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Tia Dolores — José Manuel Osório

18 septembre 2011

José Manuel Osório José Manuel Osório (1947-2011)

C’est l’un des morts de ce fatal mois d’août. José Manuel Osório, né au Zaire en 1947, n’est arrivé au Portugal qu’à l’âge de 11 ans, se passionnant aussitôt pour les grandes voix du fado, notamment celle d’Amália. Lui-même deviendra fadiste, constamment censuré par l’administration salazariste qui interdit ses disques à mesure qu’ils paraissent. Il connaîtra le sort de bien des opposants au régime : la prison et l’exil (à Paris).

C’était un érudit du fado, qu’il s’attachait à faire connaître dans la totalité de son spectre, éclairant quand il le fallait ses aspects méconnus ou généralement passés sous silence, cela au moyen de l’édition de grandes anthologies discographiques — par exemple Fados do fado (Movieplay), encore en cours de parution.

Il était aussi, il ne s’en est jamais caché, le plus ancien contaminé par le VIH au Portugal. L’infection ayant été diagnostiquée en 1984, il était depuis lors un symbole de la lutte contre le sida et de la résistance à la maladie.

Tia Dolores / José Manuel Osório, chant ; Linhares Barbosa, paroles ; José António Sabrosa, musique. Extrait de : Fado, ombre et lumière / Yves Billon, réalisateur ; Frédéric Touchard, auteur. Les films du village, 1995.

De ce Tia Dolores, du répertoire de Lucília do Carmo, on n’entend que les 3 dernières strophes, soit que les 3 premières n’aient pas été gardées dans le documentaire Fado, ombre et lumière dont la vidéo est extraite, soit que le chanteur lui-même ne les retienne pas, ce qui rend le texte plus intéressant.

[Vi hoje a Tia Dolores
Veio falar-me dos filhos
Cheia dum prazer profundo;
Porque esses seus dois amores
São os únicos atilhos
Que a trazem segura ao mundo

O João é marinheiro
Um rapagão denodado
Que anda sempre a navegar
É um moço prazenteiro
No seu olhar esverdeado
Andam vestígios do mar

De olhos azuis, o segundo
Mais novo do que o João
É um cabeça no ar
Nunca se prendeu ao mundo
Quis ir para a aviação
E leva a vida a voar]

Assim, a Tia Dolores
Conta, não escondendo as mágoas
Que a envolvem como um véu
Os olhos dos seus amores
Um é verde côr do mar
Outro, azul da côr do céu

Ela procede aos amanhos
Duma casinha na serra
Aonde espera morrer
Velhinha de olhos castanhos
Castanhos, da côr da serra
Da terra que a viu nascer

Um, tem olhos côr do mar
Outro, olhar azul divino
No céu, no mar, andam escolhos
Eu então fico a pensar
Se a gente segue o destino
Que diz bem á côr dos olhos.
Linhares Barbosa. Tia Dolores.

[…]
Et donc la vieille Dolores
Sans même cacher ses peines
Qui l’enveloppent comme un voile,
Parle des yeux de ses amours
L’un est vert comme la mer
L’autre de l’azur du ciel.

Elle travaille son lopin de montagne
Près de la maisonnette
Où elle espère mourir
Petite vieille aux yeux bruns
Bruns comme la montagne
Cette montagne qui l’a vue naître.

Les yeux de l’un sont couleur de mer
Le regard de l’autre d’un azur divin
Ciel et mer ont leurs écueils
Quant à moi je me dis
Que si quelqu’un suit son destin
On le voit à la couleur de ses yeux.
Linhares Barbosa. Tia Dolores. Traduction Lili & Lulu.

L. & L.

4 commentaires leave one →
  1. Anne-Marie permalink
    20 septembre 2011 18:07

    Il n’a pas été oublié de ses pairs : Camané lui a dédicacé le « Fado Peniche » « Abandono » qu’il a chanté le 4 septembre dernier à la Festa do Avante, la fête de l’Huma portugaise (« nào hà uma festa como ista ! »), un fado superbe qu’il a superbement chanté (et ne viens pas me ramener Amalia, je préfère l’interprétation de Camané, c’est comme ça ! )
    La photo est belle, presque prémonitoire….

  2. 21 septembre 2011 15:46

    Une belle découverte pour moi.
    Merci.

  3. Philippe permalink
    24 juin 2012 13:25

    Un grand aficionado du fado, qui en savait tant sur cet univers, un fidèle serviteur de cet art aussi, un lettré doublé d’un homme libre qui a payé très cher sa volonté d’indépendance, dans un pays qui fut si formaliste. Je ne pense pas que José Manuel Osório puisse être oublié avant très longtemps…

    • lili-et-lulu permalink*
      26 juin 2012 17:38

      Nous sommes d’accord.

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