Aller au contenu principal

En souvenir du miracle

13 février 2021

Comme l’ange qui fit bouillonner l’eau,
Tu me fixas alors de ton regard,
Me rendis la force et la liberté.
Et en souvenir du miracle,
Tu pris l’anneau.
Un chagrin dévot effaça
Mon teint brûlant et maladif.
Ce mois de tempête me sera mémorable,
Trouble février nordique.
Février 1916. Tsarskoe Selo
Anna Akhmatova (1889-1966). Extrait de : Le plantain (1921), traduit de Подорожник [Podorožnik] par Christian Mouze. Dans : Подорожник = Le Plantain / Анна Ахматова = Anna Akhmatova. Harpo &, 2009. ISBN 978-2-913886-67-4.

Словно ангел, возмутивший воду
Ты взглянул тогда в мое лицо,
Возвратил и силу и свободу,
А на память чуда взял кольцо.
Мой румянец жаркий и недужный
Стерла богомольная печаль,
Памятным мне будет месяц вьюжный,
Северный встревоженный февраль.
Февраль 1916 Царское Село
Анна Ахматова [Anna Akhmatova] (1889-1966). Extrait de : Подорожник [Podorožnik] (1921).

………

Édith Piaf (1915-1963) • Regarde-moi toujours comme ça. Henri Contet, paroles ; Marguerite Monnot, musique.
Édith Piaf, chant ; orchestre Luypaerts ; Guy Luypaerts, direction.
Enregistrement : France, 14 mai 1944. Première publication : France, 1944.

………

.

Anna Akhmatova (1889-1966). Подорожник = Le Plantain / Анна Ахматова = Anna Akhmatova. Harpo &, 2009. ISBN 978-2-913886-67-4.

O Fado de cada um • Amália, Lula Pena

11 février 2021


Bom seria poder um dia
Trocar-se o fado
Por outro fado qualquer
Mas a gente
Já traz o fado marcado
E nenhum mais inclemente
Do que este de ser mulher.

João Silva Tavares (1893-1964). O fado de cada um (1947).

Quel bonheur ce serait
De pouvoir un jour
Troquer son fado contre un autre !
Mais chacun
Porte à vie son propre fado
Et il n’en existe aucun de plus dur
Que le mien, qui est d’être femme.

………

Fado, história de uma cantadeira (1947). Extrait. Perdigão Queiroga, réalisation ; Armando Vieira Pinto, scénario & dialogues ; Frederico de Freitas & Jaime Mendes, musique.
Distribution : Amália Rodrigues (Ana Maria) ; Virgílio Teixeira (Júlio Guitarrista) ; Vasco Santana (Joaquim Marujo) ; António Silva (Chico Fadista)…
Production : Portugal, Lisboa Filmes, 1947.
Fado :

O fado de cada um. Silva Tavares, paroles ; Frederico de Freitas, musique.
Amália Rodrigues, chant ; accompagnement de guitare portugaise et de guitare.
Portugal, ℗ 1947.

………


Bem pensado
Todos temos nosso fado
E quem nasce malfadado,
Melhor fado não terá
Fado é sorte
E do berço até a morte,
Ninguém foge, por mais forte
Ao destino que Deus dá

Quand on y pense
On a chacun son fado
Et si on naît sous une mauvaise étoile
On aura toujours le sort contre soi.
Chacun son destin
Et du berceau jusqu’à la mort,
Qu’on soit faible ou qu’on soit fort,
On n’échappe pas à celui que Dieu nous donne.

No meu fado amargurado
A sina minha
Bem clara se revelou
Pois cantando
Seja quem for adivinha
Na minha voz, soluçando
Que eu finjo ser quem não sou

Dans mon fado d’amertume
Ma destinée
S’est révélée avec clarté.
Et quand je chante,
Chacun peut deviner
À ma voix, à mes sanglots,
Que je fais semblant d’être une autre.

Bom seria poder um dia
Trocar-se o fado
Por outro fado qualquer
Mas a gente
Já traz o fado marcado
E nenhum mais inclemente
Do que este de ser mulher.

