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Demandez le programme !

16 janvier 2011

T’en veux du Portugal ? Ben t’en as.

Et dépêche-toi si tu veux des places, parce que ça commence tout de suite : dès le mardi 18 janvier le pétulant tasca beat d’O’queStrada est visible au Café de la danse, à Paris. Au programme ensuite : António Zambujo (Dijon), Os Deolinda (Pontault-Combault, Le Mans), Ana Moura (Paris), Kátia Guerreiro (Orléans), et la très attendue Mísia qui présentera son nouvel album Senhora da noite dans le splendide théâtre des Bouffes du Nord, à Paris.

Enfin un spectacle remarquable, celui du musicien libanais Rabih Abou Khalil et du fadiste Ricardo Ribeiro à Château-Arnoux-Saint-Auban dans les Alpes de Haute-Provence.

Le détail ci-dessous.

L. & L.

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Ana Moura

Ana Moura -- Leva-me aos fados. 2009

Jeudi 10 Février 2011, 20h30

Paris (75 – Paris) – Alhambra
Festival Au fil des voix (avec Rodrigo Leão)
21, rue Yves Toudic
75010 Paris
Tél : 01.40.20.40.25
29 € (prix indicatif)

Voir ce concert sur le site du théâtre

Ana Moura sur MySpace

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António Zambujo

António Zambujo -- Guia. 2010

Vendredi 28 Janvier 2011, 20h30

Dijon (21 – Côte d’Or) – Théâtre des Feuillants (ABC Dijon)
9, rue Condorcet
21000 Dijon
Tél : +33 (0)3.80.76.80.80
24 € (prix indicatif)

Voir ce concert sur le site du théâtre

Samedi 2 Avril 2011, 20h30

Brive (19 – Corrèze) – Les Treize arches, Nouveau Théâtre
19000 Brive-la-Gaillarde
Tél : +33 (0)5.55.24.62.22
10 € (prix indicatif)
Voir ce concert sur le site du théâtre

António Zambujo — Site officiel
António Zambujo sur MySpace

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Os Deolinda

Deolinda -- Dois selos e um carimbo, 2010

Jeudi 3 Février 2011, 20h30

Pontault-Combault (77 – Seine-et-Marne) – Les Passerelles
17, rue Saint-Clair
77340 Pontault-Combault
Tél : +33 (0)1 74 59 50 20
5 à 10 € (prix indicatif)

Voir ce concert sur le site du théâtre

Vendredi 4 Février 2011, 20h30

Le Mans (72 – Sarthe) – L’Espal
60, rue de l’Estérel
72100 Le Mans
Tél : +33 (0)2 43 50 21 50
5 à 10 € (prix indicatif)
Voir ce concert sur le site du théâtre

Deolinda — Site officiel
Deolinda sur MySpace

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Kátia Guerreiro

KátiaGuerreiro -- Os fados do fado, 2010

Dimanche 23 Janvier 2011, 17 h 00

Orléans (45 – Loiret) – Théâtre d’Orléans – Salle Barrault
Boulevard Pierre Ségelle
45000 Orléans
Tél :
22 € (prix indicatif)

Voir ce concert sur le site du théâtre

Vendredi 1er Avril 2011, 20 h 30

Morges (Vaud, Suisse) – Théâtre de Beausobre
2, avenue de Vertou
CH-1110 Morges
Tél (réservations) : +41 (0)21 804 97 16
48 CHF (prix indicatif)

Voir ce concert sur le site du théâtre

Katia Guerreiro — Site officiel
Katia Guerreiro sur MySpace

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Mísia

Mísia -- Senhora da noite, 2011

Mardi 15 Février – Dimanche 20 Février 2011, 20 h 30

Senhora da noite
Paris (75 – Paris) – Théâtre des Bouffes du Nord
37 bis, bd de la Chapelle
75010 Paris – Métro La Chapelle
Tél (réservations) : +33 (0)1 46 07 34 50
18 € à 28 € (tarif indicatif)

Voir ce concert sur le site du théâtre

Jeudi 24 Mars 2011, 21 h 00

Festival Chorus
Sèvres (92 – Hauts-de-Seine) – Le Sel
47, Grande Rue
92310 Sèvres
Tél (réservations) : +33 (0)1 41 14 32 34
Tél (renseignements) : +33 (0)1 41 14 32 32
8 € à 30 € (tarif indicatif)

