Amália — Faz-me pena
Voilà à quoi je faisais allusion dans le précédent billet. Il s’agit d’une répétition, d’une séance de travail (non datée, mais certainement enregistrée dans les années 1990). Si je comprends bien Amália veut voir ce que donnerait Faz-me pena sans la répétition des deux premiers vers de chaque quatrain. On la voit en tenue de ville, une personne âgée extrêmement ordinaire, une petite grosse comme on en voit choisir les viandes du pot-au-feu chez le boucher du coin. Il manque le caddie, c’est tout.
Mais lorsqu’elle chante, sans engagement particulier puisqu’il s’agit d’un réglage, il y a miracle. À la fin elle se retourne directement vers les musiciens pour faire le bilan, mais les personnes présentes qui avaient arrêté de vaquer applaudissent. Elle a pour eux un rapide sourire de remerciement étonné, et à nouveau elle est dans son travail.
C’est une des plus belles vidéos d’Amália âgée qui traîne sur le Net (elle vient d’ici). Je la trouve bouleversante.
Pas toi ?
Faz-me pena
Que culpa tem o destino
Deste destino que eu tenho
Se o desgosto é pequenino
Eu aumento-lhe o tamanhoÉ meu destino
Se o desgosto é pequenino
Eu aumento-lhe o tamanhoSe o desespero matasse
Eu já teria morrido
Talvez alguém me chorasse
Talvez o tenha merecidoTalvez alguém
Talvez alguém me chorasse
Talvez o tenha merecidoSinto que cheguei ao fim
Das ilusões que não tive
Porque alguém gosta de mim
Algo de mim sobreviveCheguei ao fim
Mas se alguém gosta de mim
Algo de mim sobreviveAdeus que chegou a hora
Há muito a venho esperando
E se por mim ninguém chora
Faz-me pena e vou chorandoJá vou embora
E se por mim ninguém chora
Faz-me pena e vou chorandoAmália Rodrigues. Dans : Versos. Lisboa : Cotovia, 1997. ISBN 972-8028-88-1
Est-ce la faute du destin
Si ce destin est le mien ?
Si le chagrin est tout petit
Moi j’en augmente la tailleC’est mon destin
Si le chagrin est tout petit
Moi j’en augmente la tailleSi le désespoir tuait
Je serais déjà morte
Peut-être se trouverait-il quelqu’un pour me pleurer
Peut-être l’aurais-je méritéPeut-être
Peut-être se trouverait-il quelqu’un pour me pleurer
Peut-être l’aurais-je méritéJe sens que j’ai atteint le bout
Des illusions que je n’ai pas eues
Parce qu’il se trouve quelqu’un qui m’aime
Quelque chose de moi survitJ’ai atteint le bout
Mais si quelqu’un m’aime
Quelque chose de moi survitAdieu, car elle est venue cette heure
Que j’attends depuis longtemps
Et si pour moi nul ne pleure
J’en ai de la peine et j’en pleureJe m’en vais
Et si pour moi nul ne pleure
J’en ai de la peine et j’en pleure
Il n’existe pas d’enregistrement sur disque de Faz-me pena.
L. & L.
Versos / Amália Rodrigues. — Lisboa : Cotovia, 1997. — ISBN 972-8028-88-1
Amália c’est moi
Tu aurais quatorze ans, devant la glace de la salle de bains tu cambrerais la taille, tu rejetterais la tête en arrière, menton fier et levé, tu fermerais les yeux, le visage soudain défait mais comme sanctifié par la douleur d’être au monde. Empoignant le sèche-cheveux en guise de micro, tu ferais surgir le premier cri de ton spectacle au Coliseu de Lisbonne, ou à l’Olympia de Paris.
Tu serais Amália.
(Attention à ne pas te faire surprendre, surtout si tu as décroché les rideaux de la chambre pour t’en faire une robe et un châle, et que tu as trouvé le moyen de transformer en pendants d’oreille deux cuillers à café : on est habile à quatorze ans.)
