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Place de la Bourse. 2

2 janvier 2016

Il faudrait donner quelques renseignements sur ces deux personnages que nous ne connaissons pas encore, le pape et son Suisse Ifig. Après tout, bien que rien ne soit encore décidé à leur endroit, ils pourraient jouer un rôle dans la suite de l’histoire.

Ce pape est aveyronnais. Trois mois plus tôt son élection avait plongé les observateurs, ainsi d’ailleurs que le conclave lui-même et plus encore l’intéressé, dans la stupeur. C’est à dire que les deux ou trois favoris de la presse, qui certes comptaient chacun de zélés partisans, suscitaient tout autant, voire davantage, de rancœurs farouches. C’est ainsi que suite à certains conciliabules d’avant-conclave, le nom de l’anodin Jean-Paul Burguière (tel il se nomme dans le civil) était sorti des urnes au premier tour de scrutin en même temps que ceux de l’un des favoris et d’un autre cardinal considéré comme challenger, tandis que celui que la presse donnait généralement gagnant reçut trop peu de suffrages pour espérer se maintenir aux tours suivants. Au deuxième tour, le cardinal Burguière, que la plupart de ses collègues connaissait à peine mais à qui les résultats du premier tour conféraient soudain  une forme de réalité, obtint les votes des partisans du favori évincé, éliminant ainsi le challenger. Le troisième tour lui apporta une confortable victoire sur celui des favoris resté en lice. Il paraît qu’à l’annonce du résultat final il fut pris d’un fou rire qui, passée la première surprise, se communiqua à la plus grande partie du conclave. Le spectacle de cette houle de soutanes pourpres prises d’une joie désordonnée sous le ciel glorieux de la chapelle Sixtine était ahurissant. Le nouveau pape prit pour nom de règne Bernard (Bernard 1er ? – Non, Bernard tout court) en hommage à son oncle qui le faisait monter avec lui sur le tracteur.

On fit donner la fumée blanche.

Place de la Bourse

1 janvier 2016

Toulouse (France), place de la Bourse, 5 juillet 2015

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Toulouse, place de la Bourse.

On dira que cette histoire a commencé ici, sur cette place vide. C’est un jour de fin juillet, lumineux et très chaud, d’un été qui tourne à la canicule. Il est quatre heures de l’après-midi. La ville semble abandonnée. Les gens dorment, écrasés de torpeur. Certains boivent dans les cafés ou restent à l’intérieur des magasins, des musées, des bibliothèques et des cinémas, qui sont climatisés, ou dans les églises.

Cependant venant de chacune des cinq rues qui convergent sur la place débouchent en même temps, par un hasard ou par un autre, les personnages du récit. De la rue Temponnières, le jeune homme qui a dit habiter rue de la Lune ; de la rue Clémence-Isaure, les enfants de la femme aux cheveux verts et leurs parents ; de la rue de la Bourse, le jeune mage de Rawalpindi, regard inquiet ; de la rue Cujas, coiffée d’un vaste chapeau de paille, la dame au téléphone grenouille, usant pour se rafraîchir d’un dispositif comparable à ceux employés pour l’aspersion de produits insecticides sur les plantes, fait d’un double réservoir bombé rouge à pois noirs porté sur le dos dont émergent deux tuyaux flexibles, un rouge et un noir. Le noir est terminé par un embout duquel on déclenche à volonté l’émission d’un nuage de très fine brume pour le visage, tandis que le rouge permet d’aspirer une grenadine glacée ; de la rue Sainte-Ursule le pape (celui en fonction au moment de l’histoire) qui, profitant du creux du plein été, a cédé à son désir de revoir Toulouse où il a vécu autrefois, et plus encore de faire visiter cette ville incomparable à Ifig, son garde suisse préféré qui, en dépit de son prénom breton, est natif de Porrentruy. Alors que toute la curie croit le saint homme à Castel Gandolfo le voici, incognito, vêtu d’un pantalon de coton clair et d’un tee-shirt blanc proclamant en lettres rouges sur sa poitrine : I ♥ René Coty. Ifig, qui le dépasse d’une tête, est en short kaki et débardeur couleur ventre de grondin. Il porte un petit chapeau sur sa jolie tête aux cheveux bruns coupés presque ras, et des Ray-Ban qui sur tout autre auraient paru vulgaires.

