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La chanson du dimanche [53]. Qui caresse ma joue

23 juin 2024

Pour s’abstraire, ne serait-ce qu’un instant, de l’hystérie qui s’est emparée de ce malheureux pays : comme dimanche dernier, un extrait de l’album Bitter sweets d’Élise Caron & Edward Perraud.

Élise Caron & Edward PerraudQui caresse ma joue. Élise Caron & Edward Perraud, paroles & musique.
Élise Caron, voix ; Edward Perraud, percussions.
Enregistrement & mixage : Paris, The Border studio.
Extrait de l’album Bitter sweets / Élise Caron, Edward Perraud. France, ℗ 2012.

La chanson du dimanche [52]. J’ai perdu mes lunettes

16 juin 2024

Une chanson désorientée ce dimanche.

(Pas vraiment une chanson, non plus.)

Élise Caron & Edward PerraudJ’ai perdu mes lunettes. Élise Caron & Edward Perraud, paroles & musique.
Élise Caron, voix ; Edward Perraud, batterie.
Enregistrement & mixage : Paris, The Border studio.
Extrait de l’album Bitter sweets / Élise Caron, Edward Perraud. France, ℗ 2012.

Ça déraille.

12 juin 2024

Le fou entend un autre tic-tac.

Henri Michaux (1889-1984). Face aux verrous (1954).

Françoise Hardy (1944-2024)Nous tous. Françoise Hardy, paroles & musique.
Françoise Hardy, chant ; accompagnée par Marcel Hendrix et son orchestre.
Première publication : disque 45t Le premier bonheur du jour ; Va pas prendre un tambour ; Nous tous ; J’aurais voulu / Françoise Hardy. France, ℗ 1963.

Nous tous ici qui avons le même âge
Nous vivons pour l’instant au jour le jour
Mais parfois on réfléchit davantage.
Nos vies vont-elles prendre un autre tour ?

Si, jusqu’à aujourd’hui, j’ai eu beaucoup de chance
Toi qui l’attends encore, toi, sais-tu bien
Que d’un jour à l’autre, après soudain tout change ?
Qui peut savoir comment sera demain ?

Oh oui ! Nous tous qui avons le même âge
Je me demande, qu’allons nous devenir ?
Si aujourd’hui sur toi j’ai l’avantage
Que nous réserve l’avenir ?

Insouciance d’un rêve, insouciance d’un instant
Combien de temps cela va-t-il durer ?
Peut-être, comme moi, te demandes-tu souvent
Que serai-je dans quelques années ?
Françoise Hardy (1944-2024). Nous tous (1963).

Fado Carriche. 3. Ricardo Luiz, Cristina Bacelar, Camané

6 juin 2024

Fait suite à :

Un dernier petit tour de Fado Carriche. Ce n’est pas que j’en raffole. Seulement, je constate qu’il est très employé par les chanteurs contemporains, y compris les plus jeunes qui y voient peut-être un thème musical plus accessible que ceux de compositeurs tels qu’Alfredo Marceneiro, Armandinho, Joaquim Campos ou d’autres, et néanmoins labellisé « fado castiço ».

Ricardo Luiz. Folha vazia (2024)

Ce jeune homme, qui se nomme Ricardo Luiz et doit avoir dans les vingt-cinq ans, vient de publier son premier album : Memória(s), aux éditions du Musée du Fado de Lisbonne. On y trouve un Fado Carriche. Les paroles, dont il est l’auteur (exception faite, fait-il savoir, des deux premiers vers, « généreusement offerts par Carminho »), évoquent celles de Escrevi teu nome no vento (voir le billet Fado Carriche. 1. Tristão da Silva, Fernando Maurício (& Carminho)).

Ricardo LuizFolha vazia. Ricardo Luiz, paroles ; Raúl Ferrão, musique (Fado Carriche).
Ricardo Luiz, chant ; André Dias, guitare portugaise ; Bernardo Viana, guitare ; Miguel Teixeira, basse acoustique ; Pedro Azevedo, bugle.
Extrait de l’album Memória(s) / Ricardo Luiz. Portugal, Museu do Fado Discos, ℗ 2024.
Vidéo : Fábio Guarda, réalisation ; Ricardo Luiz, idée originale. Production : Portugal, Museu do Fado | EGEAC, 2024.

Quando até mim chegaste
Com esta folha vazia
O meu coração gelado
No teu frio se confundia

Quand tu m’as apporté
Cette feuille blanche,
Le froid de mon cœur
Se fondait dans le tien.
Sem saber como pôr fim
A tamanho sofrimento
Quis ver na folha branca
A porta do esquecimento

Sans savoir comment mettre fin
À une si grande souffrance,
J’ai voulu voir dans cette feuille blanche
La porte de l’oubli.
Dei a voz ao coração
E pedi-lhe para escrever
O nome do meu amor
Que desejava esquecer

À mon cœur j’ai donné voix
Et je l’ai prié d’y écrire
Le nom de mon amour
Que je désirais oublier.
Peço agora que a leves
Dá-lhe, vento, outro caminho
Quero vê-la a ganhar asas
E a pousar noutro ninho

Je te prie à présent de l’emporter ;
Fais-lui prendre, ô vent, un autre chemin.
Je veux la voir s’envoler
Et se poser dans un nouveau nid.

Ricardo Luiz. Folha vazia (2024).
Ricardo Luiz. Feuille blanche, traduit de : Folha vazia (2024), par L. & L.
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Cristina Bacelar. Não é amor é só alma (2018)

Avec Cristina Bacelar on change d’univers. Cette musicienne (compositrice, guitariste et chanteuse), originaire de Porto, aime les mélanges et se dit attirée surtout par le tango (celui de Piazzolla) et le flamenco — comme on l’entend dans sa version du Fado Carriche.