Voir ce concert sur le site du théâtre

Samedi 7 Mai 2011, 21 h 00

Senhora da noite
Béthune (62 – Pas-de-Calais) – Théâtre Municipal
Boulevard Victor Hugo
62400 Béthune
Tél : +33 (0)3 21 64 37 37
15 € à 18 € (tarif indicatif)

Voir ce concert sur le site du théâtre

Mísia — Site officiel
Mísia sur MySpace

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O’queStrada

O'queStrada -- Tasca Beat, 2009

Mardi 18 Janvier 2011, 19 h 30

Paris (75 – Paris) – Café de la danse
5, passage Louis-Philippe
75011 Paris (métro Bastille)
Tél : 01.47.00.57.59
19,80 € (prix indicatif)

Voir ce concert sur le site du théâtre

Samedi 26 février 2011, 20 h 00

Feyzin (69 – Rhône) – L’Épicerie moderne
Centre Léonard de Vinci – place René Lescot
69320 Feyzin
Tél : 04.72.89.98.70
16 €, 18 €, 20 € (prix indicatif)

Voir ce concert sur le site du théâtre

O’queStrada — Site officiel
O’queStrada sur MySpace

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Ricardo Ribeiro

Ricardo Ribeiro -- Porta do coração, 2010

Samedi 29 Janvier 2011, 21 h 00

avec Rabih Abou Khalil
Château-Arnoux-Saint-Auban (Alpes de Haute-Provence) – Théâtre Durance
Les Lauzières
04160 Château-Arnoux-Saint-Auban
Tél : +33 (0)4 92 64 27 34
info@theatredurance.fr

14 à 20 € (prix indicatif)
Voir ce concert sur le site du théâtre

Ricardo Ribeiro sur MySpace

Rincasare

6 janvier 2011

Fiesole (Toscane, Italie), 1er janvier 2011 Fiesole (Toscane, Italie), 1er janvier 2011

Retour d’Italie.

Enclencher à nouveau l’affreuse mécanique du quotidien, — il pleut encore, cette ville de Montpellier c’est du gris et de l’eau depuis que je m’y trouve. La station du tram, stade Philippidès (Montpellier, l’égale des cités antiques : Athènes, Olympie, Sparte, Corinthe, Montpellier, la même aristocratie probablement).

Dans le tram un homme est assis, 45 ans d’après son visage, cheveux clairsemés coupés courts, barbe grisonnante taillée avec netteté, lunettes à verres rectangulaires sans monture, discrètes, posées sur un nez bénin : un visage sans aspérités, sans relief, sans attrait si ce n’est la revendication flagrante de sa banalité. Flagrant : palese en italien, les mots me viennent d’eux mêmes maintenant que je n’en ai plus l’usage. Un genre de parka de couleur foncée, du marine ou du noir, une écharpe d’un bleu éteint croisée impeccablement sous les revers du pardessus ; entre les jambes, tenu verticalement, un parapluie à petits carreaux de plusieurs nuances de gris bleu. Le pantalon est en jeans, mais une extravagance, une pièce en losange est rapportée sur chaque genou. Les mains ont 50 ans au moins (elles disent la vérité, plus que le visage). L’auriculaire droit est cerclé d’une large bague en argent, idem du pouce gauche. Dans l’échancrure formée par l’écharpe, juste au-dessus du col du chandail gris clair, un collier en cuir noir clouté bien ajusté au cou.

Florence (Toscane, Italie). La cathédrale Santa Maria del Fiore vue depuis la costa San Giorgio, 28 décembre 2010
Florence (Toscane, Italie). La cathédrale Santa Maria del Fiore et le Palazzo vecchio vus depuis la costa San Giorgio, 28 décembre 2010

Qu’est-ce qu’elle va être, cette année 2011 ?

L. & L.

Virgem Suta — Linhas cruzadas

25 décembre 2010

Encore des Alentejans, de Beja eux aussi. Pourquoi eux aussi ? Tu devrais le savoir normalement…

Bon Noël !

