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Deux chansons maritimes

19 novembre 2022

… dont les titres commencent par Les goé.

………

Catherine Sauvage (1929-1998) • Les goémons. Serge Gainsbourg, paroles & musique.
Catherine Sauvage, chant ; Jacques Loussier et son ensemble.
Première publication dans le disque 45 t Catherine Sauvage chante Serge Gainsbourg. France, ℗ 1962.

………


Version Gainsbourg

Algues brunes ou rouges,
Dessous la vague bougent
Les goémons.
Mes amours leur ressemblent.
Il n’en reste il me semble
Que goémons.
Que des fleurs arrachées
Se mourant comme les
Noirs goémons.
Que l’on prend, que l’on jette,
Comme la mer rejette
Les goémons.
Mes blessures revivent
À la danse lascive
Des goémons.
Dieu comme elle était belle !
Vous souvenez-vous d’elle,
Les goémons ?
Elle avait la langueur
Et le goût et l’odeur
Des goémons.
Je pris son innocence
À la sourde cadence
Des goémons.
Algues brunes ou rouges,
Dessous la vague bougent
Les goémons.
Mes amours leur ressemblent.
Il n’en reste il me semble
Que goémons.
Que des fleurs arrachées
Se mourant comme les
Noirs goémons.
Que l’on prend, que l’on jette,
Comme la mer rejette
Les goémons.


Version Sauvage

Algues brunes ou rouges,
Dessous la vague bougent
Les goémons.
Mes amours leur ressemblent.
Il n’en reste il me semble
Que goémons.
Que des fleurs arrachées
Se mourant comme les
Noirs goémons.
Que l’on prend, que l’on jette,
Comme la mer rejette
Les goémons.
Mes blessures revivent
À la danse lascive
Des goémons.
Que la rive était belle
Sous la noire dentelle
Des goémons !
Nous roulâmes ensemble,
Enchaînés il me semble,
Aux goémons.
Remuant en silence
À la sourde cadence
Des goémons.

Algues brunes ou rouges,
Dessous la vague bougent
Les goémons.
Mes amours leur ressemblent.
Il n’en reste il me semble
Que goémons.
Que des fleurs arrachées
Se mourant comme les
Noirs goémons.
Que l’on prend, que l’on jette
Comme la mer rejette
Les goémons.

Serge Gainsbourg (1928-1991). Les goémons (1962).

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Damia (1889-1978) • Les goélands. Lucien Boyer, paroles & musique.
Mme Damia, chant ; accompagnement d’orchestre ; sous la direction de M. Pierre Chagnon.
Première publication : France, 1929.

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Les marins qui meurent en mer
Et que l’on jette au gouffre amer
Comme une pierre,
Avec les chrétiens refroidis
Ne s’en vont pas au paradis
Trouver saint Pierre !

Ils roulent d’écueil en écueil
Dans l’épouvantable cercueil
Du sac de toile.
Mais fidèle, après le trépas,
Leur âme ne s’envole pas
Dans une étoile.

Désormais vouée aux sanglots
Par ce nouveau crime des flots
Qui tant le navre,
Entre la foudre et l’Océan
Elle appelle dans le néant
Le cher cadavre.

Et nul n’a pitié de son sort
Que la mouette au large essor
Qui, d’un coup d’aile,
Contre son cœur tout frémissant,
Attire et recueille en passant
L’âme fidèle.

L’âme et l’oiseau ne font plus qu’un.
Ils cherchent le corps du défunt
Loin du rivage,
Et c’est pourquoi, sous le ciel noir,
L’oiseau jette avec désespoir
Son cri sauvage.

Ne tuez pas le goéland
Qui plane sur le flot hurlant
Ou qui l’effleure,
Car c’est l’âme d’un matelot
Qui plane au-dessus d’un tombeau
Et pleure… pleure !
Lucien Boyer (1876-1942). Les goélands (1905).

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Noviembre

17 novembre 2022


Cascabel vacío.
Tarde desmoronada
sobre piras de silencio.

Federico García Lorca (1898-1936). Noviembre (1920).

Grelot vide.
Soir effondré
sur des bûchers de silence.

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Toulouse (Occitanie, France), Cimetière de Rapas, 2021

………


Todos los ojos
estaban abiertos
frente a la soledad
despintada por el llanto.

Tous les yeux
étaient ouverts
face à la solitude
décolorée par les larmes.

Tin
tan,
tin
tan.

Tin
tan,
tin
tan.

Los verdes cipreses
guardaban su alma
arrugada por el viento,
y las palabras como guadañas
segaban almas de flores.

Les verts cyprès
lui gardaient son âme
ridée par le vent,
et les mots comme des faux
coupaient les âmes des fleurs.

Tin
tan,
tin
tan.

Tin
tan,
tin
tan.

El cielo estaba marchito.
¡Oh tarde cautiva por las nubes,
esfinge sin ojos!
Obeliscos y chimeneas
hacían pompas de jabón.

Le ciel était fané.
Ô soir, captif des nuages,
sphinx aveugle !
Obélisques et cheminées
faisaient des bulles de savon.

Tin
tan,
tin
tan.

Tin
tan,
tin
tan.

Los ritmos se curvaban
y se curvaba el aire,
guerreros de niebla
hacían de los árboles
catapultas.

Les rythmes se courbaient
et se courbait l’air,
des guerriers de brume
faisaient des arbres
des catapultes.

Tin
tan,
tin
tan.

