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Petits prodiges toulousains ordinaires

22 juin 2012

Toulouse, rue Tolosane, 22 juin 2012 Toulouse, rue Tolosane, 22 juin 2012

À Toulouse, lorsqu’on circule à une certaine vitesse, très précisément, très exactement (je ne sais plus laquelle mais ça doit pouvoir se trouver facilement), les cheveux prennent la couleur de la surface devant laquelle on passe. Une seconde plus tard, ceux de cette femme prenaient la couleur du portail.

Toulouse, musée des Augustins. Deux des personnages en terre cuite de Jean Bauduy (XVIe siècle), 20 juin 2012
Toulouse, musée des Augustins. Deux des personnages en terre cuite de Jean Bauduy (XVIe siècle), 20 juin 2012

S’il est une expression qu’il ne faut jamais prononcer à voix haute à Toulouse — cela, au moins depuis la Renaissance –, c’est bien : les bras m’en tombent ! tu vois, parce que ça le fait vraiment. Tu le sauras. Ne viens pas te plaindre.

C’est ce qu’on appelle un énoncé performatif en linguistique. Dans d’autres villes ce sont d’autres énoncés qui fonctionnent. J’en connais une — je ne te dirai pas laquelle — où c’est : tu me fais chier !

Toulouse, arche Marengo, 20 juin 2012 Toulouse, arche Marengo, 20 juin 2012

La puissance du vent d’autan est parfois telle que des parties entières d’immeubles peuvent, comme ici, être emportées par son souffle.

Toulouse, arche Marengo, 20 juin 2012 Toulouse, arche Marengo, 20 juin 2012

Cette fois-là d’ailleurs, une fois la brèche ouverte, une soucoupe volante est venue s’encastrer dans le plafond nouvellement formé. Il n’a pas été possible de la dégager.

L. & L.

Qu’en est-il réellement de la Suisse ?

21 juin 2012

Le Salève vu depuis Genève, par Keeps sur Flickr Le Salève vu depuis Genève, par Keeps sur Flickr

Parlant de son roman Que farei quando tudo arde? (2001) (Que ferai-je quand tout brûle ?) Lobo Antunes dit :

Je ne connais rien à l’homosexualité, il me faut tout inventer. […] Il faut que je me mette dans la peau d’un homme dont je ne connais rien. Dans mes livres, je n’ai jamais fait la moindre description d’un rapport sexuel, jamais. […] Je suis un puritain. Je ne comprends pas lesdites déviations sexuelles : je peux les admettre intellectuellement, mais, affectivement, je ne les comprends pas.
António Lobo Antunes (né en 1942). Dans : María Luísa Blanco. Conversaciones con António Lobo Antunes (2001). Traduit de l’espagnol par Michelle Giudicelli (Ch. Bourgois, 2004). P. 229.

Sans commentaires.

Quant à moi, mon problème c’est la Suisse. Précisément ce problème le voici : je ne parviens pas à me persuader de la réalité de la Suisse.

Je répète, parce que ça doit être inconcevable à certains :

Je ne parviens pas, je ne suis jamais parvenu, à me persuader de la réalité de la Suisse, même en y allant.

Qu’elle existe, oui, je le sais. Je viens de le dire : j’y suis allé, plusieurs fois, la dernière fois c’était il y a deux étés je crois. Selon la formule de Lobo Antunes, j’admets « intellectuellement » que la Suisse existe, je n’en disconviens nullement.

La Suisse est visible sur les cartes de l’Europe, ses frontières coïncident avec celles d’autres pays, la France, l’Italie et d’autres, dont la réalité ne fait pour moi aucun doute.

Voici ce qui se trouve à l’arrière de mon intelligence, dans ses coulisses, là où le raisonnable est interdit de séjour : l’Europe se tient sur une carte, qui est aussi celle du monde, au centre de laquelle il y a un trou de la forme de la Suisse. Le lieu de la Suisse est sur une autre carte, dont la nature m’est inconnue, tendue parallèlement à la première. Lorsque de France ou d’Italie on va en Suisse, on passe sans s’en douter du monde réel à cet autre dans lequel est la Suisse.

