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Çhâñt élečtrónïqùe

3 décembre 2020

Le groupe Chant électronique — ou « çhâñt élečtrónïqùe », ça n’a pas l’air tout à fait décidé — se présente comme « an international collective of musicians brought together to explore the potentialities of âncïènt sîngiñg trâdîtïóñs and élèčtrónïčs » : un collectif international de musiciens réunis pour explorer les potentialités des trâdîtïóñs âncïènnes du cháňŧ mariées à l’élèčtrónïqůe. Ils sont à Londres. « We are very very čúrïôuš », annoncent-ils. Le répertoire de leur premier (et très agréable) album, çhâñt élečtrónïqùe vol. 1, publié en novembre dernier, est fait de chansons traditionnelles du Portugal, d’Argentine, de Croatie, ou encore des Indiens Aymara de Bolivie.

Les chansons portugaises sont exécutées d’une manière très idiomatique, conforme à la tradition de la région de Beira Baixa et bien différente de leur réinterprétation avec accompagnement de guitares opérée dans les années 1920 à Coimbra par Edmundo Bettencourt, qui a inspiré à son tour, beaucoup plus tard, celle d’Amália Rodrigues (voir le billet Edmundo Bettencourt | Canção do Alentejo ; Canção da Beira Baixa (& Amália Rodrigues & Gisela João).

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Chant électronique | Quando eu era pequenina (Canção da Beira Baixa). Traditionnel portugais (Beira Baixa) ; Chant électronique, arrangement.
Chant électronique, ensemble instrumental et vocal (voix : Teresa Melo Campos).
Extrait de l’album çhâñt élečtrónïqùe vol. 1 / Chant électronique. Royaume-Uni : Rika Muzika Ltd, ℗ 2020.

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Pour ces chansons portugaises, Chant électronique tire à l’évidence son inspiration des groupes d’adufeiras du nord et du centre du Portugal. Les adufeiras sont des chanteuses s’accompagnant à l’adufe, un tambourin carré tenu d’une main et joué avec les doigts de l’autre main. Voici la même chanson par une de ces formations :

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Adufeiras de Monsanto | Velhinha (Quando eu era pequenina / Canção da Beira Baixa). Traditionnel portugais (Beira Baixa).
Adufeiras de Monsanto, ensemble vocal et instrumental (voix et adufe).
Captation : Monsanto (Idanha-a-Nova, Castelo Branco, Portugal), 7 mars 2011.
Vidéo : Tiago Pereira, réalisation ; Sara Morais, son. Portugal, 2014. (A música portuguesa a gostar dela própria ; projeto 48).

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Encore une :

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Chant électronique | Senhora dos remédios. Traditionnel portugais (Beira Baixa) ; Chant électronique, arrangement.
Chant électronique, ensemble instrumental et vocal.
Extrait de l’album çhâñt élečtrónïqùe vol. 1 / Chant électronique. Royaume-Uni : Rika Muzika Ltd, ℗ 2020.

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Ó senhora dos remedios
Tens o remédio na mão
Notre-Dame des remèdes
Tu as un remède tout prêt.
Para curar uma mágoa
Que trago no coração
Pour guérir une peine
Qui me remplit le cœur.
Ó senhora dos remedios
Linda estrelinha do norte
Notre-Dame des remèdes
Ô belle étoile du Nord
Hei-de’a vir mandar chamar
À hora da minha morte
Je vous ferai appeler
À l’heure de ma mort.
…
…
Traditionnel portugais (Beira Baixa). Senhora dos remédios.
Traditionnel portugais (Beira Baixa).
Notre-Dame des Remèdes
. Traduction L. & L.

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Et une dernière, qui appartient aux traditions des Aymaras  (établis principalement en Bolivie, mais aussi dans les régions avoisinantes du Chili et du Pérou). Ça vous plaît ?

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Chant électronique | Inti Ukana. Traditionnel Aymara ; Chant électronique, arrangement.
Chant électronique, ensemble instrumental et vocal.
Extrait de l’album çhâñt élečtrónïqùe vol. 1 / Chant électronique. Enregistrement : Queimada (Armamar, Trás os Montes e Alto Douro, Portugal). Royaume-Uni : Rika Muzika Ltd, ℗ 2020.
Vidéo : João Miguel Ferreira, réalisation. 2020.

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Internet :

O marujo português

1 décembre 2020

José de Almada Negreiros (1893-1970). Bar de Marinheiros (1929). Lisbonne, Museu Calouste Gulbenkian
José de Almada Negreiros (1893-1970). Bar de marinheiros (« Bar à marins » ; 1929). Lisbonne, Museu Calouste Gulbenkian

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Quand il passe, le matelot portugais
Ne marche pas : il danse, comme goûtant encore la saveur des marées
Et quand il se déhanche, il sait si bien jouer de son pas chaloupé
Qu’on pourrait prendre son corps pour une barque.
[…]
Chaque fois que passe le matelot portugais,
C’est la mer qui passe, dans une menace de marées de tendresse.
João Linhares Barbosa (1893-1965). Le matelot portugais traduit de : O marujo português par L. & L.

