Amália Rodrigues • Asas fechadas (1962)
Comment évaluer aujourd’hui la réception du Disco do busto (« disque du buste ») dans le Portugal de 1962 ? L’album prenait à rebrousse-poil le public habituel d’Amália Rodrigues et déconcertait jusqu’à ses guitaristes ; mais il avait aussi de quoi surprendre les personnes qui éteignaient la radio quand y passait un de ses titres – elle qui était tenue par beaucoup pour une « icône du régime » selon une expression répandue. « Busto », déroutant pour tout le monde, a été un album iconoclaste.
Difficile cependant d’établir aujourd’hui ce qui dérangeait le plus à l’époque : était-ce la présence sur l’album d’une chanson (Abandono) dont le texte évoquait sans ambages la prison la plus dure du Portugal, celle où étaient enfermés les prisonniers politiques les plus gênants ? Ou bien les musiques des nouvelles chansons, si peu semblables à celles du fado traditionnel, si bizarres que l’un des deux guitaristes d’Amália persiflait quand il s’agissait de les jouer : « Allez, on va à l’opéra maintenant ! » – des musiques d’ailleurs composées par un Français ? Ou encore les textes, trop recherchés, « élitistes » comme on dirait aujourd’hui ? À l’époque on a parlé de poèmes « à la Picasso ».
Le fait est que la première plage de l’album, Asas fechadas (« Ailes repliées »), est une réussite en fait d’étrangeté, au point d’en paraître provocante. Et puisque Amália n’avait encore rien enregistré d’Alain Oulman, c’est avec ce titre-là que le public le découvre.
Dans le Fado, la base rythmique est généralement bien marquée, on entend toujours un battement, une palpitation : la guitare classique est là pour ça. La musique d’Asas fechadas, une sorte de valse lente dont la pulsation se perçoit à peine, paraît au contraire inerte.
Les paroles ne sont pas en reste. Luís de Macedo, auteur de plusieurs fados enregistrés par la chanteuse au cours des années précédentes, s’est surpassé : « Asas fechadas / Dizem dois sentidos / Ambos iguais, / E versos verticais » (« Ailes repliées : / Elles disent deux choses / D’égale importance / Et un poème vertical »). De là peut-être l’accusation d’hermétisme et la référence malicieuse à Picasso.
Mais c’est quand même Amália, c’est sa voix splendide si présente sur ces enregistrements magnifiquement captés, si bien mise en valeur par l’accompagnement instrumental réduit à une guitare portugaise, une guitare classique et quelques rehauts de piano.
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Amália Rodrigues (1920-1999) • Asas fechadas. Luís de Macedo, paroles ; Alain Oulman, musique.
Amália Rodrigues, chant ; José Nunes, guitare portugaise ; Castro Mota, guitare classique ; Alain Oulman, piano.
Enregistrement : Teatro Taborda, Lisbonne (Portugal), 1962.
1ère publication : Portugal, 1962.
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Asas fechadas
São cansaço ou queda
Pedra lançada
Ou vôo que repousa
Em meu sorriso, a minha entrega
Que meu olhar não ousa…
Ailes repliées :
Lassitude ou chute,
Pierre lancée
Ou vol qui se repose.
Dans mon sourire, mon offrande
Que mon regard n’ose.
Asas fechadas
Dizem dois sentidos
Ambos iguais,
E versos verticais
No teu sorriso só pressinto
Um sofrimento mais.
Ailes repliées :
Elles disent deux choses
D’égale importance
Et un poème vertical.
Dans ton sourire je ne pressens
Qu’une nouvelle souffrance.
Asas fechadas
Desce, quem subiu
Buscar a terra
É ter falhado o céu
Nos sorrisos indecisos
Outro sonho nasceu.
Ailes repliées :
Descendre après s’être élevé.
Chercher la terre
C’est n’avoir pas trouvé le ciel.
Dans les sourires indécis
Est né un autre rêve.
