haiku
horo-horo to
yamabuki chiru ka
taki no oto
ほ
ろ
ほ
ろ
と
山
吹
散
る
か
滝
の
音
Pétale après pétale
tombent les roses jaunes –
le bruit du torrent
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芭蕉 [Bashō] (1644-1694). Dans : Cent onze haiku / Bashō ; traduits du japonais par Joan Titus-Carmel. France : Éditions Verdier, DL 2003, impr. 2013. Bilingue japonais français. ISBN 978-2-86432-291-7. P. 18.
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otoroi ya
ha ni kui ateshi
nori no suna
衰
ひ
や
歯
に
喰
ひ
当
て
し
海
苔
の
砂
Ah ! C’est le déclin –
sous mes dents je sens crisser
le sable des algues !
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芭蕉 [Bashō] (1644-1694). Dans : Cent onze haiku / Bashō ; traduits du japonais par Joan Titus-Carmel. France : Éditions Verdier, DL 2003, impr. 2013. Bilingue japonais français. ISBN 978-2-86432-291-7. P. 97.
Edoardo Vianello • Guarda come dondolo
Puisque nous ne semblons guère avoir de prise ni sur les grandes affaires du monde ni sur les infimes, abîmons-nous dans le twist.
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Edoardo Vianello • Guarda come dondolo. Carlo Rossi, paroles ; Edoardo Vianello, musique.
Edoardo Vianello, chant ; orchestre dirigé par Ennio Morricone ; I Cantori Moderni di Alessandroni, chœur. Italie, 1962.
Vidéo : Edoardo Vianello, participant (avec d’autres). Source non identifiée. Il s’agit probablement d’une émission de télévision produite par la RAI (Radiotelevisione Italiana) vers 1962.
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Guarda come dondolo,
guarda come dondolo con il twist,
con le gambe ad angolo,
con le gambe ad angolo ballo il twist.
Sarà perché io dondolo,
saranno gli occhi tuoi che brillano,
ma vedo mille mille mille lucciole
venirmi incontro insieme, insieme a te!
Regarde comme je balance bien,
Regarde comme je balance avec le twist !
Les jambes pliées,
Les jambes pliées je danse le twist !
C’est sûrement parce que je balance comme ça,
Ou bien ce sont tes yeux qui brillent,
Mais je vois mille mille lucioles
Venir vers moi, en même temps que toi !
Guarda come dondolo,
guarda come dondolo con il twist,
con le gambe ad angolo,
con le gambe ad angolo ballo il twist.
Le ginocchia scendono,
le mie gambe tremano,
forse sono brividi, brividi d’amor!
Regarde comme je balance bien,
Regarde comme je balance avec le twist !
Les jambes pliées,
Les jambes pliées je danse le twist !
Mes genoux descendent,
J’ai les jambes qui tremblent,
Ce sont peut-être des frissons d’amour !
Carlo Rossi (1920-1989). Guarda come dondolo (1962).
.Carlo Rossi (1920-1989). Regarde comme je balance bien, traduit de : Guarda come dondolo (1962) par L. & L.
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Aubervilliers
À qui connaît la carrière de Germaine Montero (1909-2000), c’est évidemment sa version de la Chanson des enfants d’Aubervilliers qui est la plus familière, bien qu’elle n’en ait chanté que la moitié.
C’est la chanson d’un film, un documentaire de 1946, commandé après la Libération au cinéaste Éli Lotar (1905-1969) par la mairie (communiste) d’Aubervilliers, une ville de la petite couronne parisienne. Aubervilliers – c’est son titre – est « un film réalisé dans la banlieue parisienne au cours de l’été 45 et dont le but est d’attirer l’attention sur les conditions d’existence des « îlots insalubres » des grandes villes. L’auteur de ce film n’a pas jugé utile de montrer les quartiers plus modernes et plus hospitaliers de la petite cité d’Aubervilliers. Ce n’était pas l’objet de ce documentaire. » Tel est l’avertissement au spectateur placé au début de la pellicule, avant même le titre de l’œuvre.