Il y a des personnes qui sont, ou qui au cours de leur vie ont été suisses — par exemple Robert Pinget, le cher homme. Ou Didier Cuche. Oui, et alors ? Pour moi Pinget est réel, ça indiscutablement. Justement, il a émigré en France et c’est là qu’il est mort. Quant à Cuche je ne sais pas ; je ne le vois qu’à la télévision. Quand il arrive au bas de la piste la caméra montre une multitude de drapeaux suisses brandis par les supporters enchantés. Oui d’accord, mais qu’est-ce que ça prouve quant à leur réalité ?

Il y a quelques années j’ai fait un voyage professionnel en Suisse. À Genève, la collègue qui nous recevait, nous désignant le Salève qui domine la ville et en parlant comme de « la montagne de Genève », a ajouté d’un ton particulier, tout en accompagnant son propos d’une mimique indéchiffrable : « mais elle est en France ». Indéchiffrable : pas pour moi. Il était clair qu’il y avait pour elle, dans le fait que le Salève soit en France, une frustration irrémédiable. « Mais elle est en France » signifiait : « mais elle relève d’un autre univers ; d’une autre dimension du monde ».

— Mais, tu penses réellement ce que tu viens de dire ?

— Ah tu étais là. Oui, évidemment.

— C’est ridicule. Pourquoi la Suisse ? Pourquoi pas la Belgique aussi tant que t’y es ?

— La Belgique sûrement pas. À tel point que, comme je te l’ai déjà dit, je suis partisan du rattachement de la France à la Belgique, avec Bruxelles pour capitale.

— Et les Flamands, qu’est-ce que t’en fais ?

— Les Flamands, moi je n’en fais rien. Eux ils feront d’eux-mêmes ce qu’ils voudront. Si ça ne leur plaît pas cette Belgique-là, ils pourront toujours demander leur rattachement à la Suisse.

J’aurai dormi.

Monsieur Songe

Robert Pinget (Genève, 1919 – Tours, 1997). Monsieur Songe (1982)

L. & L.

June Tabor — Finisterre

20 juin 2012

Pour moi c’est une merveille. C’est à dire que, oui je suis émerveillé (d’après le Petit Robert, émerveiller signifie : « frapper d’étonnement et d’admiration » ; c’est donc bien ça, je ne me trompe pas). Il me semble que j’ai rarement rien entendu d’aussi émouvant jusqu’à présent, pareille justesse. La voix est envoûtante, accompagnée avec simplicité et discrétion par le piano et l’accordéon diatonique. Je n’écoute plus que ça maintenant. Lorsque la chanson est finie je recommence. Ou bien j’écoute l’album entier.

Ce Finisterre est celui de la Galice, mais June Tabor le prononce comme Finistère, avec l’accent anglais,

Finestèe,

comme les Anglais qui avaient acheté une maison près de chez moi quand j’étais petit, une toute petite maison dont le pignon donnait sur la grève, une charmante maison de pêcheurs selon la terminologie des agents immobiliers (lorsqu’y vivait une famille de pêcheurs elle avait le sol de terre battue dans les deux pièces minuscules, aucun confort). Ils l’avaient appelée Mermaid Cottage et ce nom était peint en belles lettres noires au-dessus de la porte, il y avait des hortensias bleus devant.

Mais Finisterre est une chanson de séparation. La lenteur du tempo est géniale (une précédente version, très différente, avait été enregistrée en 1990 par June Tabor & the Oysterband, sur l’album Freedom and rain). Et la langue anglaise (anglaise d’Angleterre) doit être la plus triste du monde, d’une tristesse adorable.

