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Pleurez mes yeux, car c’est bon pour le teint

23 décembre 2010

En 1987, à l’occasion du dixième anniversaire de la mort de Maria Callas (1923-1977), la télévision montrait beaucoup de choses, certaines connues, d’autres extraites de fonds d’archives ; des programmes de télévision, des interviews, des captations d’opéras ou de récitals.

Je me souviens de ce Pleurez mes yeux, extrait du concert de Hambourg de 1962 avec Georges Prêtre, diffusé intégralement sur je ne sais plus quelle chaîne, Arte peut-être. J’habitais encore à Paris, rue des Vertus. J’ai déménagé fin juin de cette année-là, pour Toulouse.

C’était probablement la première fois que je voyais un récital entier de la Callas. J’avais une toute petite télé en noir et blanc, un appareil insignifiant, cependant aussi fasciné que je l’étais ce soir-là j’en suis sûr. C’est surtout cet air-là que je me rappelle. Ce génie du théâtre. L’âpreté des aigus est sans importance.

De cet affreux combat… Pleurez mes yeux ! / Maria Callas, soprano ; Sinfonieorchester des Norddeutschen Runfunks ; Georges Prêtre, direction. Enregistrement : 16 mars 1962, Musikhalle, Hambourg (Allemagne).
Extrait de : Le Cid (1885) / Jules Massenet, musique ; Adolphe d’Ennery, Louis Gallet et Édouard Blau, livret ; d’après Pierre Corneille. Acte III.

CHIMÈNE.
De cet affreux combat je sors l’âme brisée !
Mais enfin je suis libre et je pourrai du moins
Soupirer sans contrainte et souffrir sans témoins.

Pleurez ! pleurez mes yeux ! tombez triste rosée
Qu’un rayon de soleil ne doit jamais tarir !
S’il me reste un espoir, c’est de bientôt mourir !
Pleurez mes yeux, pleurez toutes vos larmes! pleurez mes yeux !

Mais qui donc a voulu l’éternité des pleurs ?
O chers ensevelis, trouvez-vous tant de charmes à léguer aux vivants d’implacables douleurs ?
Hélas ! je me souviens, il me disait :
Avec ton doux sourire…
Tu ne saurais jamais conduire
Qu’aux chemins glorieux ou qu’aux sentiers bénis !

Ah ! mon père ! Hélas !
Pleurez ! pleurez mes yeux !
Tombez triste rosée
Qu’un rayon de soleil ne doit jamais tarir !
Pleurez mes yeux !
Ah ! pleurez toutes vos larmes ! pleurez mes yeux !
Ah ! pleurez !
De cet affreux combat… Pleurez mes yeux ! Extrait de : Le Cid (1885) / Jules Massenet, musique ; Adolphe d’Ennery, Louis Gallet et Édouard Blau, livret ; d’après Pierre Corneille. Acte III.

Pour ta gouverne, voici le passage correspondant dans la pièce de Corneille.

CHIMÈNE.
Enfin je me vois libre, et je puis sans contrainte
De mes vives douleurs te faire voir l’atteinte ;
Je puis donner passage à mes tristes soupirs ;
Je puis t’ouvrir mon âme et tous mes déplaisirs.
Mon père est mort, Elvire, et la première épée
Dont s’est armé Rodrigue, a sa trame coupée.
Pleurez, pleurez, mes yeux, et fondez-vous en eau !
La moitié de ma vie a mis l’autre au tombeau,
Et m’oblige à venger, après ce coup funeste,
Celle que je n’ai plus sur celle qui me reste.

ELVIRE.
Reposez-vous, Madame.

CHIMÈNE.
Ah ! que mal à propos
Dans un malheur si grand tu parles de repos !
Par où sera jamais ma douleur apaisée,
Si je ne puis haïr la main qui l’a causée ?
Et que dois-je espérer qu’un tourment éternel,
Si je poursuis un crime, aimant le criminel ?
Le Cid / Pierre Corneille. Acte III, scène III.

Voilà.

Ne voyant plus rien à te dire, je te quitte et je t’embrasse bien fort.

L. & L.

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