Quel bonheur ce serait
De pouvoir un jour
Troquer son fado contre un autre !
Mais chacun
Porte à vie son propre fado
Et il n’en existe aucun de plus dur
Que le mien, qui est d’être femme.
João Silva Tavares (1893-1964). O fado de cada um (1947).
.
João Silva Tavares (1893-1964). Le fado de chacun, trad. par L. & L. de O fado de cada um (1947).

………

Lula Pena • Troubadour. Acto IV. [Cansaço / Luís de Macedo, paroles ; Joaquim Campos, musique. O fado de cada um / Silva Tavares, paroles ; Frederico de Freitas, musique. Partido alto / Chico Buarque, paroles & musique]
Lula Pena, chant & guitare.
Extrait de l’album Troubadour / Lula Pena. Portugal : Mbari, ℗ 2010.

………

Amália Rodrigues • Le fado de Paris

7 février 2021

Paris. Années 1950. Photographe non précisé. Téléchargé par RV1864 sur Flickr
Paris. Années 1950. Photographe non précisé. Téléchargé par RV1864 sur Flickr (CC BY-NC-ND 2.0).

………

Miguel Carvalho (né en 1970) est grand reporter à l’hebdomadaire Visão. Il a publié sept ouvrages d’investigation (non traduits), parmi lesquels Álvaro Cunhal, íntimo e pessoal (« Álvaro Cunhal, intime et personnel », 2006), A última criada de Salazar (« La dernière domestique de Salazar », 2013) et, l’an dernier, Amália, ditadura e revolução : a história secreta (« Amália, dictature et révolution : l’histoire secrète »), à l’occasion du centenaire de la naissance d’Amália Rodrigues (1920-1999).

Miguel Carvalho. Amália, ditadura e revolução. Dom Quixote, 2020.Ce dernier livre, qui compte plus de 600 pages, résulte d’une enquête abondamment documentée et s’appuie sur des sources multiples : archives, publications diverses, témoignages recueillis, parfois directement, auprès de personnes mêlées de près ou de loin à la vie d’Amália Rodrigues et/ou de divers protagonistes de cette micro-histoire imbriquée dans l’histoire du XXe siècle portugais, partagé entre dictature, révolution et « normalité démocratique ». Il ne dresse pas seulement le portrait d’Amália — qui apparaît ici infiniment plus vivante, humaine et incarnée que dans son autobiographie publiée en 1987 (Vítor Pavão dos Santos & Amália Rodrigues. Amália : uma biografia. Portugal, Contexto, 1987) — mais aussi celui de plusieurs décennies de vie politique portugaise et de société lisboète à travers une galerie de personnages d’une incroyable profusion.

Il y a cependant dans ce livre un passage qui m’intrigue beaucoup. Voici :

L’époque empestait déjà la fin du régime. Et en février 1974, Amália donnait sa dernière grande interview sous la dictature, à l’invitation de son amie la journaliste Vera Lagoa*, pseudonyme de Maria Armanda Falcão.
[…]
Elles s’étaient pour ainsi dire télescopées en août 1944, le jour de la Libération de Paris, à la fin de la Seconde guerre mondiale. Elles ne se connaissaient pas, mais ce soir-là elles se trouvaient l’une et l’autre dans une boîte du côté de Pigalle. Quand Amália a sauté sur une table pour chanter, Maria Armanda n’a pu détacher son regard de ce personnage qui étreignait le moment sans complexe ni pudibonderie. Elles ont dansé jusqu’au matin.
Leur amitié à résisté à l’adversité, aux vicissitudes et à la révolution.
Libres, insoumises et indépendantes, Vera Lagoa et Amália Rodrigues avaient un regard identique sur de nombreux sujets, notamment l’émancipation des femmes.
Miguel Carvalho. Amália, ditadura e revolução (2020). Portugal, Dom Quixote, 2020, ISBN 978-972-20-7044-7. Page 218. Traduction L. & L.