June Tabor. Finisterre / June Tabor, chant ; Huw Warren, piano ; Tim Harries, contrebasse ; Andy Cutting, accordéon diatonique ; Ian Telfer, paroles et musique. Extrait de Ashore (2011).

Farewell, Finisterre,
Sleep away the afternoon
Just rocking with the tide,
Drinking with the moon
I found a ticket in my pocket
All the way from Port-of-Spain
And the warm wind from the Indies carried me again.

Santander, the sky is falling
The tale we told each other has an end
Santander, you hear me calling
You, that never lost a friend…

We’d often look for gold,
Treasure buried in the sand
We hid it long ago,
Before our wars began
When the world was green and early
And time was on our side
Before the storm got up to blow us far and wide.

Santander, the sky is falling
The tale we told each other has an end
Santander, you hear me calling
You, that never lost a friend…

Farewell, Finisterre,
Sleep away the afternoon
Just rocking with the tide,
Drinking with the moon
Last night I turned the glasses over
And I drained the bottle dry
The moon stared out to sea all night and so did I.

Santander, the sky is falling
The tale we told each other has an end
Santander, you hear me calling
You, that never lost a friend,
Never lost a friend
Ian Telfer. Finisterre.

——

Adieu Finisterre
Noyer l’après-midi dans un sommeil
Juste bercé par la marée
Boire en compagnie de la lune
Dans ma poche j’ai trouvé un ticket
Qui vient de Port-d’Espagne
Et le vent chaud des Antilles m’a emportée à nouveau.

Santander, le ciel s’effondre
L’histoire qu’on se racontait est finie
Santander, est-ce que tu m’entends ?
Toi qui n’as jamais perdu un ami…

Que de fois nous avons cherché l’or
Le trésor dans le sable
Nous l’y avons enfoui il y a longtemps
Avant que nos guerres n’éclatent
Lorsque le monde était encore jeune et vert,
Et que nous avions l’éternité
Avant que la tempête se lève et nous éloigne l’un de l’autre

Santander, le ciel s’effondre
L’histoire qu’on se racontait est finie
Santander, est-ce que tu m’entends ?
Toi qui n’as jamais perdu un ami…

Adieu Finisterre
Noyer l’après-midi dans un sommeil
Bercé par la marée
Boire en compagnie de la lune
Cette nuit j’ai rangé les verres
Et j’ai bu la bouteille jusqu’au fond
Comme la lune, toute la nuit j’ai regardé la mer

Santander, le ciel s’effondre
L’histoire qu’on se racontait est finie
Santander, est-ce que tu m’entends ?
Toi qui n’as jamais perdu un ami
Jamais perdu un ami
Ian Telfer. Finisterre. Traduction L. & L.

L. & L.

——

Tabor, June
Ashore (2011)

June Tabor -- Ashore (2011)Ashore / June Tabor, chant ; Huw Warren, piano ; Mark Emerson, violon, alto ; Tim Harries, contrebasse ; Andy Cutting, accordéon diatonique. — [Londres, Angleterre] : Topic Records, 2011.
Enregistrement : avril 2010, Red Kite Studio, Llanwrda, Carmarthenshire, Pays de Galles.

Topic Records TSCD 577. — EAN 714822057721

Maddy Prior & June Tabor — Four loom weaver

19 juin 2012

Four loom weaver / Maddy Prior & June Tabor, chant. Londres, Cecil Sharp House, Camden, 23 octobre 2008. (Maddy Prior en rouge, June Tabor en noir).