Tin
tan,
tin
tan.

¡Oh tarde,
tarde de mi otro beso!
Tema lejano de mi sombra,
¡sin rayo de oro!
Cascabel vacío.
Tarde desmoronada
sobre piras de silencio.

Ô soir,
soir de mon autre baiser !
Thème lointain de mon ombre,
sans un rayon d’or !
Grelot vide.
Soir effondré
sur des bûchers de silence.

Tin
tan,
tin
tan.

Tin
tan,
tin
tan.
Federico García Lorca (1898-1936). Noviembre (1920).
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Federico García Lorca (1898-1936). Novembre, trad. par L. & L. de Noviembre (1920).

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Leo Brouwer (né en 1939) • Un día de Noviembre. Leo Brouwer, compositeur.
Leo Brouwer, guitare.
Première publication dana l’album De Bach a los Beatles / Leo Brouwer . Enregistrement : La Havane (Cuba), studios EGREM, 1981. Cuba, ℗ 1981.

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Toulouse (Occitanie, France). Cimetière de Rapas, 2021.

Amores eu tenho • Natália Correia & Amália Rodrigues

14 novembre 2022

Natália Correia (1923-1993). Archives régionales de Ponta Delgada (Açores, Portugal).
Natália Correia (1923-1993). Bibliothèque publique et Archives régionales de Ponta Delgada (Açores, Portugal).

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La dernière station de ce petit parcours consacré à Natália Correia (1923-1993) rejoint la première : l’album Cantigas d’amigos (« Chansons d’amis », 1971). Ce titre fait référence à la fois à une forme poétique précise, la cantiga de amigo, dont l’album offre plusieurs exemples, à la convivialité dans laquelle baignait l’entreprise et à l’amitié qui unissait ses protagonistes : Natália, Amália Rodrigues, le poète José Carlos Ary dos Santos (1936-1984) et José Fontes Rocha, auteur des musiques de l’album (sauf une, signée d’Alain Oulman, récupérée de l’album Fado português publié en 1965).

Les textes de Cantigas d’amigos, on l’a dit, proviennent de Cantares dos trovadores galego-portugueses (« Chants des troubadours galégo-portugais », 1970), un choix de cantigas d’auteurs galégo-portugais du Moyen Âge (XIIIe siècle essentiellement) réécrits en portugais moderne par Natália Correia. Ils sont soit dits (par Ary dos Santos ou Natália Correia), soit chantés par Amália. Dans tous les cas, ils sont soutenus par le quatuor instrumental qui travaillait avec Amália à cette époque.

Le pittoresque et délicieux Amores eu tenho, d’après le troubadour Pero Meogo dont on ne sait à peu près rien, sinon qu’il était probablement galicien et qu’il vivait au XIIIe siècle, est un dialogue entre une jeune fille amoureuse et sa mère qui la blâme pour sa conduite. Il est alternativement déclamé par Natália (la mère) et chanté par Amália (la fille). La première avait 48 ans à l’époque, la seconde trois de plus.

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Natália Correia (1923-1993) & Amália Rodrigues (1920-1999) • Amores eu tenho. Natália Correia, paroles en portugais moderne ; José Fontes Rocha, musique. Adaptation du poème Digades, filha, mia filha velida du troubadour Pero Meogo.
Natália Correia, voix ; Amália Rodrigues, chant ; José Fontes Rocha & Carlos Gonçalves, guitare portugaise ; Pedro Leal, guitare ; Joel Pina, basse acoustique.
Extrait de l’album Cantigas d’amigos / Amália Rodrigues, Natália Correia, Ary dos Santos. Enregistrement : studios Valentim de Carvalho, Paço d’Arcos (Portugal), 29 septembre et 1er octobre 1971. Portugal, ℗ 1971.

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— Responde, filha, formosa filha,
Porque tardaste na fonte fria?
— Amores eu tenho!

— Réponds, ma fille, gracieuse fille,
Qu’as-tu tardé à la source froide ?
— D’amours je suis prise !

— Filha, formosa filha, responde:
Porque tardaste na fria fonte?
— Amores eu tenho!

— Ma fille, gracieuse fille, réponds :
Qu’as-tu tardé à la froide source ?
— D’amours je suis prise !

Tardei, minha mãe, na fonte fria,
Cervos do monte a água volviam.
Amores eu tenho!

J’ai tardé, ma mère, à la source froide,
Car les cerfs des monts en agitaient l’onde.
D’amours je suis prise !

Tardei, minha mãe, na fria fonte,
Volviam a água cervos do monte.
Amores eu tenho!

J’ai tardé, ma mère, à la froide source,
Car les cerfs des monts l’onde en agitaient.
D’amours je suis prise !

— Que escondes, filha, por teu amigo?
Cervos do monte não volvem o rio.
— Amores eu tenho!

— Que caches-tu, ma fille, au nom de ton ami ?
Les cerfs des monts n’agitent pas la rivière.
— D’amours je suis prise !

— Por teu amado, filha, que escondes?
O mar não volvem cervos do monte.
— Amores eu tenho!

— Pour ton ami, ma fille, que caches-tu ?
Les cerfs des monts ne troublent pas la mer.
— D’amours je suis prise !
Natália Correia (1923-1993). Amores eu tenho (1970), d’après Pero Meogo (12??-12??) Digades, filha, mia filha velida (XIIIe siècle).
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Natália Correia (1923-1993). D’amours je suis prise, trad. par L. & L. de Amores eu tenho (1970), d’après Pero Meogo (vers 12??-12??) Digades, filha, mia filha velida (XIIIe siècle).