Édith Piaf a 100 ans

19 décembre 2015

Aujourd’hui même, 19 décembre. Elle était selon la légende née dans la rue, sur les marches d’un immeuble de Belleville, d’un père artiste de cirque et d’une mère chanteuse, elle-même fille d’une Berbère.

Ceci est extrait d’un de ses derniers récitals, le seul filmé in extenso. Il a eu lieu à Nimègue aux Pays-Bas le 14 décembre 1962, c’est à dire moins de dix mois avant sa mort. Elle est au bout du rouleau depuis déjà quelque temps, déformée et très handicapée par une polyarthrite douloureuse, sur scène elle ne bouge presque pas, juste plantée devant le micro, elle ne dit rien sinon annoncer chaque chanson par son titre et ses auteurs, mais sa voix garde sa puissance et son expressivité intactes et le public est subjugué. À la fin de Non, je ne regrette rien il lui fait une ovation, qu’elle accueille avec un sourire radieux d’enfant comblé.

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Édith Piaf (1915-1963) | Non, je ne regrette rien. Michel Vaucaire, paroles ; Charles Dumont, musique ; Édith Piaf, chant ; orchestre sous la dir. de (?). Captation : Pays-Bas, Nimègue [Nijmegen], 14 décembre 1962. Production : Pays-Bas, NTS (Nederlandse Televisie Stichting) ?

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Le récital intégral est visible ici.

 

Incapable

17 décembre 2015

« Vous êtes un funambule, voilà tout ! Inutile de jouer la comédie ! de donner des coups de téléphone fébriles à Madagascar, en Liechtenstein, en Terre de Feu ! Vous n’écoulerez jamais vos stocks de kaléidoscopes. »
Patrick Modiano. La place de l’étoile (1968). Gallimard, impr. 2014. (Folio ; 698), ISBN 978-2-07-036698-9, p. 54.

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Mon oncle (1958), extrait. Jacques Tati, réalisation ; Jacques Tati, Jacques Lagrange et Jean L’Hôte, scénario ; Jacques Tati, Jean-Pierre Zola, Adrienne Servantie, Alain Bécourt…, acteurs. France, 1958.

Mísia | Para Amália (2015)

16 décembre 2015

Mísia | Para Amália (2015)
Mísia | Para Amália (2015).

Le voici donc, cet album de Mísia dédié à Amália Rodrigues – publié en France ce fatal vendredi 13 novembre dernier. Intitulé simplement Para Amália (« Pour Amália »), il est à l’image de sa créatrice : imaginatif, impétueux, sincère. Il est aussi fidèle à son titre, car il s’agit bien en effet d’un acte de reconnaissance et d’une offrande.

Depuis ses débuts, Mísia n’a en réalité jamais cessé de rendre hommage à l’ « âme du fado » comme Amália Rodrigues était surnommée dans les années 50. Presque tous ses albums comptent un titre, parfois plusieurs, du répertoire d’Amália. Elle les a toujours interprétés avec ferveur, mais à sa manière à elle, singulière, et avec la distance nécessaire le cas échéant. Voir par exemple le Fado do ciúme qui ouvre l’inclassable Delikatessen café concerto de 2013.

Para Amália est un album double. Sa première partie, voix et piano (celui de Fabrizio Romano, qui est aussi compositeur – et italien, comme son nom le laisse conjecturer) est fait d’un choix de neuf morceaux du répertoire d’Amália très rarement interprétés sur scène par cette dernière (voire jamais pour certains). Cinq d’entre eux ont des musiques d’Alain Oulman, qui composait au piano : les voici en quelque sorte rendus à leur forme primitive. Les quatre autres, qui se prêtaient a priori moins facilement à ce traitement, surprennent d’autant plus favorablement. Ainsi de Solidão (Canção do mar), du film Les amants du Tage réalisé par Henri Verneuil (1955), de la marche Lisboa antiga créée par Hermínia Silva en 1953 et reprise ensuite par Amália, ou encore de Romance, un fado de la dernière partie de sa carrière, auquel le pianiste donne une tournure évoquant un prélude de Bach. Les arrangements sont tous parfaits. La formule chant et piano a cependant pour inconvénient d’exposer dangereusement la voix, notamment dans les morceaux les plus lents à l’écoute desquels des sourcils pourront se hausser.