*Vera Lagoa, alias Maria Armanda Falcão (1917-1996), première présentatrice de la télévision portugaise, était une femme engagée à gauche et qui, en tant que journaliste, a donné après la Révolution des œillets du fil à retordre à bien des personnages publics se disant eux-mêmes de gauche, voire d’extrême-gauche, dont elle n’hésitait pas à mettre publiquement en doute la sincérité, notamment dans un livre intitulé « Revolucionários que eu conheci » (« Des révolutionnaires que j’ai connus », 1977, non traduit).

…

Esses tempos já tresandavam a fim do regime. E em fevereiro de 1974, Amália daria a sua última grande entrevista em ditadura, a convite da amiga e jornalista Vera Lagoa, pseudónimo de Maria Armanda Falcão.
[…]
Tinham esbarrado uma na outra em agosto de 1944, no dia da libertação de Paris, no final da Segunda Guerra Mundial. Não se conheciam, mas nessa noite coincidiram numa boîte da zona de Pigalle. Quando Amália saltou para cima de uma mesa a cantar, Maria Armanda não podia deixar de reparar na figura que, destemida, abraçava o momento e não se recolhia em pudores. Dançaram até de manhã.
A amizade resistiu a desventuras, vicissitudes e à revolução.
Livres, insubmissas e independentes, Vera Lagoa e Amália Rodrigues tinham um olhar idêntico sobre varios assuntos, entre eles a emancipação das mulheres.

Miguel Carvalho. Amália, ditadura e revolução (2020). Portugal, Dom Quixote, 2020, ISBN 978-972-20-7044-7. Page 218.

Miguel Carvalho ne donne pas la source de cette anecdote, qui semble assez improbable. Pourquoi et surtout, comment Amália Rodrigues, jeune chanteuse portugaise de 24 ans, se serait-elle trouvée en août 1944 à Paris, dans un pays encore en guerre, alors qu’il est établi qu’elle ne s’y est produite pour la première fois qu’en 1949 ?

………

Amália Rodrigues (1920-1999) • Le fado de Paris. Luís de Macedo, paroles ; Fernando de Carvalho, musique. Titre alternatif : O fado veio a Paris.
Amália Rodrigues, chant ; accompagnement d’orchestre ; Fernando de Carvalho, direction.
Extrait du disque 45 t Chante en français, accompagnée par ses guitaristes / Amália Rodrigues. France : Ducretet-Thomson, ℗ 1958.

………


Quando em Lisboa o povo mal me conhecia
O que era o fado eu quis saber
E tanto andei e perguntei a quem sabia
Que finalmente pude aprender.

Quand à Lisbonne on me connaissait à peine,
J’ai voulu savoir ce qu’était le fado.
Et à force de questions à ceux qui savent,
J’ai fini par l’apprendre moi aussi.

Certo dia ao passar numa rua em Lisboa
Um amigo poeta e cantor
Murmurou-me ao ouvido e a medo:
O segredo do fado em Lisboa é o amor!

Un jour, dans une rue de Lisbonne,
Un ami poète et chanteur
M’a murmuré craintivement à l’oreille :
Le secret du fado de Lisbonne, c’est l’amour !

O fado veio a Paris
Alfama veio a Pigalle
E até o Sena
Se queixa de pena
Que o Tejo não quis sair de Portugal.
O fado veio a Paris
Alfama veio a Pigalle
E até Saint-Germain-des-Prés
Já canta o fado em francês.

Le fado est venu à Paris,
Alfama est venu à Pigalle
Et même la Seine
Déplore que le Tage
Ne veuille pas sortir du Portugal.
Le fado est venu à Paris,
Alfama est venu à Pigalle
Et même Saint-Germain-des-Prés
Chante à présent le fado en français.

Vim a Paris para cantar e ser fadista
Por certo, não pensa ninguém
Que a mesma história de Lisboa e do fadista
Aconteceu aqui também.

Je suis venue à Paris pour chanter et être fadiste.
Bien sûr, personne n’imagine
Que cette histoire de Lisbonne et du fadiste
Se répète ici.

