Voici qu’elle se met à chanter pour elle seule
M. D. :
Et puis elle dit : vous savez, moi, personnellement, je crois que Karl Marx, c’est fini.Silence.
M. D. :
Et puis elle recommence à chanter.
Elle ferme les yeux.(Temps.)
Elle voit des choses derrière ses yeux.
G. D. :
La fin du monde.
Marguerite Duras (1914-1996). Le camion (1977). Dans : Le camion / Marguerite Duras. Suivi de Entretien avec Michelle Porte, Les Éditions de Minuit, impr. 2006, ISBN 2-7073-0179-5, pages 60-61.
M. D. : Marguerite Duras. G. D. : Gérard Depardieu.
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Albertina Maria Lucas.
Vidéo : Tiago Pereira & Cláudia Faro, réalisation et son ; Albertina Maria Lucas, participante ; Marcelo Almeida, production. Enregistré à Sanfins (Chaves, Vila Real, Trás os Montes, Portugal), le 16 novembre 2015.
(A música portuguesa a gostar dela própria ; projeto 1330).
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[…]
[…]
Deixa-me dormir contigo
Uma noite não é nada
Eu entro pelo escuro
E saio pela madrugada
Laisse-moi dormir avec toi
Une nuit, ce n’est rien
J’entre à la nuit
Je sors à l’aube
Nem entras pelo escuro
Nem sais pela madrugada
Eu sou rapariga nova
Não quero ser difamada
Ni tu n’entres à la nuit
Ni tu ne sors à l’aube
Je suis jeune fille
Je ne veux pas être déshonorée
Não quero ser difamada
Nem por ti nem por ninguém
[…]
Je ne veux pas être déshonorée
Ni par toi, ni par aucun
[…]
Chanson traditionnelle (Trás os Montes, Portugal). Chanson traditionnelle (Trás os Montes, Portugal), trad. par L. & L.
(De cette chanson existent de nombreuses variantes, du sud au nord du Portugal. Cette captation a été réalisée dans la région de Trás os Montes, à moins de dix kilomètres de la frontière de Galice.)
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Vicissitude.

Vallée de la Bellongue (Buzan, Ariège, Occitanie, France), 21 juin 2020
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Plonger dans cette prairie grasse et drue, y nager comme dans un golfe.
Pour en ressortir le corps hérissé de tiques, merci bien.
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Gisela João • Sombras do passado
Gisela João • Sombras do passado. Ana Sofia Paiva, paroles ; Frederico Pereira, musique.
Gisela João, chant ; Ricardo Parreira, guitare portugaise & direction musicale ; Nelson Aleixo, guitare classique ; Francisco Gaspar, basse acoustique.
Enregistrement : Cascais (Portugal), pousada Pestana Cidadela, 2016.
Extrait de l’album Nua / Gisela João. Portugal, ℗ 2016.
Vidéo : Production Éphémère (Les Marais de Tasdon, La Rochelle, France), production. France, 2018 (mise en ligne).
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Venham sombras do passado
Venha tudo o que eu te dei
Venha a seiva do pecado
Venha o mal que eu rejeitei
À moi, ombres du passé,
À moi, tout ce que je t’ai donné !
À moi, la sève du péché,
À moi, le mal que j’ai repoussé !
Venham sombras do passado
À moi, ombres du passé !
Venham crimes de saudade
Pesadelos de amargura
Venham sismos à cidade
Desatar esta loucura
À moi, crimes de saudade,
Cauchemars d’amertume !
À moi, séismes ! Venez
Réduire à néant cette folie !
Venham sonhos e promessas
Ocupar o que foi teu
Venha o dia em que tropeças
Neste amor que já morreu
Que viennent rêves et promesses
Investir ce qui n’était qu’à toi,
Vienne le jour où tu trébucheras
Sur cet amour aujourd’hui mort !
Venham sonhos e promessas
À moi, rêves et promesses !
Venha vento, venha frio
A mais negra solidão
Venha a dor do teu vazio
Implorar o meu perdão
À moi le vent, à moi le froid,
Et la plus noire solitude !
Viens, douleur du vide par toi laissé,
Implorer ma mansuétude !
Venham sombras do passado
Venha tudo o que eu te dei
À moi, ombres du passé,
À moi, tout ce que je t’ai donné !
Ana Sofia Paiva. Sombras do passado (2016).