Asas fechadas
Sonho ou desespero
Ponto final
Ou ascensão sem par
Nestes sorrisos espero
Por não saber chorar.
Ailes repliées :
Rêve ou désespoir,
Point final
Ou ineffable ascension.
J’espère ces sourires
Faute de savoir pleurer.
É prudente o silêncio
De quem só sabe sonhar.
Prudent est le silence
De celui qui ne sait que rêver.
Luís de Macedo (1925-1987). Asas fechadas (vers 1960).
Luís de Macedo (1925-1987). Ailes repliées, traduit de : Asas fechadas (vers 1960) par L. & L.
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Amália Rodrigues (1920-1999)
Asas fechadas ; Cais de outrora ; Estranha forma de vida… (1962)
Asas fechadas ; Cais de outrora ; Estranha forma de vida… / Amália Rodrigues, chant ; ; José Nunes, guitare portugaise ; Castro Mota, guitare classique ; Alain Oulman, production artistique. — Production : Portugal : Valentim de Carvalho, ℗ 1962.
Avec la participation d’Alain Oulman, piano, sur 3 titres. Enregistrement : Teatro Taborda, Lisbonne (Portugal), 1962.
Généralement désigné sous le titre : « Album do busto » ou « Busto ».
1ère publication : Portugal, 1962. Disque 33 t 30 cm. Columbia SX 1440.
1. Asas fechadas / Luís de Macedo, paroles ; Alain Oulman, musique.
2. Cais de outrora / Luís de Macedo, paroles ; Alain Oulman, musique.
3. Estranha forma de vida / Amália Rodrigues, paroles ; Alfredo Marceneiro, musique.
4. Maria Lisboa / David Mourão Ferreira, paroles ; Alain Oulman, musique.
5. Madrugada de Alfama / David Mourão Ferreira, paroles ; Alain Oulman, musique.
6. Abandono / David Mourão Ferreira, paroles ; Alain Oulman, musique.
7. Aves agoirentas / David Mourão Ferreira, paroles ; Alain Oulman, musique.
8. Povo que lavas no rio / Pedro Homem de Melo, paroles ; Joaquim Campos, musique.
9. Vagamundo / Luís de Macedo, paroles ; Alain Oulman, musique.
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La décennie des années 60 est considérée par tous les biographes et spécialistes de l’œuvre d’Amália Rodrigues comme celle de l’accomplissement, celle de la plénitude et de la grâce. Le rôle qu’y a joué le compositeur et éditeur français Alain Oulman (1928-1990) est essentiel : en procurant à la chanteuse des musiques nouvelles, composées au piano et libres de toute référence aux modèles du fado traditionnel de Lisbonne et à leur structure strophique contraignante, il mettait à sa disposition un répertoire à la mesure de sa voix et des potentialités, encore non exprimées, qu’il y pressentait.
C’est à Paris, dans les coulisses de l’Olympia, probablement en 1959 (la fadiste y était programmée du 22 janvier au 16 février), que s’est produite la rencontre. Là, avant le tour de chant, cet homme qu’Amália ne connaissait aucunement et qu’elle reçoit cependant, exécute fiévreusement sur un piano la mélodie de ce qui allait devenir Vagamundo dans l’album sans titre de 1962, à la pochette illustrée d’un buste sculpté d’Amália et désigné depuis sous le nom de Disco do busto (« disque du buste »), ou, simplement Busto.
Foi antes de um espectáculo no Olympia que, finalmente, a abordei com uma música que ainda não tinha poema. Toquei-a, apressado, ali mesmo, num piano que estava nas bastidores e o certo é que a música lhe agradou e ela me sugeriu que procurasse, em Paris, Luís de Macedo, para o poema…
Alain Oulman (1928-1990), entrevue parue dans : A Capital, 37 février 1971. Cité dans : As mãos que trago : Alain Oulman 1928-1990, Portugal, EGEAC, 2009, ISBN 978-989-8167-05-7, p. 36.C’est avant un spectacle à l’Olympia que je l’ai finalement abordée, avec une musique qui n’avait pas encore de paroles. Je l’ai jouée, un peu précipitamment, sur un piano qui se trouvait dans les coulisses et il est certain qu’elle lui a plu ; elle m’a suggéré d’aller voir Luís de Macedo, à Paris, pour le poème.