La seconde partie est exécutée avec le traditionnel ensemble guitare portugaise (excellent Luís Guerreiro) et guitares acoustiques. Encore quatre morceaux rares du répertoire d’Amália : Flor de lua, très réussi, À janela do meu peito, une marche d’Alberto Janes (l’auteur de Vou dar de  beber à dor, v.o. de La maison sur le port),  Rosinha da Serra d’Arga, extrait du 3e album de « folclore » paru en 1972, et Fado Amália, de Frederico Valério. On y trouve aussi Maria la Portuguesa, de Carlos Cano, en duo avec la chanteuse espagnole Martirio, qui vole presque la vedette à Mísia, et enfin quatre chansons, ou fados-chansons, sur des textes dédiés à Amália d’un lyrisme parfois fougueux : « Voix ancestrale, voix de bacchante / De prêtresse grecque / De pythonisse, de muse / Des chants à la déesse Iris / Et des prières à Marie. / Voix de plainte au clair du jour / De sirène dans la brume / Cri dans la steppe qui pleure / Amália toujours et maintenant » (Amália sempre e agora, texte d’Amélia Muge, chanté en duo avec Maria Bethânia).

En somme c’est Mísia comme on l’aime, exubérante et mélodramatique comme une sorte de Sarah Bernhardt du fado, jamais prise au piège des modes ni des courants du marché discographique.

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Mísia | Tive um coração, perdi-o. Amália Rodrigues, paroles ; José Fontes Rocha, musique ; Mísia, chant ; Fabrizio Romano, arrangements, piano ; Luís Guerreiro, guitare portugaise. Bande son extraite de : Mísia, Para Amália (Portugal, 2015).
Vidéo : Maria de Medeiros, réalisation.

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Mísia
Para Amália (2015)

Mísia | Para Amália (2015)Para Amália / Amália Rodrigues, Frederico de Brito, Teresa Rita Lopes, David Mourão-Ferreira…, paroles ; José Fontes Rocha, Ferrer Trindade, Alain Oulman, Carlos Gonçalves…, musiques ; Mísia, chant ; Fabrizio Romano, arrangements, piano ; Luís Guerreiro, guitare portugaise ; Daniel Pinto, guitare classique et basse acoustique. — Production : Portugal : Liberdades poéticas, ℗2015.

Autres interprètes : Maria Bethânia, Martirio, chant ; Rogério Samora, voix.
Enregistré à Paço de Arcos (Portugal), Atlântico Blue Studios, en 2014.

2 CD : Verycords, 2015. — EAN 3760220461124.

France

9 décembre 2015

C’est pas vrai, mais qu’est-ce t’as fait encore ? Ah mais c’est pas vrai, elle s’en est foutu partout. Tu t’es fait dessus, c’est pas vrai, elle s’est fait dessus, y en a partout, qu’est-ce que ça pue. Mais pourquoi tu fais ça, tu le fais exprès ou quoi hein, tu le fais exprès ? Qu’est-ce qu’y a, pourquoi tu fais ça à la fin, pourquoi tu fais ça ? Regarde-moi ça, y en a vraiment partout, comment nettoyer ça… Mais qu’est-ce qu’on va faire de toi ?

C’est vrai que t’es vieille, c’est vrai que t’es malade, mais y en a marre. Tu deviens trop méchante.

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Luca Rossato. Prima del bagno
Prima del bagno [Avant le bain] par Luca Rossato sur Flickr (CC BY-NC-ND 2.0).

Que font les saintes ?

3 décembre 2015

Colette Renard (1924-2010) | Avec les anges. Extrait de l’opérette Irma la douce (1956). Alexandre Breffort, paroles ; Marguerite Monnot, musique ; Colette Renard, chant ; orchestre, dir. Raymond Lefèvre.
Extrait de l’émission Le Palmarès des chansons, enregistrée et diffusée en direct le 5 mai 1966. France, INA [Institut national de l’audiovisuel].

On est protégé par Paris
Sur nos têtes veille en personne
Sainte Geneviève, la patronne,
Et c’est comme si
Qu’on était béni…

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Ça ne l’intéresse plus, sainte Geneviève, ou quoi ?