.Ana Sofia Paiva. Ombres du passé, trad. par L. & L. de Sombras do passado (2016).
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De « Mãe preta » à « Barco negro »
- Fait suite au billet : Amália Rodrigues • Barco negro
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Barco negro, on l’a dit, n’est pas un fado. L’un des titres les plus célèbres du répertoire d’Amália Rodrigues est en réalité une chanson brésilienne du début des années 1940 intitulée Mãe preta (« Mère noire ») sur laquelle de nouvelles paroles ont été écrites pour les besoins du film Les amants du Tage (France, 1954). Cela, à la demande d’Amália Rodrigues qui l’interprète dans une séquence de ce film restée fameuse.
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Mãe preta : le passé esclavagiste du Brésil
Mãe preta est l’œuvre d’un musicien et chanteur originaire de Porto Alegre, une ville de l’extrême sud du Brésil, connu sous le nom de Caco Velho (pseudonyme de Mateus Nunes, 1920-1971). Les paroles ont été retouchées par un certain Piratini (Antônio Amabile, 1906-1953), humoriste et présentateur d’une célèbre émission de radio-crochet à Porto Alegre, avant que la chanson ne soit enregistrée par un groupe nommé Conjunto Tocantins. Publié au Brésil en 1943, cet enregistrement est apparemment le premier connu de Mãe preta.
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Conjunto Tocantins • Mãe preta. Caco Velho (Mateus Nunes), Piratini (Antônio Amabile), paroles & musique.
Conjunto Tocantins, ensemble instrumental et vocal.
Brésil, 1943.
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Pele encarquilhada carapinha branca
Gandola de renda caindo na anca
Embalando o berço do filho do sinhô
Que há pouco tempo a sinhá ganhou
La peau ridée, les cheveux blanchis,
Une casaque de dentelle lui tombant sur la hanche
Elle balance doucement le berceau du fils
Que le maître vient de donner à la maîtresse.
Era assim que Mãe preta fazia
criava todo o branco com muita alegria
Porém lá na sanzala Pai João apanhava
Mãe preta mais uma lágrima enxugava
Voilà comment faisait Maman noire.
Elle s’occupait du blanc avec beaucoup d’entrain
Pendant que dans la senzala* on fouettait père João
Et Maman noire essuyait une nouvelle larme.
Mãe preta, Mãe preta
Maman noire, maman noire.
Enquanto a chibata batia no seu amor
Mãe preta embalava o filho branco do sinhô
Pendant que le fouet s’abattait sur son amour
Maman noire berçait le fils blanc du maître.
Caco Velho, pseudonyme de Mateus Nunes (1920-1971) & Piratini, pseudonyme d’Antônio Amabile (1906-1953). Mãe preta (vers 1943).
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.Caco Velho, pseudonyme de Mateus Nunes (1920-1971) & Piratini, pseudonyme d’Antônio Amabile (1906-1953). Maman noire, trad. par L. & L. de Mãe preta (vers 1943).
*Senzala ou sanzala : au Brésil, quartier d’habitation des esclaves. Voir l’article Wikipédia.
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On le voit, le thème de Mãe preta, très différent de celui de Barco negro, est ancré dans l’histoire du Brésil. L’abolition de l’esclavage au Brésil ne date officiellement que de 1888, soit une grosse cinquantaine d’années seulement avant l’écriture de la chanson, et Caco Velho était lui-même un « preto » – c’est à dire un noir. De même musicalement, Mãe preta relève d’une tradition afro-brésilienne. Dans son autobiographie, Amália Rodrigues dit avoir cru cette musique africaine :
Ao princípio, eu não sabia que a música era brasileira. Pensei até que fosse africana.
Vítor Pavão dos Santos & Amália Rodrigues. Amália : uma biografia (1987). Lisboa, Contexto, 1987, p. 125.Au début, je ne savais pas que la musique était brésilienne. J’ai même pensé qu’elle était africaine.
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Mãe preta au Portugal : Maria da Conceição (1954)
En 1954, l’année du tournage des Amants du Tage, c’est pourtant une fadiste, nommée Maria da Conceição, qui fait connaître Mãe preta au Portugal. Elle en enregistre alors deux versions différentes, l’une à la manière d’un fado, avec l’accompagnement instrumental typique du genre (guitare portugaise et guitare classique), l’autre conservant une saveur brésilienne plus marquée, avec un ensemble instrumental carioca.
