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Amália Rodrigues, « comme une feuille »

7 novembre 2013

Mon pays le voici : Amália Rodrigues présente le Portugal (extrait) / Amália Rodrigues, participante.
Vidéo : ORTF [Office national de radiodiffusion télévision française], production ; Nicolas Ribowski, réalisateur. 1ère diffusion : 14 juin 1974. France, INA [Institut national de l’audiovisuel].
Na vida de uma mulher (fado) / Armando Neves, paroles ; musique non identifiée (Fado menor ?).

Tanto vale a mulher bela
Como a mais feia mulher
Perdido de amor por ela
Há sempre um homem qualquer
Armando Neves. Ironia (Na vida de uma mulher), extrait.

Il en va d’une belle femme
Comme de la plus laide d’entre elles
Toujours il existe un homme
Éperdu d’amour pour elle
Traduction L. & L.

Coincé au milieu d’un long film documentaire des années 70, ce tout petit bout de fado m’obsède, il est comme une sorte d’écume se reformant sans cesse à la surface des vaguelettes qui clapotent dans ma tête, et parfois, acquérant de la force, il forme une lame qui déferle, puis le ressac le reprend, il repart (il fait mine de repartir vers le large), il s’effiloche, se reforme et déferle à nouveau… un tout petit bout de fado, comme un éclat, surtout la mélodie de ces deux vers : perdido de amor pour ela / há sempre un homem qualquer (éperdu d’amour pour elle / il existe toujours un homme). Avec ce suspens miraculeux après perdido pour que ce mot s’illumine : « éperdu ». Éperdu d’amour pour elle.

On pensera que je m’attache à des détails. En effet oui, à des détails de ce genre.

Et vraiment, ces deux vers et leur mélodie me trottent dans la tête comme on dit, depuis longtemps. Je ne savais plus d’où ils sortaient jusqu’à ce que je retrouve la vidéo sur le site de l’INA, et qu’au sein de cette vidéo je localise ce trop court moment. Tellement court, comme si on regardait par une fenêtre ouverte en passant dans la rue… C’est un fado qu’Amália a enregistré, sur la musique du Fado menor, dans les années 50 ou 60 (il n’y a pas de date sur le CD que j’ai, Amália 50 anos — Rara e inédita, Columbia, 1989). L’enregistrement est magnifique, mais différent de ce qui est chanté ici. Ici, c’est une sorte d’improvisation, pratiquement sur un coin de table, ce n’est rien de calculé. Et voilà : spontanément, ce poème assez quelconque, Amália le transforme en une chose magique, illustrant à merveille ce qu’elle dit en voix off, à savoir qu’elle ne travaille pas ses interprétations, qu’elle se soumet « au hasard… comme une feuille. »

Le fado, chanté aussi par Alfredo Marceneiro sur une musique composée par lui, est connu sous deux titres : Ironia (Ironie), et Na vida de uma mulher (Dans la vie d’une femme).

L. & L.

12 commentaires leave one →
  1. Ana Luísa permalink
    7 novembre 2013 21:22

    Très joli enregistrement, merci pour la vidéo. Quant à Ironia chanté par o Marceneiro: il s’agit d’un fado à 4 accords, dont la musique a été faite par Marceneiro lui-même, pour autant que je sache. Il s’agit donc de « música própia » comme on dit dans le milieu du fado, et non pas d’un fado ‘traditionnel’ comme le Mouraria (qui, quant à lui, n’a que 2 accords).

    • 7 novembre 2013 21:31

      Oui je me trompe, ce n’est pas Marceneiro qui le chante sur le Mouraria, merci !
      Et dans la vidéo, vous reconnaissez le fado ? Ca ressemble au Fado menor do Porto, mais je ne crois pas que ce soit ça…

      • Ana Luísa permalink
        7 novembre 2013 21:53

        J’opterais pour le fado Menor (mais sans certitude, puisqu’on n’entend pas bien le début). Ce qui est certain, c’est que le Menor do Porto contient également 4 accords (mais pas les mêmes qu’Ironia), et les deux accords qui n’appartiennent ni à ce qu’on appelle la « première position » (= l’accord tonique), ni la « deuxième position » (= la dominante, une quinte au-dessus de la tonique) d’un Menor do Porto se font systématiquement dans la deuxième partie (ici: phrase 3 et 4), alors qu’ici, elle reste très clairement dans la première et deuxième position, ce qui est bel et bien le cas d’un fado Menor.