Elles pourraient en raconter, les salles de bains portugaises. Est-ce ainsi que commencent les carrières d’artiste ? Peut-être. Seulement faire carrière requiert que l’on se risque hors de la salle de bain : il faut cesser d’être Amália, ce n’est plus au lavabo ni à la robinetterie qu’on a affaire. Mais c’est tellement difficile… Ça ne vient pas tout de suite, il faut parfois attendre longtemps. Et ne crois pas qu’être un garçon facilite les choses.
Gonçalo Salgueiro par exemple, le « prince du fado » comme on l’appelle, probablement en raison de son physique d’acteur de séries sentimentales américaines. De fait il a joué dans Jesus Christ superstar, version portugaise. Et il chante Amália.
Son premier album (No tempo das cerejas, Strauss, 2002) était composé presque entièrement de fados du répertoire de son idole, choisis de préférence parmi ceux de la dernière partie de la discographie de celle-ci. Belle voix au demeurant, située plutôt dans l’aigu, mais interprétation inutilement chargée pour ces fados relativement simples qui exigent une émotion spontanée.
Défaut peut-être atténué dans le deuxième album (Segue a minha voz, Movieplay, 2006), mais pas dans ce Faz-me pena, un poème d’Amália qui dit l’angoisse de la mort qui s’approche, la peur du vide, la crainte d’être oubliée, de n’avoir vécu pour rien, de n’être plus aimée avec le temps — après.
Faz-me pena / Gonçalo Salgueiro, chant ; Amália Rodrigues, paroles ; Carlos Gonçalves, musique.
Sur ce poème, Carlos Gonçalves, qui accompagnait Amália à la guitare portugaise et a beaucoup composé pour elle à la fin de sa carrière, a écrit une mélodie sensible, attentive aux possibilités vocales de la chanteuse qui allaient s’amoindrissant. Ce fado très poignant doit être chanté avec une grande simplicité. Tu verras ce que je veux dire dans un prochain billet.
Allons, je ne veux pas être entièrement négatif sur ce pauvre Gonçalo. Cette Amêndoa amarga (Amande amère) que voici, également présente sur Segue a minha voz, est plus convaincante. C’était l’un des morceaux de Cantigas numa língua antiga (1977), l’un des deux albums d’Amália réunissant des fados tous composés par Alain Oulman. Le poème d’Ary dos Santos (dont le titre original est Retrato de Amigo, Portrait de l’ami) est une lamentation sur un amour douloureusement impossible : « Pour toi je meurs et tout le monde l’ignore / Mais je suis dans l’attente de ton corps qui a le goût de l’aube / ton corps qui a le goût du désespoir / ô mon amande amère — désirée. »
Amêndoa amarga / Gonçalo Salgueiro, chant ; José Carlos Ary dos Santos, paroles ; Alain Oulman, musique.
Amêndoa amarga
Por ti falo e ninguém pensa
mas eu digo minha amêndoa, meu amigo, meu irmão
meu tropel de ternura, minha casa
meu jardim de carências, minha asa.Por ti vivo e ninguém pensa
mas eu sigo um caminho de silvas e de nardos
uma intensa ternura que persigo
rodeada de cardos por tantos lados.Meu perfume, minha essência, meu lume
minha lava meu labéu
Como é possível ? Como é posssível
Não chegar ao cimo de teu amargo céu ?Por ti morro e ninguém sabe
mas eu espero o teu corpo que sabe a madrugada
o teu corpo que sabe a desespero
ó minha amarga amêndoa desejada.Amêndoa amarga / José Carlos Ary dos Santos, paroles ; Alain Oulman, musique.
Amália ne chante pas le troisième couplet (« Mon parfum, mon essence, ma braise / Ma lave, ma souillure / Comment est-il possible, comment est-il possible / De ne pas parvenir jusqu’au zénith de ton ciel amer ? »). C’est donc la première fois qu’on l’entend, et c’est une bonne idée.