Luís de Macedo était le nom de plume de Luís Chaves de Oliveira, un attaché d’ambassade en poste dans la capitale française et de qui Amália Rodrigues chantait déjà plusieurs poèmes, notamment Cansaço ou encore Lago (voir le billet Amália Rodrigues • Lago (1958)).
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Amália Rodrigues (1920-1999) • Vagamundo. Luís de Macedo, paroles ; Alain Oulman, musique.
Amália Rodrigues, chant ; José Nunes, guitare portugaise ; Castro Mota, guitare classique.
Enregistrement : Teatro Taborda, Lisbonne (Portugal), 1962.
1ère publication : Portugal, 1962.
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Cette rencontre et cet album marquent une rupture dans la carrière d’Amália Rodrigues. Une rupture nette, comme si désormais une seconde carrière commençait. Il y a rupture aussi avec l’univers du fado traditionnel, et la portée de cette rupture-là s’étend à l’histoire même du fado : de cette nouvelle manière d’Amália, plus libre musicalement, marquée par la culture d’Oulman, son goût et sa connaissance de la poésie portugaise, est issu le courant le plus abondant du fado contemporain.
Dès 1961 des fados d’Alain Oulman sont chantés à la télévision. Amália en donne six au cours d’une émission de 50 minutes qui lui est consacrée. Parmi ceux-ci Vagamundo, qui était déjà intégré depuis juin 1959 au répertoire de scène de la chanteuse.
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Amália Rodrigues (1920-1999) • Vagamundo. Luís de Macedo, paroles ; Alain Oulman, musique.
Amália Rodrigues, chant ; José Nunes, guitare portugaise ; Castro Mota, guitare classique.
Extrait de l’émission de télévision Fados de Amália Rodrigues. Fernando Frazão, réalisation ; Fernando Pessa, présentation ; Amália Rodrigues, José Nunes, Castro Mota, participants. Production : RTP [Rádio e Televisão de Portugal], Portugal, 1961.
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Já disse adeus a tanta terra, a tanta gente,
Nunca senti meu coração tão magoado,
Inquieto por saber que o tempo vai passando
E tu vais esquecer o nosso fado.
J’ai déjà dit adieu à tant de lieux, à tant de gens,
Jamais je n’ai senti mon cœur si plein de peine
Et d’inquiétude car je sais que le temps passe
Et que tu oublieras notre fado.
Partidas,
cada vez mais sombria, cansada,
São nuvens negras em céu azul,
São ondas de naufrágio em mar fundo.
No meu deserto não vejo abrigo
Sem ter o amor neste mundo.
Ces départs,
Qui me voient toujours plus sombre, plus lasse,
Sont des nuages noirs dans un ciel bleu,
Des vagues de naufrage en mer profonde.
Dans mon désert je ne vois nul refuge
Si je reste privée d’amour en ce monde.
Mas se eu voltar, e como penso me esqueceste,
Troco por outro o coração amargurado.
Tentarei não fazer mais castelos no ar
E nunca mais viver um outro fado.
Mais si je reviens et si, comme je le pense, tu m’as oubliée
J’échangerai contre un autre mon cœur amer.
J’essaierai de ne plus faire de châteaux en Espagne
Et de ne plus jamais vivre un autre fado.
Luís de Macedo (1925-1987). Vagamundo (1959 ?).
Luís de Macedo (1925-1987). Vagamundo, traduit de : Vagamundo (1959 ?) par L. & L.
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Tosca & Sílvia Pérez Cruz • Piazza grande
Le 70e Festival de la chanson italienne (appelé communément « Festival de Sanremo »), célèbre télé-crochet dédié à la gloire de la variété italienne, a lieu cette semaine. Il se déroule sur cinq soirées consécutives, interminables, retransmises sur la principale chaîne de télévision italienne (Rai 1), qui bat des records d’audience à cette occasion.