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Maria da Conceição (1920-1999) • Mãe preta. Caco Velho (Mateus Nunes), Piratini (Antônio Amabile), paroles & musique.
Maria da Conceição, chant ; António Bessa, guitare portugaise ; A. Mendes, guitare ; Joel Pina, basse acoustique.
Espagne, 1954.
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Maria da Conceição (1920-1999) • Mãe preta. Caco Velho (Mateus Nunes), Piratini (Antônio Amabile), paroles & musique.
Maria da Conceição, chant ; Conjunto Regional da Rádio Nacional do Rio de Janeiro, ensemble instrumental.
Espagne ou Portugal, 1954.
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Ces deux interprétations de Mãe preta par Maria da Conceição connurent paraît-il un succès extraordinaire au Portugal. Et c’est donc cette chanson qui, ayant particulièrement plu à l’équipe française travaillant sur la préparation du tournage du film, fut proposée à Amália Rodrigues, pressentie pour y interpréter le rôle d’une fadiste.
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De Mãe preta à Barco negro : Les amants du Tage
Quando os franceses se puseram a ouvir músicas, para escolher o que ia cantar nos Amantes do Tejo, gostaram muito da Mãe Preta, uma canção brasileira, feita por um rapaz chamado Caco Velho, que era cantada aqui por uma fadista, a Maria da Conceição. A música tem muito ambiente, a letra é bonita mas não é para o meu feitio. Tem uma história muito complicada. E era do reportório de outra artista. Então pedi ao David Mourão-Ferreira para fazer uns versos. E foi o Barco Negro, com a letra dele, que é muito bonita e se conta em duas palavras, mais a música do Caco Velho, que eu cantei no filme.
Vítor Pavão dos Santos & Amália Rodrigues. Amália : uma biografia (1987). Lisboa, Contexto, 1987, p. 124.Quand les Français se sont mis à écouter des musiques pour déterminer ce que j’allais chanter dans Les amants du Tage, ils ont beaucoup aimé Mãe Preta, une chanson brésilienne écrite par un garçon qui s’appelait Caco Velho et qui était chantée au Portugal par Maria da Conceição, une fadiste. La musique a beaucoup d’atmosphère, le texte est beau mais ne me convient pas. L’histoire est très compliquée. Et elle appartenait au répertoire d’une autre artiste. Alors j’ai demandé à David Mourão-Ferreira d’écrire d’autres paroles. Et c’est donc Barco Negro, avec son très beau texte, qui se résume en deux mots, sur la musique de Caco Velho, que j’ai chanté dans le film.
Des arguments allégués par Amália pour justifier son refus du texte de Mãe preta, certains ne sont guère convaincants : « l’histoire » en est tout sauf compliquée ; en outre l’appartenance d’un morceau au répertoire d’une autre fadiste ne l’a jamais empêchée de le reprendre s’il lui plaisait (c’est par exemple le cas pour Lisboa, não sejas francesa qu’elle a enregistré en même temps que Barco negro). Reste que, malgré une beauté qu’elle lui reconnaissait, elle trouvait que ce texte ne lui convenait pas : « não é para o meu feitio », dit-elle en portugais ; littéralement : « [le texte] n’est pas pour mon caractère », ou : « pas pour ma manière », « pas fait pour moi ».
En effet on ne l’imagine pas le chanter tel quel et, bien qu’elle n’ait pas explicité son propos, on peut risquer quelques conjectures sur son peu d’enthousiasme : un sujet et une situation abordés trop frontalement, mais aussi trop brésiliens et d’ailleurs anachroniques. Le texte se caractérise en outre par une recherche « d’afro-brésilianisation » de la langue, au moyen du vocabulaire ou de la prononciation figurée (par exemple « carapinha », qui désigne une chevelure crépue, « sinhô » et « sinhá », employés au lieu de « senhor » et « senhora » dans le sens de « maître » et « maîtresse »), etc. On peut aussi supposer que les quelques imperfections techniques d’accentuation du texte original (en plusieurs endroits le temps fort musical contredit l’accentuation linguistique, qu’il oblige à modifier) n’ont pas amélioré la perception qu’avait Amália du texte original de Mãe preta.