L. & L.
Segue a minha voz / Gonçalo Salgueiro, chant ; Custódio Castelo, guitare portugaise ; Jorge Fernando, guitare, arrangements ; Marino de Freitas, basse acoustique. — Lisboa : Movieplay portuguesa, P 2006. — Movieplay MOV 30.578. — EAN 5602896114028
Disponible sur CDGO
Avion Travel — Dormi e sogna
Regarde et écoute ceci, ça s’appelle Dors et rêve. Une chanson ancienne déjà, 1998, avec ses cordes hypnotiques en arabesques.
La notte ti somiglia
È nera
nera
nera
nera
nera
nera
nera
nera E
sembri
Una creatura sinceraDormi e sogna / Piccola orchestra Avion Travel, groupe instrumental et vocal ; Servillo, Ciaramella, D’Argenzio, Mesolella, Spinetti, Tronco, paroles et musique
La nuit te ressemble
Elle est noire
noire
noire
noire
noire
noire
noire
noire Et
toi, on dirait
Une créature sincère
Le contrebassiste, tu le reconnais ? C’est Ferruccio Spinetti, avant Musica nuda. Le chanteur s’appelle Peppe Servillo, il a un théâtre dans le visage, et la danse dans le corps, dans les mains. On l’a déjà vu, tu t’en souviens ?
J’adore Avion Travel, je le dis en appuyant bien sur la seconde syllabe comme lorsqu’on a la paresse de dire ce qu’est cette adoration qu’on a.
Je suis en manque d’Italie aussi.
Ils ont Berlusconi, Bossi et leurs cliques — mais ils ont l’italien, cette langue d’une telle évidence à entendre qu’elle paraît être la langue du monde, auprès de laquelle toutes les autres sont des dialectes subalternes et maladroits.
J’aimerais la parler — et même la comprendre, parce que tu sais, lorsque je regarde les enquêtes du commissaire Montalbano à la tv (il faut prononcer « tivou »), je n’y comprends rien. Et je suis désespéré.
L. & L.
Dormi e sogna se trouve sur la compilation :
Per come ti amo / Piccola orchestra Avion Travel. — [France] : Bonsaï music, 2004. — EAN 0724359804026.
Disponible sur Fnac (France)
António Zambujo — A nossa contradição
Retour au fado.
Par quel moyen ?
Retour à António Zambujo — lui qui semble pourtant s’être un peu absenté du fado dans son album à peine publié, Guia, du moins si on en juge par les sept extraits, soit la moitié de l’album, qu’on peut entendre sur sa page MySpace.
Retour à Outro sentido, l’album auquel il doit sa notoriété internationale et qui prend son titre à un vers de ce fado écrit pour lui par Aldina Duarte sur une musique composée autrefois par Alfredo Marceneiro : A nossa contradição.
Outro sentido : autre sens, autre orientation, autre dessein. Eu tenho um coração a bater noutro sentido : mon cœur à moi bat autrement, son dessein est différent.
La vidéo ci-dessous est extraite de la captation du spectacle donné à Lisbonne à l’occasion des 50 ans de carrière de Maria da Fé, une des grandes fadistes des dernières décennies du 20e siècle. Pendant la séquence introductive assez longue (1 min 35 s environ) Júlio Isidro, le présentateur de la soirée, évoque le Sr. Vinho, la casa de fados dirigée par Maria da Fé, la comparant à une « université du fado » au sein de laquelle mûrissent les talents des meilleurs fadistes actuels. C’est là en effet que se produisent Aldina Duarte et António Zambujo, lequel entre enfin en scène de sa démarche ample, d’une grande élégance.
Il chante, il n’y a qu’à l’écouter (clique sur l’image). À la guitare portugaise : Paulo Parreira et José Manuel Neto.
A nossa contradição / António Zambujo, chant ; Aldina Duarte, paroles ; Alfredo Duarte (Marceneiro), musique.