Dans le film, la chanson (paroles de Jacques Prévert, musique de Joseph Kosma) est d’abord exécutée dans son entier par Fabien Loris (1906-1979) – cet acteur qu’on voit chanter Les enfants qui s’aiment au début des Portes de la nuit, de Marcel Carné. Puis la mélodie de Kosma court le long du film comme un leitmotiv, avant que Germaine Montero n’en reprenne le second couplet seul. Elle ne semble pas en avoir enregistré de version complète.
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Éli Lotar (1905-1969) • Aubervilliers (1946). Extrait. Éli Lotar, réalisation ; Éli Lotar & Jacques Prévert, scénario ; Jacques Prévert, commentaires et paroles des chansons ; Joseph Kosma, musique ; Roger Pigaut, récitant ; Christian Simon, acteur ; Germaine Montero & Fabien Loris, interprètes des chansons.
Sortie : France, 1946.
Chanson :
Germaine Montero (1909-2000) • Chanson des enfants. Extrait. Jacques Prévert, paroles ; Joseph Kosma, musique.
Germaine Montero, chant ; accompagnement d’orchestre. France, 1946.
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On pourra visionner le film entier à la fin de ce billet, et donc entendre la chanson complète chantée par Fabien Loris. En voici une autre interprétation, par Claire Leclerc (1915-2009), une chanteuse fort peu connue, en raison probablement de la brièveté de sa carrière.
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Claire Leclerc (1915-2009) • Chanson des enfants. Jacques Prévert, paroles ; Joseph Kosma, musique.
Claire Leclerc, chant ; accompagnement d’orchestre. France, 1950.
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Gentils enfants d’ Aubervilliers
Vous plongez la tête la première
Dans les eaux grasses de la misère
Où flottent les vieux morceaux de liège
Avec les pauvres vieux chats crevés
Mais votre jeunesse vous protège
Et vous êtes les privilégiés
D’un monde hostile et sans pitié
Le triste monde d’ Aubervilliers
Où sans cesse vos pères et mères
Ont toujours travaillé
Pour échapper à la misère
À la misère d’ Aubervilliers
À la misère du monde entier.Gentils enfants d’ Aubervilliers
Gentils enfants des prolétaires
Gentils enfants de la misère
Gentils enfants du monde entier.Gentils enfants d’ Aubervilliers
C’est les vacances et c’est l’été
Mais pour vous le bord de la mer
La Côte d’Azur et le grand air
C’est la poussière d’ Aubervilliers
Et vous jetez sur le pavé
Les pauvres dés de la misère
Et de l’enfance désœuvrée
Et qui pourrait vous en blâmer ?Gentils enfants d’ Aubervilliers
Gentils enfants des prolétaires
Gentils enfants de la misère
Gentils enfants d’ Aubervilliers.
Jacques Prévert (1900-1977). Chanson des enfants.
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Ci-dessous : le film complet, qui contient une autre magnifique chanson de Prévert et Kosma, interprétée par Germaine Montero : la Chanson de l’eau.
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Éli Lotar (1905-1969) • Aubervilliers. Éli Lotar, réalisation ; Éli Lotar & Jacques Prévert, scénario ; Jacques Prévert, commentaires et paroles des chansons ; Joseph Kosma, musique ; Roger Pigaut, récitant ; Christian Simon, acteur ; Germaine Montero & Fabien Loris, interprètes des chansons.
Sortie : 1946 (France).
(Au débit d’eau) y a le beau Bobby
La date d’aujourd’hui – à condition de convenir que « 2 février 2020 » se note « 02 • 02 • 2020 » – est un palindrome. Il suffit ce matin d’ouvrir son appareil à internet pour être abreuvé de cette nouvelle. Chacun y va de sa liste de palindromes plus ou moins réussis, par exemple : « kayak » ou « et la Marine va venir à Malte ». Grand bien lui fasse ; qu’elle y reste, surtout.
C’est tout.
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Charles Trenet (1913-2001) • Débit de l’eau, débit de lait. Charles Trenet & Francis Blanche, paroles ; Charles Trenet & Albert Lasry, musique.
Charles Trenet, chant ; accompagnement d’orchestre.
Extrait du film La cavalcade des heures. Yvan Noé, réalisation ; Louis A. Pascal, scénario ; Fernandel (Antonin), Charles Trenet (Charles), Meg Lemonnier (Ginette), Gaby Morlay (Geneviève, la mère de Pierrot)…, acteurs. France, 1943.