Certo dia ao entrar num bistrot
P’ra ouvir a Java, alguém disse: Bonjour
Amália, c’est fini t’as trouvé le secret
D’la chanson de Paris c’est l’amour !

Pourtant un jour, dans un bistrot où j’entrais
Écouter la java, quelqu’un m’a dit « Bonjour
Amália, c’est fini t’as trouvé le secret
D’la chanson de Paris c’est l’amour ! »
Luís de Macedo (1925-1987). Le fado de Paris (1958).
.
Luís de Macedo (1925-1987). Le fado de Paris (1958), trad. par L. & L.

………

.

Mily Possoz (1888-1968). Paris - Quai Voltaire (1930-1937). Lisbonne, MNAC (Museu Nacional de Arte Contemporânea), Museu do Chiado.

………

Sur le boulevard

1 février 2021

« Grand Audition » (Paris), par Mariano Mantel sur Flickr (CC BY-NC 2.0). 2012.
Grand Audition, Paris, par Mariano Mantel sur Flickr (CC BY-NC 2.0). 2012.

………

Il aurait donné cent mille timbres en caoutchouc pour être en train de se promener, à midi, sur le boulevard.
Gaston Leroux (1868-1927). La double vie de Théophraste Longuet (1904), chapitre XII, Étrange attitude d’un petit chat violet.

………

Après la classe • Paris. Francesco Arcuti & Francesco Recchia, paroles & musique.
Après la classe, groupe vocal et instrumental.
Enregistrement : Aradeo (province de Lecce, Pouilles, Italie), Zero db officina musicale
Extrait de l’album Après la classe / Après la classe. Italie, ℗ 2002.

………

Après la classe est un groupe formé en 1996 dans la région des Pouilles, en Italie.

………

.

.

Paris Night Walker, par JV@NYC sur Flickr (CC BY-NC 2.0). 2014.

Dolores Duran • Nigraj manteloj (Coimbra)

25 janvier 2021

On connaît bien sûr Avril au Portugal, l’adaptation française de la célèbre chanson Coimbra popularisée, notamment en France, par Amália Rodrigues. Il existe aussi des versions de Coimbra en anglais, en italien et dans d’autres langues — parmi lesquelles l’espéranto. On doit cette curiosité à la chanteuse brésilienne Dolores Duran (1930-1959), qui l’a enregistrée et publiée en 1955 dans son album polyglotte Dolores viaja (« Dolores voyage »). La langue française y est représentée, comble de l’extravagance, par un enregistrement impeccable de Ma cabane au Canada, le succès de Line Renaud, qui remonte à… oui, 1947.

Voir aussi les billets :

………

Dolores Duran (1930-1959) • Nigraj manteloj. José Galhardo, paroles originales portugaises ; Othon Baena, adaptation en espéranto ; Raul Ferrão, musique. Titre original portugais : Coimbra.
Dolores Duran, chant ; accompagnement d’orchestre.
Extrait de l’album Dolores viaja / Dolores Duran. Brésil, ℗ 1955.

………

Kymata • Οσμάν Αγάς [Osmán Agás]

23 janvier 2021

Kymata • Οσμάν Αγάς [Osmán Agás]. Paroles & musique traditionnelles (Asie Mineure / Grèce).
Kymata, ensemble instrumental et vocal (Maria Simoglou, chant ; Iacob Maciuca, violon ; Kevin Seddiki, guitare & percussions) ; Kevin Seddiki & Kymata, adaptation & arrangement ; Kevin Seddiki, direction artistique).
Vidéo : Isabelle Montoya, réalisation, montage ; Antonio Carola, cadrage.
Bande-son extraite de l’album Kymata. France, ℗ 2017, © 2018.

………


Ήθελα να `ρθω να σ’ εύρω,
μ’ έπιασε ψιλή βροχή, Οσμάν Αγά

Je voulais venir te retrouver
Une pluie fine m’en a empêché, Osman Aga*.

Ας ερχόσουνε να μ’ εύρεις,
κι ας γενούσουνε παπί, Οσμάν Αγά

J’aurais aimé que tu viennes me retrouver
Quitte à être tout trempé, Osman Aga.