La troisième de ces cinq soirées, consacrée à des reprises (des « covers » comme on dit de nos jours, notamment en Italie, friande d’anglicismes encore plus que la France), avait lieu hier soir 6 février. Les 24 concurrents devaient interpréter, éventuellement en duo avec un autre interprète spécialement invité pour l’occasion, une chanson de leur choix parmi celles ayant concouru lors des éditions précédentes du Festival.
C’est ainsi qu’on a pu voir Sílvia Pérez Cruz, sollicitée par la chanteuse Tosca, se produire dans ce lieu où nul ne se serait attendu à la rencontrer. Pas sûr d’ailleurs que les types de voix des deux chanteuses s’accordent parfaitement. Voyez. (Ne s’est-elle pas un peu potelée, la Sílvia ?)
Attention, il faut deux clics pour visionner la vidéo : un clic ci-dessous, puis un second sur le lien « Rendez-vous sur… ». La RAI, mauvaise camarade, a en effet désactivé la lecture directe des vidéos de Sanremo sur des sites tiers.
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Tosca & Sílvia Pérez Cruz • Piazza grande. Gianfranco Baldazzi, Lucio Dalla, Rosalino Cellamare (« Ron »), Sergio Bardotti, paroles & musique.
Tosca & Sílvia Pérez Cruz, chant ; Joe Barbieri, arrangement ; Giovanna Famulari, violoncelle ; Massimo De Lorenzi, guitare ; Orchestra di musica leggera del Festival di Sanremo ; Valeriano Chiaravalle, direction. Captation : Sanremo (Ligurie, Italie), Teatro Ariston, 6 février 2020, dans le cadre du 70e Festival della canzone italiana (« Festival di Sanremo »).
Vidéo : production RAI (Radiotelevisione Italiana), Italie, 2020. Première diffusion : 6 février 2020 (Italie : Rai 1, en direct).
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Le duo avait choisi d’interpréter Piazza grande, une chanson qui parle gentiment d’un SDF (j’ai appris il y a quelques jours qu’on dit désormais « SRS », pour « sans résidence stable », vous le saviez ?), présentée par Lucio Dalla en 1972 au Festival de Sanremo. Sa musique doit paraît-il beaucoup à celle de Vou dar de beber à dor (adaptée en français sous le titre « La maison sur le port »), composée par Alberto Janes pour Amália Rodrigues. Le fait est. Le rythme, le tempo et la structure des deux chansons sont identiques. On peut chanter les paroles de l’une sur la mélodie de l’autre.
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Lucio Dalla (1943-2012) • Piazza grande. Gianfranco Baldazzi, Lucio Dalla, Rosalino Cellamare (« Ron »), Sergio Bardotti, paroles & musique.
Lucio Dalla, chant ; Joe Barbieri, arrangement ; Giovanna Famulari, violoncelle ; Massimo De Lorenzi, guitare ; Orchestra di musica leggera del Festival di Sanremo ; Ruggero Cini, direction. Captation : Sanremo (Ligurie, Italie), Casinò di Sanremo, février 1972, dans le cadre du 22e Festival della canzone italiana (« Festival di Sanremo »).
Vidéo : production RAI (Radiotelevisione Italiana), Italie, 1972. Première diffusion : février 1972 (Italie : Rai 1, en direct).
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Santi che pagano il mio pranzo non ce n’è
Sulle panchine in Piazza Grande
Ma quando ho fame di mercanti come me qui non ce n’è
Des saints qui me paient à manger il n’y en a pas
Sur les bancs de la Grand’Place
Mais quand j’ai faim, des marchands comme moi ici il n’y en a pas.
Dormo sull’erba e ho molti amici intorno a me
Gli innamorati in Piazza Grande
Dei loro guai, dei loro amori tutto so, sbagliati e no
Je dors sur l’herbe et j’ai plein d’amis autour de moi,
Les amoureux de la Grand’Place.
