Dans le cadre de l’émission L’atelier intérieur, ce lundi 1er juin, de 23 h à minuit. Je l’apprends à l’instant.
Le programme de cette émission, et la possibilité de la réécouter, ici : L’atelier intérieur. Numéro 40. Nuit lisboète
L’émission débute par un long passage avec Lula Pena (elle parle du vent qui lui donne envie de frapper, de la distance qu’il faut mettre entre soi et certaines choses — le fado par exemple — pour mieux les atteindre peut-être, de Lisbonne, qu’elle décrit de manière paradoxale : « il y a un côté transitoire constant dans cette ville », de la physique quantique ; elle chante en direct un extrait de l’acte III de Troubadour).
On goûtera aussi la conversation avec Gonçalo M. Tavares — qui était à Montpellier cette fin de semaine —, créateur des personnages du Bairro (le Quartier) : Monsieur Valéry, Monsieur Brecht, Monsieur Calvino, Monsieur Walser etc., auteur de romans (Apprendre à prier à l’ère de la technique, Un homme : Klaus Klump & La machine de Joseph Walser, Le voyage en Inde dont il est question dans l’entretien).
Deux autres invités complètent le panorama des voix lisboètes : l’artiste performeuse Monica Calle et le metteur en scène Tiago Rodrigues.
Encore un peu de temps
Il y a quelqu’un.
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Il n’y a plus personne.
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Ainsi passe la gloire du monde.
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Tu que puedes, vuélvete
Me dijo el río llorando
Los cerros que tanto quieres – me dijo
Allá te están esperando.
Atahualpa Yupanqui (1908-1992). Tu que puedes, vuélvete (extrait).Toi qui le peux, retourne-t’en
Me dit la rivière en pleurant
Les montagnes que tu aimes tant
Sont là-bas qui t’attendent.
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Dans le château de Barbe-Bleue

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Le jeune prince. Voici qu’il passe à nouveau sous la muraille du château, sans rien connaître du malheur.
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Le parc, oui. Mais enclos dans sa muraille.
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Dans sa muraille.
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Comme à l’opéra

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Heureusement il y a l’Écosse
Heureusement il y a l’Écosse.
Mais voici que notre indécrottable voisine commune, la cupide et folle Albion, plébiscite à nouveau l’arrogant Mr. Cameron, qui lui promet un référendum sur le « Brexit ». Qu’elle s’en aille, qu’elle se précipite dans la géhenne yankee puisque c’est ce qu’elle veut. Va-t-en rejoindre ta grosse fifille américaine de l’autre côté de la mer, folle et cupide Albion, va-t-en jeter ton ancre devant Manhattan si ça te chante. Les New-Yorkais viendront le dimanche en famille avec leurs ice-creams te visiter. (Mais sache-le David, l’Amérique est pleine d’étrangers, de noirs, de latinos, d’Italiens, et même de Grecs !)
Lorsque, fatiguée de l’encombrante Amérique, tu songeras avec nostalgie à tes vieilles compagnes européennes et que tu entreprendras le voyage de retour, animée soudain d’un brûlant désir de reprendre ta place parmi elles, tu y trouveras ton ancienne voisine l’Écosse, qui aura profité de ton départ, sotte et cupide Albion, pour descendre jusqu’aux rives de la Manche en quête d’un peu de tiédeur. C’est elle désormais qui voit les côtes de France se déployer à l’horizon. Il te faudra te contenter d’un mouillage convenable dans les eaux froides, quelque part entre la Norvège et l’Islande, dans les parages des îles Féroé peut-être. Ça leur fera un peu de compagnie.
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[L’ascenseur à reconnaissance vocale]. Iain Davidson, réalisation ; Robert Florence, Iain Connell, dialogues ; Robert Florence, Iain Connell, acteurs. Extrait de : Burnistoun, Série 1, Épisode 1. Production : Écosse, The Comedy Unit. Première diffusion : BBC Two Scotland, 1er mars 2010.