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João Linhares Barbosa (1893-1965) a été, des années 1910 jusqu’à sa mort, l’un des plus prolifiques paroliers de fados — grand pourvoyeur de textes pour Amália Rodrigues notamment. Dans les années 1930, alors que le fado était voué aux gémonies par le nouveau régime salazariste, il était aussi l’un de ses plus ardents défenseurs, à travers Guitarra de Portugal, un bimensuel qu’il fonde en 1922 et dont il restera directeur jusqu’en 1947. Il était homosexuel et certains de ses textes exhalent un érotisme des plus rafraîchissants. C’est le cas de O marujo português, créé par Amália, qui célèbre le sex appeal du « matelot portugais » sur une musique d’Artur Ribeiro — employée par ailleurs pour A Rosinha dos limões, une chanson beaucoup plus fleur-bleue dédiée à une marchande de citrons.

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Amália Rodrigues (1920-1999) • O marujo português. Linhares Barbosa, paroles ; Artur Ribeiro, musique (Fado Marujo).
Amália Rodrigues, chant ; Domingos Cararinha, guitare portugaise ; Santos Moreira, guitare classique. 1952.

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Quando ele passa,
O marujo português
Não anda, passa a bailar,
Como ao sabor das marés.
Quando se ginga,
Põe tal jeito, faz tal proa
Só para que se não distinga
Se é corpo humano ou canoa

Quand il passe,
Le matelot portugais
Ne marche pas, il danse,
Comme s’il se souvenait du goût des marées.
Et quand il se déhanche,
Il sait si bien jouer de son pas chaloupé
Qu’on pourrait prendre
Son corps pour une barque.

Chega a Lisboa,
Salta do barco e num salto
Vai parar à Madragoa
Ou então ao Bairro Alto
Entra em Alfama
E faz de Alfama o convés
Há sempre um Vasco da Gama
No marujo português

À peine arrivé à Lisbonne
Il bondit
Vers Madragoa
Ou jusqu’au Bairro Alto,
Entre dans Alfama
Dont il fait le pont d’un navire ;
Il y a un Vasco de Gama
Dans chaque matelot portugais.

Quando ele passa
Com seu alcache vistoso
Tráz sempre pedras de sal
No olhar malicioso
Põe com malícia
A sua boina maruja
Mas se inventa uma carícia,
Não há mulher que lhe fuja

Quand il passe,
Orné de son grand col marin,
Avec son regard coquin
Où s’attarde un peu de sel,
Il porte avec malice
Son bonnet de marin.
Mais s’il invente une caresse,
Pas une femme ne lui résiste.

Uma madeixa
De cabelo descomposta
Pode até ser a fateixa
De que uma varina gosta
Sempre que passa,
O marujo português
Passa o mar numa ameaça
De carinhosas marés.

Une mèche
De cheveux défaits
Pourrait être le grappin
Auquel se prendra une « varina* ».
Chaque fois que passe
Le matelot portugais,
C’est la mer qui passe, dans une menace
De marées de tendresse.
João Linhares Barbosa (1893-1965). O marujo português
.
.
.
João Linhares Barbosa (1893-1965). Le matelot portugais traduit de : O marujo português par L. & L.
*Varina : ancienne vendeuse de rue à Lisbonne. Les varinas vendaient du poisson qu’elles portaient dans une vaste panière posée sur la tête.

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Pour la petite histoire, Linhares Barbosa, comme tout le monde, était au courant des rumeurs qui circulaient sur la nature des relations entre l’ex-roi Humbert II d’Italie et Amália :

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Era um assunto tão falado, que o Linhares Barbosa fez uma quadra, com muita piada, em que dizia: A Amália é tão boa rapariga, que nem se nota que traz o rei na barriga. Porque diziam que eu ia ter um filho do rei.
Vítor Pavão dos Santos & Amália Rodrigues (1920-1999). Amália : uma biografia. Portugal, Contexto, 1987. P. 89.

C’était un tel sujet de bavardages que Linhares Barbosa en a fait un quatrain, plein d’humour, qui disait : « Amália est une si gentille fille, qu’on ne remarque même pas qu’elle a le roi dans le ventre. » Parce qu’on disait que le roi m’avait fait un enfant.

Voilà ce que confiait Amália à son biographe, en 1987. Ce qui est amusant, c’est que Humbert — exilé au Portugal à la suite du référendum constitutionnel de 1946 par lequel les Italiens se prononcent pour la République —, était, selon plusieurs sources, homosexuel.

« Houve sempre boatos sobre [Amália] », assevera o gestor cultural José Manuel dos Santos, que a conheceu no final da ditatura. « O mais absurdo era o de ser amante do rei Humberto. O homem era completamente gay, engatava pescadores em Cascais! Admirava a Amália, sim, mas não passava disso. »
Miguel Carvalho. Amália : ditadura e revolução. Dom Quixote, 2020. ISBN 978-972-20-7044-7. P. 54.