De leurs malheurs, de leurs amours, de leurs erreurs, je sais tout
A modo mio avrei bisogno di carezze anch’io
A modo mio avrei bisogno di sognare anch’io
À ma manière j’aurais besoin de caresses moi aussi
À ma manière j’aurais besoin de rêve moi aussi
Una famiglia vera e propria non ce l’ho
E la mia casa è Piazza Grande
A chi mi crede prendo amore e amore do, quanto ne ho
De véritable famille, je n’en ai pas,
Et mon chez moi, c’est la Grand’Place ;
À qui me croit je prends de l’amour et j’en donne, tant que j’en ai
Con me di donne generose non ce n’è
Rubo l’amore in Piazza Grande
E meno male che briganti come me qui non ce n’è
De femmes généreuses envers moi, il n’y en a pas
Je vole l’amour sur la Grand’Place
Et heureusement qu’ici, des brigands comme moi il n’y en a pas
A modo mio avrei bisogno di carezze anch’io
Avrei bisogno di pregare Dio
Ma la mia vita non la cambierò mai mai
A modo mio quel che sono l’ho voluto io
À ma manière j’aurais besoin de caresses moi aussi
J’aurais besoin de prier Dieu
Mais ma vie, je ne la changerai jamais
À ma manière, ce que je suis c’est moi qui l’ai voulu
Lenzuola bianche per coprirci non ne ho
Sotto le stelle in Piazza Grande
E se la vita non ha sogni io li ho e te li do
Des draps blancs pour nous couvrir, je n’en ai pas
Sous les étoiles de la Grand’Place
Et si la vie n’a pas de rêves, moi j’en ai et je te les donne
E se non ci sarà più gente come me
Voglio morire in Piazza Grande
Tra i gatti che non han padrone come me attorno a me
Et si je reste le dernier à vivre ainsi,
Je veux mourir sur la Grand’Place
Entouré des chats qui sont sans patron comme moi.
Gianfranco Baldazzi (1943-2013), Lucio Dalla (1943-2012), Rosalino Cellamare (« Ron ») & Sergio Bardotti. Piazza Grande (1972).
.Gianfranco Baldazzi (1943-2013), Lucio Dalla (1943-2012), Rosalino Cellamare (« Ron ») & Sergio Bardotti. Grand’Place, traduit de : <empiazza em= » » grande (1972) par L. & L.
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haiku
horo-horo to
yamabuki chiru ka
taki no oto
ほ
ろ
ほ
ろ
と
山
吹
散
る
か
滝
の
音
Pétale après pétale
tombent les roses jaunes –
le bruit du torrent
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芭蕉 [Bashō] (1644-1694). Dans : Cent onze haiku / Bashō ; traduits du japonais par Joan Titus-Carmel. France : Éditions Verdier, DL 2003, impr. 2013. Bilingue japonais français. ISBN 978-2-86432-291-7. P. 18.
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otoroi ya
ha ni kui ateshi
nori no suna
衰
ひ
や
歯
に
喰
ひ
当
て
し
海
苔
の
砂
Ah ! C’est le déclin –
sous mes dents je sens crisser
le sable des algues !
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芭蕉 [Bashō] (1644-1694). Dans : Cent onze haiku / Bashō ; traduits du japonais par Joan Titus-Carmel. France : Éditions Verdier, DL 2003, impr. 2013. Bilingue japonais français. ISBN 978-2-86432-291-7. P. 97.
Edoardo Vianello • Guarda come dondolo
Puisque nous ne semblons guère avoir de prise ni sur les grandes affaires du monde ni sur les infimes, abîmons-nous dans le twist.
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Edoardo Vianello • Guarda come dondolo. Carlo Rossi, paroles ; Edoardo Vianello, musique.
Edoardo Vianello, chant ; orchestre dirigé par Ennio Morricone ; I Cantori Moderni di Alessandroni, chœur. Italie, 1962.
