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Le twist des anges

8 janvier 2010

Florence, décembre 2009, place de la SS. Annunziata
J’étais encore en Italie la semaine dernière (je ne suis pas sur la photo, vu que c’est moi qui l’ai prise). Un pays inépuisable et qui nous demeure mystérieux à nous autres Français, quoi qu’on dise. Je sais bien, surtout à présent que sévit ce ridicule « débat » sur notre « identité nationale », qu’il faut éviter les globalisations du genre les Italiens sont comme ci, les Français sont comme ça, les Espagnols sont gnols et les Portugais sont gais (gay-friendly ils le sont sans doute, puisque leur parlement vient de légaliser le mariage entre personnes du même sexe, aujourd’hui même).

Mais tout de même il y a certaines constatations à faire.

La langue italienne est aux antipodes de la nôtre quant à la sonorité, au rythme, à l’occupation de l’espace sonore. Par exemple, le brouhaha d’un restaurant italien est très différent de celui d’un restaurant français.

Je ne sais pas si on peut dire des Italiens qu’ils aiment parler, en tout cas ils le font, comme ils respirent.Repas à Florence

Ainsi la plupart d’entre eux prend une bonne dizaine de minutes pour commander son repas : il faut passer presque tous les plats de la carte en revue, même dans les cas où leur désignation est parfaitement claire sur le menu. Durant cet exercice il est indispensable de maintenir le fil du discours, le cas échéant à l’aide de formules de remplissage, de mots prononcés sur un certain ton, et qui n’ont d’autre fonction que de ne pas laisser s’installer le silence, comme à la radio.

Le serveur ou la serveuse ne s’impatiente jamais, au contraire il ou elle parlerait volontiers encore un peu (ce n’est que partie remise de toutes façons, les occasions ne manqueront pas d’ici à la fin du repas).

L’italien est une langue très vocalique. Le dessin de la phrase parlée s’appuie sur des voyelles franches, très claires. De surcroît, les voix sont en général fortes et bien timbrées.

Quant à la France (sauf dans certaines régions, dans certains milieux), les voix y sont au contraire sourdes et atones. La faute à la télévision probablement — qui chez nous est l’une des modalités du jacobinisme, de l’obsession de « l’unité nationale » –, car il n’en a pas toujours été ainsi.

C’était avant la télévision. Car chez nous la langue — je veux dire La Langue, le français quoi — siège dans un tabernacle, c’est elle notre sainte patronne. Il est interdit de lui manquer de respect. User d’un accent régional, local ou communautaire est en France un impair, et sévèrement mal vu. Sauf dans certains cas (à Toulouse l’accent du cru est très bien porté parmi le personnel politique, de même que dans le milieu universitaire). Mais enfin ça fait quand même plusieurs décennies qu’ « on » rabote la sonorité du français, qu’ « on » la nivelle par le fade.

On, qui ça on ?

Françoise Hardy ?

Non, quelle idée ? Qu’est-ce qu’elle vient faire là Françoise Hardy ?

Enfin oui, peut-être. Mais non, parce qu’en fait la télévision existait déjà à son époque. Elle est une victime elle aussi.

En tout cas en Italie ça ne s’est pas produit.

La voix, ça émane du corps, c’est fabriqué par lui. Les Italiens, c’est comme s’ils avaient un rapport facile avec leur corps, avec ce qui bouge, ce qui se touche, qui se voit et s’entend.

Est-ce une question de culture, d’éducation ?

Regardez leur façon de s’habiller. C’est toujours bien. Comme si au moment de choisir leur garde-robe, quelque chose, un courant électrique particulier, les avertissait secrètement : ce pantalon non, celui-là oui, le pull là-bas, oui celui-là, mais attention aux chaussures.

De fait les moches s’arrangent pour ne pas l’être absolument — voire pour rendre leur laideur charmante. Et des bourgeois de 60 ans portent très élégamment des pantalons de velours côtelé saumon avec une veste matelassée bleu marine rehaussée d’une écharpe vert anis.

Ils sont en outre dans une relation de familiarité avec leur patrimoine architectural et artistique. En Italie les parents savent apprendre à leurs enfants à regarder une œuvre, très simplement, avec naturel, comme quelque chose qui fait partie de leur environnement.

Oratorio de San Bernardino (Perugia, Italie). Détail de la façade

C’est au XVe siècle que le twist a été inventé, en Italie.

Ce détail de la façade de l’oratoire de San Bernardino à Pérouse, œuvre de Agostino di Duccio (1418-1481?) en témoigne.

Bon, ils ont Berlusconi. Fait aggravant, ils l’ont choisi et ils ont l’air d’y tenir. Nobody’s perfect — et de toutes façons nous en France nous n’avons rien à remontrer à personne quant au choix de nos gouvernants.

Cependant en Italie, la résistance s’organise :

Florence : Vota il partito del cervello

Florence : « Vota il partito di cervello » (vote pour le parti du cerveau).

L. & L.

Voir aussi Franco Battiato — Povera patria

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