« Il y a toujours eu des rumeurs au sujet [d’Amália] », confirme le conseiller culturel José Manuel dos Santos, qui a fait sa connaissance à la fin de la dictature, « la plus absurde disant qu’elle était la maîtresse du roi Humbert. Ce type était complètement gay, il draguait des pêcheurs à Cascais ! Il admirait Amália, c’est vrai, mais rien de plus. »

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Est-ce que João Linhares Barbosa ne savait vraiment pas qu’Humbert avait un faible pour les marins ?

Un clin d’œil aux matelots brésiliens, pour finir : Caetano, en 1969.

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Caetano Veloso • Marinheiro só. Paroles & musique traditionnelles ; Caetano Veloso, adaptation.
Caetano Veloso, chant ; Gilberto Gil, guitare ; Lanny Gordin, guitare électrique ; Sergio Barroso, basse électrique ; Chiquinho de Moraes, piano et claviers ; Wilson das Neves, batterie.
Extrait de l’album Caetano Veloso. Brésil, 1969.

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Eu não sou daqui
Marinheiro só
Eu não tenho amor
Marinheiro só
Eu sou da Bahia
Marinheiro só
De São Salvador
Marinheiro só
Lá vem, lá vem
Marinheiro só
Como ele vem faceiro
Marinheiro só
Todo de branco
Marinheiro só
Com o seu bonezinho
Marinheiro só
Ô, marinheiro marinheiro
Marinheiro só
Ô, quem te ensinou a nadar
Marinheiro só
Ou foi o tombo do navio
Marinheiro só
Ou foi o balanço do mar?

Je ne suis pas d’ici
Marin solitaire
Je n’ai pas d’amour
Marin solitaire
Je suis de Bahia
Marin solitaire
De São Salvador
Marin solitaire
Le voici, le voici
Marin solitaire
Comme il est beau
Marin solitaire
Tout en blanc
Marin solitaire
Avec son petit bonnet
Marin solitaire
Hé, marin, marin !
Marin solitaire
Qui t’a appris à nager?
Marin solitaire
Est-ce le roulis du navire
Marin solitaire
Ou le balancement de la mer?
Traditionnel (Brésil). Marinheiro só
.
Traditionnel (Brésil). Marin solitaire traduit de : Marinheiro só par L. & L.

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La Niña de los peines • Quisiera yo renegar

28 novembre 2020

Quisiera yo renegar
De este mundo por entero

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« Je voudrais répudier ce monde, entièrement. »

C’est aujourd’hui l’anniversaire de la mort, à Séville, de la Niña de los peines, la « fille aux peignes » (1890-1969), l’une des plus grandes artistes du flamenco.

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Pastora Pavón, dite La Niña de los peines (1890-1969) • Quisiera yo renegar (petenera). Paroles & musique traditionnelles ; La Niña de los peines, adaptation.
La Niña de los peines, chant ; Manolo Caracol, guitare.
Espagne, 1929.

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Quisiera yo renegar
De este mundo por entero
Volver de nuevo a habitar,
Mare de mi corazón,
Por ver si en un mundo nuevo
Encontraba más verdad
Traditionnel (Andalousie). Pastora Pavón, dite La Niña de los peines (1890-1969), adaptation.Quisiera yo renegar

Je voudrais répudier
Ce monde entièrement,
Revenir habiter,
Mère de mon cœur,
Pour voir si dans un nouveau monde
Je trouverais plus de vérité.

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Camille Bertault • Je vieillis

27 novembre 2020

« Je choisis la tisane, plus les confettis. »

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Camille Bertault • Je vieillis. Camille Bertault, paroles & musique.
Camille Bertault, chant ; Jacky Terrasson, piano. Enregistrement : Meudon (Hauts-de-Seine, France), Studio de Meudon.
Extrait de l’album Le tigre / Camille Bertault. France : Sony Music Entertainment France, ℗ 2020.
Video : Julien Alour, réalisateur ; Camille Bertault, co-réalisatrice. Tourné à la librairie Shakespeare and Company, Paris.

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¿Qué quiere el Otoño?

24 novembre 2020

La Garonne à Toulouse (28 octobre 2020)

La Garonne à Toulouse (28 octobre 2020)

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Tan, tan.
¿Quién es?
El Otoño otra vez.
¿Qué quiere el Otoño?
El frescor de tu sien.
No te lo quiero dar.
Yo te lo quiero quitar.
Tan, tan.
¿Quién es?
El Otoño otra vez.
Federico García Lorca (1898-1936). Canción (sans date).

…

Toc toc.
Qui c’est ?
C’est l’automne à nouveau.
Qu’est-ce qu’il veut, l’automne ?
La fraîcheur de ta tempe.
Je ne veux pas te la donner.
Moi je veux te la prendre.
Toc toc.
Qui c’est ?
C’est l’automne à nouveau.
Federico García Lorca (1898-1936). Chanson, traduit de : Canción (sans date) par L. & L.