Não sei dizer que não ao teu olhar perdido
Sabendo que depois irás partir de mim
Eu tenho um coração a bater noutro sentido
Ao contrário de nós dois, não tem tempo, nem tem fim.Não sei o que dizer em nome da tristeza
Se tu não me quisesses, se eu não te procurasse
Andamos sem saber, ao lado da certeza
Se Deus não nos dissesse
Se Deus não nos calasse.Nas estrelas sem luar o destino não tem mão
Nem o céu pode mudar a minha contradição
Hei-de matar à vontade toda a dor e qualquer medo
E na tua liberdade encontrar o meu segredo…A nossa contradição / Aldina Duarte, paroles ; Alfredo Duarte (Marceneiro), musique.
Je ne sais pas dire non à ton regard perdu
Sachant qu’après cela tu me quitteras
Ce cœur que j’ai bat autrement, il va dans une autre direction.
Au contraire de nous deux, il n’a ni temps ni fin.Je ne sais que dire au nom de la tristesse
Si tu ne m’aimais pas, si je n’étais pas en quête de toi
Sans le savoir nous marchons à côté de la certitude
Si Dieu ne nous disait pas
Si Dieu ne nous réduisait pas au silenceSur les étoiles sans lune le destin n’a pas de prise
Le ciel lui-même ne peut altérer ma contradiction
Je me délivrerai de la douleur et de la peur
Et dans ta liberté je trouverai mon secret.
Le fado est chant de l’âme. Le visage est la manifestation de l’âme. Le réalisateur a raison d’user de gros plans du visage, très beau dans le chant.
Là, il délivre les derniers mots, il dit qu’il trouvera son propre secret.
Et toi qu’est-ce que tu dis ?
Moi : perfection.
L. & L.
Cette vidéo est extraite de :
50 anos de carreira : ao vivo no Coliseu de Lisboa / Maria da Fé, Aldina Duarte, António Zambujo, Camané, Duarte, chant ; José Manuel Neto et Paulo Parreira, guitare portugaise ; Carlos Manuel, guitare ; Daniel Pinto, basse acoustique. — Lisboa : Ovação, P 2009. — 1 CD + 1 DVD. — Ovação 741OV-MB.
CD + DVD, disponible sur Fnac (Portugal)
CD seul, disponible sur Fnac (Portugal)
DVD seul, disponible sur Fnac (Portugal)
António Zambujo — Site officiel
António Zambujo se produit en France en avril, mai, août, novembre.
I ragazzi giù nel campo : v.i. et v.f.
Fait suite à : I ragazzi giù nel campo — Anna Prucnal, Pasolini, Hadjidákis
À supposer que tu ne comprennes pas l’italien, voici à nouveau la transcription de I ragazzi giù nel campo, cette fois avec sa traduction française en regard :
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I ragazzi giù nel campo
Non si curano del tempo Ma si buttano dentro i fiumi Per pescare la croce premio. I ragazzi giù nel campo Dan la caccia ad un pazzo Poi lo strozzano con le mani E lo bruciano in riva al mare. Vieni figlia della Luna Della stella mattutina Che regala a questi ragazzi Le carezze del gran cielo! I ragazzi giù nel campo Dan la caccia ai borghesi Tagliano a pezzi A pezzi le teste Dei nemici e dei fedeli. I ragazzi giù nel campo Colgono rami e rosmarino E camuffano buche e pozzi Per acciuffare le ragazze I ragazzi giù nel campo Dan la caccia ad un ricco Gli fan togliere i denti d’oro E li portano al mercato. Vieni figlia della Luna Della stella mattutina Che regala a questi ragazzi Le carezze del gran cielo! I ragazzi giù nel campo Non possegono memoria Perciò vendono gli antenati Poi son presi da tristezza. — I ragazzi giù nel campo / Mános Hadjidákis (Μάνος Χατζιδάκις), musique et paroles originales ; Pier Paolo Pasolini et Dacia Maraini, adaptation italienne. — Adapté de Ta paidiá káto ston kámpo (Τα παιδιά κάτω στον κάμπο) |