Ou alors ses bénédictions ne fonctionnent plus ? Elle s’est peut-être fait retirer son habilitation, qui sait.

À moins qu’il n’y ait un problème général avec les saints ? Parce que c’est qui le saint patron de la France, qui n’a pas l’air bien éveillé lui non plus ? Ou la sainte patronne ?

Ah ben ça alors, il y en a trois d’après Wikipédia, et pas des moindres : la Bienheureuse Vierge Marie reçue au Ciel en patronne principale, avec pour adjointes sainte Jeanne d’Arc et sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte Face. Des grosses pointures quoi, surtout une. Ça ne peut pas être une question d’habilitation périmée ou retirée dans ce cas-ci, c’est évident.

Serait-ce que tout ce carbone échappé dans l’atmosphère, toutes ces nuées qui enveloppent notre Terre de leurs miasmes, font ricocher les bénédictions des saintes et les renvoient se perdre au-delà des étoiles ?

C’est ça. C’est pour ça que les communications avec le Ciel – je dis bien le Ciel, celui in excelsis – sont si dégradées depuis quelques dizaines d’années. Or ils n’avaient pas l’air bien optimistes sur l’issue de la COP21, tout à l’heure à la radio.

C’est parti pour durer.

越路吹雪 [Koshiji Fubuki] | 人生は過ぎゆく = La vie s’en va

2 décembre 2015

Pour le plaisir d’avoir un titre en japonais, et d’entendre cette langue impénétrable – du moins pour moi.

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越路吹雪 [Koshiji Fubuki] (1924-1980) | 人生は過ぎゆく = La vie s’en va. Joël Holmès, paroles originales et musique ; auteur de l’adaptation japonaise inconnu ; 越路吹雪 [Koshiji Fubuki], chant ; accompagnement d’orchestre. Date inconnue.

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Koshiji Fubuki était une actrice de théâtre et chanteuse japonaise. Elle semble avoir eu une liaison avec Yukio Mishima, au point que le mariage, auquel la mère de Mishima se serait finalement opposée, avait été envisagé.

Elle se serait prise de passion pour la chanson française après avoir assisté, à Paris, à un récital d’Édith Piaf en 1953. De fait sa discographie semble essentiellement faite d’adaptations japonaises de chansons françaises : L’hymne à l’amour d’Édith Piaf, Tombe la neige d’Adamo, Les Champs-Élysées de Joe Dassin, ou encore Les amoureux des bancs publics de Brassens qui figure sur la compilation Brassens, échos du monde parue en 2011 (Fanon records), en compagnie de quelques autres perles, parmi lesquelles une étonnante version d’Il n’y a pas d’amour heureux par Nina Simone.

La vie s’en va est une chanson de 1962, écrite, composée et créée par Joël Holmès (1928-2009), avant d’être également interprétée par Pia Colombo (1934-1986). Je ne la connaissais pas avant de l’entendre par 越路吹雪.

Beatriz da Conceição (1939-2015)

30 novembre 2015

Morte.

Elle est morte jeudi dernier 26 novembre dans un hôpital de Lisbonne, elle qui était une Nordiste, née à Porto le 21 août 1939. Elle avait commencé sa carrière de fadiste en 1960, ce qui en faisait l’une des plus jeunes des grandes anciennes, le fado ayant comme on sait connu un important reflux après la Révolution des œillets (1974) avant que la vague ne reprenne vigueur et ne déferle à nouveau. Beaucoup des fadistes portée par cette nouvelle vague, notamment Aldina Duarte mais aussi Mísia et Camané, ou encore Raquel Tavares parmi les plus jeunes, lui vouaient une grande admiration, certains la revendiquant comme leur référence absolue.

Son chant était pourtant des plus singuliers, fait d’un timbre grave, de voyelles étirées et modulées à l’extrême sur les accents (ce que personnellement je trouve assez laid), et de finales qu’elle laissait tomber dans le vide sans les chanter vraiment. Ce dernier trait accentuait l’impression qu’on avait en l’écoutant qu’elle assignait à la voix une fonction rythmique venant renforcer les guitares d’accompagnement (guitare classique et éventuellement basse acoustique) dont c’est en principe le rôle.