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Agnieszka Grochowicz • Martwe liście. Jacques Prévert, paroles originales françaises ; Jeremi Przybora, adaptation polonaise ; Joseph Kosma, musique. Titre original français : Les feuilles mortes.
Agnieszka Grochowicz, chant ; Jarek Olszewski, piano.
Pologne, sans date.

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Les bords de Garonne à Toulouse (22 novembre 2020)

Que fazes aí Lisboa?

22 novembre 2020

LISBONA 30 07-2 08 2016003, par Mariusz Holeczek sur Flickr
LISBONA 30 07-2 08 2016003, par Mariusz Holeczek sur Flickr (CC BY-NC-ND 2.0). Légende : « Tudo é provisório, o amor, a arte, o planeta Terra, vocês, eu, sobretudo eu. » (« Tout est provisoire, l’amour, l’art, la planète Terre, vous, moi, surtout moi. »

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Lisboa, velha Lisboa,
Mãe pobre à beira do rio!
Seja o xaile dos meus ombros
Agasalho do teu frio!

Mário Gonçalves. Que fazes aí, Lisboa?

Lisbonne, vieille Lisbonne,
Mère pauvre amarrée à la berge,
Que le châle de mes épaules
Te protège de ton propre froid !

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Amália Rodrigues (1920-1999) • Que fazes aí, Lisboa?. Mário Gonçalves, paroles ; Arlindo de Carvalho, musique.
Amália Rodrigues, chant ; Carlos Gonçalves & José Fontes Rocha, guitare portugaise ; Jorge Fernando, guitare classique ; Joel Pina, basse acoustique. Enregistrement : studio Valentim de Carvalho (Paço de Arcos, Portugal).
Première publication : album Obsessão. Portugal : Edições Valentim de Carvalho, 1990.
Vidéo : Edições Valentim de Carvalho, production. Sans date. Le son est un play-back de l’enregistrement audio, tel que publié dans l’album Obsessão (1990).

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Que fazes aí, Lisboa,
De olhos fincados no rio?
Os olhos não são amarras
Para prender um navio!
Que fazes aí, Lisboa,
De olhos fincados no rio?

Que fais-tu là, Lisbonne,
Les yeux rivés au fleuve ?
Les yeux ne sont pas des amarres,
Ils ne retiennent pas les navires !
Que fais-tu là, Lisbonne,
Les yeux rivés au fleuve ?

O barco que ontem partiu
Partiu e não volta mais!
Choram lágrimas de pedra
Em cada esquina do cais.
O barco que ontem partiu,
Partiu e não volta mais!

Le bateau qui est parti hier
S’en est allé pour toujours.
Des larmes de pierre pleurent
Sur chaque recoin du quai.
Le bateau qui est parti hier
S’en est allé pour toujours.

Lisboa, velha Lisboa,
Mãe pobre à beira do rio!
*Seja o xaile dos meus ombros
*Agasalho do teu frio!
Lisboa, velha Lisboa,
Mãe pobre à beira do rio!

Lisbonne, vieille Lisbonne,
Mère pauvre amarrée à la berge,
*Que le châle de mes épaules
*Te protège de ton propre froid !
Lisbonne, vieille Lisbonne,
Mère pauvre amarrée à la berge !
Mário Gonçalves. Que fazes aí, Lisboa?
*Dans la version originale chantée par Arlindo de Carvalho : Que este xaile dos meus versos / Te agasalhe do teu frio!.
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Mário Gonçalves. Que fais-tu là, Lisbonne ? traduit de : Que fazes aí, Lisboa? par L. & L.
* Dans la version originale chantée par Arlindo de Carvalho : Voici le châle de mon poème. / Qu’il te protège de ton propre froid !
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Que fazes aí Lisboa? (« Que fais-tu là, Lisbonne ? ») ouvrait Obsessão (1990), le dernier album enregistré en studio par Amália Rodrigues. Il s’agit d’une réinterprétation, dans le style du fado, d’une chanson du répertoire d’Arlindo de Carvalho (1930-2016). Compositeur-interprète originaire de Beira Baixa, région montagneuse du centre-est du Portugal – qui est aussi le berceau de la famille d’Amália –, Arlindo de Carvalho a laissé de multiples chansons populaires d’allure traditionnelle, dont plusieurs ont été reprises par Amália Rodrigues.

Que fazes aí Lisboa? a par la suite inspiré plusieurs fadistes (Mísia, Cristina Branco et autres), jusqu’à la génération actuelle (par exemple, Tânia Oleiro). Voici.

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Mísia • Que fazes aí, Lisboa?. Mário Gonçalves, paroles ; Arlindo de Carvalho, musique.
Mísia, chant ; Ângelo Freire, guitare portugaise ; Carlos Manuel Proença, guitare classique ; Daniel Pinto, basse acoustique.
Enregistrement : Paris, studio Acousti.
Première publication : album Ruas. France : Capitol Music France, ℗ 2009.