Les garçons là-bas dans le champ
Se moquent du temps qu’il fait Mais ils se jettent dans les rivières Pour pêcher la médaille. Les garçons là-bas dans le champ Donnent la chasse à un fou Ils l’étranglent de leurs mains Puis le brûlent sur le rivage. Viens fille de la Lune, de l’étoile du matin Fais à ces garçons le présent Des caresses du grand ciel ! Les garçons là-bas dans le champ Donnent la chasse aux bourgeois Ils taillent en morceaux En morceaux les têtes Des ennemis comme des fidèles. Les garçons là-bas dans le champ Cueillent des branches et du romarin Et camouflent des trous et des puits Pour attraper les filles. Les garçons là-bas dans le champ Donnent la chasse à un richard Ils lui font ôter ses dents en or Et les portent au marché. Viens fille de la Lune, de l’étoile du matin Fais à ces garçons le présent Des caresses du grand ciel ! Les garçons là-bas dans le champ N’ont pas de mémoire : Ils vendent leurs ancêtres Puis sont pris de tristesse. — I ragazzi giù nel campo / traduction Lili & Lulu |
L. & L.
Il y a 70 ans avait lieu le massacre de Katyń, près de 22.000 personnes polonaises assassinées sur l’ordre de Staline en avril 1940. Il en a beaucoup été question ces jours derniers. Ou plutôt on a fait état de la commémoration de ce massacre — surtout d’ailleurs de l’accident de l’avion qui amenait sur les lieux le président polonais accompagné d’une importante délégation officielle.
Quel rapport avec I ragazzi giù nel campo ?
C’est un peu compliqué. Cette chanson est la version italienne, écrite par le cher et combien regretté Pier Paolo Pasolini en collaboration avec Dacia Maraini, de Ta paidiá káto ston kámpo (Τα παιδιά κάτω στον κάμπο) de Mános Hadjidakis (Μάνος Χατζιδάκις), musicien grec dont on a déjà parlé ici.
Oui, et alors ?
Et alors Ta paidiá káto ston kámpo est utilisée dans Sweet movie, un film de Dušan Makavejev qui fit scandale lors de sa sortie en 1974. Je ne vais pas te le raconter, ce film. Seulement, il s’y trouvait une séquence d’un documentaire tourné en 1943 par les Allemands montrant l’exhumation des morts de Katyń — et dont ils firent leur propagande. Cette scène est illustrée par Ta paidiá káto ston kámpo, tu peux la voir à la fin du billet si ça t’intéresse.
Anna Prucnal jouait dans Sweet movie, et cela lui valut bien des ennuis de la part des autorités polonaises de l’époque. Elle en parle avec sa fougue habituelle au début de la vidéo que voici, interrogée par un journaliste assez maladroit. Puis elle chante. Impressionnant. Quelle présence !
I ragazzi giù nel campo / Anna Prucnal, chant ; Mános Hadjidákis (Μάνος Χατζιδάκις), musique et paroles originales ; Pier Paolo Pasolini et Dacia Maraini, adaptation italienne.
Je n’ai trouvé nulle part le texte de la chanson, ni sur l’Internet ni sur la brochure accompagnant le CD Rêve d’Ouest, rêve d’Est (voir ci-dessous) qui n’en donne que la traduction française. Ceci est donc une transcription.