Bien qu’elle ait constamment chanté en solo et dans diverses formations, Maddy Prior (née en 1947 à Blackpool, dans le Lancashire) doit l’essentiel de sa notoriété à sa participation à Steeleye Span, un groupe britannique fameux dans les années 1970 et 80 pour avoir fait évoluer la folk music alors très en vogue vers un folk rock assez vif et incisif.
[Voir Maddy Prior dans Wikipedia (en), dans Wikipédia (fr)]
[Voir Steeleye Span dans Wikipedia (en), dans Wikipédia (fr)]

Steeleye Span était fréquemment comparé — et opposé — à Fairport Convention, l’autre formation de folk rock britannique qui tenait le haut du pavé dans ces années-là. De même tout opposait Maddy Prior et Sandy Denny (1947-1978), la chanteuse vedette des débuts de Fairport : la voix puissante et le timbre clair et assez lisse de la première, son élégance sur scène (elle était une excellente danseuse) contrastait avec le chant plus nuancé et l’apparente fragilité de la seconde. Le fait est que Maddy Prior est toujours là, la voix intacte à défaut de la sveltesse. Mais cette maturité la rend d’autant plus crédible lorsqu’elle chante un répertoire de chansons à contenu social comme c’est le cas ici. La vidéo est extraite d’un concert qu’elle donnait à Londres en 2008, au cours duquel des « guests » venaient la rejoindre sur scène au fil des morceaux.

Avec June Tabor (née elle aussi en 1947) elle a formé un duo épisodique dans les années 70 et 80, nommé Silly Sisters d’après le titre de leur premier album paru en 1976. Un second  album (No More to the Dance) en 1988, et c’est tout.
[Voir June Tabor dans Wikipedia (en)]

C’est June Tabor qui introduit Four loom weaver, dans les termes que voici :

This is the first song that Maddy and I have sung together, a long time ago when we were child prostitutes. And it concerns the plight of skilled workers after the end of the Napoleonic wars, when wages fell by nearly two thirds.

Cette chanson est la première qu’on ait chanté ensemble, Maddy et moi, du temps où on était des enfants prostituées. Et elle parle du sort de certains travailleurs spécialisés dont les salaires ont été presque divisés par trois après les guerres napoléoniennes.

« A long time ago when we were child prostitutes » : je ne sais pas si quelqu’un de plus jeune, vingt ou vingt-cinq ans de moins mettons, se permettrait ce genre d’humour qui pourrait passer pour politiquement incorrect. Ça me semble d’une part assez anglais, et aussi typique de cette génération qui avait 30 ans vers 1975 — mais il se peut que je me trompe.

I’m a four-loom weaver as many a one knows;
I’ve nowt to eat and I’ve worn out me clothes.
My clogs are both broken and stockings I’ve none;
You’d scarce give me tuppence for owt I’ve gotten on.

Old Billy o’t’ Bent he kept telling me long
We might have better times if I’d nobbut hold my tongue.
I’ve holden me tongue till I’ve near lost my breath
And I feel in me own heart I’ll soon clem to death.

I’m a four-loom weaver as many a one knows;
I’ve nowt to eat and I’ve worn out me clothes.
Old Billy’s awreet, he never were clemmed
And he never picked o’er in his life.

We held on for six weeks, thought each day were the last;
We’ve tarried and shifted till now we’re quite fast.
We lived upon nettles while nettles were good
And Waterloo porridge was the best of ours food.

I’m a four-loom weaver as many a one knows;
I’ve nowt to eat and I’ve worn out me clothes.
Me clogs are both broken, no looms to weave on,
And I’ve woven meself to far end.
Four loom weaver. Traditionnel anglais, XIXe siècle.
Source : English Folk Music. Consulté le 19 juin 2012.

Je suis ouvrier des filatures comme tout le monde sait
Et j’ai rien à manger, mes habits sont usés
Mes sabots sont fendus, et des bas je n’en ai pas
On m’ donnerait pas deux balles pour tout c’que j’ai sur moi.