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La censure de Salazar
Curieusement, elle ne mentionne pas le fait que les enregistrements de Maria da Conceição, qui reprennent sans altération le texte original de Mãe preta, ont été interdits par la censure de l’administration salazariste au bout de quelque temps de circulation. Le Portugal de 1954, officiellement « nation pluricontinentale et multiraciale », n’est toutefois pas celui des années 1960 : les guerres coloniales n’ont pas encore commencé. De sorte que la chanson restait autorisée, moyennant le retrait de son texte de toute allusion aux châtiments corporels infligés à l’esclave noir par le maître blanc. Dans sa version « caviardée », la chanson a été enregistrée par exemple par Ouro Negro, duo, puis trio vocal angolais (c’est à dire de nationalité portugaise, l’Angola étant alors un territoire ultramarin du Portugal).
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Ouro negro • Mãe preta. Caco Velho (Mateus Nunes), Piratini (Antônio Amabile), paroles & musique. Texte révisé après censure de l’administration portugaise.
Ouro negro, trio vocal (Milo MacMahon, Raúl Indipwo, José Alves Monteiro).
Portugal, 1962.
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Dans cette version, les passages suivants :
Porém lá na sanzala Pai João apanhava (« Cependant dans la senzala on fouettait père João »)
Enquanto a chibata batia no seu amor (« Tandis que le fouet s’abattait sur son amour »)
Sont remplacés par :
Enquanto na sanzala Pai João trabalhava (« Tandis que dans la senzala père João travaillait »)
Enquanto na sanzala trabalhava o seu amor (« Tandis que dans la senzala travaillait son amour »)
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« Amália, nem chegaste a partir »

Couverture de l’hebdomadaire « E, a revista do Expresso », Portugal, 19 juin 2020.
En tout état de cause Barco negro, indépendamment de sa genèse, était une réussite. Le beau poème écrit par David Mourão-Ferreira (1927-1996) s’adapte parfaitement à la musique de Caco Velho et l’interprétation d’Amália Rodrigues en exaltait la force dramatique. Depuis Les amants du Tage, cette chanson passe d’ailleurs pour un fado. Elle demeure l’un des titres les plus connus d’Amália, dont le centenaire de la naissance aura lieu dans un mois. C’est ainsi que, samedi dernier, la revue E (supplément à l’hebdomadaire Expresso, publié à Lisbonne) consacrait sa couverture à la fadiste avec ce titre : « Amália, nem chegaste a partir » (« Amália, tu n’es même pas partie »), référence à un passage de Barco negro (« Eu sei, meu amor / Que nem chegaste a partir » : « Je sais, mon amour / Que tu n’es même pas parti »).
Au Brésil même, Barco negro, associé au répertoire d’Amália Rodrigues, est probablement plus connu que Mãe preta, même si des enregistrements modernes de l’original de Caco Velho existent – y compris d’ailleurs au Portugal. C’est pourtant Barco negro – et non Mãe preta – que Ney Matogrosso, l’un des plus grands chanteurs et musiciens de la scène brésilienne, aujourd’hui âgé de 78 ans, a enregistré à deux reprises : en 1975 dans son premier album Água do céu – Pássaro, puis en 1980 dans Sujeito estranho.
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Ney Matogrosso • Barco negro. David Mourão-Ferreira, paroles ; Caco Velho, musique.
Ney Matogrosso, chant ; Marcio Montarroyos, piano ; Guilherme Vaz, claviers ; Jorge Omar, guitare acoustique ; Claudio Gabis, guitare électrique ; Bruce Henry, guitare basse ; Sérgio Rosadas, flûte, flûte piccolo, saxophone ténor ; Marcio Montarroyos, bugle, trompette ; Elber Bedaque, batterie ; Chacao, percussions.
Extrait de l’album Água do céu – Pássaro / Ney Matogrosso. Brésil, ℗ 1975.
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Katia Guerreiro • Os meus versos (Florbela Espanca)
Un sonnet de la tourmentée Florbela Espanca (1894-1930), mis en musique pour Katia Guerreiro par son guitariste, Paulo Valentim. Lors de ce concert aux Açores où elle a grandi, la fadiste le présente ainsi :
O próximo fado chama-se « Os meus versos ». Tem um poema de mais um dos grandes nomes da poesia portuguesa, Florbela Espanca.
Le prochain fado s’appelle « Os meus versos », sur un poème, encore une fois, d’un des grands noms de la poésie portugaise, Florbela Espanca.
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Katia Guerreiro • Os meus versos. Sonnet de Florbela Espanca ; Paulo Valentim, musique.