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La chanson du dimanche [27]

13 novembre 2022

.Vera Gran (Wiera Gran), Kviawiak ; Swiety Antoni ; Trzy Listy, disque 45 t, France, 1958.
Vera Gran (Wiera Gran), Kviawiak ; Swiety Antoni ; Trzy Listy, disque 45 t, France, 1958.

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La chanson de ce dimanche est triste comme le sont les chansons polonaises. Trzy listy (« Trois lettres ») a été un grand succès de Wiera Gran, de son nom véritable Dwojra Grynberg ou Grinberg (1916–2007). Wiera Gran était juive. Au début de la guerre elle fuit Varsovie, mais y rentre en 1941. Elle vit et travaille dans le ghetto, dont elle parvient à s’échapper au début des déportations massives. La guerre finie, elle est accusée de collaboration avec l’occupant allemand, ce dont elle se défend très vivement et qui n’a jamais pu être établi. En 1950 elle s’exile à Paris où elle meurt en 2007, à l’âge de 91 ans.

Wiera Gran a réalisé plusieurs enregistrements de Trzy listy. Celui-ci est français et date de 1958.

  • À lire : Agata Tuszyńska, Wiera Gran, l’accusée, Grasset, 2011, trad. de Oskarżona : Wiera Gran (2010).

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Wiera Gran (1916-2007) • Trzy listy. Jerzy Jurandot, paroles ; Leon Boruński, musique.
Vera Gran (Wiera Gran), chant ; Tito Fuggi et son orchestre.
France, ℗ 1958.

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Już było bardzo późno.
Mój Boże, co z tego?
Po prostu nie spostrzegłam
Że przecież biegł czas.
Siedziałam i myślałam,
Myślałam, jak napisać do niego
I że piszę ostatni już raz.

Il était très tard.
Mon Dieu, quelle importance ?
Je ne m’étais pas rendu compte
Que le temps avait passé.
J’étais assise, je me demandais
Comment tourner cette lettre,
La dernière que je luis écris.

Bądź zdrów, wszystko wiem.
Nie zobaczysz mnie więcej
Jeśli ci ze mną źle.
Ten list potem spal,
Niech nie wpadnie w jej ręce.
Spal i zapomnij mnie.

Adieu, je sais tout.
Tu ne me reverras plus
Puisque tu es malheureux avec moi.
Brûle cette lettre,
Qu’elle ne tombe pas entre ses mains.
Brûle-la, oublie-moi.

Tylko powiedz, dlaczego
Za tyle, tyle dni…?
Tylko powiedz, jak mogłeś
Jak mogłeś, właśnie ty?
Bądź zdrów, jedno wiedz:
Nienawidzę goręcej
Niż wpierw kochałam cię.

Dis-moi seulement pourquoi,
Au bout de tant de jours… ?
Dis-moi comment peux-tu,
Toi, justement toi ?
Adieu. Sache seulement
Que je te hais bien plus
Que je ne t’ai aimé.

A potem list przejrzałam
Uważnie, powoli.
Przejrzałam i podarłam.
O Boże, nie, nie!
Inaczej! Tak nie można!
Niech nie wie, że aż tak mnie to boli,
Że mi będzie bez niego tak źle.

Et j’ai relu la lettre
Lentement, avec soin,
Je l’ai relue et je l’ai déchirée.
Mon Dieu, non, non !
Je ne peux pas l’envoyer ainsi !
Il ne faut pas qu’il sache que je souffre autant,
Que je suis si malheureuse sans lui.

Bądź zdrów, wszystko wiem.
Jestem bardzo szczęśliwa.
Sama już chciałam iść.
No cóż, zwykła rzecz:
Mam cię dosyć, więc zrywam;
Ty też tak zrobiłbyś.

Adieu, je sais tout.
Je suis très heureuse,
Car moi aussi je voulais rompre.
Au fond, rien que de très banal :
Je suis lassée de toi, je te quitte.
Tu agirais de même.

I nie będę tęskniła.
No skąd, na pewno nie!
Pójdę dzisiaj do kina,
Jest obraz z Boyer.
Bądź zdrów, jedno wiedz:
Nie chcę dłużej ukrywać,
Że nie kochałam cię.

Et tu ne me manqueras pas,
Non, sûrement pas !
Ce soir je vais au cinéma,
On donne un film avec [Charles] Boyer.
Adieu. Sache seulement
Que je ne veux plus cacher
Que je ne t’aimais pas.

Mój Boże, « nie kochałam »…
A jeśli uwierzy?
Wyrzuci z serca nawet
Wspomnienia tych dni.
Nie, nie, tak być nie może!
Niech do mnie chociaż przeszłość należy.
Więc inaczej, spod serca, przez łzy.

Mon Dieu, « je ne t’aimais pas »…
Et s’il allait le croire ?
Il effacera de son cœur
Jusqu’aux souvenirs de tous ces jours.
Non, non, ce n’est pas possible !
Qu’au moins le passé me reste encore !
Différemment, enfoui dans mon cœur, mouillé de larmes.

Bądź zdrów, wszystko wiem.
Nie męcz się nadaremnie.
Zrób tak, jak serce chce.
Że ja? No to nic.
Nie chcę, żebyś przeze mnie…
Już nie zobaczysz mnie.

