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Le fado des étrangers. 3, L’Espagne

11 janvier 2010

Je ne la connais pas très bien, l’Espagne, et pourtant elle est là, au coin de la rue pour ainsi dire, il n’y aurait que les Pyrénées à traverser.

Mais c’est en Catalogne qu’on déboucherait, ce qui changerait un peu la perspective. Qu’est-ce que c’est le Portugal pour les Espagnols ? Un lopin de terre enclavé dans leur jardin et qui les empêche d’avoir une vue panoramique sur la mer ? Je ne sais pas.

Amália disait que l’Espagne était le pays du monde qui lui avait accordé le moins d’attention. Elle le regrettait probablement, puisqu’elle se considérait une chanteuse « ibérique ».

Na verdade, considero-me uma cantora ibérica.
Santos, Vítor Pavão dos. Amália : uma biografia. Contexto, 1987. P. 59.

Elle lisait la poésie espagnole, António Machado en particulier. Sans doute connaissait-elle ce poème :

Todo pasa y todo queda,
pero lo nuestro es pasar,
pasar haciendo caminos,
caminos sobre el mar.

Al andar se hace camino
y al volver la vista atrás
se ve la senda que nunca
se ha de volver a pisar.

Caminante no hay camino
sino estelas en la mar…

Dans un entretien avec Mildred Clary diffusé sur France-Musique à la fin des années quatre-vingts, elle comparait le fado et le flamenco. En substance, elle disait que la différence résidait surtout dans la forme de l’expression : extériorisée, « physique » (il me semble qu’elle employait ce mot) pour le flamenco, quand le fado est tout entier dans l’âme, l’intime, le dedans.

Elle-même, à chaque concert, chantait toujours une ou deux « espagnolades » comme elle disait.

Bon. Mais les Espagnols ?

Je n’ai pas trouvé grand chose, sinon une chanteuse catalane, et une autre basque.

Névoa donc, une chanteuse barcelonaise, dont la carrière est toute entière dédiée au fado. J’ajoute que cette vidéo a été mise en ligne sur Youtube par mon ami Jaume, catalan lui aussi comme son nom l’indique, et qui tient de fado, un blog extrêmement nourri :

De Fado (blog)

Alors, c’est peut-être la seule Catalogne qui est fadophile ?

Mais j’ai parlé aussi d’une chanteuse basque : elle s’appelle María Berasarte, convaincante dans un répertoire de fados chantés en castillan, comme ici dans Cosas que no sé (fado Tamanquinhas) :

Ce morceau est extrait de Todas las horas son viejas, un album enregistré à Lisbonne et paru en 2009 (Universal).
María Berasarte. Todas las horas son viejas.Il est disponible sur l’Internet (se reporter à la section Acheter CD & DVD de fado sur la colonne de droite).

Pour étoffer un peu cette maigre récolte, on pourrait ajouter Mísia, elle aussi catalane — enfin d’ascendance, par sa mère. D’ailleurs on y pense un peu en entendant Névoa… Mais ce serait artificiel, même si Mísia ne renie pas cette partie-là de ses racines (il y a une chanson catalane, La gavina, sur Fado, son tout premier album).

Alors signalons Uxía, galicienne quant à elle, une compagne occasionnelle de Dulce Pontes, que l’on voit ici interpréter le beau Verdes são os campos dans un hommage à José Afonso :

Verdes são os campos,
De cor de limão:
Assim são os olhos
Do meu coração.

Campo, que te estendes
Com verdura bela;
Ovelhas, que nela
Vosso pasto tendes,
De ervas vos mantendes
Que traz o Verão,
E eu das lembranças
Do meu coração.

Isso que comeis
Não são ervas, não:
São graças dos olhos
Do meu coração.
Luís de Camões.

Catalogne, Pays basque, Galice : toutes les régions allophones de l’Espagne. Terminons donc avec un vrai fadiste, bien portugais, l’excellent Ricardo Ribeiro, chantant quant à lui en espagnol ce magnifique Hoy el mar es más azul que el cielo en compagnie de deux autres artistes portugais, João Gil et Ruben Alves :

Splendide.

L. & L.

María Berasarte sur MySpace

Névoa (site officiel)

Ricardo Ribeiro sur MySpace

7 commentaires leave one →
  1. 12 janvier 2010 00:43

    Bonne nuit mon ami, comme tu connaisses mon francais non est pas bonne, alors pardon…..
    obrigado pelo poste falar do meu cantinho de fado. só lembrar ainda outro grupo que canta fado embora não com os instrumentos que nele são clássicos, mas que o fazem com rigor e sobretudo com respeito.
    deixo o endereço para que o meu amigo ouça um bocado
    http://personal.telefonica.terra.es/web/enfadoenred/index.html
    abraço fadista desde Barcelona
    jaume

  2. 10 avril 2010 08:44

    C’est du flamenco mais j’aime bien Estrella Morente…

    • lili-et-lulu permalink*
      10 avril 2010 12:02

      Oui, au fond fado et flamenco sont des styles assez voisins dans leur essence. D’ailleurs Amália se disait une chanteuse « ibérique ». Elle adorait le flamenco (elle disait qu’elle le chantait parfaitement — on n’est pas obligé d’être d’accord…)

  3. antoninpapillon permalink
    15 décembre 2010 08:27

    Je trouve Maria Berasarte absolument fabuleuse et son album somptueux. Ou l’inverse, quand je l’écoute, je ne sais plus.

    Antonin

  4. ela permalink
    3 avril 2011 07:40

    Sublime ! Ricardo !
    Merveille l’interprétation sienne et celle d’Uxia.
    Que d’émotion de revoir Zeca.

    Merci.

  5. Zanzibar permalink
    1 août 2011 16:32

    Dommage que la traduction du texte, en français j’imagine, dont la musique est de José Afonso indiquée dans l’index n’y soit pas.
    Pour le peu que je connaisse de ses textes en français ( puisqu’il en a écrit de nombreux), alors que je connais bien son oeuvre musicale, il constitue une pièce maitresse de la chanson portugaise, je dirais plutôt lusophone car ses compositions musicales empruntent aussi beaucoup à sa connaissance de certaines cultures africaines ( ayant vécu dans une ancienne colonie portugaise).
    Sinon puisqu’il a commencé par se faire connaitre par du Fado de Coimbra, je trouve un peu triste que presque rien ne lui soit consacré sur ce site, magnifique par ailleurs pour connaitre d’autres artistes.

    • lili-et-lulu permalink*
      4 août 2011 11:54

      Vous parlez de Verdes são os campos je pense. Je n’ai pas osé traduire Camões. Je vais chercher une traduction acceptable.
      Il y a par ailleurs un billet consacré à deux chansons de José Afonso, Os bravos et Quanto é doce, avec textes et traductions : https://jepleuresansraison.wordpress.com/2010/11/05/jose-afonso-quanto-e-doce-os-bravos/

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