Linhas cruzadas / Virgem Suta, groupe vocal et instrumental ; Manuela Azevedo, chant ; Nuno Figueiredo et Jorge Benvinda, paroles et musique.

Reajo a esse incomodo olhar
Nem quero acreditar
Que vem na minha direção
Há dias que estou a reparar
Nem queres disfarçar
Roubas a minha atenção
Aprecio o teu dom de tornar
Num clique o meu falar
Numa total confusão
Confesso que só de imaginar
Que te vou encontrar
Me sobe à boca o coração

E falas de ti
E falas do tempo
Prolongas o momento
De um simples cumprimentar
Falas do dia
Falas da noite
Nem sei que responda
Perdido no teu olhar

É certo que sempre ouvi dizer
Que do querer ao fazer
Vai um enorme esticão
Mas haverá quem possa negar
Que querer é poder
E o nunca é uma invenção
Bem sei que este nosso cruzar
Pode até nem passar
De um capricho sem valor
Mas porque raio hei-de evitar
Se esse teu ar
Me trouxe ao sangue calor

E falas de ti
E falas do tempo
Prolongas o momento
De um simples cumprimentar
Falas do dia
Falas da noite
Nem sei que responda
Perdido no teu olhar
Linhas cruzadas / Nuno Figueiredo et Jorge Benvinda

« Je réagis à ce regard gênant, je ne peux pas croire qu’il me soit adressé […] Tu as le don de rendre mes paroles totalement incohérentes en un seul clic […] Et tu parles de toi, tu parles du temps, tu prolonges le moment d’un simple salut. Tu parles du jour et de la nuit, je ne sais que répondre, perdu dans ton regard »

Maintenant je pars en Italie. À l’année prochaine, si tout va bien.

L. & L.

Virgem Suta
Virgem Suta

Virgem Suta. Virgem Suta, 2010Virgem Suta / Virgem Suta, groupe vocal et instrumental. — Portugal : Universal music Portugal, 2010.

Mercury. — EAN 602527540689

Disponible sur CDGO, Fnac (Portugal)
Télécharger sur Amazon, Fnac
Écouter sur Deezer

Virgem Suta sur MySpace

Lucilla Galeazzi à Toulouse début janvier

24 décembre 2010

Tu ne peux pas manquer ça, si tu es à Toulouse au moment de l’Épiphanie, avec ta couronne en tête.

Ancora Bella ciao : spectacle donné à l’Espace Kiron, Paris, du 20 janvier 2010 au 6 février 2010 / Lucilla Galeazzi, chant et guitare ; Davide Polizzotto, guitare

Lucilla Galeazzi est née et a grandi en Ombrie, la seule région d’Italie sans frontière maritime ni internationale, entourée seulement d’autres régions italiennes. Elle est originaire de Terni, la grande ville industrielle de ces parages.

Giovanna Daffini, Giovanna Marini avec qui elle a travaillé, Caterina Bueno et d’autres : Lucilla Galeazzi prolonge la lignée de ces magnifiques chanteuses du répertoire populaire italien, de la chanson de protestation aussi.

De temps en temps elle s’adonne au jazz (avec Michel Godard) ou à la musique baroque (avec l’ensemble L’Arpeggiata de Christina Pluhar pour l’album et le spectacle La tarantella auquel elle continue de participer, et qui d’ailleurs sera donné à Odyssud à Blagnac en mars prochain).

Moi, à l’Espace Croix-Baragnon, j’y vais le deuxième soir, le 7. Je ne sais pas si elle s’y est déjà produite. C’est une salle assez curieuse… enfin elle a une bizarrerie.

L. & L.

——
Galeazzi, Lucilla
Ancora Bella ciao

Lucilla Galeazzi -- Ancora Bella ciao (2010)Ancora Bella ciao / Lucilla Galeazzi, chant, guitare ; Davide Polizzotto et Stefano Scatozza, guitare. — [Rome] : Helikonia, P 2010.