Vidéo : Edoardo Vianello, participant (avec d’autres). Source non identifiée. Il s’agit probablement d’une émission de télévision produite par la RAI (Radiotelevisione Italiana) vers 1962.
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Guarda come dondolo,
guarda come dondolo con il twist,
con le gambe ad angolo,
con le gambe ad angolo ballo il twist.
Sarà perché io dondolo,
saranno gli occhi tuoi che brillano,
ma vedo mille mille mille lucciole
venirmi incontro insieme, insieme a te!
Regarde comme je balance bien,
Regarde comme je balance avec le twist !
Les jambes pliées,
Les jambes pliées je danse le twist !
C’est sûrement parce que je balance comme ça,
Ou bien ce sont tes yeux qui brillent,
Mais je vois mille mille lucioles
Venir vers moi, en même temps que toi !
Guarda come dondolo,
guarda come dondolo con il twist,
con le gambe ad angolo,
con le gambe ad angolo ballo il twist.
Le ginocchia scendono,
le mie gambe tremano,
forse sono brividi, brividi d’amor!
Regarde comme je balance bien,
Regarde comme je balance avec le twist !
Les jambes pliées,
Les jambes pliées je danse le twist !
Mes genoux descendent,
J’ai les jambes qui tremblent,
Ce sont peut-être des frissons d’amour !
Carlo Rossi (1920-1989). Guarda come dondolo (1962).
.Carlo Rossi (1920-1989). Regarde comme je balance bien, traduit de : Guarda come dondolo (1962) par L. & L.
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Aubervilliers
À qui connaît la carrière de Germaine Montero (1909-2000), c’est évidemment sa version de la Chanson des enfants d’Aubervilliers qui est la plus familière, bien qu’elle n’en ait chanté que la moitié.
C’est la chanson d’un film, un documentaire de 1946, commandé après la Libération au cinéaste Éli Lotar (1905-1969) par la mairie (communiste) d’Aubervilliers, une ville de la petite couronne parisienne. Aubervilliers – c’est son titre – est « un film réalisé dans la banlieue parisienne au cours de l’été 45 et dont le but est d’attirer l’attention sur les conditions d’existence des « îlots insalubres » des grandes villes. L’auteur de ce film n’a pas jugé utile de montrer les quartiers plus modernes et plus hospitaliers de la petite cité d’Aubervilliers. Ce n’était pas l’objet de ce documentaire. » Tel est l’avertissement au spectateur placé au début de la pellicule, avant même le titre de l’œuvre.
Dans le film, la chanson (paroles de Jacques Prévert, musique de Joseph Kosma) est d’abord exécutée dans son entier par Fabien Loris (1906-1979) – cet acteur qu’on voit chanter Les enfants qui s’aiment au début des Portes de la nuit, de Marcel Carné. Puis la mélodie de Kosma court le long du film comme un leitmotiv, avant que Germaine Montero n’en reprenne le second couplet seul. Elle ne semble pas en avoir enregistré de version complète.
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Éli Lotar (1905-1969) • Aubervilliers (1946). Extrait. Éli Lotar, réalisation ; Éli Lotar & Jacques Prévert, scénario ; Jacques Prévert, commentaires et paroles des chansons ; Joseph Kosma, musique ; Roger Pigaut, récitant ; Christian Simon, acteur ; Germaine Montero & Fabien Loris, interprètes des chansons.
Sortie : France, 1946.
Chanson :
Germaine Montero (1909-2000) • Chanson des enfants. Extrait. Jacques Prévert, paroles ; Joseph Kosma, musique.
Germaine Montero, chant ; accompagnement d’orchestre. France, 1946.
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On pourra visionner le film entier à la fin de ce billet, et donc entendre la chanson complète chantée par Fabien Loris. En voici une autre interprétation, par Claire Leclerc (1915-2009), une chanteuse fort peu connue, en raison probablement de la brièveté de sa carrière.
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Claire Leclerc (1915-2009) • Chanson des enfants. Jacques Prévert, paroles ; Joseph Kosma, musique.