Adieu, je sais tout.
Inutile de te torturer pour rien.
Fais ce que te dicte ton cœur.
Moi ? Quelle importance.
Je ne veux pas que par ma faute tu…
Tu ne me verras plus.

Tylko proszę, pamiętaj:
Na deszcz ten szalik noś
I już nie pal tak dużo:
Dwadzieścia sztuk to dość.
Bądź zdrów. Nie znam jej.
Może lepiej ode mnie
Potrafi kochać cię.

Une dernière chose. Je t’en prie,
Mets cette écharpe quand il pleut
Et ne fume pas autant ;
Vingt cigarettes, c’est assez.
Adieu. Je ne la connais pas.
Elle t’aimera peut-être
Mieux que je ne l’ai fait.
Jerzy Jurandot (1911-1979). Trzy listy (1939).
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Jerzy Jurandot (1911-1979). Trois lettres, trad. par L. & L. de Trzy listy (1939), à partir d’une traduction automatique et d’une traduction anglaise.

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Defesa do poeta • Natália Correia

12 novembre 2022

António Antunes. Caricature de Natália Correia décorant la station Aeroporto du métro de Lisbonne.
António Antunes. Caricature de Natália Correia décorant la station Aeroporto du métro de Lisbonne.

Dans l’anthologie La poésie du Portugal : des origines au XXe siècle publiée par Chandeigne en 2021, voici la notice relative à Natália Correia :

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Née à Fajã de Baixo, sur l’île de São Miguel, dans l’archipel des Açores, Natália Correia est une figure intellectuelle emblématique de l’opposition à Salazar. Auteur de théâtre, de poésie, romans et de nombreux essais, elle fut également une activiste politique, puis députée pendant une dizaine d’années après la Révolution des œillets. Condamnée à trois ans de prison par le régime salazariste, en 1966, pour son « Anthologie de poésie érotique et satirique », son militantisme se reflète dans son œuvre, vigoureuse et polémique. Elle anima pendant des années les cercles intellectuels portugais, notamment dans les années 1950 où elle présida des « tertúlias » à Lisbonne, réunions où se pressaient écrivains, poètes, artistes, intellectuels portugais et étrangers.
Charlotte Ortiz, Correia, Natália (1923-1993), dans : Max de Carvalho (dir.), La poésie du Portugal : des origines au XXe siècle, éd. bilingue, Chandeigne, 2021, ISBN 978-2-36732-207-0, p. 1791.

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De fait, Natália avait un aspect belliqueux : le regard avertissait d’emblée que les armes étaient chargées et feraient feu sans sommation. Lors du procès de 1966, qui faisait suite à la publication de l’Anthologie de poésie érotique et satirique et qui s’est soldé pour elle par une peine de trois années de prison (transformée en une lourde amende), elle avait imaginé de déclamer pour sa défense un poème composé ad hoc, intitulé Defesa do poeta (« Défense du poète ») — projet que son avocat l’a dissuadée de mettre à exécution. Cette pièce, publiée par la suite, est devenue l’un de ses poèmes les plus connus. Le voici, dit par elle-même, lors d’une tertúlia organisée en décembre 1968 par Amália Rodrigues dans sa maison de Lisbonne, restée fameuse pour avoir été enregistrée et publiée sous la forme d’un album intitulé Amália/Vinicius. Elle réunissait, outre Amália et Natália : Vinícius de Moraes, les poètes Ary dos Santos et David Mourão-Ferreira, Alain Oulman,….

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Natália Correia (1923-1996) • Defesa do poeta. Poème de Natália Correia, dit par son autrice.
Enregistré lors d’une soirée au domicile d’Amália Rodrigues, rua de São Bento, Lisbonne, le 19 décembre 1968.
Extrait de l’album Amália/Vinicius / Amália Rodrigues, Vinicius de Moraes, Natália Correia… Portugal, ℗ 1970.

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On pense (« Ô sous-alimentés du rêve ! / La poésie, ça se mange ! ») aux véhémences de Léo Ferré, dans Il n’y a plus rien par exemple.

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Senhores jurados sou um poeta
um multipétalo uivo um defeito
e ando com uma camisa de vento
ao contrário do esqueleto

Messieurs les jurés je suis un poète
un hurlement multipétale un défaut
et j’ai au revers du squelette
une chemise de vent.

Sou um vestíbulo do impossível um lápis
de armazenado espanto e por fim
com a paciência dos versos
espero viver dentro de mim

Je suis un vestibule de l’impossible un crayon
de stupeur accumulée et j’attends
avec la patience du poème
de vivre enfin au dedans de moi.

Sou em código o azul de todos
(curtido couro de cicatrizes)
uma avaria cantante
na maquineta dos felizes

Je suis en code l’azur de tous
(cuir tanné de cicatrices)
un chant qui met en panne
la petite mécanique des gens heureux

Senhores banqueiros sois a cidade
o vosso enfarte serei
não há cidade sem o parque
do sono que vos roubei

Messieurs les banquiers vous êtes la ville
je serai votre infarctus
il n’existe pas de ville sans le parc
du sommeil que je vous ai pris

Senhores professores que pusestes
a prémio minha rara edição
de raptar-me em crianças que salvo
do incêndio da vossa lição

Messieurs les professeurs qui avez
mis à prix ma rare édition
celle où je me ravis des enfants que je sauve
de l’incendie de votre leçon

Senhores tiranos que do baralho
de em pó volverdes sois os reis
sou um poeta jogo-me aos dados
ganho as paisagens que não vereis

Messieurs les tyrans qui êtes les rois
dans le jeu de cartes du retour à la poussière
je suis un poète je me joue aux dés
je gagne les paysages que vous ne verrez pas

Senhores heróis até aos dentes
puro exercício de ninguém
minha cobardia é esperar-vos
umas estrofes mais além

Messieurs les héros jusqu’aux dents
pur exercice de personne
ma lâcheté c’est de vous attendre
Quelques strophes plus loin

Senhores três quatro cinco e sete
que medo vos pôs por ordem?
que pavor fechou o leque
da vossa diferença enquanto homem?