Helikonia HKPH1001. — EAN 8015948302477

Disponible sur Ibs.it, Feltrinelli

En concert :

Ancora Bella ciao
Jeudi 6 janvier et Vendredi 7 janvier 2011, 20h30

Toulouse (31 – Haute-Garonne) – Espace Croix-Baragnon (salle bleue)
24, rue Croix-Baragnon
31000 Toulouse
Tél : 05 62 27 60 60
10 € (prix indicatif)
Télécharger le programme de la saison à l’Espace Croix-Baragnon

Vendredi 28 janvier 2011, 21h00

Montluçon (03 – Allier) – Le Guingois
Rue Ernest Montuses
03100 Montluçon
Tél : 04 70 05 88 18
8 à 12 € (prix indicatif)
Voir ce concert sur le site du théâtre

Puis à Belfort (Territoire de Belfort) le 25 mars 2011 et à Tain-L’Hermitage (Drôme) le 26 mars 2011.
Lucilla Galeazzi — Site officiel
Lucilla Galeazzi sur MySpace

Grèce, l’amère patrie

24 décembre 2010

Αντίσταση = Résistance. Athènes, 12 mai 2010
Αντίσταση = Résistance. Athènes, 12 mai 2010. Photo Penelopaki, dans Flickr.

Του βράχου λιγοστό νερό
απ’ τη σιωπή αγιασμένο
απ’ το καρτέρι του πουλιού
τη σκιά της πικροδάφνης
Κρυφά το πίνει η κλεφτουριά
και το λαιμό σηκώνει
σαν το σπουργίτι και βλογά
τη φτωχομάνα Ελλάδα
Γιάννης Ρίτσος (1909-1990). Το νερό (Δεκαοκτώ λιανοτράγουδα της πικρής Πατρίδας, 1968-1970).
———
Un peu d’eau sur le rocher
Un peu d’eau purifiée par le silence
Par le guet de l’oiseau
Par l’ombre du laurier
Les partisans la boivent en secret
Comme l’oiseau ils relèvent la tête
Et bénissent leur mère misérable, la Grèce
Giánnīs Rítsos (1909-1990). L’eau. Extrait de : Dix-huit petites chansons pour la patrie amère (1968-1970). Cette traduction : Varvara Drettas et Mario Bois, dans Chansons de la patrie amère (disque 33 tours). Pathé Marconi, 1973. C066-94668.

Les Dix-huit petites chansons pour la patrie amère ont été écrits entre 1968 et 1970 à la demande de Mikis Thodorakis (Μίκης Θεοδωράκης), la Grèce étant alors sous le joug des colonels. Un enregistrement en a été réalisé, avec Maria Farantouri (Μαρία Φαραντούρη) et trois autres chanteurs (Chansons de la patrie amère, Pathé Marconi, 1973, difficile à trouver aujourd’hui sinon chez les revendeurs de disques vinyle).

Dans ce fragment d’un concert donné en 1974, c’est à dire juste après la chute du régime des colonels, Maria Farantouri chante ce poème de L’eau (Το νερό) retranscrit ci-dessus, précédé de Célébration (Συλλείτουργο). Le son n’est pas très bon.

Κάτω απ’ τις λεύκες συντροφιά
πουλιά και καπετάνιοι
συλλείτουργο αρχινήσανε
με τον καινούργιο Μάη
Τα φύλλα φέγγουνε κεριά
στ’ αλώνι της πατρίδας
κι ένας αητός από ψηλά
διαβάζει το βαγγέλιο
Γιάννης Ρίτσος (1909-1990). Συλλείτουργο (Δεκαοκτώ λιανοτράγουδα της πικρής Πατρίδας, 1968-1970).
——
Sous les peupliers
Les oiseaux et les partisans
Se réunissent au mois de mai
Pour célébrer leur liturgie
Les feuilles brillent comme des cierges
Sur la terre du pays natal
Et dans le ciel, un aigle lit l’évangile
Giánnīs Rítsos (1909-1990). Liturgie (Célébration). Extrait de : Dix-huit petites chansons pour la patrie amère (1968-1970). Cette traduction : Varvara Drettas et Mario Bois, dans Chansons de la patrie amère (disque 33 tours). Pathé Marconi, 1973. C066-94668.

