je pense… Juste une chose… Mais Antônio Carlos Jobim et Chico Buarque de Holanda méritent notre respect [applaudissements]. Notre rôle est de faire des chansons. Celui de juger, en ce moment, revient au jury qui est là… [huées] Attendez !… [huées] S’il vous plaît, s’il vous plaît… [huées] Juste une chose. Pour vous, pour vous qui pensez que vous m’aidez en huant… [Foule : C’est une arnaque ! »] S’il vous plaît, s’il vous plaît !… [Foule : Arnaque ! Arnaque ! »] … Écoutez, juste une chose. La vie ne se résume pas à des festivals… »

Le 13 décembre suivant, la promulgation de « l’Acte institutionnel numéro 5 » (AI-5), durcissant le régime de manière significative, obligera Geraldo Vandré comme bien d’autres (Caetano Veloso et Gilberto Gil, par exemple) à l’exil. Sa carrière artistique n’y survivra guère.

Há soldados armados
Amados ou não
Quase todos perdidos
De armas na mão
Nos quartéis lhes ensinam
Uma antiga lição
De morrer pela pátria
E viver sem razão…
Il y a des soldats armés,
Aimés ou non,
Presque tous perdus,
Les armes à la main.
Dans les casernes on leur enseigne
Cette vieille leçon :
Mourir pour la patrie
Et vivre sans raison.
Vem, vamos embora
Que esperar não é saber
Quem sabe faz a hora
Não espera acontecer…
Viens, partons,
Attendre n’est pas savoir
Quand on sait on agit
On n’attend pas les événements.
Nas escolas, nas ruas
Campos, construções
Somos todos soldados
Armados ou não
Caminhando e cantando
E seguindo a canção
Somos todos iguais
Braços dados ou não…
Dans les écoles, dans les rues,
Les champs ou les chantiers,
Nous sommes tous des soldats,
Armés ou non.
Quand on marche en chantant
En suivant la chanson,
On est tous égaux
Qu’on se donne le bras ou non.
Pelos campos há fome
Em grandes plantações
Pelas ruas marchando
Indecisos cordões
Ainda fazem da flor
Seu mais forte refrão
E acreditam nas flores
Vencendo o canhão.
La faim sévit
Dans les grandes plantations.
Dans les rues certains marchent
En cortèges indécis
Et leurs refrains célèbrent
Le pouvoir de la fleur.
Ils croient encore que les fleurs
Peuvent vaincre les canons.
Os amores na mente
As flores no chão
A certeza na frente
A história na mão
Caminhando e cantando
E seguindo a canção
Aprendendo e ensinando
Uma nova lição…
Les amours en tête,
Les fleurs laissées au sol,
La certitude devant nous,
L’histoire dans nos mains,
Nous marchons en chantant.
En suivant la chanson,
Nous apprenons et enseignons
Une nouvelle leçon.
Geraldo Vandré. Pra não dizer que não falei das flores (1968).
Geraldo Vandré. Pra não dizer que não falei das flores (1968). Traduction L. & L.

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