Claire Leclerc, chant ; accompagnement d’orchestre. France, 1950.
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Gentils enfants d’ Aubervilliers
Vous plongez la tête la première
Dans les eaux grasses de la misère
Où flottent les vieux morceaux de liège
Avec les pauvres vieux chats crevés
Mais votre jeunesse vous protège
Et vous êtes les privilégiés
D’un monde hostile et sans pitié
Le triste monde d’ Aubervilliers
Où sans cesse vos pères et mères
Ont toujours travaillé
Pour échapper à la misère
À la misère d’ Aubervilliers
À la misère du monde entier.Gentils enfants d’ Aubervilliers
Gentils enfants des prolétaires
Gentils enfants de la misère
Gentils enfants du monde entier.Gentils enfants d’ Aubervilliers
C’est les vacances et c’est l’été
Mais pour vous le bord de la mer
La Côte d’Azur et le grand air
C’est la poussière d’ Aubervilliers
Et vous jetez sur le pavé
Les pauvres dés de la misère
Et de l’enfance désœuvrée
Et qui pourrait vous en blâmer ?Gentils enfants d’ Aubervilliers
Gentils enfants des prolétaires
Gentils enfants de la misère
Gentils enfants d’ Aubervilliers.
Jacques Prévert (1900-1977). Chanson des enfants.
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Ci-dessous : le film complet, qui contient une autre magnifique chanson de Prévert et Kosma, interprétée par Germaine Montero : la Chanson de l’eau.
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Éli Lotar (1905-1969) • Aubervilliers. Éli Lotar, réalisation ; Éli Lotar & Jacques Prévert, scénario ; Jacques Prévert, commentaires et paroles des chansons ; Joseph Kosma, musique ; Roger Pigaut, récitant ; Christian Simon, acteur ; Germaine Montero & Fabien Loris, interprètes des chansons.
Sortie : 1946 (France).
(Au débit d’eau) y a le beau Bobby
La date d’aujourd’hui – à condition de convenir que « 2 février 2020 » se note « 02 • 02 • 2020 » – est un palindrome. Il suffit ce matin d’ouvrir son appareil à internet pour être abreuvé de cette nouvelle. Chacun y va de sa liste de palindromes plus ou moins réussis, par exemple : « kayak » ou « et la Marine va venir à Malte ». Grand bien lui fasse ; qu’elle y reste, surtout.
C’est tout.
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Charles Trenet (1913-2001) • Débit de l’eau, débit de lait. Charles Trenet & Francis Blanche, paroles ; Charles Trenet & Albert Lasry, musique.
Charles Trenet, chant ; accompagnement d’orchestre.
Extrait du film La cavalcade des heures. Yvan Noé, réalisation ; Louis A. Pascal, scénario ; Fernandel (Antonin), Charles Trenet (Charles), Meg Lemonnier (Ginette), Gaby Morlay (Geneviève, la mère de Pierrot)…, acteurs. France, 1943.
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Last day before Brexit
Que voulez-vous, ça ne pouvait pas durer n’est-ce pas, il faut bien en convenir. Un pays où on se manifeste au monde coiffée d’un pâté en croûte…
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Dusty Springfield (1939-1999) • I close my eyes and count to ten. Clive Westlake, paroles & musique.
Dusty Springfield, chant ; ensemble instrumental dirigé par Keith Mansfield.
Extrait de : Jones the Song, un épisode de la série Saturday Stars diffusé le 3 août 1968. Production : Royaume-Uni, London Weekend Television (LWT), 1968.
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… ou d’un buisson de fétuque pleureuse, vêtue d’une chemise de nuit en rayonne provenant du Mark’s & Spencer’s local est un pays absolument, fondamentalement, irrémédiablement étranger. Du reste, n’en sommes-nous pas séparés par un large détroit ?
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Dusty Springfield (1939-1999) • I close my eyes and count to ten. Clive Westlake, paroles & musique.