Messieurs trois quatre cinq et sept
quelle peur vous a remis dans l’ordre ?
Quelle terreur a fermé l’éventail
de votre différence en tant qu’hommes ?

Senhores juízes que não molhais
a pena na tinta da natureza
não apedrejeis meu pássaro
sem que ele cante minha defesa

Messieurs les juges vous qui ne trempez pas
votre plume dans l’encre de la nature
ne lapidez pas mon oiseau
sans qu’il puisse chanter ma défense

Sou um instantâneo das coisas
apanhadas em delito de perdão
a raiz quadrada da flor
que espalmais em apertos de mão.

Je suis un instantané des choses
prises en flagrant délit de pardon
la racine carrée de la fleur
que vous écrasez dans vos poignées de main.

Sou uma impudência a mesa posta
de um verso onde o possa escrever
ó subalimentados do sonho!
a poesia é para comer.

Je suis une impudence assise à la table
d’un vers où je puisse l’écrire
Ô sous-alimentés du rêve !
La poésie, ça se mange !
Natália Correia (1923-1993). Defesa do poeta (1966).
.
Natália Correia (1923-1993). Défense du poète, trad. par L. & L. de Defesa do poeta (1966).

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La traduction m’a donné beaucoup de mal et je ne suis sûr de presque rien. La 5e strophe est la pire (« Messieurs les professeurs… ») et me reste hermétique. Je n’ai malheureusement trouvé aucune traduction française ; seulement deux espagnoles (dont les traducteurs respectifs se sont manifestement cassé le nez sur cette même strophe — qu’ils ont interprétée chacun à sa manière) et une italienne, qui reste assez proche de l’original et donc obscure. Et ce n’est qu’un exemple.

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Ana Laíns • Ricochete (Natália Correia)

10 novembre 2022

Selon ses propres termes* Ana Laíns reconnaît en Amália Rodrigues et en José Afonso respectivement sa « mère » et son « père » en musique : un couple qui, dans la vie réelle, aurait paru hautement improbable mais dont les univers artistiques peuvent en effet se conjuguer. « Je suis essentiellement une chanteuse traditionnelle portugaise », ajoute Ana Laíns, qui donne à Ricochete, poème de Natália Correia, une structure de chanson avec couplets et refrain en mettant à contribution deux musiques traditionnelles de Beira Baixa (la région d’origine d’Amália).

* Miguel Á. Fernández, « Soy esencialmente una cantante tradicional portuguesa », dans : El Comercio (Gijón, éd. En ligne), 24 novembre 2012, https://www.elcomercio.es/v/20121124/oviedo/esencialmente-cantante-tradicional-portuguesa-20121124.html, consulté le 9 novembre 2022.

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Ana Laíns • Ricochete. Poème de Natália Correia ; musique traditionnelle (Não se me dá que vindimem et Menina, vamos a Murta, Beira Baixa, Portugal).
Ana Laíns, chant ; Bernardo Couto, guitare portugaise ; Diogo Clemente, guitare ; Marino de Freitas, basse acoustique ; Paulo Loureiro, clarinette ; Vicky (Hugo Marques), percussions ; Diogo Clemente, arrangements et production.
Enregistrement : Lisbonne, studios Namouche & Lisboa Studio.
Extrait de l’album Quatro caminhos / Ana Laíns. Portugal, ℗ 2010.

………

Dans Ricochete, publié en 1958, apparaît une facette de l’art poétique de Natália Correia témoignant d’un goût pour le travail sur la forme. Le poème est fait, littéralement, de « ricochets » : un mot, « ricochant » sur une première proposition en amène une autre, grâce, le plus souvent, au retournement de la première. Le travail sur le rythme, les assonances, les rimes fait partie intégrante de la composition et une bonne traduction devrait s’efforcer d’en rendre compte — ce qui est totalement, tragiquement en dehors de mes compétences.

Vu qu’Ana Laíns bouleverse l’ordre des strophes, qu’elle en laisse deux de côté et qu’elle en a créé une nouvelle en raboutant certains vers, on trouvera ci-dessous le texte de cette version chantée suivi du poème original.

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Version Ana Laíns


Que rua vai dar ao tempo?
Que tempo vai dar à rua
Por onde o Firmamento
E a Terra se unem na lua?

Quelle est la rue qui mène au temps ?
Quel est le temps qui mène à la rue
Où le Firmament
Et la Terre s’unissent à la Lune ?

Que sereia é o poente,
Metade não sei de quê
A pentear-se com o pente
Do olhar finito que o vê?

Quelle sirène est le couchant,
Moitié de je ne sais quoi,
Qui se peigne avec le peigne
Du regard limité qui le voit ?