Katia Guerreiro, chant ; Paulo Valentim, guitare portugaise ; João Veiga, guitare ; Rodrigo Serrão, contrebasse.
Captation : Ponta Delgada (Açores, Portugal), Coliseu Micaelense, 7 mai 2005.
Vidéo : RTP (Rádio e Televisão de Portugal), production.
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Rasga esses versos que eu te fiz, Amor!
Deita-os ao nada, ao pó, ao esquecimento,
Que a cinza os cubra, que os arraste o vento,
Que a tempestade os leve aonde for!
Déchire ces vers que j’ai écrits pour toi, Amour !
Remets-les au néant, à la poussière, à l’oubli !
Que la cendre les recouvre, que le vent s’en empare,
Que la tempête les entraîne où qu’elle aille !
Rasga-os na mente, se os souberes de cor,
Que volte ao nada o nada de um momento!
Julguei-me grande pelo sentimento,
E pelo orgulho ainda sou maior!…
Si tu les sais par cœur, déchire-les de ta mémoire,
Que retourne au néant le néant d’un moment !
Je me suis crue grande quant au sentiment,
Mais pour l’orgueil je suis plus grande encore !
Tanto verso já disse o que eu sonhei!
Tantos penaram já o que eu penei!
Asas que passam, todo o mundo as sente…
Tant de poèmes ont déjà dit mes rêves !
Tant ont déjà souffert ce que je souffre !
Les ailes qui passent, qui ne frôlent-elles pas ?…
Rasgas os meus versos… Pobre endoidecida!
Como se um grande amor cá nesta vida
Não fosse o mesmo amor de toda a gente!…
Tu déchires mes vers… Pauvre folle !
Comme si un grand amour, surgi dans ma vie,
N’était le même amour que celui de tout le monde !
Florbela Espanca (1894-1930). Os meus versos. Extrait de : Reliquae (première publication dans la 2e édition de Charneca em flor), 1931. Florbela Espanca (1894-1930). Mes vers, trad. par L. & L. de Os meus versos. Extrait de : Reliquae (première publication dans la 2e édition de Charneca em flor, 1931).
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Amália Rodrigues • Lisboa não sejas francesa
Amália Rodrigues (1920-1999) • Lisboa, não sejas francesa. José Galhardo, paroles ; Raul Ferrão, musique.
Amália Rodrigues, chant ; Domingos Camarinha, guitare portugaise ; Santos Moreira, guitare.
Enregistrement : New York (États-Unis), mars 1954.
États-Unis, Angel Records ℗ 1954, puis Portugal, Valentim de Carvalho, ℗ 1955.
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Amália Rodrigues, dont Lisboa, não sejas francesa (« Lisbonne, ne sois pas française ») a été un des plus grands succès dans les années 1955 et suivantes, n’en est pourtant pas la créatrice. Cette marche rapide est tirée d’une « opérette romantique en deux actes et douze tableaux » de 1944 intitulée A Invasão (« L’invasion »), donnée à partir de février 1945 à Lisbonne, au théâtre Maria Vitória. L’intrigue se déroule sur fond de la première invasion du Portugal par les troupes françaises du général Junot en 1807 et 1808 – un thème assez étrange vu l’époque et le contexte de la création du spectacle. Il est vrai que le Portugal était officiellement neutre durant la Seconde guerre mondiale.
La vedette en était Mirita Casimiro (1914-1970), une actrice et chanteuse alors en pleine ascension mais qui connaîtra ensuite une destinée tragique. Affreuse. Elle y tenait un rôle à transformations et changements de costumes ultra-rapides : celui de deux sœurs, l’une se laissant volontiers courtiser par les officiers français, l’autre patriote intransigeante. Lisboa, não sejas francesa, chantée au second acte par la patriote à la frivole, était le clou de ce spectacle qui est alors resté deux ans à l’affiche.
Mirita Casimiro n’a jamais enregistré la chanson sur disque, laissant le champ libre à Amália Rodrigues qui l’a gravée en 1954, en même temps que Barco negro et Solidão, les deux chansons de la bande originale du film Les amants du Tage d’Henri Verneuil, sorti en 1955. Des mêmes auteurs (Raul Ferrão, musique et José Galhardo, paroles) elle avait déjà mis à son répertoire le célèbre Coimbra, connu en France sous le titre Avril au Portugal.