L. & L.

Zafer Güler – Sezenler Olmuş

24 décembre 2010

Sezenler Olmuş / Zafer Güler, chant et guitare

seni yerlerde göklerde bulamazlarken…
bende gizli olduğunu sezenler olmuş…
dumlu dumluymuşsun yüreğimde…
kımıl kımılmışsın bileklerimde…

domur domur ter ışıl ışıl fer
ellerimde gözbebeğimde…

aramızda dağlar yollar yıllar var iken…
beni sana sımsıkı sarılı görenler olmuş…
sargın yaprakmışım dallarına
yangın toprakmışım yağmurlarına…

türkü olmuşsun… umudummuşsun
sevdama yarınlarıma…

Ça surprend. N’avoir aucun repère dans une langue, rien à quoi s’accrocher, pas un seul mot, pas le plus petit indice.

Belle voix je trouve, il s’appelle Zafer Güler et il est assez beau lui aussi. Cette chanson est apparemment très connue en Turquie, on en trouve plusieurs versions en furetant sur l’Internet.

J’ai débusqué une traduction anglaise du texte — je n’ai aucun moyen d’en garantir l’exactitude. En voici un version française :

Ne te trouvant ni sur terre ni au ciel
Certains pensent que je te cache au-dedans de moi
Que tu es dans mon cœur, un feu brûlant
Que tu es dans le mouvement de mes poignets

Que tu es une perle de sueur, une lumière qui brille
Dans mes mains, dans mes yeux

Et pourtant nous sommes séparés par des années, des chemins et des montagnes
Certains disent m’avoir vu te serrer dans mes bras
Certains disent que j’étais une feuille presque morte sur tes branches
Que j’étais une terre brûlante avide de ta pluie

Que tu es ma chanson, mon espérance
Mon amour, mon avenir

Bon Noël !

L. & L.

Zafer Güler sur Facebook

Pleurez mes yeux, car c’est bon pour le teint

23 décembre 2010

En 1987, à l’occasion du dixième anniversaire de la mort de Maria Callas (1923-1977), la télévision montrait beaucoup de choses, certaines connues, d’autres extraites de fonds d’archives ; des programmes de télévision, des interviews, des captations d’opéras ou de récitals.

Je me souviens de ce Pleurez mes yeux, extrait du concert de Hambourg de 1962 avec Georges Prêtre, diffusé intégralement sur je ne sais plus quelle chaîne, Arte peut-être. J’habitais encore à Paris, rue des Vertus. J’ai déménagé fin juin de cette année-là, pour Toulouse.

C’était probablement la première fois que je voyais un récital entier de la Callas. J’avais une toute petite télé en noir et blanc, un appareil insignifiant, cependant aussi fasciné que je l’étais ce soir-là j’en suis sûr. C’est surtout cet air-là que je me rappelle. Ce génie du théâtre. L’âpreté des aigus est sans importance.

De cet affreux combat… Pleurez mes yeux ! / Maria Callas, soprano ; Sinfonieorchester des Norddeutschen Runfunks ; Georges Prêtre, direction. Enregistrement : 16 mars 1962, Musikhalle, Hambourg (Allemagne).
Extrait de : Le Cid (1885) / Jules Massenet, musique ; Adolphe d’Ennery, Louis Gallet et Édouard Blau, livret ; d’après Pierre Corneille. Acte III.

CHIMÈNE.
De cet affreux combat je sors l’âme brisée !
Mais enfin je suis libre et je pourrai du moins
Soupirer sans contrainte et souffrir sans témoins.

Pleurez ! pleurez mes yeux ! tombez triste rosée
Qu’un rayon de soleil ne doit jamais tarir !
S’il me reste un espoir, c’est de bientôt mourir !
Pleurez mes yeux, pleurez toutes vos larmes! pleurez mes yeux !

Mais qui donc a voulu l’éternité des pleurs ?
O chers ensevelis, trouvez-vous tant de charmes à léguer aux vivants d’implacables douleurs ?
Hélas ! je me souviens, il me disait :
Avec ton doux sourire…
Tu ne saurais jamais conduire
Qu’aux chemins glorieux ou qu’aux sentiers bénis !