Refrain
Que margens têm os rios
Para além das suas margens?
Que viagens são navios?
Que navios são viagens?
Que contrário é uma estrela?
Que estrela é este contrário
De imaginarmos por vê-la
Tudo à volta imaginário?

Refrain
Quelles rives ont les rivières
Au-delà de leurs rives ?
Quels voyages sont navires ?
Quels navires sont voyages ?
De quoi une étoile est-elle l’envers ?
Quelle étoile est le revers
De ce que nous imaginons en la voyant :
Que tout alentour est imaginaire ?

Que palavra é o silêncio?
Que silêncio é esta voz
Que num soluço suspenso
Chora flores dentro de nós?

Quelle parole est le silence ?
Quel silence est cette voix
Qui dans un sanglot en suspens
Pleure des fleurs au-dedans de nous ?

Chora flores dentro de nós
Deste soluço suspenso
Que silêncio é esta voz?
Que palavra é o silêncio?

Pleure des fleurs au-dedans de nous
De ce sanglot en suspens
Quel silence est cette voix ?
Quelle parole est le silence ?
Natália Correia (1923-1993). Ricochete, extrait de : Passaporte (1958) [adaptation]. Natália Correia (1923-1993). Ricochet, trad. par L. & L. de Ricochete, extrait de : Passaporte (1958) [adaptation].

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Poème original


Que margens têm os rios
Para além das suas margens?
Que viagens são navios?
Que navios são viagens?

Quelles rives ont les rivières
Au-delà de leurs rives ?
Quels voyages sont navires ?
Quels navires sont voyages ?

Que contrário é uma estrela?
Que estrela é este contrário
De imaginarmos por vê-la
Tudo à volta imaginário?

De quoi une étoile est-elle l’envers ?
Quelle étoile est le revers
De ce que nous imaginons en la voyant :
Que tout alentour est imaginaire ?

Que paralelas partidas
Nos articulam os braços
Em formas interrompidas
Para encarnar um espaço?

Quelles parallèles brisées
Nous articulent les bras
En formes interrompues
Pour incarner un espace ?

Que rua vai dar ao tempo?
Que tempo vai dar à rua
Por onde o Firmamento
E a Terra se unem na lua?

Quelle est la rue qui mène au temps ?
Quel est le temps qui mène à la rue
Où le Firmament
Et la Terre s’unissent à la Lune ?

Que palavra é o silêncio?
Que silêncio é esta voz
Que num soluço suspenso
Chora flores dentro de nós?

Quelle parole est le silence ?
Quel silence est cette voix
Qui dans un sanglot en suspens
Pleure des fleurs au-dedans de nous ?

Que sereia é o poente,
Metade não sei de quê
A pentear-se com o pente
Do olhar finito que o vê?

Quelle sirène est le couchant,
Moitié de je ne sais quoi,
Qui se peigne avec le peigne
Du regard limité qui le voit ?

Que medida é o tamanho
De estar sentado ou de pé?
Que contraste torna estranho
Um corpo à alma que é?

De quelle mesure est
La taille assise ou debout ?
Quel est ce contraste qui rend
Étranger un corps à l’âme qu’il est ?
Natália Correia (1923-1993). Ricochete, extrait de : Passaporte (1958). Natália Correia (1923-1993). Ricochet, trad. par L. & L. de Ricochete, extrait de : Passaporte (1958).

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Cristina Branco • Rio de nuvens VIII (Natália Correia)

7 novembre 2022

Après Mísia [voir le billet Mísia • Sete luas (Natália Correia)] Cristina Branco a voulu, elle aussi, rendre hommage à la poésie de Natália Correia (1923-1993). C’est dans Rio de nuvens (« Fleuve de nuages », 1947), une œuvre de jeunesse, qu’elle a puisé pour son album Corpo iluminado (« Corps illuminé »), paru en 2001.

Rio de nuvens compte 18 poèmes. Celui qu’ont retenu Cristina Branco et Custódio Castelo, le compositeur quasi-exclusif de ses six premiers albums de studio, est le huitième du recueil.

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Cristina Branco • Rio de nuvens VIII. Poème de Natália Correia ; Custódio Castelo, musique.
Cristina Branco, chant ; Custódio Castelo, guitare portugaise & arrangements ; Alexandre Silva, guitare classique ; Fernando Maia, basse acoustique.
Enregistrement : Studios Pé de vento, Foros de Salvaterra (Portugal), janvier 2001.
Extrait de l’album Corpo iluminado / Cristina Branco. France, Decca Records France, ℗ 2001.

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Turva hora onde
Principia a noite
E o dia se esconde.

Heure trouble où
Commence la nuit
Et se dérobe le jour.

Hora de abandonos
Em que a gente esquece
Aquilo que somos
E o tempo adormece.

Heure d’abandons
Où l’on oublie
Ce que l’on est
Et où le temps s’endort.

Nevoenta hora,
Hora de ninguém
Em que a gente chora
Não sabe* por quem.

Heure nébuleuse,
Heure de personne,
Heure où l’on pleure
Sans savoir* pour qui.

E tudo se esconde
Nessa hora onde
Por estranha magia
Brilha o sol de noite
E o luar de dia.

Et tout se dérobe
En cette heure où
Par une étrange magie
Brille le soleil la nuit
Et la lune le jour.
Natália Correia (1923-1993). Turva hora onde (Rio de nuvens. VIII), extrait de : Rio de nuvens (1947).
*Chanté : « Não sei por quem »
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Natália Correia (1923-1993). Heure trouble où… (Fleuve de nuages. VIII), trad. par L. & L. de Turva hora onde (Rio de nuvens. VIII), extrait de : Rio de nuvens (1947).
*Chanté : « Não sei por quem » (« Je ne sais pour qui »).