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Last day before Brexit
Que voulez-vous, ça ne pouvait pas durer n’est-ce pas, il faut bien en convenir. Un pays où on se manifeste au monde coiffée d’un pâté en croûte…
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Dusty Springfield (1939-1999) • I close my eyes and count to ten. Clive Westlake, paroles & musique.
Dusty Springfield, chant ; ensemble instrumental dirigé par Keith Mansfield.
Extrait de : Jones the Song, un épisode de la série Saturday Stars diffusé le 3 août 1968. Production : Royaume-Uni, London Weekend Television (LWT), 1968.
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… ou d’un buisson de fétuque pleureuse, vêtue d’une chemise de nuit en rayonne provenant du Mark’s & Spencer’s local est un pays absolument, fondamentalement, irrémédiablement étranger. Du reste, n’en sommes-nous pas séparés par un large détroit ?
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Dusty Springfield (1939-1999) • I close my eyes and count to ten. Clive Westlake, paroles & musique.
Dusty Springfield, chant ; ensemble instrumental dirigé par Keith Mansfield. Enregistrement : Chappel Studios, Londres (Royaume-Uni), 1er juin 1968.
Vidéo : source non identifiée. Royaume-Uni ?, vers 1968.
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« Je ferme les yeux, je compte jusqu’à 10, et quand je les ouvre… tu es toujours là », chante-t-elle.
Bien sûr, ma chère. C’est vous qui partez, en principe.
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Amália Rodrigues • Fado Alfacinha (1958)
Teus olhos, quem há que ao vê-los
Tão doces na tua face,
Não lhe apeteça comê-los
Como dois olhos de alface?
António Feijó (1859-1917). Fado Alfacinha (1926, posthume). Extrait.Qui, en voyant tes yeux,
Si suaves dans ton visage,
Ne voudrait les manger
Comme deux cœurs de salade ?
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Alfacinha est un sobriquet désignant les Lisboètes. Il est formé sur le mot alface – qui se prononce à peu de chose près comme si c’était un mot français. Ce terme, d’origine arabe comme beaucoup de mots portugais, désigne la laitue : autrefois, Lisbonne aurait été réputée pour son importante consommation de salade.
Fado Alfacinha résulte de la mise en musique de quatre des six strophes d’un poème original intitulé Guitarra (« Guitare ») dû à António Feijó (1859-1917), un poète généralement rattaché au mouvement parnassien. Relativement peu influent au Portugal, le Parnasse semble au contraire avoir rencontré un écho considérable au Brésil, où António Feijó a accompli la première partie de sa carrière de diplomate (poursuivie en Suède où il est mort en 1917).
La musique très allante composée par Jaime Santos (qui assure avec un merveilleux brio la partie de guitare portugaise sur l’enregistrement), devenue un classique, a été largement réutilisée avec d’autres textes sous le nom du fado pour lequel elle a été conçue : Fado Alfacinha.
J’aime beaucoup ces enregistrements des années 1950 et cette voix d’Amália, encore légère et d’une très grande agilité. Quelques mois encore et elle basculera dans la période marquée par la rencontre avec Alain Oulman. La tonalité musicale du répertoire changera profondément, et avec elle la voix qui s’y adaptera naturellement.
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Amália Rodrigues (1920-1999) • Fado Alfacinha. António Feijó, paroles ; Jaime Santos, musique (Fado Alfacinha).
Amália Rodrigues, chant ; Jaime Santos, guitare portugaise ; Santos Moreira, guitare classique.
Première publication : Portugal : Alvorada, 1958.
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Faz da noite confidente…
A noite é sempre calada:
Escuta o que diz a gente
E nunca repete nada.
Fais de la nuit une confidente…
La nuit toujours se tait :
Elle écoute ce que dit le monde
Et jamais n’en répète rien.
Teus olhos são passarinhos
Que ainda não podem voar…
Cuidado! Que andam aos ninhos
Os rapazes do lugar…
Tes yeux sont des oisillons
Qui ne savent pas encore voler…
Fais attention aux garçons !
Car ce sont des dénicheurs…
Teus olhos, quem há que ao vê-los
Tão doces na tua face,
Não lhe apeteça comê-los
Como dois olhos de alface?