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Cristina Branco • Que fazes aí, Lisboa?. Mário Gonçalves, paroles ; Arlindo de Carvalho, musique.
Cristina Branco, chant ; Custódio Castelo, guitare portugaise ; Alexandre Silva, guitare classique ; Fernando Maia, basse acoustique.
Production : RTP (Rádio e Televisão de Portugal), 2001.
Extrait du DVD Fado today. Mafalda Arnauth ; Cristina Branco. Portugal : Immortal, 2004.

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Tânia Oleiro • Que fazes aí, Lisboa?. Mário Gonçalves, paroles ; Arlindo de Carvalho, musique.
Tânia Oleiro, chant ; João Filipe, guitare classique.
Captation : Lisbonne [restaurant A Muralha?].
Vidéo : pas d’indication.
Portugal, 28 mai 2020 (mise en ligne).

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Nuit

18 novembre 2020

Olen sanonut jo kaiken – paitsi hiljaisuuden,
paitsi pimeyden, jonka siltaa pitkin kuljen,
ja aamun valon, myöhästyneen rakkauden kivut
– sanoinkuvaamattoman. On yö, on yö.
Pentti Holappa (1927-2017). Yö. Extrait du recueil Ankkuripaikka (1994).

J’ai déjà tout dit — sauf le silence,
Sauf la pénombre dont je longe la passerelle,
et les lueurs de l’aube, les douleurs d’un amour tardif,
indicible. Nuit pleine, la nuit est pleine.
Pentti Holappa (1927-2017). La nuit. Du recueil Point d’ancrage (titre original : Ankkuripaikka, 1994).
Dans : Pentti Holappa. Les mots longs : poèmes 1950-2003, traduit du finnois et présenté par Gabriel Rebourcet, Gallimard, DL 2012. ISBN 978-2-07-033891-7. Page 169.

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Amália Rodrigues (1920-1999) • Olhos fechados. Poème de Pedro Homem de Melo ; musique attribuée, selon les sources, à António Menano, Armando Goes ou Daniel Martins, dit « Sapateirinho da Bica » (fado Saudade).
Amália Rodrigues, chant ; Raul Nery & José Fontes Rocha, guitare portugaise ; Castro Mota, guitare classique ; Joel Pina, basse acoustique. Enregistrement : studios Valentim de Carvalho, Paço de Arcos (Portugal), mars ou avril 1967. 1ère publication : Portugal, 1967.

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Fecho os olhos, vejo a noite
A noite que então havia
Quando no meu coração
Em vez de noite era dia

Je ferme les yeux, je vois la nuit
Cette nuit d’alors,
Où dans mon cœur
En fait de nuit il faisait jour.

Fecho os olhos, lembro a noite
Aquela noite primeira
Ninguém diga que a mentira
Não pode ser verdadeira

Je ferme les yeux, je revois la nuit,
Cette nuit première ;
Que nul ne dise que le mensonge
Ne peut pas être vérité !

Fecho os olhos, lembro a noite
Que nos salvou e perdeu
Porque fomos eu e tu
Do que somos tu e eu

Je ferme les yeux, je revois la nuit
Qui nous a sauvés et privés à jamais
– Parce que nous étions moi et toi –,
De ce que nous sommes toi et moi.
Pedro Homem de Melo (1904-1984). Olhos fechados (19??).
Pedro Homem de Melo (1904-1984). Les yeux fermés, traduit de : Olhos fechados (19??) par L. & L.

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Le grand Lustucru

16 novembre 2020

C’est le grand Lustucru qui passe
Et c’est moi qu’il vient chercher
Moi, parce que ce soir je ne dors guère
Moi, parce que ce soir je ne dors pas !
Roger Fernay (1905-1983) & Jacques Deval (1890-1972). Le grand Lustucru, d’après Le grand Lustukru, chanson populaire (France, XVIIe siècle ?) recueillie par Théodore Botrel (1868-1925). Fait partie de Marie Galante, pièce de théâtre de Jacques Deval.

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Il passe, le grand Lustucru.

Si encore il ne faisait que passer…

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Cathy Berberian (1925-1983) • Le grand Lustucru. Roger Fernay & Jacques Deval, paroles, d’après Le Grand Lustukru, chanson populaire recueillie par Théodore Botrel ; Kurt Weill, musique ; Luciano Berio, adaptation. Extrait de la pièce de théâtre Marie Galante (1934), de Jacques Deval (1890–1972), d’après son roman éponyme (1931).
Cathy Berberian, mezzo-soprano ; Juilliard Ensemble ; Luciano Berio, direction.
Enregistrement : New York (États-Unis), Webster Hall, 21 décembre 1968.
Extrait de l’album Recital 1 for Cathy ; Folk songs ; Songs / Cathy Berberian. ℗ 1995.

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Cathy Berberian (1925-1983) a enregistré plusieurs versions du Grand Lustucru. Celle ci-dessus est l’arrangement réalisé spécialement pour elle par Luciano Berio (1925-2003) – qui fut un temps son mari.