Ah ! mon père ! Hélas !
Pleurez ! pleurez mes yeux !
Tombez triste rosée
Qu’un rayon de soleil ne doit jamais tarir !
Pleurez mes yeux !
Ah ! pleurez toutes vos larmes ! pleurez mes yeux !
Ah ! pleurez !
De cet affreux combat… Pleurez mes yeux ! Extrait de : Le Cid (1885) / Jules Massenet, musique ; Adolphe d’Ennery, Louis Gallet et Édouard Blau, livret ; d’après Pierre Corneille. Acte III.

Pour ta gouverne, voici le passage correspondant dans la pièce de Corneille.

CHIMÈNE.
Enfin je me vois libre, et je puis sans contrainte
De mes vives douleurs te faire voir l’atteinte ;
Je puis donner passage à mes tristes soupirs ;
Je puis t’ouvrir mon âme et tous mes déplaisirs.
Mon père est mort, Elvire, et la première épée
Dont s’est armé Rodrigue, a sa trame coupée.
Pleurez, pleurez, mes yeux, et fondez-vous en eau !
La moitié de ma vie a mis l’autre au tombeau,
Et m’oblige à venger, après ce coup funeste,
Celle que je n’ai plus sur celle qui me reste.

ELVIRE.
Reposez-vous, Madame.

CHIMÈNE.
Ah ! que mal à propos
Dans un malheur si grand tu parles de repos !
Par où sera jamais ma douleur apaisée,
Si je ne puis haïr la main qui l’a causée ?
Et que dois-je espérer qu’un tourment éternel,
Si je poursuis un crime, aimant le criminel ?
Le Cid / Pierre Corneille. Acte III, scène III.

Voilà.

Ne voyant plus rien à te dire, je te quitte et je t’embrasse bien fort.

L. & L.

António Zambujo sur Mezzo

21 décembre 2010

Mezzo diffusera ce dimanche 26 décembre, à 22 h 40, le concert d’António Zambujo au Womex 2010 (« The world music exposition »), qui a eu lieu en octobre dernier à Copenhague.

On verra donc ceci :

Fado da vida bela / António Zambujo, chant et guitare ; Bernardo Couto, guitare portugaise ; Jon Luz, cavaquinho ; Zé Conde, clarinette ; Ricardo Cruz, contrebasse ; Pedro Luís, paroles ; Ricardo Cruz, musique.
Enregistrement public au Womex 2010, Copenhague (Danemark), le 28 octobre 2010.

Le costard-cravate et la chemise blanche habituels. Le rasoir : laissé à Lisboa (oublié ? tête de linotte ? Ou bien au sortir de la douche, se voyant dans la glace, se disant et si je la laissais pousser un peu ? D’ailleurs y a plus le temps, ça va être chaud pour l’avion de Copenhague.) Excellent travail de Bernardo Couto à la guitare portugaise.

És musa de beleza sem limites
Permites que o poeta em mim não cesse
Consentes ao oculto aparecer
No tudo que ofereces quando existes

Beleza assim de musa tal qual trazes
Arrebata o tonto olhar de quem avista
E arrisca ter a vida
Por um fio
Mas perco-me num assobio
Porque a vida é dela

És musa de beleza sem limites
Permites que o poeta em mim não cesse
Consentes ao oculto aparecer
No tudo que ofereces quando insistes
Em me inspirar

Aquilo que o teu silêncio explica
O destino traz para mim em labaredas
Veredas
Onde somes da visão
Descompassam o coração
Mas a vida é bela.
Fado da vida bela / Pedro Luís
——
Muse à la beauté infinie
Tu laisses vivre en moi le poète
Tu permets que l’occulte surgisse
Dans tout ce que tu offres quand tu existes

Muse, cette beauté que tu diffuses
Envoûte le regard de tous ceux qui te croisent
Et laissent leur vie suspendue à un fil
Je m’égare en sifflotant
Car la vie est belle

Muse à la beauté infinie
Tu laisses vivre en moi le poète
Tu permets que l’occulte surgisse
En nous offrant tout quand tu insistes
Pour m’inspirer

Ce que ton silence m’avoue
Le destin m’offre dans ses flammes
Ces sentiers où tu disparais
Mon cœur y perdant le pied
Mais la vie est belle
Fado da vida bela / Pedro Luís ; traduction Ana Pedro [extrait de l’album Guia]

Il trouve que la vie est belle ; c’est une chose possible, même du point de vue du fado. Il n’a encore que 35 ans : ça lui passera.