Qui, en voyant tes yeux,
Si suaves dans ton visage,
Ne voudrait les manger
Comme deux cœurs de salade ?
O Fado tem tal encanto,
Que é diverso em cada hora…
Suspira, guitarra, chora!
Cada hora tem seu pranto…
Le Fado est un tel enchantement
Qu’il est toujours différent…
Soupire, guitare, pleure !
Les heures ont chacune leur pleur…
António Feijó (1859-1917). Fado Alfacinha. Adapté de Guitarra, dans : Novas Bailatas (1926, posthume).
.António Feijó (1859-1917). Fado Alfacinha, traduit de : Fado Alfacinha. Adapté de Guitarra, dans : Novas Bailatas (1926, posthume) par L. & L.
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Une mort géniale
Au plus fort du grand incendie de l’Australie cet extrait d’un entretien accordé par Marguerite Duras à un journaliste dans le quotidien Le Matin en 1986 (il s’agissait alors de Tchernobyl) est réapparu. Il a été repris dans bien des médias (par exemple par Isabelle Adjani dans une tribune parue dans Le Monde, le 13 janvier 2020 : Isabelle Adjani : « Pourquoi je renonce à jouer en Australie ») :
Maintenant on pourrait presque enseigner aux enfants dans les écoles comment la planète va mourir, non pas comme une probabilité mais comme l’histoire du futur. On leur dirait qu’on a découvert des feux, des brasiers, des fusions, que l’homme avait allumés et qu’il était incapable d’arrêter. Que c’était comme ça, qu’il y avait des sortes d’incendies qu’on ne pouvait plus arrêter du tout. Le capitalisme a fait son choix : plutôt ça que de perdre son règne.
Marguerite Duras (1914-1996). Tchernobyl, une mort géniale. Entretien avec Gilles Costaz, dans : Le Matin, 4 juin 1986.
Elle savait, Marguerite. Elle était voyante et sorcière. Voyez ce qu’elle prédisait en 1985. Vous voyez bien. Vous êtes d’accord ; 35 ans plus tard, c’est une évidence : « Le capitalisme a fait son choix : plutôt ça que de perdre son règne. »
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Manuel de Falla (1876-1946) • El amor brujo. G 68. Canción del fuego fatuo. Manuel de Falla, musique ; María de la O Lejárraga, paroles.
Titre français : L’amour sorcier. G 68. Chanson du feu follet.
Estrella Morente, chant ; Orquesta Manuel de Falla ; Sergio Alapont, direction.
Captation : Valence (Espagne), Palau de la música, 26 février 2013.
Vidéo : Gobelins España. 2014 (mise en ligne).
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Amália Rodrigues • Lago (1958)
Desci por não ter mais forças
Até ao fundo das águas
Mesmo que voltem as forças,
Não voltarei a ser escrava!
Luís de Macedo (1925-1987). Lago (années 1950). Extrait.À bout de forces je suis descendue
Au plus profond des eaux.
Même si les forces me reviennent
Je ne redeviendrai pas esclave !
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Voici bien l’un des fados les plus étranges, les plus fascinants – et les moins connus – du répertoire d’Amália Rodrigues.
Le poème, on le notera, est écrit au féminin. Il est l’œuvre de Luís Chaves de Oliveira, qui en dehors de mener une vie d’attaché d’ambassade (à Paris notamment), se consacrait à la poésie sous l’identité de Luís (ou Luiz) de Macedo. Avec David Mourão-Ferreira et d’autres, cet homme était l’un des co-directeurs de la revue littéraire Távola Redonda : folhas de poesia (« Table ronde : feuilles de poésie »), publiée à Lisbonne de 1950 à 1954. On ne sait presque rien de lui.
À partir de 1958, certains de ses poèmes ont été chantés par Amália Rodrigues (voire écrits pour elle). Cette année-là sont enregistrés notamment Job et Anjo inútil, ainsi que l’extraordinaire Cansaço, qui connaîtra plusieurs versions ultérieures et accompagnera la chanteuse tout au long de sa carrière. La rencontre décisive avec le compositeur Alain Oulman, à qui on attribue généralement le mérite d’avoir enrichi le répertoire d’Amália en mettant en musique à son intention des textes des plus grands poètes portugais, n’avait pas encore eu lieu. À l’évidence, même avant cette rencontre, elle se débrouillait passablement bien elle-même quant au choix de ses textes.