I ragazzi giù nel campo
Non si curano del tempo
Ma si buttano dentro i fiumi
Per pescare la croce premioI ragazzi giù nel campo
Dan la caccia ad un pazzo
Poi lo strozzano con le mani
E lo bruciano in riva al mare.Vieni figlia della Luna
Della stella mattutina
Che regala a questi ragazzi
Le carezze del gran cielo!I ragazzi giù nel campo
Dan la caccia ai borghesi
Tagliano a pezzi
A pezzi le teste
Dei nemici e dei fedeliI ragazzi giù nel campo
Colgono rami e rosmarino
E camuffano buche e pozzi
Per acciuffare le ragazzeI ragazzi giù nel campo
Dan la caccia ad un ricco
Gli fan togliere i denti d’oro
E li portano al mercato.Vieni figlia della Luna
Della stella mattutina
Che regala a questi ragazzi
Le carezze del gran cielo!I ragazzi giù nel campo
Non possegono memoria
Perciò vendono gli antenati
Poi son presi da tristezza.I ragazzi giù nel campo / Mános Hadjidákis (Μάνος Χατζιδάκις), musique et paroles originales ; Pier Paolo Pasolini et Dacia Maraini, adaptation italienne.
Voir la traduction française.
Et donc, comme annoncé, l’extrait de Sweet movie. Accroche-toi, j’aime mieux te prévenir.
Extrait de Sweet movie, un film de Dušan Makavejev (1974).
L. & L.
Rêve d’Ouest rêve d’Est / Anna Prucnal, chant. — Paris : EPM, 2006. — Socadisc SC875-985772. — EAN 3540139857726
Raquel Tavares — Fala da mulher sozinha
Raquel Tavares. Photo © Manuel Lino
Un visage qui passerait pour métissé, mais une voix bien fadista évocant par exemple celle de la grande Hermínia Silva : Raquel Tavares, qui a grandi dans Alfama, est une Lisboète de toujours. Elle s’est choisi un style de chant traditionnel, et va même parfois chercher sa matière dans un répertoire assez anachronique, celui du fado réaliste (aux thèmes analogues à ceux d’une certaine chanson réaliste française, celle de Fréhel par exemple).
Et ces fados-là, pleins des petits métiers d’autrefois (par exemple O ardinita, le crieur de journaux qui adore sa mère et en fait tout un plat, ou encore A Rosa da Madragoa, la « varina », c’est à dire la vendeuse de poisson dont le cri « réveille la moitié de Lisbonne, qui sourit quand elle passe ») elle les chante avec une forme de sérieux, de premier degré même peut-être, éloignée de l’espièglerie géniale de Carminho qui a le même âge qu’elle.
A fala da mulher sozinha (« Ce que dit la femme solitaire ») n’est pas un fado traditionnel, c’est une chanson des années 1970, reprise par Raquel Tavares dans Bairro (« Quartier »), son dernier album (le deuxième à ce jour), paru en 2008 :
Fala da mulher sozinha / Raquel Tavares, chant ; Bernardo Couto, guitare portugaise ; Diogo Clemente, guitare ; Yami, basse acoustique ; Eduardo Olímpio Espada, paroles ; Paco Bandeira, musique
Já estou farta de estar só, acompanhada de nada
Já estou louca de ser rua tão corrida, tão pisada
Já estou prenhe de amizade
Tão barriga de saudadeAi eu ainda um dia irei rasgar a solidão
E nela entrelaçar
O olhar duma canção
Chegar ao cume, ao cimo, ao alto
Mais longe e mais além
Mas a saber que sou alguémNa cidade sou loucura, sou begónia, sou ciúme
E eu que sonhava ser lume, caminho, atalho e lonjura
Não tenho acento na festa
Sou a migalha que resta.—
J’en ai assez d’être seule, accompagnée de néant
Assez d’être comme une rue où tout le monde passe, que tout le monde piétine,
Je suis comme enceinte d’amitié
Un ventre de saudadeAh un jour je déchirerai la solitude
Je la mêlerai
Au regard d’une chanson
Je monterai, j’irai vers les cimes
J’irai loin, encore plus loin
Mais assurée d’être quelqu’un.Dans cette ville je suis folie, bégonia, jalousie
Et moi qui rêvais d’être braise, chemin, sentier, lointain
Je n’ai pas de part à la fête
Je suis la miette qui resteFala da mulher sozinha / Eduardo Olímpio Espada, paroles ; Paco Bandeira, musique
Les talents de Raquel Tavares ne se bornent pas à son savoir-faire vocal : elle est aussi danseuse, et joue même de la guitare portugaise (dans O ardinita, ci-dessus cité).