Son plus grand succès aura probablement été ce très beau Meu corpo écrit pour elle en 1974 par José Carlos Ary dos Santos (paroles) et Fernando Tordo (musique) qu’elle chante ici en 1995, toute en buste et coiffée en caissière des Galeries Lafayette :

Beatriz da Conceição (1939-2015) | Meu corpo. José Carlos Ary dos Santos, paroles et Fernando Tordo, musique ; Beatriz da Conceição, chant ; instrumentistes non identifiés (2 guitares portugaises, dont Custódio Castelo [?], 1 guitare classique, 1 basse acousique). Captation : Lisbonne, 27 mai 1995.
Vidéo : Portugal, RTP [Rádio e Televisão de Portugal], production.

À comparer par exemple avec la version donnée par Celeste Rodrigues de ce même fado.

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Meu corpo é um barco sem ter porto
Tempestade no mar morto, sem ti
Meu corpo é apenas um deserto
Quando não me encontro perto, de ti.

…
Mon corps est un navire sans attache
Tempête dans une mer morte, sans toi
Mon corps n’est rien d’autre qu’un désert
Lorsque je ne me trouve pas près de toi.
…
Teus olhos são memórias do desejo
São as praias que eu não vejo, em ti
Meus olhos são as lágrimas do Tejo
Onde eu fico e me revejo, sem ti.

…
Tes yeux sont les souvenirs du désir
Et ces plages que je ne vois pas en toi
Mes yeux sont les larmes du Tage
Où je me tiens et me revois, sans toi.
…
Quem parte de tão perto nunca leva
A saudade da partida
E as amarras de quem sofre
Quem fica é que se lembra toda a vida
Das saudades de quem parte
E dos olhos de quem morre.

…
Celui qui s’en va de si près n’emporte
Ni les amarres de celui qui souffre
Ni la douleur de la séparation
Celui qui reste porte en soi toute sa vie
Le manque de celui qui part
Et les yeux de celui qui meurt.
…
Não sei se o orgulho da tristeza
Nos dói mais do que a pobreza, não sei
Mas sei que estou para sempre presa
À ternura sem defesa, que eu dei.

…
J’ignore si l’orgueil de la tristesse
Nous fait plus mal que la pauvreté
Mais je sais que pour toujours je suis liée
À cette tendresse que j’ai donnée sans compter.
…
Sózinha numa cama que é só minha
Espero o teu corpo que eu tinha, só meu
Se ouvires o chorar duma criança
Ou o grito da vingança, sou eu.

…
Seule, dans un lit qui n’est plus qu’à moi
J’attends ton corps, que j’avais pour moi
Si tu entends un enfant qui pleure
Ou un cri de vengeance, c’est moi.
…
Sou eu, de cabelo solto ao vento
Com olhar e pensamento, no teu
Sou eu na raíz do pensamento
Contra ti e contra o tempo, sou eu.

…
C’est moi, les cheveux au vent
Les yeux et la tête pleins de toi
C’est moi, à la racine de la souffrance
Contre toi et contre le temps, c’est moi.
…
José Carlos Ary dos Santos (1937-1984). Meu corpo.
José Carlos Ary dos Santos (1937-1984). Mon corps, traduit de Meu corpo par L. & L.

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Voici un autre fado – Alguém (« Quelqu’un »), du répertoire de Fernanda Maria, une chanteuse « à voix », au style beaucoup plus lyrique que celui de Beatriz da Conceição –, enregistré assez récemment (2007) :

Beatriz da Conceição (1939-2015) | Alguém. Guilherme Pereira da Rosa, paroles ; Miguel Ramos, musique (Fado Alberto) ; Beatriz da Conceição, chant ; José Pracana & José Luís Nobre Costa, guitare portugaise ; Jaime Santos Júnior, guitare classique ; Joel Pina, basse acoustique. Captation : Lisbonne, cinéma São Jorge, mai 2007.
Vidéo : Portugal, RTP [Rádio e Televisão de Portugal], production.

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Alguém há-de pagar o teu desprezo
Alguém há-de sofrer com teu desdém
Alguém há-de vergar um dia ao peso
Do mal que sinto por gostar de alguém.