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Écosse, banlieue de Glasgow. L’ascenseur à reconnaissance vocale, importé des États-Unis, ne comprend pas l’accent écossais.
« Ils ont mis de la reconnaissance vocale dans cet ascenseur, y a pas de boutons. » — « De la reconnaissance vocale ? Dans un ascenseur ? En Écosse ? »
Les infortunés passagers, qui tentent vainement de monter au 11e, essaient successivement l’accent américain (« Ça ressemble plutôt à l’accent irlandais » — « Pas du tout, ELEVEN ! » — « Il est d’où ton accent américain, de Dublin ? ») et l’accent anglais, ce qui semble encore moins naturel : il faut une sorte de coup d’épaule en avant, et se tordre la bouche d’un air dégoûté (« T’es du même coin d’Angleterre que Dick van Dyke [un acteur américain] ? »)
Ça s’envenime, on en vient aux mots avec la voix de l’ascenseur. L’un des deux captifs — le grand — lui rétorque que si elle n’est pas fichue de comprendre la langue elle n’a qu’à rentrer chez elle. « Ah ne commence pas avec ça ! » — « Ne fais pas l’offusqué, c’est pas être raciste que de dire ça à un ascenseur ! »
« Parlez lentement et distinctement » répond la voix.: « Onze onze onze onze ! » — « Mais tu le dis toujours de la même manière ! »
« Veuillez indiquer l’étage auquel vous désirez vous rendre, d’une voix claire et calme. » « Calme ! Calme ! Ça vient d’où ça ? Pourquoi ils nous disent d’être calmes ? » — « Parce qu’ils savaient qu’ils allaient vendre leur truc à des Écossais et que ça allait les rendre fous. » « Vous n’avez pas sélectionné d’étage » dit la voix. « SI ON L’A FAIT ! ONZE ! » (« AYE WE HAVE! ELEVEN! »)
Les répliques se corsent sacrément… Pour finir, au comble de l’exaspération, il n’y a plus qu’à exiger la liberté pour l’Écosse.
L’un des passages les plus cocasses (ils sont nombreux) est celui où, la voix ayant demandé pour la première fois de parler lentement et distinctement (« please speak slowly and clearly »), le personnage chauve répète, très fort mais avec un air d’écolier qui vient de commettre une bêtise, le terme dont il vient de traiter son compagnon, « smartass », qui veut dire « toi qui es si malin » dans un registre très familier (mot à mot : cul malin).
Née sous le signe du tourment
Moi, Tamar, je suis née sous le signe du tourment. Petite, j’ai senti le frisson de l’épouvante me secouer le crâne. Je suis restée figée à l’endroit où j’étais, à la fenêtre de la voisine, je n’ai pu dire ni à ma mère ni à quiconque de quoi il s’agissait, je l’ignorais moi-même. J’étais férocement suspendue dans la peur, sous sa domination.
C’est ainsi que moi, Tamar, j’ai commencé à partir sous des cieux étrangers, loin de tout ce que je connaissais, mère, père, arbres, chaises, maison, soleil. Je ne voulais pas devenir étrangère, cela se produisait malgré moi, le frisson en décidait au gré de ses caprices. Soudain, les éléments connus n’étaient plus vraiment les mêmes, les mêmes personnes, les mêmes père et mère, arbres, chaises, maison, soleil. Toute chose adoptait une ombre plus sombre, plus inquiétante, la lumière se faisait plus vive, les contrastes s’intensifiaient au point de me gêner.
Ornela Vorpsi. Ci-gît l’amour fou, traduit de Fuorimondo (2012) par Nathalie Bauer. Actes Sud, impr. 2012, ISBN 978-2-330-01246-5, page 7.Io Tamar sono nata sotto il segno del tormento. Ragazzina ho sentito il brivido dello spavento percorrermi il cranio. Sono rimasta ferma dov’ero, al davanzale della vicina, non ho potuto dire a mia madre né a nessun altro di che cosa si trattasse perché nemmeno io sapevo. Ero sospesa con ferocia nella paura, sotto il suo dominio.