Βρήκα ρούχα να σ’ αλλάξω,
πάπλωμα να κοιμηθείς, Οσμάν Αγά

J’ai trouvé des vêtements pour te changer,
Un duvet pour que tu dormes, Osman Aga.

Αγκαλιά να σε ζεστάνει
και γλυκά να ονειρευτείς, Οσμάν Αγά

J’ai des bras pour te réchauffer
et pour que tu fasses de doux rêves, Osman Aga.
Traditionnel d’Asie Mineure / Grèce. Οσμάν Αγάς [Osmán Agás].
.
.

Traditionnel d’Asie Mineure / Grèce. Osman Agas, traduit de : Οσμάν Αγάς [Osmán Agás] par Reguina Hatzipetrou-Andronikou. Source : livret d’accompagnement de l’album « Kymata », France, Buda musique, © 2018.
*Officier ottoman.

………

Kymata
Kymata (2017)

Kymata. France, 2017
Kymata / Kymata Trio (Maria Simoglou, chant, percussions ; Iacob Maciuca, violon ; Kevin Seddiki, guitare, percussions, direction artistique) ; Anne Laurin, prise de son ; Csaba Tóth Bagi, mixage ; produit par Karim Seddiki & Klaus Wildner.
Production : France : Magic Takadin, ℗ 2017.

Enregistrement : France, abbaye de Noirlac (Cher), 19 au 21 octobre 2017. Mixage : Hongrie, Budapest, studio Péter Kaszás, 15 et 16 décembre 2017.

CD : Buda musique, © 2018. – Distribution (France) : Socadisc. – EAN 3341348603278

………

Sidonie Baba (1905-1973) • La folle des Champs-Élysées

22 janvier 2021

Vous connaissez Sidonie Baba ? C’est elle.

Sidonie Baba (1905-1973)
Sidonie Baba (1905-1973). Photo datée du 11 septembre 1931. Source : Wikimedia Commons. Domaine public

………

« Sidonie Baba, de son vrai nom Ève Solange Terrasson-Duvernon, née le 29 juin 1905 à Remiremont dans les Vosges et morte le 12 janvier 1973 à l’Hôtel-Dieu de Paris, est une chanteuse de music-hall et de cabaret, journaliste et poète française. » Voilà ce que révèle la notice Wikipédia, assez fournie, dressée à son sujet. Elle a fini sa vie comme concierge, rue de Verneuil à Paris (chez les riches donc, probablement), après s’être produite dans divers cabarets de la capitale, dont celui de Suzy Solidor, et avoir ouvert le sien propre, rue Sainte-Anne.

L’ouvrage Les dessous lesbiens de la chanson, par Léa Lootgieter et Pauline Paris (Donnemarie-Dontilly, Éditions iXe, 2019, ISBN 979-10-90062-53-5) lui consacre quelques pages, dont voici un extrait :

Contrairement à ses consœurs qui jouent la carte de la séduction, Sidonie Baba privilégie un répertoire cruel et cynique, illustré notamment par « La folle des Champs-Élysées » (1939) ou « La femme du pendu » (1947). Pour le journal Marianne, elle « possède naturellement une figure de vieille femme féroce, qui mord, qui jalouse, qui hait d’autant mieux qu’elle se débat avec sa faiblesse et quand, subitement, elle fronce les sourcils, quand elle hurle ses menaces, elle se dévoile divine de méchanceté ! »
Léa Lootgieter et Pauline Paris, Les dessous lesbiens de la chanson, Donnemarie-Dontilly, Éditions iXe, 2019, ISBN 979-10-90062-53-5.

Lorsqu’on l’entend dans La folle des Champs-Élysées on pense un peu au chant déclamé et au type de diction particulier de Marianne Oswald, non ?

………

Sidonie Baba (1905-1973) • La folle des Champs-Élysées. Solange Duvernon [Sidonie Baba], paroles ; Solange Duvernon [Sidonie Baba] et René Casabianca, musique.
Sidonie Baba, chant ; Jacques Météhen, piano.
France, 1939.
Nouvelle publication dans le coffret Vive les refrains de nos faubourgs. France, Marianne Mélodie, 2011.

