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Job, Anjo inútil — Amália, Luís de Macedo

5 mai 2012

Coimbra. Photo João Nelas sur Flickr Coimbra. Photo João Nelas sur Flickr

L’université de Coimbra, fondée en 1290, est l’une des plus ancienne d’Europe. C’est là, dans un milieu qui est resté très tard exclusivement masculin, que s’est formé au 19e siècle le fado de Coimbra, marqué à la fois par les musiques des différentes régions du Portugal, dont provenaient les étudiants, et surtout par le bel canto, ce qui le rend fort différent de celui de Lisbonne.

Amália a probablement été la première femme à le chanter, quoique avec parcimonie : sa discographie n’en compte que très peu.

[Pour écouter cliquer sur le triangle gris]

Amália Rodrigues. Job
Amália Rodrigues, chant ; Luís de Macedo, paroles ; Jorge Morais « Xabregas » (?), musique (Fado da noite) ; Domingos Camarinha, guitare portugaise ; Castro Mota ou Santos Moreira, guitare. Movieplay. Enr. 1958. Attribution de la musique, source : Nery, Rui Vieira. Pensar Amália. Tugaland, 2009. P. 127.

Sinto na minha alma o frio
Das pedras que me atiraram
Tenho o coração vazio
E as próprias veias secaram

Sinto em meus dentes o travo
De fruta verde colhida
Tenho o coração amargo
De tanta esperança perdida
Luís de Macedo, pseudonyme de Luís Chaves de Oliveira (1901-1971). Job.

Je sens dans mon âme le froid
Des pierres qu’on m’a jetées
J’ai le cœur vide
Et mes veines se sont desséchées

Je sens sur mes dents l’âpreté
De fruits cueillis trop verts
J’ai le cœur amer
De tant d’espérance déçue.
Luís de Macedo, pseudonyme de Luís Chaves de Oliveira (1901-1971). Job. Traduction L. & L.

[Pour écouter cliquer sur le triangle gris]
Amália Rodrigues. Anjo inútil
Amália Rodrigues, chant ; Luís de Macedo, paroles ; Armando do Carmo Goes [?], musique (Canção das lágrimas) ; Domingos Camarinha, guitare portugaise ; Castro Mota ou Santos Moreira, guitare. Movieplay. Enr. 1958. Attribution de la musique, source : Guitarra de Coimbra, 11 novembre 2005.

Passou um anjo de rastos
Na selva da minha vida
O sangue dele nos cardos
Ainda hoje tem vida

Rasgou as asas na febre
De me levar mais além
Por esse amor que me teve
Amei-o como a ninguém
Luís de Macedo, pseudonyme de Luís Chaves de Oliveira (1901-1971). Anjo inútil.

Un ange s’est frayé un chemin
Dans la forêt vierge de ma vie
Laissant sur les épines un sang
Encore vif aujourd’hui

Il s’est déchiré les ailes
Dans sa fièvre de m’emporter
Au cœur de cet amour qu’il me vouait
Je l’ai aimé, comme je n’ai aimé personne.
Luís de Macedo, pseudonyme de Luís Chaves de Oliveira (1901-1971). Anjo inútil. Traduction L. & L.

Job et Anjo inútil ont été enregistrés en 1958. Ce sont deux poèmes de Luís (parfois Luíz) de Macedo (1901-1971), qui dans le civil exerçait le métier d’attaché d’ambassade sous le nom de Luís Chaves de Oliveira. Il faisait partie d’un mouvement littéraire lisboète appelé Távola Redonda (Table ronde), comme la revue littéraire qui en était l’expression ; revue fondée en 1950 par David Mourão-Ferreira, et qui a paru jusqu’en 1954.

Luís de Macedo est l’auteur de certains des plus beaux poèmes mis en fado par Amália : Cansaço par exemple, sur le Fado tango de Joaquim Campos (dont la première version a d’ailleurs été enregistrée en même temps que Job et Anjo inútil). C’est à lui qu’Amália adressa Alain Oulman pour un poème qui convienne à sa première composition : il lui donnera Vagamundo.

Les musiques de Job et de Anjo inútil, jamais créditées sur les albums d’Amália, même les publications récentes, sont des réemplois : Rui Vieira Nery reconnaît dans celle de Job le Fado da noite, qu’il attribue à Jorge Morais « Xabregas » ; Anjo inútil fait sienne la musique de Canção das lágrimas, attribuée à Armando do Carmo Goes.

Anjo inútil a été enregistré par Mísia (dans Drama box, 2005), de même que par Aldina Duarte (dans Apenas o amor, 2004), mais sur la musique du Fado das horas :

Anjo inútil / Aldina Duarte, chant ; José Manuel Neto, guitare portugaise ; Carlos Manuel Proença, guitare ; Luís de Macedo, paroles ; musique traditionnelle (Fado das horas). — Enregistré en public [vers 2010] au Centro Cultural Olga Cadaval, Sintra (Portugal).

L. & L.

3 commentaires leave one →
  1. jeronyme permalink
    6 mai 2012 09:41

    Un peu de cuistrerie :
    en fait ces enregistrements, qui sont extraits du 45 tours longue durée Raízes, sont contemporains de l’album du Buste. José Niza précise qu’Amália « a continué à enregistrer jusqu’en 1963 » pour le label Alvorada : on remarque en effet sur ces titres la présence du violiste Castro Mota, avec qui Amália n’a pas enregistré avant 1962. Aussi la photographie qui figure en couverture du 45 tours original montre Amália à l’inauguration de la discothèque Melodia en juillet 1962 (anciennement rua do Carmo et détruite dans l’incendie du Chiado).

    • lili-et-lulu permalink*
      29 mai 2012 18:38

      En fait le guitariste varie selon les sources : Castro Mota, ou Santos Moreira.

      D’après Rui Vieira Nery (Pensar Amália, 2009) les enregistrements datent bien de 1958. Ça reste un mystère, donc. (En tous cas, s’ils sont contemporains des enregistrements de l’album du Buste, je ne pense pas qu’ils aient été réalisés au cours des mêmes sessions : le son en est très différent.)

      • jeronyme permalink
        29 mai 2012 22:13

        En effet les enregistrements Columbia de 1962 ont probablement été tous réunis dans la réédition des 40 ans de l’album du Buste, mais ce n’est pas à eux que je pensais : si vous écoutez bien les guitares de la session de Raízes, vous entendrez un toucher très proche de celui des enregistrements monos de 1964 pour Fado português (avec les mêmes guitarristes*), alors qu’ils ne ressemblent pas à la douzaine de titres enregistrés en 1958 pour Alvorada avec Santos Moreira – en essayant d’oublier comme vous pouvez les qualités sonores respectives des enregistrements Columbia et Alvorada qui ne peuvent pas se comparer, les moyens techniques n’étaient pas les mêmes! Enfin, José Niza a vraisemblablement eu accès aux archives d’Alvorada pour écrire le texte de présentation des enregistrements d’Amália pour la Radio Triunfo réunis par Movieplay en 1997. Mais vous avez raison, ces quatre fados sont un mystère et en tout cas, depuis que je les connais, je leur ai toujours trouvé un air à part, plus proche en fait de ce qu’Amália a enregistré après 1960 que de son répertoire de la fin des années 1950.
        (*) par exemple Raízes et Água e mel.

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