        Exemple: en utilisant la musique do Marceneiro et chanté en sol, cela donne comme schéma d’accords: sol majeur, re7, sol majeur/mi7, la mineur, re7, sol majeur/mi7, la mineur, re7, sol majeur. Le Menor do Porto chanté en sol donne: sol mineur, re7/sol mineur, re7/fa majeur, mi bémol majeur, re7/fa majeur, mi bémol majeur, re7. Le fado Menor ne fait qu’alterner sol mineur et re7, alors que le Mouraria ne fait qu’alterner sol majeur et re7.

      • 7 novembre 2013 21:59

        Un Menor très stylisé alors ?
        Merci pour ces précieuses explications !

      • Ana Luísa permalink
        7 novembre 2013 22:17

        Avec plaisir! Pour autant que je sache, elle ne chantait jamais deux Menor de la même façon, ce qui d’ailleurs vaut pour la majorité de ses fados (même les fado canção). Et on peut dire la même chose do Marceneiro … ils avaient une capacité d’improvisation incroyable … . Et le Menor, tout comme le Mouraria et le Corrido, étaient précisément faits pour permettre au chanteur de estilizar et roubar tant qu’il voulait/pouvait. Le Menor étant en plus très lent, il est excellent pour tester les capacités de ‘fadista’ de celui qui chante. Raison pour laquelle on l’appelle « O Rei do Fado », le roi des fados.

  2. 8 novembre 2013 16:54

    Vaya me gustaría poder entender mejor el Francés, lo comentan sobre Fado es muy interesante, gracias siempre por compartir sus conocimientos.

    • 8 novembre 2013 17:23

      Muchas gracias 🙂
      Yo hablo muy mal — pero muy mal y muy poco — español.
      En el video Amália dice que siempre fué como una hoja al viento, que siempre cantó de una manera muy directa, sin preparación o elaboración ninguna.
      Y yo digo que me gusta muchísimo el pedazito de fado que Amália canta, y que se oye solo en este vídeo…
      (Se comprende algo? Es incomprensible — y risible — cuando pruebo escribir en español, no?)

      • 8 novembre 2013 17:32

        Claro que te comprendo, muchas gracias 🙂
        también por acercarme a la esencia de una de las cantantes que más admiro, sí, en verdad es hermoso ese fragmento de Amália. Un fuerte abrazo.

      • 8 novembre 2013 17:45

        Uf! Gracias, que fué un esfuerzo terrible!! (Es que me vienen palabras en italiano y en portugués, antes de las palabras españolas, y hacen una mezcla estraña, como una sopa de palabras horrible)
        Un abrazo!

      • 8 novembre 2013 17:41

        Y en cuanto a risible, para nada, escribes mejor en español que yo.

      • 9 novembre 2013 01:52

        Amália dice que no « preparaba » las piezas… pero ella, estaba en preparación constante… Je m’excuse pour l’intrusion mais voudrais pas qui’l passe l’image d’une Amália sans cognition musical, quoi. Je ai adoré, comme d’habitude.

      • 9 novembre 2013 09:52

        Dice ese:

        J’ai jamais appris, je répète jamais, je ne travaille jamais une chanson, je chante… je chante une chanson… Quand j’apprends, euh… parfois [en] un quart d’heure une mélodie, en lisant les mots… c’est comme ça que j’enregistre, que je… Je travaille pas.
        Je… je pense pas, je… je suis comme ça, je… comment dire… au hasard, comme une feuille.

        Es decir que cantaba con su instincto, ese instincto extraordinario que tenia — instincto musical y poético. Iba directamente a la cumbre… Sobre la cresta.

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