Le grand Lustucru est l’une des chansons composées par Kurt Weill, lors de son court exil parisien, pour une pièce de théâtre de Jacques Deval (1890-1972) intitulée Marie Galante (1934). La pièce conte la triste destinée de Marie, une jeune Bordelaise embarquée contre son gré sur un cargo qui fait route vers l’Amérique. Elle échoue au Panama où elle n’aura d’autre issue pour survivre que de se prostituer, tout en économisant dans l’espoir de regagner Bordeaux où elle ne reviendra que morte.

Lors de la création, le 22 décembre 1934, le rôle de Marie était tenu par Florelle (1898-1974) [voir le billet précédent : Florelle • À la belle étoile]. Un enregistrement du Grand Lustucru et des autres chansons de Marie Galante en témoigne. Bien que réalisé quelques jours avant la première de la pièce, on y a substitué un arrangement instrumental de Wal-Berg à l’original de Kurt Weill.

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Florelle (1898-1974) • Le grand Lustucru. Roger Fernay & Jacques Deval, paroles, d’après Le Grand Lustukru, chanson populaire recueillie par Théodore Botrel ; Kurt Weill, musique. Extrait de la pièce de théâtre Marie Galante (1934), de Jacques Deval (1890–1972), d’après son roman éponyme (1931).
Florelle, chant ; accompagnement d’orchestre ; Wal-Berg, direction et arrangements.
Enregistrement : France, 15 décembre 1934. Publication : France, DL 1940.

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Or, le Grand Lustucru de Marie Galante s’inspire largement d’une chanson traditionnelle qui remonterait au XVIIe siècle, reprise par Théodore Botrel (1868-1925), le « barde breton » (dont, étant petit, j’ai entendu chanter La Paimpolaise à chaque réunion de famille et autres, jusqu’à l’écœurement).  Paroles atroces : « Le grand Lustukru […] a faim et mangera, crus-tout-vifs, sans pain ni beurre, tous les petits gâs qui ne dorment pas. » Une partition de la chanson publiée à Paris en 1900 par Georges Ondet porte l’énoncé suivant en complément du titre : « Chanson d’Enfant de Théodore Botrel, Sur un Vieil air chanté par Mme G. Collier et recueilli par Th. Botrel ». On endormait les enfants par la menace et l’effroi en ce temps-là.

En voici une version des années 1930, suivie de celle, très étonnante, de Colette Magny (1926-1997), autrice-compositrice-interprète, l’une des voix les plus singulières de la chanson française des années 1960 à 1990, inspirée par le blues. Puis une troisième, délicieuse, par l’artiste belge Marianne Pousseur.

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Renée Viala (active dans les années 1930-1940) • Le grand Lustukru. Chanson du XVIIe siècle (France), recueillie et arrangée par Théodore Botrel.
Renée Viala, chant ; orchestre Guttinguer.
Pas d’indication de date.

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Colette Magny (1926-1997) • Le grand Lustukru. Chanson du XVIIe siècle (France), recueillie et arrangée par Théodore Botrel.
Colette Magny, chant.
Première publication dans l’album Berceuses du monde entier / Colette Magny, Talila, Marina Vlady, Brenda Wootton, Naomi Moody. France, Le Chant Du Monde, ℗ 1983.

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Marianne Pousseur • Lustukru. Chanson du XVIIe siècle (France), recueillie par Théodore Botrel ; Marianne Pousseur, adaptation.
Marianne Pousseur, chant ; Maxime Echardour, percussions ; Diederick De Cock, production, enregistrement & mixage.
Enregistrement : Molenbeek (Belgique), École communale N°7.
Extrait de l’album Only / Marianne Pousseur. Belgique, Sub Rosa, ℗ 2016.

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Version Marie Galante

Quel est donc, dedans la plaine,
Ce grand bruit, qui vient jusqu’à nous ?
On dirait un bruit de chaînes
Que l’on traîne, que l’on traîne
Que l’on traîne sur les cailloux

C’est le grand Lustucru qui passe
C’est le grand Lustucru qui mangera
Tous les petits gars qui ne dorment guère
Tous les petits gars qui ne dorment pas

Quel est donc sur la rivière
Ce grand bruit qui vient jusqu’ici ?
On dirait un bruit de pierres
Que l’on jette, que l’on jette
Que l’on jette dedans un puits

C’est le grand Lustucru qui passe
C’est le grand Lustucru qui mangera
Tous les petits gars qui ne dorment guère
Tous les petits gars qui ne dorment pas

L’angélus sonne sur Ballanches
Un pigeon tombe du clocher
Quel est donc ce bruit de branches
Que l’on traîne, que l’on traîne
Que l’on traîne sur le plancher ?

C’est le grand Lustucru qui passe
Et c’est moi qu’il vient chercher
Moi, parce que ce soir je ne dors guère
Moi, parce que ce soir je ne dors pas !

Roger Fernay (1905-1983) & Jacques Deval (1890-1972). Le grand Lustucru, d’après Le Grand Lustukru, chanson populaire (France, XVIIe siècle ?) recueillie par Théodore Botrel (1868-1925). Fait partie de Marie Galante, pièce de théâtre de Jacques Deval.