L. & L.

Antonio Zambujo live at WOMEX 2010 sur Mezzo
Diffusions :
> 26 décembre 2010 – 22h40
> 29 décembre 2010 – 15h05
> 03 janvier 2011 – 19h05
> 08 janvier 2011 – 11h05

——
Zambujo, António (1975-….)
Guia

António Zambujo -- Guia. 2010Guia / António Zambujo, chant, guitare ; Carlos Manuel Proença, Rogério Ferreira, guitare ; Bernardo Couto, José Manuel Neto, guitare portugaise ; Ricardo Cruz, contrebasse, basse acoustique ; Sérgio Carolino, tuba (plage 3) ; Mário Delgado, Dobro (plage 3) ; Alexandre Frazão, batterie (plage 3) ; José Conde, clarinette (plages 6 et 14) ; João Moreira, trompette (plages 7 et 11) ; cavaquinho, viiola da terra, etc., Jon Luz (plage 10) ; André Conde, trombone (plage 14). — [France] : World Village France ; distr. Harmonia Mundi, P 2010.

World Village France WVF479049. — EAN 794881964826

Disponible sur Amazon, Fnac (France)

En concert :

Vendredi 28 Janvier 2011, 20h30

Dijon (21 – Côte d’Or) – Théâtre des Feuillants (ABC Dijon)
9, rue Condorcet
21000 Dijon
Tél : 03.80.76.80.80
24 € (prix indicatif)
Voir ce concert sur le site du théâtre

Samedi 2 Avril 2011, 20h30

Brive (19 – Corrèze) – Les Treize arches, Nouveau Théâtre
19000 Brive-la-Gaillarde
Tél : 05.55.24.62.22
10 € (prix indicatif)
Voir ce concert sur le site du théâtre

António Zambujo — Site officiel
António Zambujo sur MySpace

Il s’appelle Antonio Zambugeaud, il chante le fadeau

19 décembre 2010

« Il s’appelle Antonio Zam… euh bugeaud, il est portugais, il appartient à la nouvelle génération du fadeau, il chante Zorreau ! »

O Zorro / António Zambujo, chant, guitare ; Ricardo Cruz, contrebasse ; João Monge, paroles ; João Gil, musique.

Les paroles sont ici.

L. & L.

Zambujo, António (1975-….)
Guia

António Zambujo -- Guia. 2010Guia / António Zambujo, chant, guitare ; Carlos Manuel Proença, Rogério Ferreira, guitare ; Bernardo Couto, José Manuel Neto, guitare portugaise ; Ricardo Cruz, contrebasse, basse acoustique ; Sérgio Carolino, tuba (plage 3) ; Mário Delgado, Dobro (plage 3) ; Alexandre Frazão, batterie (plage 3) ; José Conde, clarinette (plages 6 et 14) ; João Moreira, trompette (plages 7 et 11) ; cavaquinho, viiola da terra, etc., Jon Luz (plage 10) ; André Conde, trombone (plage 14). — [France] : World Village France ; distr. Harmonia Mundi, P 2010.

World Village France WVF479049. — EAN 794881964826

Disponible sur Amazon, Fnac (France)

En concert :

Vendredi 28 Janvier 2011, 20h30

Dijon (21 – Côte d’Or) – Théâtre des Feuillants (ABC Dijon)
9, rue Condorcet
21000 Dijon
Tél : 03.80.76.80.80
24 € (prix indicatif)
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Samedi 2 Avril 2011, 20h30

Brive (19 – Corrèze) – Les Treize arches, Nouveau Théâtre
19000 Brive-la-Gaillarde
Tél : 05.55.24.62.22
10 € (prix indicatif)
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António Zambujo — Site officiel
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Maria Teresa de Noronha — Minhas saudades

18 décembre 2010

Maria Teresa de Noronha (1918-1993)
Maria Teresa de Noronha (1918-1993).