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La chanson du dimanche [26]

6 novembre 2022

Une chanson turque, ce dimanche.

La voix du chanteur fait penser à celle de Sacha Distel passant sur le tourne-disques à vitesse réduite.

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Teoman • Serseri. Teoman, paroles & musique.
Teoman, chant ; accompagnement instrumental ; Alper Erinç, arrangements.
Extrait de l’album Eski bir rüya uğruna / Teoman. Turquie, ℗ 2015.
Vidéo : pas d’informations.

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Non. La voix du chanteur est absolument identique à celle du leader des Charlots. De surcroît il lui ressemble physiquement.

Simple coïncidence, sans doute.

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Bunlar güzel günlerimiz
Daha beter olcak her şey
Dünya zaten yalan dolan
Kaderden kaçamaz insan

Vurulmuş kalbinin ortasından
Aynaya bakmam
Kendimi bilmem
Hayat acıtınca
Dünyayı sevmem

Ne yazık ki tek tabanca
Serseri doğdum
Serseri ölcem
Teoman. Serseri

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Mísia • Sete luas (Natália Correia)

5 novembre 2022

En dehors d’Amália Rodrigues, qui la recevait lors des tertúlias — ces soirées littéraires et musicales prolongées jusqu’au matin — qu’elle aimait tenir chez elle, Natália Correia (1923-1993), écrivaine féministe, tenant continûment un discours acerbe vis-à-vis du régime salazariste (qui, en retour, ne la tenait pas en odeur de sainteté), n’était guère sollicitée par le fado. Sa riche œuvre poétique est devenue un territoire d’exploration pour les fadistes d’après la Révolution des œillets, à commencer par Mísia.

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Mísia • Sete luas. Natália Correia, paroles ; Renato Varela, musique (Fado Varela).
Mísia, chant ; Manuel Rocha, violon ; Mário Franco, contrebasse ; Ricardo Dias, piano & arrangement.
Enregistrement : Lisbonne, studios Xangrilá, octobre 1997.
Extrait de l’album Garras dos sentidos / Mísia. France, ℗ 1998.

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Há noites que são feitas dos meus braços
E um silêncio comum às violetas.
E há sete luas que são sete traços
De sete noites que nunca foram feitas.

Il y a des nuits faites de mes bras
Et un silence commun aux violettes.
Et il y a sept lunes : sept traces
De sept nuits jamais accomplies.

Há noites que levamos à cintura
Como um cinto de grandes borboletas.
E um risco a sangue na nossa carne escura
Duma espada à baínha dum cometa.

Il y a des nuits que nous portons à la ceinture
Comme un cordon de grands papillons.
Et un trait de sang sur notre chair obscure
Laissé par une épée au fourreau d’une comète.

Há noites que nos deixam para trás
Enrolados no nosso desencanto
E cisnes brancos que só são iguais
À mais longínqua onda do seu canto.

Il y a des nuits qui nous abandonnent
Enveloppés dans notre désillusion
Et des cygnes blancs pareils seulement
À la plus lointaine des ondes de leur chant.

Há noites que nos levam para onde
O fantasma de nós fica mais perto;
E é sempre a nossa voz que nos responde
E só o nosso nome estava certo.

Il y a des nuits qui nous emmènent
Au plus près de notre propre fantôme ;
Et c’est notre voix encore qui nous répond
Et rien n’était certain, sauf notre nom.

Há noites que são lírios e são feras
E a nossa exactidão de rosa vil
Reconcilia no frio das esferas
Os astros que se olham de perfil.

Il y a des nuits de lis et de bêtes fauves
Et notre précision de rose abjecte
Réconcilie dans le froid des sphères
Les astres qui se regardent de profil.
Natália Correia (1923-1993). Há noites que são feitas dos meus braços, extrait de : Dimensão encontrada (1957).
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Natália Correia (1923-1993). Il y a des nuits qui sont faites de mes bras, trad. par L. & L. de Há noites que são feitas dos meus braços, extrait de : Dimensão encontrada (1957).

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Amália Rodrigues • Lá vão as flores (1971)

3 novembre 2022

Amália Rodrigues (1920-1999) • Lá vão as flores. Natália Correia, paroles en portugais moderne ; José Fontes Rocha, musique. Adaptation du poème As frores do meu amigo du troubadour Paio Gomes Charinho = Paio Gómez Chariño.
Amália Rodrigues, chant ; José Fontes Rocha & Carlos Gonçalves, guitare portugaise ; Pedro Leal, guitare ; Joel Pina, basse acoustique.
Extrait de l’album Cantigas d’amigos / Amália Rodrigues, Natália Correia, Ary dos Santos. Enregistrement : studios Valentim de Carvalho, Paço d’Arcos (Portugal), 29 septembre et 1er octobre 1971. Portugal, ℗ 1971.

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As flores do meu amigo
Briosas vão no navio.
Lá vão as flores
E com elas os meus amores!
Foram-se as flores
E com elas os meus amores!

Voici les fleurs de mon ami,
Splendides dans le navire.
S’en vont les fleurs
Et avec elles mes amours !
En allées sont les fleurs
Et avec elles mes amours !