………

Ce qui suit est une transcription des paroles. Les passages entre crochets sont incertains.

Les gens qui rient sur mon passage
Ne sont pas de vrais Parisiens.
Les vrais ont connu mon visage
Quand j’étais jeune et riche et bien.

Dans mes somptueux équipages
Ils me croisaient avenue du Bois
On parlait de mes attelages
Maint’nant on me montre du doigt.

On dit :
Voici la folle des Champs-Élysées,
Laissez passer ! Laissez passer !

Je ne suis pas si folle que ça
Avec mes robes démodées,
Mon grand [cabas] et mes [vieux bas].
J’en connais de plus folles que moi
Qui ne sont pas enfermées.

On dit :
Voici la folle des Champs-Élysées,
Laissez passer ! Laissez passer !

Vous que j’amuse ou que j’intrigue
Savez-vous bien où vous courez ?
Vous tous, avares ou prodigues
Ce que j’n’ai plus, vous le tenez.

Mais la fortune se fatigue,
Un jour, vous passe sous le nez.
Heureux ceux qui, pauvres, naviguent
Ceux-là n’ont rien à regretter.

On dit :
Voici la folle des Champs-Élysées,
Laissez passer ! Laissez passer !

Je ne suis pas si folle que ça
Avec mes robes démodées,
Mon grand [cabas] et mes [vieux bas].
J’en connais de plus folles que moi
Qui ne sont pas enfermées.

On dit :
Voici la folle des Champs-Élysées,
Laissez passer ! Laissez passer !
Laissez passer !
Solange Duvernon [Sidonie Baba] (1905-1973). La folle des Champs-Élysées (vers 1939).

………

Voici un autre de des succès de Sidonie Baba (qui a laissé très peu d’enregistrements) : Le bal des trois chandelles.

………

Sidonie Baba (1905-1973) • Le bal des trois chandelles. Solange Duvernon [Sidonie Baba], paroles ; Solange Duvernon [Sidonie Baba] et René Casabianca, musique.
Sidonie Baba, chant ; accompagnement d’orchestre ; Lionel Cazaux, direction.
France, 1939 ou 1940.
Nouvelle publication dans le coffret Le grand abécédaire de la chanson rétro. France, Marianne Mélodie, 2011.

………

La plainte à voix d’ombre des saudades

18 janvier 2021

Lisbonne. Vue depuis la terrasse de l'église São Vicente de Fora (Igreja de São Vicente de Fora), 19 mars 2017
Lisbonne, quartier d’Alfama. Vue depuis la terrasse de l’église São Vicente de Fora (Igreja de São Vicente de Fora), 19 mars 2017.

………

[…]
Mon sang portugais s’est perdu dans la mer de ma Négritude.
Amalia Rodriguez [sic], chante ô chante de ta voix basse les saudades de mes amours anciennes
Des fleuves des forêts des voiles, des océans des plages de soleil
Et les coups donnés et le sang versé pour des choses futiles.

J’écoute au plus profond de moi la plainte à voix d’ombre des saudades.
Léopold Sédar Senghor (1906-2001). Élégie des saudades, dans : Nocturnes (1961).

………

Amália Rodrigues (1920-1999) • Alfama. José Carlos Ary dos Santos ; Alain Oulman, musique.
Amália Rodrigues, chant ; José Fontes Rocha, guitare portugaise ; Martinho d’Assunção, guitare classique.
Extrait de l’album Cantigas numa língua antiga / Amália Rodrigues. Portugal : Edições Valentim de Carvalho, ℗ 1977.

………


Quando Lisboa anoitece
como um veleiro sem velas
Alfama toda parece
Uma casa sem janelas
Aonde o povo arrefece.

Quand Lisbonne s’enfonce dans la nuit
Comme un voilier sans voiles,
Alfama* toute entière
Semble une maison sans fenêtres
Où le peuple prend froid.