È stato cosí che io Tamar ho cominciato ad andare fuorimondo, lontano da tutte le cose che conoscevo, madre, padre, alberi, sedie, casa, sole. Io non volevo diventare estranea ma succedeva, malgrado me, il brivido decideva secondo i suoi capricci. D’un tratto, tutto quello che conoscevo erano e non erano piú le stesse cose, le stesse persone, gli stessi madre e padre, alberi sedie casa e sole. Tutto assumeva un’ombra piú scura e inquietante, la luce era piú forte, i contrasti esaltati a tal punto che m’infastidivano.
Ornela Vorpsi. Fuorimondo (2012). Einaudi, impr. 2012, (L’arcipelago Einaudi ; 188), ISBN 978-88-06-21015-1, page 5.
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Amália Rodrigues (1920-1999) | Estranha forma de vida. Amália Rodrigues, paroles ; Alfredo Marceneiro, musique (Fado bailado) ; Amália Rodrigues, chant ; Domingos Camarinha, guitare portugaise ; Castro Mota, guitare classique.
Vidéo : RTP [Rádio e Televisão de Portugal], 1965.
Foi por vontade de Deus
Que eu vivo nesta ansiedade
Que todos os ais são meus,
Que é toda a minha saudade
Foi por vontade de Deus.
C’est la volonté de Dieu
Que je vive dans cette inquiétude
Que toutes les plaintes soient miennes
Que toute la saudade soit mienne
C’est la volonté de Dieu.
Que estranha forma de vida
Tem este meu coração
Vive de vida perdida
Quem lhe daria o condão?
Que estranha forma de vida.
Étrange façon de vivre
Que celle de mon cœur
Vivre une vie d’égarement
Être sans emprise sur soi-même
Étrange façon de vivre.
Coração independente
Coração que não comando
Vives perdido entre a gente
Teimosamente sangrando
Coração independente.
Cœur indépendant
Cœur désobéissant
Tu vis perdu dans le monde
Tu saignes, obstinément
Cœur indépendant.
Eu não te acompanho mais
Para, deixa de bater
Se não sabes onde vais,
Porque teimas em correr?
Eu não te acompanho mais.
Je ne t’accompagne plus
Arrête-toi, cesse de battre
Si tu ne sais pas où tu vas
Pourquoi t’obstiner à courir ?
Moi, je ne t’accompagne plus.
Amália Rodrigues (1920-1999). Estranha forma de vida. Amália Rodrigues (1920-1999). Étrange façon de vivre, traduit de Estranha forma de vida par L. & L.
C’est la vie.
Patachou | Bal chez Temporel
Patachou (1918-2015) | Bal chez Temporel. André Hardellet, paroles ; Guy Béart, musique ; Patachou, chant ; Grand orchestre de Raymond Lefèvre ; Raymond Lefèvre, direction.
Vidéo : Office de radiodiffusion télévision française (ORTF), production. Diffusion en direct, 9 février 1967. Source : Institut national de l’audiovisuel (INA).
Une technique impeccable, la qualité française de l’après-guerre, à jamais perdue. L’admirable Patachou, qui avait contribué au démarrage des carrières de Brassens et de Brel, est morte hier à 96 ans.
Il faut réécouter ses enregistrements, l’inénarrable La bague à Jules, la Prière de Francis Jammes et Brassens, poignante et juste, ou Nous les filles, de Léo Ferré, entre bien d’autres.
- Mort de la chanteuse Patachou, Le Monde en ligne, 30 avril 2015
Comme le temps passe.
Il y a quelqu’un.
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Il n’y a plus personne.
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Ainsi passe la gloire du monde.
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