Le vieux Billy, celui du Bent, ça fait longtemps qu’il m’dit
Que ça irait bien mieux pour nous si j’avais fermé ma gueule
Ma gueule j’ l’ai fermée, jusqu’à ce que j’étouffe
Et je sens que la faim va pas tarder à me crever

Je suis ouvrier tisserand comme tout le monde sait
Et j’ai rien à manger, mes habits sont usés
Le vieux Billy, il a pas à s’plaindre, il a jamais eu faim
Il a jamais eu à chercher dans les poubelles

On a tenu six semaines, chaque jour on croyait qu’c’était l’dernier
On est allé à droite à gauche, maintenant on bouge plus
On a bouffé des orties jusqu’à c’qu’on en peuve plus
Et c’était la fête quand on avait du mauvais porridge

Je suis ouvrier tisserand comme tout le monde sait
Et j’ai rien à manger, mes habits sont usés
Mes sabots sont fendus, y a plus d’métiers pour tisser
Et à force c’est moi qu’est au bout du rouleau.
Four loom weaver. Traditionnel anglais, XIXe siècle. Traduction L. & L.

D’après l’article Four Loom Weaver dans Wikipedia (en), un « four loom weaver » est un ouvrier tisserand (weaver) travaillant dans un atelier abritant quatre métiers à tisser (loom) mécaniques, dans le Lancashire (comté dont Maddy Prior est originaire).

D’après le même article, les ouvriers travaillant sur ces machines auraient été entièrement dépendants des propriétaires des filatures qui les employaient, alors que l’approvisionnement en coton s’était pratiquement interrompu en raison de la Guerre de Sécession américaine, bien postérieure à la fin des guerres napoléoniennes. Le contexte historique de cette version précise de Four loom weaver mériterait donc d’être éclairci.

Cette version, interprétée par Maddy Prior et June Tabor, se fonde sur celle de Ewan MacColl (1915-1989), enregistrée en 1957 :

Four loom weaver / Ewan MacColl, chant ; paroles et musiques traditionnelles. 1957.

Au cours du même concert, Maddy Prior & June Tabor ont aussi donné ce What will we do?, une chanson recueillie au XXe siècle auprès d’une chanteuse itinérante d’origine irlandaise nommée Mary Delaney, qu’elles avaient enregistrée dans leur album No More To The Dance (1988) :

What will we do? / Maddy Prior & June Tabor, chant ; paroles et musique traditionnelles. Londres, Cecil Sharp House, Camden, 23 octobre 2008.

What will we do if we have no money?
Oh true lovers, what will we do then?
I will hall through the town for a hungry crown
And we’ll yodel it over again

What will we do if we marry a tinker?
Oh true lovers, what will we do then?
I will sell a tin can and walk on with me man
And we’ll yodel it over again

What will we do if we marry a soldier?
Oh true lovers, what will we do then ?
All me handle is gone and I will fight for the fun
And we’ll yodel it over again

What will we do if we have a young daughter?
Oh true lovers, what will we do then?
I will take her in hand and we’ll walk on with me man
And we’ll yodel it over again

What will we do if we have no money?
Oh true lovers, what will we do then?
I will hall through the town for a hungry crown
And we’ll yodel it over again
What will we do?. Traditionnel anglais, XXe siècle.
Source : English Folk Music. Consulté le 19 juin 2012.

L. & L.

Écouter l’album Silly Sisters (1976) sur Deezer
Écouter l’album No more to the dance (1988) sur Deezer
June Tabor — Site officiel (en anglais)
Maddy Prior — Site officiel (en anglais)

J’aime pas Woody Allen 2

18 juin 2012

— Ça m’étonne pas. T’aimes personne, t’aimes rien.

— Mais si, pourquoi tu dis ça.

— Ah bon t’aimes quoi alors. Je t’ai jamais entendu prononcer une seule phrase qui commence par j’aime. Ça va être un scoop.

— Je sais pas moi… j’aime les mouettes par exemple. Ou plutôt leur nom de mouette. D’où ça sort ce nom, et qui a bien pu l’inventer je m’demande. En tout cas c’est vraiment bien trouvé.

— Oui, mais c’est pas une personne, une mouette. Encore moins son nom de mouette.

— Mais qu’est-ce que tu crois, Woody Allen non plus, c’est pas une personne.

— Quoi ?