As flores do meu amado
Briosas, leva-as o vento,
Lá vão as flores
E com elas os meus amores!
Foram-se as flores
E com elas os meus amores!

Voilà les fleurs de mon aimé,
Splendides, emportées par le vent.
S’en vont les fleurs
Et avec elles mes amours !
En allées sont les fleurs
Et avec elles mes amours !

Briosas vão no navio.
Na armada irão seguindo,
Lá vão as flores
E com elas os meus amores!
Foram-se as flores
E com elas os meus amores!

Splendides dans le navire,
Pour escorter l’armée,
S’en vont les fleurs
Et avec elles mes amours !
En allées sont les fleurs
Et avec elles mes amours !

Briosas, leva-as o barco
Para lutar no fossado.
Lá vão as flores
E com elas os meus amores!
Foram-se as flores
E com elas os meus amores!

Splendides, le navire les emporte,
Pour combattre à la guerre.
S’en vont les fleurs
Et avec elles mes amours !
En allées sont les fleurs
Et avec elles mes amours !

Na armada irão seguindo
Servir meu corpo garrido
Lá vão as flores
E com elas os meus amores!
Foram-se as flores
E com elas os meus amores!

Pour escorter l’armée,
Servir mon corps gracieux
S’en vont les fleurs
Et avec elles mes amours !
En allées sont les fleurs
Et avec elles mes amours !

Para lutar no fossado
Servir meu corpo louvado
Lá vão as flores
E com elas os meus amores!
Foram-se as flores
E com elas os meus amores!

Pour combattre à la guerre,
Servir mon corps célébré
S’en vont les fleurs
Et avec elles mes amours !
En allées sont les fleurs
Et avec elles mes amours !
Natália Correia (1923-1993). Lá vão as flores (1970), d’après Paio Gomes Charinho = Paio Gómez Chariño (vers 1225-1295) As frores do meu amigo (XIIIe siècle).
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Natália Correia (1923-1993). S’en vont les fleurs, trad. par L. & L. de Lá vão as flores (1970), d’après Paio Gomes Charinho = Paio Gómez Chariño (vers 1225-1295) As frores do meu amigo (XIIIe siècle).

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Cantigas d’amigos, publié fin 1971, est un album collectif conçu à partir du recueil Cantares dos trovadores galego-portugueses (« Chants des troubadours galégo-portugais », 1970) de l’écrivaine açoréenne Natália Correia (1923-1993). Ce recueil propose un choix de textes de cantigas d’auteurs galégo-portugais du Moyen Âge (XIIIe siècle essentiellement) réécrits en portugais moderne. Le projet réunit : Amália Rodrigues, alors à l’apogée de son art (son chef d’œuvre Com que voz est paru l’année précédente) ; Natália Correia elle-même ; Ary dos Santos (1936-1984), dont Alain Oulman a mis quelques poèmes en musique pour Amália ; José Fontes Rocha, qui accompagnait alors Amália à la guitare portugaise.

Fontes Rocha — à qui sont dûs les arrangements de Com que voz — compose des musiques sur 14 des cantigas du recueil. Dans l’enregistrement, réalisé en deux jours, Amália chante tandis que les deux poètes déclament sur un accompagnement instrumental.

Lá vão as flores (« S’en vont les fleurs »), l’une des cantigas chantées de l’album, est adaptée de As frores do meu amigo, une cantiga de amigo (« chanson d’ami ») du troubadour galicien Paio Gomes Charinho. Contrairement à ce que laisse croire son titre, elle ne présente aucun caractère bucolique — ni d’ailleurs nostalgique. Originaire de Pontevedra, Paio Gomes Charinho était dans le civil un noble, un courtisan, un homme de guerre. Les « fleurs » de sa cantiga — des fleurs de lis — sont celles de son blason ; ses étendards, hissés sur les mâts du navire en partance pour quelque expédition militaire, en sont ornés (renseignements fournis par la remarquable base de données Cantigas medievais galego-portuguesas développée par l’Instituto de Estudos Medievais de l’Universidade Nova de Lisboa).

Comme dans toute « chanson d’ami », c’est la dame qui dit « je » dans As frores do meu amigo : c’est elle qui s’exalte sur les étendards de son aimé qui part à la guerre où il combattra en son nom, pour « servir [son] corps gracieux ».

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Fontes Rocha n’a nullement cherché à imiter le caractère des chansons médiévales. La composition originale conçue par Paio Gomes Charinho est perdue, mais voici toutefois As flores do meu amigo chantée sur une musique d’Afonso X (Alphonse X « le Sage », 1221-1284, roi de Castille et León) qui lui est vraisemblablement à peu près contemporaine. En tant que troubadour, le nom d’Alphonse X est associé au recueil des Cantigas de Santa María : c’est la cantiga 189 qu’a retenue Paulina Ceremużyńska ; elle utilise le texte de l’un des manuscrits connus.

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Paulina Ceremużyńska • As ffroles do meu amigo. Cantiga de Paio Gomes Charinho = Paio Gómez Chariño ; Afonso X = Alphonse X « le Sage », musique (réemploi de la musique de la Cantiga de Santa María 189).
Paulina Ceremużyńska, chant & direction musicale ; Zofia Dowgiałło, harpe romane.
Extrait de l’album E moiro-me d’amor : cantigas de desexo e saudade / Paulina Ceremużyńska. Espagne, Xunta de Galicia, ℗ 2006.

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