La musique de Lago (« Lac ») est de compositeur inconnu ; il pourrait s’agir d’un réemploi de la musique d’une « Chanson de Coimbra », comme c’est le cas d’autres fados chantés à la même époque sur des poèmes de Luís de Macedo (Job et Anjo inútil en particulier). L’enregistrement de Lago, publié comme ces deux derniers en 1958, a probablement eu lieu à Paris. Il s’agit en effet d’une production française, par la maison Ducretet-Thomson qui a été un temps l’éditeur phonographique de la fadiste.
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Amália Rodrigues (1920-1999) • Lago. Luís de Macedo (Luís Chaves de Oliveira), paroles ; compositeur inconnu.
Amália Rodrigues, chant ; instrumentistes non crédités : [Domingos Camarinha ?], guitare portugaise ; [Santos Moreira ?], guitare classique. Enregistrement : [Paris ?], [1958 ?].
Première publication : disque 45 tours Amália Rodrigues à Alfama. France : Ducretet-Thomson, 1958.
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Desci por não ter mais forças
Às águas verdes, sem fundo,
Mesmo que voltem as forças
Não quero voltar ao mundo!
À bout de forces je suis descendue
Dans les eaux vertes sans fond.
Même si les forces me reviennent
Jamais je ne retournerai au monde !
Desci por não ter mais forças
Até ao fundo das águas
Mesmo que voltem as forças,
Não voltarei a ser escrava!
À bout de forces je suis descendue
Au plus profond des eaux.
Même si les forces me reviennent
Je ne redeviendrai pas esclave !
Desci por não ter mais forças
Às águas verdes, sem fim.
Mesmo que voltem as forças,
Não me separo de mim!
À bout de forces je suis descendue
Dans les eaux vertes sans fin.
Même si les forces me reviennent
Je ne me sépare pas de moi-même !
Luís de Macedo (1925-1987). Lago (années 1950).
Dates biographiques de l’auteur d’après Vasco Graça Moura, Amália: dos poetas populares aos poetas cultivados, Tugaland, 2009, p. 19 note 9.
Luís de Macedo (1925-1987). Lac, traduit de : Lago (années 1950) par L. & L.
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Lula Pena, auditrice attentive et exigeante d’Amália, a intégré Lago à son fiévreux chef-d’œuvre Troubadour (2010), sorte de fleuve grossi de musiques de provenances diverses agencées en « actes ». Rien d’étonnant à cela : Lago sonne comme une revendication de liberté personnelle, l’expression d’un rejet de l’oppression, et peut être lu avec un regard féministe. Lago est le deuxième des trois morceaux assemblés pour constituer « l’acte VI » de Troubadour.
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Lula Pena • Acto VI. composé de :
Ribeira vai cheia. Paroles & musique traditionnelles (Portugal, Alentejo).
Lago. Luís de Macedo (Luís Chaves de Oliveira), paroles ; compositeur inconnu.
Dedo de Deus. Otto (Otto Maximiliano Pereira de Cordeiro Ferreira), paroles & musique.
Lula Pena, chant & guitare.
Première publication : album Troubadour / Lula Pena. Portugal, 2010.
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Enfin, dans le fado Dança de volta, créé par Camané en 2008, les trois strophes de Lago sont entrelacées avec trois autres, attribuées elles aussi à Luís de Macedo, sur les musiques de deux fados traditionnels (respectivement d’Alfredo Marceneiro et José Lopes).
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Camané • Dança de volta. Luís de Macedo, paroles ; Alfredo Marceneiro (Fado Bailarico) & José Lopes (Fado Lopes), musique.
Camané, chant ; José Manuel Neto, guitare portugaise ; Carlos Manuel Proença, guitare classique ; Carlos Bica, contrebasse.
Première publication : album Sempre de mim / Camané. Portugal, 2008.
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Damia (& Juliette) • Tout fout l’camp
Nous nageons tous dans la bêtise
Et l’on invente des drapeaux
On met des couleurs aux chemises…
Sous la chemise y a la peau.
Raymond Asso (1901-1968). Tout fout l’camp (1937). Extrait.