— C’en est une pour ceux qui le connaissent, mais toi. Toi. Tu le connais personnellement Woody Allen ? Donc tu vois. C’est juste un nom pour toi. Et franchement, je préfère celui de mouette. En plus, des mouettes, moi j’en connais personnellement.

L. & L.

J’aime pas Woody Allen 1

18 juin 2012

— Mais qu’est-ce que t’aimes à la fin ? T’es toujours comme ça, j’aime pas ci, j’aime pas ça, j’aime pas Machin, j’aime pas Machine, excuse-moi mais tu n’aimes rien ni personne. Tu sais comment ça va finir ? Y aura personne pour te veiller sur ton lit de mort, voilà.

— Mais qu’est-ce que tu racontes, j’ai jamais compté sur Woody Allen pour ça, non plus.

L. & L.

Impressions de Rio Loco 2012

17 juin 2012

Custódio Castelo dans le décor idéal de la cour de l’Ostal d’Occitània ; les hirondelles en transe, tournoyant à vive allure, répondant à la guitare portugaise par des cris hystériques. Des pigeons roucoulant à voix basse.

António Zambujo, saluant les mouettes dans leur propre langue, riant. Ses musiciens et lui dans une écoute mutuelle attentive, Luís Guerreiro proposant d’un regard de prendre un solo, le patron acquiesçant de même, le discret José Miguel Conde jouant à surprendre.

Mariza en pop star. De loin on n’entendait que la batterie et les déflagrations vocales comme des éruptions volcaniques. Une foule considérable pour elle, en cils et en longue robe de lamé. Un abattage vocal exceptionnel, un savoir-faire de show woman. La Lady Gaga du fado ? Non, chercher plutôt dans les années 80.

Le récital perturbé de Lula Pena. Que pPena!

Prairie des Filtres, le 15 vers 18 heures, devant un bar servant des cocktails de fruits. Avant moi un jeune homme torse nu, indécis. Il dit « excusez-moi, je me tâte ». Moi : « je peux le faire pour vous pendant que vous délibérez ». Heureusement cette réplique n’est formulée qu’in petto, souvent je ne réfléchis pas.

Regrets de ne pas être allé au concert de Madredeus (qu’on peut voir en intégralité sur Arte Live web). Les instrumentistes : austères comme des Brandebourgeois.

Manqué Oquestrada. Irréparable.

L. & L.

Mariza. Ó gente da minha terra / Mariza, chant ; Amália Rodrigues, paroles ; Tiago Machado, musique ; Angelo Freire, guitare portugaise ; Diogo Clemente, guitare ; Marino de Freitas, basse acoustique ; Simon James, piano ; Vicky Marques, batterie et percussions. — Lisbonne, festival Rock in Rio Lisboa 2010.

Comprenait rien

16 juin 2012
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Toulouse, 16 juin 2012. Femmes lusophones

— Tu dis rien aujourd’hui.
— Non qu’est-ce que tu veux que j’te dise ?
— Je sais pas… t’as fait quoi ?
— Tu vois bien. Le long de la Garonne vers la Daurade. Y avait un type qui lisait dans les mains des gens.
— Dans les tiennes, qu’est-ce qu’il a lu ?
— Rien. Il comprenait pas ce qu’il voyait. N’arrivait pas à lire.
— Ah bon ? Comment ça s’fait ?
— Chais pas. Comprenait pas la langue probablement. Ni même l’écriture peut-être. Comprenait rien.

Toulouse, 16 juin 2012. Échos de Rio Loco

L. & L.

Le concert était encore bien mieux que les répétitions. Mais il n’y a eu aucun morceau de Quinto ! Aucun. (Vraiment, pas la peine que je m’escrime à traduire les paroles à l’avance.) Mais parfait.