Dusty Springfield, chant ; ensemble instrumental dirigé par Keith Mansfield. Enregistrement : Chappel Studios, Londres (Royaume-Uni), 1er juin 1968.
Vidéo : source non identifiée. Royaume-Uni ?, vers 1968.
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« Je ferme les yeux, je compte jusqu’à 10, et quand je les ouvre… tu es toujours là », chante-t-elle.
Bien sûr, ma chère. C’est vous qui partez, en principe.
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Amália Rodrigues • Fado Alfacinha (1958)
Teus olhos, quem há que ao vê-los
Tão doces na tua face,
Não lhe apeteça comê-los
Como dois olhos de alface?
António Feijó (1859-1917). Fado Alfacinha (1926, posthume). Extrait.Qui, en voyant tes yeux,
Si suaves dans ton visage,
Ne voudrait les manger
Comme deux cœurs de salade ?
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Alfacinha est un sobriquet désignant les Lisboètes. Il est formé sur le mot alface – qui se prononce à peu de chose près comme si c’était un mot français. Ce terme, d’origine arabe comme beaucoup de mots portugais, désigne la laitue : autrefois, Lisbonne aurait été réputée pour son importante consommation de salade.
Fado Alfacinha résulte de la mise en musique de quatre des six strophes d’un poème original intitulé Guitarra (« Guitare ») dû à António Feijó (1859-1917), un poète généralement rattaché au mouvement parnassien. Relativement peu influent au Portugal, le Parnasse semble au contraire avoir rencontré un écho considérable au Brésil, où António Feijó a accompli la première partie de sa carrière de diplomate (poursuivie en Suède où il est mort en 1917).
La musique très allante composée par Jaime Santos (qui assure avec un merveilleux brio la partie de guitare portugaise sur l’enregistrement), devenue un classique, a été largement réutilisée avec d’autres textes sous le nom du fado pour lequel elle a été conçue : Fado Alfacinha.
J’aime beaucoup ces enregistrements des années 1950 et cette voix d’Amália, encore légère et d’une très grande agilité. Quelques mois encore et elle basculera dans la période marquée par la rencontre avec Alain Oulman. La tonalité musicale du répertoire changera profondément, et avec elle la voix qui s’y adaptera naturellement.
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Amália Rodrigues (1920-1999) • Fado Alfacinha. António Feijó, paroles ; Jaime Santos, musique (Fado Alfacinha).
Amália Rodrigues, chant ; Jaime Santos, guitare portugaise ; Santos Moreira, guitare classique.
Première publication : Portugal : Alvorada, 1958.
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Faz da noite confidente…
A noite é sempre calada:
Escuta o que diz a gente
E nunca repete nada.
Fais de la nuit une confidente…
La nuit toujours se tait :
Elle écoute ce que dit le monde
Et jamais n’en répète rien.
Teus olhos são passarinhos
Que ainda não podem voar…
Cuidado! Que andam aos ninhos
Os rapazes do lugar…
Tes yeux sont des oisillons
Qui ne savent pas encore voler…
Fais attention aux garçons !
Car ce sont des dénicheurs…
Teus olhos, quem há que ao vê-los
Tão doces na tua face,
Não lhe apeteça comê-los
Como dois olhos de alface?
Qui, en voyant tes yeux,
Si suaves dans ton visage,
Ne voudrait les manger
Comme deux cœurs de salade ?
O Fado tem tal encanto,
Que é diverso em cada hora…
Suspira, guitarra, chora!
Cada hora tem seu pranto…
Le Fado est un tel enchantement
Qu’il est toujours différent…
Soupire, guitare, pleure !
Les heures ont chacune leur pleur…
António Feijó (1859-1917). Fado Alfacinha. Adapté de Guitarra, dans : Novas Bailatas (1926, posthume).
.António Feijó (1859-1917). Fado Alfacinha, traduit de : Fado Alfacinha. Adapté de Guitarra, dans : Novas Bailatas (1926, posthume) par L. & L.
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