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Maria Teresa de Noronha — Minhas saudades

18 décembre 2010

Maria Teresa de Noronha (1918-1993)
Maria Teresa de Noronha (1918-1993).

À supposer que j’aie tout ignoré du fado jusqu’à présent, que de même le Portugal, le charme de sa capitale et celui de sa langue mystérieuse me soient demeurés cachés, et que ce soit le hasard des découvertes sur l’Internet qui m’ait mis en présence de la vidéo que voici ; il se serait produit pour moi quelque chose de l’ordre du coup de foudre au moment de cette découverte, j’en suis absolument sûr, autant que de ma propre existence. Ou alors je n’ai plus qu’à mourir sur le champ.

Minhas saudades / Maria Teresa de Noronha, chant ; Hermano Sobral, paroles ; Jaime Santos, musique (fado Mouraria)

Maria Teresa de Noronha (1918-1993) n’est pas la plus connue des fadistes du XXe siècle. Même les monographies spécialisées ne lui octroient qu’une place relativement modeste, plus en rapport avec la rareté de ses apparitions et la parcimonie de sa discographie qu’avec son génie. Il est vrai qu’étant une aristocrate, par sa naissance et par son mariage, il était impensable qu’elle mène une vie analogue à celle des autres fadistes, et encore moins qu’elle se dépense en tournées incessantes sur toutes les scènes du monde à l’instar d’Amália. En 1968, elle a cessé de se produire en public, sauf à l’occasion de soirées privées.

Le fado, qui s’est développé dans les quartiers les plus mal famés de Lisbonne, s’est aussi propagé dans l’aristocratie de la capitale dès le XIXe siècle, y suscitant même quelques vocations d’instrumentistes et de chanteurs. Des thèmes spécifiques, les courses de taureaux et autres plaisirs de la noblesse, sont par la même occasion apparus dans le fado. Le paradoxe de Maria Teresa de Noronha, c’est qu’elle n’est pas une représentante de ce type de répertoire. Elle s’est exprimée dans le fado ordinaire, celui de n’importe qui. Mais avec un art du chant hors du commun.

Cette agilité prodigieuse qui lui permet de passer de la voix de poitrine à celle de tête avec un naturel tel que la ligne de chant ne souffre d’aucune rupture ; la subtilité du dialogue rythmique qu’elle conduit avec les guitares (cet art du rubato, un des fondements du fado, rarement porté à une telle perfection) ; et enfin la maîtrise du chant dans ses nuances dynamiques. Tout cela au service du fado, non par vanité virtuose.

Cette vidéo, la première que je vois de cette chanteuse dont je ne connaissais que des enregistrements sonores, m’évoque Maria Callas. Pas en raison du timbre ni de la puissance évidemment, mais de l’art du chant et de la scène.

Tout cela est aux antipodes du « fado novo », le « fado » des générations actuelles. Dans la filiation de Maria Teresa de Noronha, dans cette intimité du chant, je ne vois guère qu’António Zambujo.

O tempo que vai passando
Trás saudades sem saber
Saudades que vão ficando
Para saudades fazer

Oh meu amor que saudade
Porque não hás-de voltar
Ao menos p’ra enganar
O tempo, a triste verdade

‘Inda tive a veleidade
De lutar para esquecer
Mas perdi-me no sofrer
Se já nem sei desde quando
O tempo que vai passando
Trás saudades sem saber

Uma saudade perdida
Acolheu-se à minha beira
Fez-se a minha companheira
Dedicada e preferida

E agora desiludida
Sem acalentar sequer
A esperança de outro viver
Levo a vida acarinhando
Saudades que vão ficando
Para saudades fazer.
Minhas saudades / Hermano Sobral.

Le temps qui passe, furtivement
Apporte des regrets
Des regrets qui demeurent
Et qui font d’autres regrets

Oh mon amour quelle tristesse,
Savoir que tu ne reviendras pas
Ne serait-ce que pour tromper
Le temps, la triste vérité

J’ai encore cherché
À lutter pour oublier
Je n’en ai souffert que davantage
Et je ne sais plus depuis quand
Le temps qui passe, furtivement
Porte avec lui des regrets.

Une peine égarée
S’est réfugiée à mes côtés
Elle me tient compagnie
Elle m’est dévouée, je la chéris

À présent sans illusions
Sans qu’il me reste même
L’espérance d’une autre vie
Je vis et je fais vivre
Ces regrets qui m’accompagnent
Et font naître d’autres regrets.
Minhas saudades / Hermano Sobral ; traduction Lili & Lulu.

L. & L.

Écouter Maria Teresa de Noronha sur Deezer

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