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Raymond Asso (1901-1968) a écrit les paroles de Tout fout l’camp pour Édith Piaf, dont il était à l’époque le mentor et le compagnon. La Piaf a enregistré la chanson en 1937, mais c’est sa reprise en 1939 par l’extraordinaire Damia, plus saignante – et d’ailleurs censurée à l’époque – qui en a fait la renommée.
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Damia (1889-1978) • Tout fout l’camp. Raymond Asso, paroles ; Juel (pseudonyme de Jules Alphonse Raoul Gallaud), musique.
Damia, chant ; orchestre dirigé par Wal-Berg. Enregistrement : France, 15 mai 1939.
France, 1939.
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Nous sommes maîtres de la terre
Nous nous croyons des presque Dieu
Et pan ! Le nez dans la poussière
Qu’est-ce que nous sommes ? Des pouilleux.…
Refrain
Et là-haut les oiseaux
Qui nous voient tout petit, si petits
Tournent, tournent sur nous
Et crient : « Au fou ! Au fou ! »
…Nous nageons tous dans la bêtise
Et l’on invente des drapeaux
On met des couleurs aux chemises…
Sous la chemise y a la peau.Écoutez le monde en folie
Vive la mort, vive la faim !
Pas un ne crie « vive la vie ! »
Nous sommes tous des assassins.Et toute la terre qui gronde
Bonne saison pour les volcans
On va faire sauter le monde
Cramponnez-vous, tout fout l’camp !Et là-haut les corbeaux
Qui nous voient tout petit, si petits
Tournent comme des fous
Et crient : À nous ! À nous !La vie pourrait être si belle
Si l’on voulait vivre d’abord
Pourquoi se creuser la cervelle
Quand y a du bon soleil dehors ?
Raymond Asso (1901-1968). Tout fout l’camp (1937).
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On ne s’étonnera pas que Tout fout l’camp ait été repris par Juliette, lors de son tour de chant Salle Gaveau (Paris) en 1997 qui a été enregistré et publié l’année suivante sous le titre « Deux pianos ». On voit ici la chanteuse interprétant une nouvelle fois la chanson en 2015, lors d’une « Carte blanche à la chanteuse Juliette », dans le cadre de l’émission de France Musique « Un dimanche idéal », aujourd’hui disparue.
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Juliette • Tout fout l’camp. Raymond Asso, paroles ; Juel (pseudonyme de Jules Alphonse Raoul Gallaud), musique.
Juliette, chant et piano.
Enregistrement : Maison de la Radio, Paris (France), 18 janvier 2015, dans le cadre de l’émission de France Musique Un dimanche idéal. Carte blanche à la chanteuse Juliette, Arièle Butaux, productrice, diffusée en direct sur la radio France Musique le 18 janvier 2015. France, 2015.
Vidéo : Sabino Sasso.
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Musica nuda • Mirza
Où est donc passé cé chian ?
Jé lé cherché partout !
Adorable.
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Musica nuda • Mirza. Nino Ferrer, paroles & musique.
Musica Nuda (Petra Magoni & Ferruccio Spinetti), duo instrumental et vocal. Enregistrement : StudioLab, Cascina (Toscane, Italie).
Extrait de l’album Complici / Musica nuda. Italie, 2011.
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Z’avez pas vu Mirza ? Oh la la la la la !
Où est donc passé cé chian ? Jé lé cherché partout !
Où est donc passé cé chian ? Ooh il va me rendre fou !
Où est donc passé cé chian ? Ooooh ça y est jé lé voâ !
Vé-tu vénir ici ! Jé né répétrai pas !
Vé-tu vénir ici ! Hmmmm ça vé pas…
Vé-tu vénir ici ! Oooh il est réparti !Où est donc passé cé chian ? Jé lé cherché partout !
Où est donc passé cé chian ? Il va me renndre fou !
Où est donc passé cé chian ? Ooooh ça y est jé lé voâ !
C’est ké la dernié foâ qué jé té cherche comm ça !
Vé-tu vénir ici ! Jé lé répétrai pas !
Vé-tu vénir ici ! Oooooh ah oui té voilà !
Vé-tu vénir ici ! Ooh il né bouge pas…
Satané Mirza !