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Version Botrel

Entendez-vous dans la plaine
Ce bruit venant jusqu’à nous ?
On dirait un bruit de chaîne
Se traînant sur les cailloux :
C’est le grand Lustukru qui passe,
Qui repasse et s’en ira,
Emportant dans sa besace
Tous les petits gâs
Qui ne dorment pas !
Lon lon la,
Lon lon la,
Lon lon la,
Lire la,
Lon la !

Quelle est cette voix démente
Qui traverse nos volets ?
Non, ce n’est pas la tourmente
Qui joue avec les galets :
C’est le grand Lustrukru qui gronde
Qui gronde… et bientôt rira
En ramassant à la ronde
Tous les petits gâs
Qui ne dorment pas !
Lon lon la,
Lon lon la,
Lon lon la,
Lire la,
Lon la !

Qui donc gémit à la porte
Dans l’enclos, tout près d’ici ?
Faudra-t-il donc que je sorte
Pour voir qui soupire ainsi ?
C’est le grand Lustukru qui pleure
Il a faim… et mangera
Crus-tout-vifs, sans pain ni beurre,
Tous les petits gâs
Qui ne dorment pas !
Lon lon la,
Lon lon la,
Lon lon la,
Lire la,
Lon la !

Qui voulez vous que je mette
Dans le sac au vilain vieux ?
Mon Dorik et ma Jeannette
Viennent de fermer les yeux :
Allez-vous en, méchant homme,
Quérir ailleurs vos repas !
Puisqu’ils font leur petit somme,
Non vous n’aurez pas
Mes deux petits gâs !
Lon lon la,
Lon lon la,
Lon lon la,
Lire la,
Lon la !

Le Grand Lustukru, chanson populaire (France, XVIIe siècle ?) recueillie par Théodore Botrel (1868-1925) vers 1890.

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Florelle • À la belle étoile

15 novembre 2020

À la belle étoile (1935) est la première d’une longue série de chansons délicieuses, parmi lesquelles plusieurs chefs d’œuvre (Les feuilles mortes, Les enfants qui s’aiment,…), composées par Joseph Kosma sur des poèmes de Jacques Prévert.

Joseph Kosma (1905-1969) – Kozma József de son nom de naissance –, compositeur juif hongrois, né à Budapest, s’installe à Paris en 1933 après un séjour de plusieurs années à Berlin dont l’atmosphère est devenue irrespirable. D’abord contraint d’accepter des petits boulots, il fréquente les studios de cinéma pour tenter de s’y faire engager. C’est là que, début 1935, il rencontre Jacques Prévert (1900-1977) qui est, quant à lui, bien introduit dans ce milieu. Prévert lui propose deux poèmes, dont À la belle étoile, qu’il met en musique. Aucun chanteur n’en veut, mais Prévert montre la chanson à Jean Renoir, qui, en octobre et novembre de cette même année, tourne Le crime de Monsieur Lange. À la belle étoile plaît à Renoir, à qui il manque précisément pour son film une chanson destinée au personnage de Valentine Cardès, joué par Florelle (1898-1974), chanteuse et actrice de théâtre et de cinéma très active entre les deux guerres.

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Le Crime de monsieur Lange (1936). Extrait. Jean Renoir, réalisation ; Jacques Prévert & Jean Renoir, scénario ; Jacques Prévert, dialogues ; René Lefèvre (Amédée Lange) ; Jules Berry (Paul Batala) ; Florelle (Valentine Cardès) ; Nadia Sibirskaïa (Estelle)…, acteurs ; Jean Wiener & Joseph Kosma, musique. Production : France, Films Obéron, 1936. Sortie : France, 1936.
Chanson :

Florelle (1898-1974) • À la belle étoile. Jacques Prévert, paroles ; Joseph Kosma, musique.
Florelle, chant ; accompagnement d’orchestre ; Roger Désormière, direction.
France, ℗ 1936.

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Boulevard de la Chapelle où passe le métro aérien
Il y a des filles très belles et beaucoup de vauriens
Des clochards affamés s’endorment sur les bancs
Et de vieilles poupées font encore le tapin à soixante-cinq ans.

Au jour le jour
À la nuit la nuit
À la belle étoile
C’est comme ça que je vis
Où est-elle l’étoile
Moi je n’l’ai jamais vue
Pourtant la nuit je traîne
Dans les quartiers perdus
Au jour le jour
À la nuit la nuit
À la belle étoile
C’est comme ça que je vis
C’est une drôle d’étoile,
C’est une triste vie.
Jacques Prévert (1900-1977). À la belle étoile (1935). Version chantée dans le film Le crime de monsieur Lange (1936), de Jean Renoir.

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Florelle, dans Le crime de Monsieur Lange, ne chante qu’un seul des couplets du poème de Prévert. En 1951 Juliette Gréco publie une version plus longue de À la belle étoile, à laquelle manque toutefois le dernier couplet du poème – et aussi, je trouve, le charme de l’interprétation de Florelle.