On trouvait il y a quelques mois sur le site de l’INA un extrait d’une émission de la télévision française datant vraisemblablement du début des années 1960 (1963 ?) montrant Amália, accompagnée de Domingos Camarinha à la guitare portugaise et de Castro Mota à la guitare, superbement filmée, chantant avec une grâce et une expressivité inouïes ce Lisboa não sejas francesa qu’elle transcende absolument. Il faut entendre et voir, par exemple, quelle nuance de dédain elle imprime au mot « Paris » dans le passage « Lisbonne, quelle mauvaise idée […] d’épouser Paris ! ». Une copie de cette vidéo est encore visible, du moins au moment où ce billet s’écrit, sur un compte Facebook intitulé Lágrimas de Portugal [lien vers la vidéo].
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Não namores os franceses,
Menina Lisboa!
Portugal é meigo, às vezes,
Mas certas coisas não perdoa!
Vê-te bem no espelho
Desse honrado velho!
Que o seu belo exemplo atrai!
Vai, segue este leal conselho:
Não dês desgostos ao Teu Pai!
Ne badine pas avec les Français,
Lisbonne, ma petite !
Le Portugal a beau être gentil,
Il y a des choses qu’il ne pardonne pas.
Regarde-toi bien au miroir
De ce noble vieillard,
Et que son exemple t’inspire !
Allons, suis ce juste conseil :
Ne fais pas de peine à ton père !
Lisboa, não sejas francesa!
Com toda a certeza
Não vais ser feliz!
Lisboa, que ideia daninha,
Vaidosa alfacinha,
Casar com Paris!
Lisboa, tens cá namorados
Que dizem, coitados,
Co’as almas na voz:
Lisboa, não sejas francesa!
Tu és portuguesa!
Tu és só p’ra nós!
Lisbonne, ne sois pas française,
Car à coup sûr
Tu ne seras pas heureuse.
Lisbonne, quelle mauvaise idée
Coquette « alfacinha* »
D’épouser Paris !
Lisbonne, ici tu ne manques pas d’amoureux
Qui te disent, pauvres d’eux,
Le cœur au bord des lèvres :
« Lisbonne, ne sois pas française
Tu es portugaise
Tu nous appartiens ! »
Tens amor às lindas fardas,
Menina Lisboa?
Vê lá tu p’ra quem te guardas!
Donzela sem recato, enjôa!
Tens aí tenentes,
Bravos e valentes,
Nados e criados cá!
Vá, tenha modos mais decentes,
Menina caprichosa e má!
Tu aimes les beaux uniformes,
Lisbonne, ma petite ?
Songe à l’homme à qui tu te destines.
Une jeune fille immodeste n’inspire que dégoût.
Il ne manque pas de lieutenants
Valeureux et braves
Qui sont nés et ont grandi ici.
Allons, prends des manières plus décentes,
Capricieuse et méchante enfant !
José Galhardo (1905-1967). Lisboa, não sejas francesa (1945).
.José Galhardo (1905-1967). Lisbonne, ne sois pas française, trad. par L. & L. de Lisboa, não sejas francesa (1945).
*Alfacinha (littéralement : « petite laitue ») est le surnom traditionnel des Lisboètes.
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Alors que Lisbonne semble aujourd’hui de plus en plus livrée aux touristes étrangers au détriment des Lisboètes qui, pour des raisons économiques, désertent les quartiers anciens comme Alfama, Graça, Bairro alto et autres, Lisboa, não sejas francesa a connu ces dernières années de nouvelles reprises, que ce soir de la part de Mísia, de Mariza ou encore d’António Zambujo et Mayra Andrade (dans l’album collectif Amália : les voix du fado, 2015). Autre signe de la vitalité de cette chanson : son détournement en Lisboa, não sejas racista (« Lisbonne, ne sois pas raciste ») par le duo queer Fado Bicha. Voir le billet Actualité de la saudade. 3. Fado Bicha.
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António Zambujo & Mayra Andrade • Lisboa, não sejas francesa. José Galhardo, paroles ; Raul Ferrão, musique.
António Zambujo & Mayra Andrade, chant ; Bernardo Couto, guitare portugaise ; Ricardo Cruz, basse portugaise ; José Conde, clarinette ; João Moreira, trompette.
Enregistrement : Lisbonne (Portugal), studio Valentim de Carvalho, 28 avril 2015.
France, ℗ 2015.
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