À supposer que j’aie tout ignoré du fado jusqu’à présent, que de même le Portugal, le charme de sa capitale et celui de sa langue mystérieuse me soient demeurés cachés, et que ce soit le hasard des découvertes sur l’Internet qui m’ait mis en présence de la vidéo que voici ; il se serait produit pour moi quelque chose de l’ordre du coup de foudre au moment de cette découverte, j’en suis absolument sûr, autant que de ma propre existence. Ou alors je n’ai plus qu’à mourir sur le champ.

Minhas saudades / Maria Teresa de Noronha, chant ; Hermano Sobral, paroles ; Jaime Santos, musique (fado Mouraria)

Maria Teresa de Noronha (1918-1993) n’est pas la plus connue des fadistes du XXe siècle. Même les monographies spécialisées ne lui octroient qu’une place relativement modeste, plus en rapport avec la rareté de ses apparitions et la parcimonie de sa discographie qu’avec son génie. Il est vrai qu’étant une aristocrate, par sa naissance et par son mariage, il était impensable qu’elle mène une vie analogue à celle des autres fadistes, et encore moins qu’elle se dépense en tournées incessantes sur toutes les scènes du monde à l’instar d’Amália. En 1968, elle a cessé de se produire en public, sauf à l’occasion de soirées privées.

Le fado, qui s’est développé dans les quartiers les plus mal famés de Lisbonne, s’est aussi propagé dans l’aristocratie de la capitale dès le XIXe siècle, y suscitant même quelques vocations d’instrumentistes et de chanteurs. Des thèmes spécifiques, les courses de taureaux et autres plaisirs de la noblesse, sont par la même occasion apparus dans le fado. Le paradoxe de Maria Teresa de Noronha, c’est qu’elle n’est pas une représentante de ce type de répertoire. Elle s’est exprimée dans le fado ordinaire, celui de n’importe qui. Mais avec un art du chant hors du commun.

Cette agilité prodigieuse qui lui permet de passer de la voix de poitrine à celle de tête avec un naturel tel que la ligne de chant ne souffre d’aucune rupture ; la subtilité du dialogue rythmique qu’elle conduit avec les guitares (cet art du rubato, un des fondements du fado, rarement porté à une telle perfection) ; et enfin la maîtrise du chant dans ses nuances dynamiques. Tout cela au service du fado, non par vanité virtuose.

Cette vidéo, la première que je vois de cette chanteuse dont je ne connaissais que des enregistrements sonores, m’évoque Maria Callas. Pas en raison du timbre ni de la puissance évidemment, mais de l’art du chant et de la scène.

Tout cela est aux antipodes du « fado novo », le « fado » des générations actuelles. Dans la filiation de Maria Teresa de Noronha, dans cette intimité du chant, je ne vois guère qu’António Zambujo.

O tempo que vai passando
Trás saudades sem saber
Saudades que vão ficando
Para saudades fazer

Oh meu amor que saudade
Porque não hás-de voltar
Ao menos p’ra enganar
O tempo, a triste verdade

‘Inda tive a veleidade
De lutar para esquecer
Mas perdi-me no sofrer
Se já nem sei desde quando
O tempo que vai passando
Trás saudades sem saber

Uma saudade perdida
Acolheu-se à minha beira
Fez-se a minha companheira
Dedicada e preferida

E agora desiludida
Sem acalentar sequer
A esperança de outro viver
Levo a vida acarinhando
Saudades que vão ficando
Para saudades fazer.
Minhas saudades / Hermano Sobral.

Le temps qui passe, furtivement
Apporte des regrets
Des regrets qui demeurent
Et qui font d’autres regrets

Oh mon amour quelle tristesse,
Savoir que tu ne reviendras pas
Ne serait-ce que pour tromper
Le temps, la triste vérité

J’ai encore cherché
À lutter pour oublier
Je n’en ai souffert que davantage
Et je ne sais plus depuis quand
Le temps qui passe, furtivement
Porte avec lui des regrets.

Une peine égarée
S’est réfugiée à mes côtés
Elle me tient compagnie
Elle m’est dévouée, je la chéris

À présent sans illusions
Sans qu’il me reste même
L’espérance d’une autre vie
Je vis et je fais vivre
Ces regrets qui m’accompagnent
Et font naître d’autres regrets.
Minhas saudades / Hermano Sobral ; traduction Lili & Lulu.

L. & L.

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