É numa água-furtada
No espaço roubado à mágoa
Que Alfama fica fechada
Em quatro paredes de água
Quatro paredes de pranto
Quatro muros de ansiedade
Que à noite fazem o canto
Que se acende na cidade
Fechada em seu desencanto
Alfama cheira a saudade.

C’est dans une mansarde,
Espace volé à la tristesse,
Qu’Alfama reste prise
Entre quatre murs d’eau,
Quatre murs de larmes,
Quatre murs d’inquiétude
Qui, la nuit, font le chant
Qui s’allume dans la ville
Enfermée dans sa désillusion.
Alfama a l’odeur de la saudade.

Alfama não cheira a fado
Cheira a povo, a solidão,
Cheira a silêncio magoado
Sabe a tristeza com pão
Alfama não cheira a fado
Mas não tem outra canção.

Alfama n’a pas l’odeur du fado.
Elle sent le peuple, la solitude,
Elle sent le silence meurtri,
Elle a un goût de tristesse et de pain.
Alfama n’a pas l’odeur du fado,
Mais elle n’a pas d’autre chanson.
José Carlos Ary dos Santos (1936-1984). Alfama (1970).
.
.
.
.
José Carlos Ary dos Santos (1936-1984). Alfama, trad. par L. & L. de Alfama (1970).
* Alfama est un quartier de Lisbonne. José Carlos Ary dos Santos, l’auteur du poème, y demeurait. Sa maison était située dans la rua da Saudade — la rue de la Saudade.

………

.

Lisbonne, quartier d'Alfama, 19 mars 2017

………

Lola Flores • ¡Ay, pena, penita, pena!

17 janvier 2021

Et ta danse sera toute de frissons
Oscar Vladislas de Lubicz-Milosz (1877-1939). La danse de la vie, dans : Les sept solitudes (1906).

………

¡Ay, pena, penita, pena! (1953). Extrait. Miguel Morayta, réalisation ; Paulino Masip, Alejandro Verbitzky & Miguel Morayta, scénario ; Lola Flores (Carmela) ; Luis Aguilar (Luis) ; Antonio Badú (Carlos)…, acteurs. Production : Mexique : Diana Films ; Espagne : Suevia Films, 1953.
Chanson :

Lola Flores (1923-1995) • ¡Ay pena, penita, pena!. Quintero, León y Quiroga [Antonio Quintero, Rafael de León y Manuel Quiroga], paroles & musique.
Lola Flores, chant ; accompagnement d’orchestre.
Espagne, ℗ 1953.

………


Si en el firmamento poder yo tuviera,
esta noche negra lo mismo que un pozo,
con un cuchillito de luna, lunera,
cortara los hierros de tu calabozo.
Si yo fuera reina de la luz del día,
del viento y del mar,
cordeles de esclava yo me ceñiría
por tu libertad.

Si au firmament j’avais du pouvoir,
En cette nuit noire, aussi noire qu’un puits,
Avec un petit couteau de lune lunatique
Je couperais les barreaux de ton cachot
Si j’étais reine de la lumière du jour,
Du vent et de la mer,
Je me ceindrais des cordes de l’esclave
Pour ta liberté.

¡Ay, pena, penita, pena, pena!
pena de mi corazón,
que me corre por las venas, pena,
con la fuerza de un ciclón.
Es lo mismo que un nublao
de tiniebla y pederná.
Es un potro desbocao
que no sabe dónde va.
Es un desierto de arena, pena,
es mi gloria en un penal, ¡ay, pena, ay, pena!
¡Ay, pena, penita, pena!

Ah ma peine, ma peine !
Chagrin de mon cœur,
Qui coule dans mes veines
Avec la force d’un ouragan,
Comme une nuée
De ténèbre et de silex,
Comme un cheval affolé
Qui ne sait pas où il va,
Comme un désert de sable, ma peine,
Mon joyau dans une prison, ah ma peine !
Ah ma peine, ma peine !

Yo no quiero flores, dinero, ni palmas,
quiero que me dejen llorar tus pesares
y estar a tu vera, cariño del alma,
bebiéndome el llanto de tus soleares.
Me duelen los ojos de mirar sin verte,
reniego de mi,
que tienen la culpa de tu mala suerte,
mis rosas de abril.