15 juin 2012

Concert d'António Zambujo, Toulouse, 15 juin 2012 (Rio Loco) Concert d’António Zambujo, Toulouse, 15 juin 2012 (Rio Loco). De gauche à droite : Luís Guerreiro (guitare portugaise), José Miguel Conde (clarinette), António Zambujo, Ricardo Cruz (contrebasse)

Concert d'António Zambujo, Toulouse, 15 juin 2012 (Rio Loco) Concert d’António Zambujo, Toulouse, 15 juin 2012 (Rio Loco). De gauche à droite : Luís Guerreiro (guitare portugaise), José Miguel Conde (clarinette), António Zambujo

Le Zambujo était très en voix. Juste quelques petits inconvénients avec la sono, dont l’équilibre semblait se dérégler à mesure que le concert avançait. À la fin la guitare portugaise et la clarinette étaient trop fortes.

Sinon toujours cette connivence entre eux tous ; ils ont l’air heureux (encore que, si j’ai bien compris, le petit Jon Luz a des problèmes sentimentaux ; probablement une déconvenue surmontée, puisqu’elle les faisait rire. Ou bien c’est tout autre chose qui expliquerait leur accès de gaîté dans Barroco tropical).

Barroco tropical / António Zambujo, chant, guitare ; Bernardo Couto, guitare portugaise ; Jon Luz, cavaquinho ; Ricardo Cruz, contrebasse ; José Eduardo Agualusa, paroles ; Ricardo Cruz, musique. Sofia (Bulgarie), 19 juin 2011.

O amor a ninguém serve, e todavia
a ele regressamos, dia após dia
cegos por seu fulgor, tontos de sede
nos damos sem pudor em sua rede.
José Eduardo Agualusa. Barroco tropical.

L’amour n’est utile à personne, et pourtant
vers lui nous retournons, jour après jour
aveuglés par son éclat, fous de soif
nous nous jetons sans pudeur dans ses rets.
José Eduardo Agualusa. Barroco tropical. Traduction L. & L.

Toulouse, la Garonne depuis la Prairie des Filtres, 15 juin 2012 Toulouse, la Garonne depuis la Prairie des Filtres, 15 juin 2012

Est-ce que je n’aurais pas été attaqué par des moustiques ? Ou alors un peu d’urticaire : vu ce qu’on a mangé ça ne m’étonnerait pas.

L. & L.

Dans l’attente d’António Zambujo

15 juin 2012

António Zambujo en répétition. Toulouse, Prairie des Filtres, 15 juin 2012 António Zambujo en répétition. Toulouse, Prairie des Filtres, 15 juin 2012

Passé tout à l’heure par la Prairie des Filtres. Sur scène, António Zambujo et ses musiciens à faire les réglages.

D’abord sa voix, à lui. Des onomatopées d’où tout à coup émerge Não me dou longe de ti. Et puis encore des ti la la wou di dou ; on entend aussi la guitare portugaise, le cavaquinho, la clarinette, dans un apparent désordre. Puis O arraial, presque entier. Et encore des essais séparés, chacun son tour, les autres intervenant parfois, une envolée de la guitare portugaise, un ronflement de la clarinette basse, et puis à un moment, en une seconde, ce chaos se transforme en quelque chose de miraculeux, comme si le concert naissait là devant moi. Il y avait juste les joueurs de boule, et un homme qui regardait lui aussi, et qui écoutait comme moi. Ils ont répété trois ou quatre morceaux.

Je me demande si je n’aime pas les répétitions encore plus que les spectacles eux-mêmes. Même lorsqu’elles s’achèvent elles ne rompent pas cet état d’attente extraordinaire qui précède le spectacle. Au contraire : à ce moment-là cet état devient plus intense encore, puisque les choses sont prêtes, le son est réglé, les instruments, la voix, tout cela dans un équilibre qui doit tenir jusqu’au moment du spectacle. Les lieux sont abandonnés, mais habités d’une espèce de vibration qui est cette attente. Et cette vibration s’éteindra avec la fin du concert, qui est comme une petite mort.

L. & L.