Et tu sais quoi ? Raquel Tavares a bien sûr sa page sur le Wikipedia portugais, c’est normal. Et dans deux autres langues, c’est tout. Tu sais lesquelles ? L’anglais et le … brezhoneg oui, le breton !
L. & L.
Bairro / Raquel Tavares, chant ; Bernardo Couto, Guilherme Banza, Ângelo Freire, guitares portugaises ; Diogo Clemente, guitare ; Yami, basse acoustique. — Lisboa : Movieplay, P 2008. — Movieplay MOV 30.606. — EAN 5602896115926.
Disponible chez CDGO (aussi en version CD + DVD)
A Tolosa come …
… se fossimo …

… in Italia.

L. & L.
Sous aucun prétexte je ne veux …
… avoir de réflexes malheureux …

Je suis bien perplexe et je ne peux …

… me résoudre aux adieux.
Il faut que l’on t’explique un peu mieux ? Là regarde :
Comment te dire adieu ? / Françoise Hardy, chant ; Jack Gold, musique ; Arnold Goland, paroles originales ; Serge Gainsbourg, adaptation
L. & L.
Ana Laíns — Quatro caminhos
Ana Laíns. Source : Ana Laíns sur MySpace
Déjà dix ans de carrière, et seulement deux albums, le premier publié en 2006 (Sentidos), le second le mois dernier. Quatro caminhos, les quatre chemins de la vie : « c’est le reflet de ce que je pense de la vie, et de ma manière de l’aborder. J’ai voulu parler de cela, de la vie et de toutes ses possibilités, de ses différentes perspectives et des chemins possibles ». Dans : Voz de um outro fado, extrait de Visão, 11 mars 2010. Consulté le 5 avril 2010.
Comme la majorité des chanteurs portugais, Ana Laíns passe pour une fadiste à l’étranger, par facilité et en raison de préoccupations commerciales. Au Portugal il n’en va pas de même.
Évoquant Não sou nascida do fado (Je ne suis pas née du fado), un des titres de Quatro caminhos dont elle est l’auteur des paroles : « J’ai écrit ce texte une nuit, après avoir chanté dans une maison de fado, et avoir éprouvé à quel point le fait de ne pas être une fadiste traditionnelle expose au rejet. J’en suis sortie écœurée […]. J’en ai pleuré énormément, je voulais tout laisser tomber, et ce texte m’est venu, comme une cataracte. […] Le fado fait partie de ma vie, mais ce n’en est qu’une partie. Plus qu’une forme musicale, le fado est une manière d’être dans la vie. C’est pourquoi je préfère ne pas me dire fadiste. Je dirais plus volontiers que je suis une chanteuse de fado. » Dans : Vidas, 21 février 2010. Consulté le 5 avril 2010.
Ces propos, qui en disent long sur le sectarisme du milieu lisboète du fado traditionnel, sont à la fois lucides et d’une grande intelligence. Ana Laíns est une chanteuse libre et précieuse. En témoigne ce Condição, extrait lui aussi de Quatro caminhos :
Condição / Ana Laíns, chant ; Paulo Loureiro et Diogo Clemente, paroles et musique.
Voix parfaitement timbrée, belle mélodie, arrangements élégants.
Tu aimes toi aussi ?
L. & L.
Quatro caminhos / Ana Laíns, chant. — [Lisboa] : Difference, 2010. — Difference D70020CD. — EAN 5605064700207
Disponible sur CDGO, Fnac (Portugal)
Télécharger sur Fnac (France), Amazon
Écouter sur Deezer
NB : les concerts annoncés sur MySpace à Bruxelles le 10 juin prochain, et à Luxembourg le 12 juin sont privés.