Je ne veux ni fleurs, ni argent, ni bravos.
Je veux qu’on me laisse pleurer tes peines
Et être avec toi, amour de mon âme
Et boire les larmes de tes « soleares ».
Les yeux me brûlent de regarder sans te voir
Pauvre de moi !
Car la cause de ta mauvaise fortune,
Ce sont mes roses d’avril.
Rafael de León (1908-1982). ¡Ay, pena, penita, pena! (1951).
.
Rafael de León (1908-1982). Ah ma peine, ma peine !, trad. par L. & L. de ¡Ay, pena, penita, pena! (1951).

………

Μαρινέλλα [Marinélla] • Σύνορα η αγάπη δεν γνωρίζει [Sínora ī agápī den gnōrízei]

14 janvier 2021

Un peu de variété grecque démodée, ça ne fait pas de mal. La chanteuse, Marinella, est accompagnée par le groupe « Les Athéniens » auquel appartenait Nana Mouskouri à ses débuts.

………

Μαρινέλλα [Marinélla] • Σύνορα η αγάπη δεν γνωρίζει [Sínora ī agápī den gnōrízei]. Σώτια Τσώτου [Sótia Tsótou], paroles ; Κώστας Χατζής [Kóstas Chatzís], musique.
Μαρινέλλα [Marinélla], chant ; Les Athéniens (Οι Αθηναίοι), ensemble vocal et instrumental ; Αδελφοί Τζαβάρα [Frères Tzavára], guitare et chant.
Captation : Athènes, scène musicale Zoom, novembre 1976.
Vidéo : Δάφνη Τζαφέρη [Dáfnī Tzaférī], réalisation. ΕΡΤ [ERT] (Ελληνική Ραδιοφωνία Τηλεόραση [Ellinikí Radiofōnía Tileórasī]), production. Grèce, 1976.

………


Άσε με να κάτσω πλάι σου
κι ό,τι θέλεις συλλογίσου,
δε θα σου μιλήσω, δε θα σου μιλήσω.
Μίλα με τους άλλους γύρω σου
για ν’ ακούω τη φωνή σου,
σε παρακαλώ, σε παρακαλώ.

Laisse-moi m’asseoir près de toi
Et pense à ce que tu veux.
Je ne te parlerai pas, je ne te parlerai pas.
Toi, parle aux autres, à ceux qui t’entourent,
Que je puisse entendre ta voix,
S’il te plaît, s’il te plaît.

Σύνορα η αγάπη δε γνωρίζει,
πόσο σ’ αγαπώ, πόσο σ’ αγαπώ.
Γέρνεις και ο ίσκιος σου μ’ αγγίζει
κι εγώ ριγώ, κι εγώ ριγώ.

L’amour ne connaît pas de limites,
Comme je t’aime, comme je t’aime !
Tu te penches et ton ombre me touche
et je frissonne, et je frissonne.

Άσε με απ’ το ποτήρι σου
μια γουλιά να πιω ακόμα,
δίψασα πολύ, δίψασα πολύ.
Φεύγει η ζωή και χάνεται
και τ’ αφίλητό μου στόμα
καίει για ένα φιλί, καίει για ένα φιλί.

Laisse-moi boire encore
Une gorgée dans ton verre.
Que j’avais soif, que j’avais soif !
La vie s’en va et se perd
et ma bouche, qu’aucune bouche n’a effleurée
brûle pour un baiser, brûle pour un baiser.
Σώτια Τσώτου [Sótia Tsótou] (1942-2011). Σύνορα η αγάπη δεν γνωρίζει [Sínora ī agápī den gnōrízei].
.
.
Σώτια Τσώτου [Sótia Tsótou] (1942-2011). L’amour ne connaît pas de limites, trad. par L. & L. de Σύνορα η αγάπη δεν γνωρίζει [Sínora ī agápī den gnōrízei], à partir d’une traduction italienne. Source : stixoi.info..

………