…
Quelqu’un paiera le prix de ton mépris
Quelqu’un souffrira à cause de ton dédain
Quelqu’un pliera un jour sous le poids
De ma souffrance d’avoir aimé quelqu’un.
…
Alguém que vai surgir na minha vida
Alguém que ainda não sei quem é sequer
Alguém me vai julgar como perdida
Quando afinal não sou senão mulher.

…
Quelqu’un qui va surgir dans ma vie
Quelqu’un dont je ne sais encore rien
Quelqu’un qui me croira à la dérive
Alors qu’en fait je suis juste une femme.
…
Por alguém que traiu e me pôs louca
Para alguém, por vingança vou ser má
Por alguém que beijou a minha boca
Vou beijar sem amor, ao Deus dará.

…
À cause de quelqu’un qui m’a trompée
Je ferai par vengeance souffrir quelqu’un
À cause de quelqu’un qui m’a embrassée
J’embrasserai sans amour celui qui viendra.
…
Guilherme Pereira da Rosa. Alguém.
Guilherme Pereira da Rosa. Quelqu’un, traduit de Alguém par L. & L.

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Le sanglot de la flûte

28 novembre 2015

Cette année le couple qui tient le Spar de mon quartier – un quartier dont la population s’est dans une proportion significative constituée à partir d’immigrations successives, notamment en provenance d’Algérie et du Maroc – a cru bon d’installer, bien visible derrière l’une des deux caisses du magasin, une crèche de Noël. Ils ont réalisé cette installation avec beaucoup de soin, en lieu et place du sapin de plastique des années passées. Qui sait s’ils sont seulement capables de réciter le Notre Père, ni de nommer aucun des quatre évangélistes ? Ils ont fait ça ces jours-ci, alors que le pays est dans la stupeur.

Puissent leurs bulletins de vote leur brûler les doigts dimanche prochain (mais je n’aurai pas la joie de voir leurs mains pansées, vu que je ne remettrai plus les pieds chez eux fût-ce pour une bouteille d’eau) et leur dinde aux marrons les étouffer le soir de Noël. Ou bien qu’ils soient eux-mêmes métamorphosés en volailles, elle en dinde, lui en dindon, et leur monnaie en marrons. Ainsi soit-il.

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Donne-moi la flûte et chante
Car le chant est le secret de l’existence
Et le sanglot de la flûte survivra
Quand aura péri l’existence.
Gibran Khalil Gibran [جبران خليل جبران]. Donne-moi la flûte et chante (extrait), traduit de : Atini nay wa ghani [اعطني الناي وغني]. Traduction extraite de l’album Barbara Fairouz / Dorsaf Hamdani (Accords croisés, 2014).

Dorsaf Hamdani [درصاف حمداني] à l’émission Un dimanche idéal sur France musique. France musique, production. Arièle Butaux, production exécutive et présentation. Dorsaf Hamdani [درصاف حمداني], chant ; Lucien Zerrad, arrangements, guitare ; Daniel Mille, arrangements, accordéon, mélodica. Captation : Paris, Maison de la radio, studio 105, 30 janvier 2015. France, 2015. Vidéo : Sasso Sabino.
Dorsaf Hamdani parle de son album Barbara Fairouz (Accords croisés, 2014), et interprète les morceaux suivants :

  • Zahrat Al Madaen [زهرة المدائن], du répertoire de Fairouz [فيروز]. Poème de Saïd Akl [سعيد عقل] ; musique des frères Rahbani [الأخوان رحباني].
  • Dis, quand reviendras-tu ? Barbara, paroles et musique.
  • Atini nay wa ghani [اعطني الناي وغني], du répertoire de Fairouz [فيروز]. poème de Gibran Khalil Gibran [جبران خليل جبران] ; musique de Najib Hankash [نجيب حنكش].
  • Gare de Lyon. Barbara, paroles et musique.

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Dorsaf Hamdani [درصاف حمداني]
Barbara Fairouz (2014)

Dorsaf Hamdani | Barbara Fairouz (2014)Barbara Fairouz / Dorsaf Hamdani, chant ; Daniel Mille, direction musicale, arrangements, accordéon ; Lucien Zerrad, arrangements, guitare, oud ; Mohamed Lassoued, violon, oud ; Lofti Soua, percussions. — Production : France : Accords croisés, ℗2014.

CD : Accords croisés, 2014. — Référence : AC 159. EAN 3149028063226.