Juliette Gréco (1927-2020) • À la belle étoile. Jacques Prévert, paroles ; Joseph Kosma, musique.
Juliette Gréco, chant ; accompagnement d’orchestre ; André Grassi, direction. France, ℗ 1951.

Boulevard de la Chapelle où passe le métro aérien
Il y a des filles très belles et beaucoup de vauriens
Les clochards affamés s’endorment sur les bancs
De vieilles poupées font encore le tapin à soixante-cinq ans

Boulevard Richard-Lenoir j’ai rencontré Richard Leblanc
Il était pâle comme l’ivoire et perdait tout son sang
Tire-toi d’ici tire-toi d’ici voilà ce qu’il m’a dit
Les flics viennent de passer
Histoire de s’réchauffer ils m’ont assaisonné

Boulevard des Italiens j’ai rencontré un Espagnol
Devant chez Dupont tout est bon après la fermeture
Il fouillait les ordures pour trouver un croûton
Encore un sale youpin qui vient manger notre pain
Dit un monsieur très bien

Boulevard de Vaugirard j’ai aperçu un nouveau-né
Au pied d’un réverbère dans une boîte à chaussures
Le nouveau-né dormait dormait ah ! quelle merveille
De son dernier sommeil
Un vrai petit veinard Boulevard de Vaugirard

Au jour le jour à la nuit la nuit
À la belle étoile
C’est comme ça que je vis
Où est-elle l’étoile
Moi je n’l’ai jamais vue
Elle doit être trop belle pour le premier venu
Au jour le jour à la nuit la nuit
À la belle étoile
C’est comme ça que je vis
C’est une drôle d’étoile c’est une triste vie
Une triste vie.
Jacques Prévert (1900-1977). À la belle étoile (1935). Dans : Histoires, 1963

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À écouter :

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Quand tu seras bien vieille… Quand je serai toute vieille…

14 novembre 2020

When you are old and grey and full of sleep,
And nodding by the fire, take down this book,
And slowly read, and dream of the soft look
Your eyes had once, and of their shadows deep;

How many loved your moments of glad grace,
And loved your beauty with love false or true,
But one man loved the pilgrim soul in you,
And loved the sorrows of your changing face;

And bending down beside the glowing bars,
Murmur, a little sadly, how Love fled
And paced upon the mountains overhead
And hid his face amid a crowd of stars.

William Butler Yeats (1865-1939). When you are old (1891).

Quand tu seras bien vieille et grise, dodelinant,
Aux portes du sommeil près du feu : prends ce livre
Et lis sans te hâter, et rêve à la douceur
Qu’eurent tes yeux jadis, dans leurs ombres lourdes.

Combien aimaient alors ta grâce joyeuse,
Qu’ils aimaient ta beauté, de feint ou vrai amour !
Mais un seul homme aima en toi l’âme viatrice
Et aima les chagrins du visage qui change.

Penche-toi donc sur la grille embrasée
Et dis-toi, un peu triste, à voix basse : « Amour,
Voilà comment tu fuis sur les montagnes,
Et vas, et caches ton visage en pleurs contre l’étoile. »
William Butler Yeats (1865-1939) Quand tu seras bien vieille…, traduit de When you are old (1891) par Yves Bonnefoy. Dans : Yves Bonnefoy. Quarante-cinq poèmes de W.B. Yeats, suivis de La Résurrection, Hermann, © 1989. ISBN 2-7056-6103-4.

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Amália Rodrigues (1920-1999) | Canção da Beira Baixa (Quando eu era pequenina). Traditionnel portugais (Beira Baixa).
Amália Rodrigues, chant ; Carlos Gonçalves, Pinto Varela, guitares portugaises ; António Moliças, guitare classique ; Joel Pina, basse acoustique. Enregistré en public au Coliseu dos recreios, Lisbonne (Portugal), le 3 avril 1987.
Extrait de l’album Amália, Coliseu, 3 de abril de 1987 / Amália Rodrigues. Portugal, 1987 (réédité en 2017, augmenté de sept morceaux enregistrés le 4 avril 1987).

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Quando eu era pequenina
Acabada de nascer
Ainda mal abria os olhos
Já era para te ver
Acabada de nascer
Quand j’étais toute petite,
Quand je venais de naître,
J’ouvrais à peine les yeux
Et c’était déjà pour te voir,
Quand je venais de naître.
E quando eu já for velhinha
Acabada de morrer
Olha bem para os meus olhos
Sem vida ainda te hão de ver
Acabada de morrer
Et quand je serai toute vieille,
Au moment de ma mort,
Alors regarde bien mes yeux :
Sans vie, ils te verront encore,
Au moment de ma mort
…
…
Traditionnel portugais (Beira Baixa).
Canção da Beira Baixa (Quando eu era pequenina)
.
Traditionnel portugais (Beira Baixa).
Chanson de Beira Baixa (Quand j’étais toute petite)
. Traduction L. & L.

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