Cristina BacelarNão é amor é só alma. Cristina Bacelar, paroles ; Raúl Ferrão, musique (Fado Carriche).
Cristina Bacelar, chant ; Rui Pedro Claro, guitare ; Armando Ribeiro, saxophone ; Pedro Silva, percussion.
Extrait de l’album Nem tudo é fado / Cristina Bacelar. Portugal, Sony, ℗ 2018.

Olho pro céu e acredito
Na cor e na sua calma
É tanto o meu sentimento
Não é amor… é só alma!

Je regarde le ciel et je crois
En sa couleur, en son calme.
C’est tellement mon sentiment,
Ce n’est pas de l’amour… Juste de l’âme !
Já não sei o que é maior
Se o dia, a noite ou o lamento
Só sei que o tanto que amámos
Para sempre foi pouco tempo

Je ne sais pas ce qui l’emporte,
Du jour, de la nuit ou de la plainte.
Mais je sais que le peu que nous avons aimé
Pour toujours n’a pas duré.
E por ti trocava tudo
Invertia até o ar
Deixava o vento na terra
O céu no lugar do mar

Et pour toi je changerais tout,
Je renverserais même l’air,
Je remplacerais la terre par le vent
Et la mer par le ciel.
Também o sonho é incerto
Saudade não tem razão
Queria a borracha que apaga
A dor do meu coração

Le rêve même est flou
Et la saudade a tort.
Je cherche la gomme qui efface
La douleur de mon cœur.

Cristina Bacelar. Não é amor é só alma (2018).
Cristina Bacelar. Ce n’est pas de l’amour… Juste de l’âme, traduit de : Não é amor é só alma (2018), par L. & L.
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Camané. Mar impossível (2008)

C’est avec Camané que se clôt cette évocation sommaire du Fado Carriche. Son album Sempre de mim (2008) était remarquable pour intégrer deux inédits d’Alain Oulman, évidemment destinés à Amália Rodrigues, dont le vibrant Sei de um rio.

Mar impossível (« Mer impossible ») prolonge l’hommage rendu dans ce disque à l’univers d’Amália et de son compositeur fétiche : le poème est de Luís de Macedo, qui a fourni à Amália quelques-uns des textes de ses plus beaux fados (Cansaço surtout, sur le Fado Tango de Joaquim Campos). Et lorsque, en 1959, dans les coulisses de l’Olympia, le jeune Oulman s’est enhardi à présenter une de ses musiques à la diva, c’est à Luís de Macedo que celle-ci l’a adressé pour les paroles (Vagamundo, poème de Luís de Macedo, musique d’Alain Oulman, allait inaugurer pour Amália la période la plus féconde de sa carrière).

Camané (né en 1966)Mar impossível. Poème de Luís de Macedo ; Raúl Ferrão, musique (Fado Carriche).
Camané, chant ; José Manuel Neto, guitare portugaise ; Carlos Manuel Proença, guitare ; Carlos Bica, contrebasse.
Extrait de l’album Sempre de mim / Camané. Portugal, Warner Music Portugal, ℗ 2008.

Na neve mais pura escrevo
As saudades do meu mar:
Tenho saudades da areia
Branca de neve ao luar.

Sur la plus pure des neiges j’écris
La nostalgie que j’ai de la mer :
J’ai la nostalgie de la grève
Blanche de neige sous la lune.
Tenho saudades do vento
Que sopra breve, indeciso,
Leve como um pensamento
Do céu azul, calmo e liso.

J’ai la nostalgie du vent,
De son souffle court, indécis,
Léger comme le souvenir
D’un ciel azur, calme et uni.
Tenho saudades das ondas,
Das conchas e das sereias.
Aqui as ondas são poucas
E vivem paredes meias

J’ai la nostalgie des vagues,
Des conques et des sirènes.
Ici les vagues sont rares
Et elles vivent dans mon cœur
No coração com a saudade
De não ver o mar sem fim.
(Quando não posso cantar
Tenho saudades de mim.)

Tout près du regret que j’ai
De ne pas voir la mer sans fin.
(Quand je ne peux chanter
J’ai la nostalgie de moi-même.)

Luís de Macedo (1925-1987). Mar impossível (daté du 6 janvier 1952), extrait de : Silêncio pressentido (1953).
Luís de Macedo (1925-1987). Mer impossible, traduit de : Mar impossível (daté du 6 janvier 1952), extrait de : Silêncio pressentido (1953), par L. & L.
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Fado Carriche. 2. Mísia, Beatriz da Conceição, Cristina Branco

3 juin 2024

Fait suite à :

Pourquoi Fado « Carriche » ? Mystère. Carriche est une bourgade située au Nord de Lisbonne, désormais prise dans le tissu urbain de l’agglomération de la capitale. Elle jalonnait autrefois le chemin qui menait aux touradas (courses de taureaux) de Vila Franca, célébrées notamment dans le film A Severa (1931), ou bien dans des chansons comme Os alamares (« Les brandebourgs ») enregistrée par Amália Rodrigues en 1953 :

Vamos depois aos toiros
No Domingo a Vila Franca
[…]
Na adega mais antiga
Da Calçada de Carriche
Havemos de cantar o rigoroso.

João Linhares Barbosa [1893-1965], « Os alamares » (194?). Extrait.

Allons dimanche
À la tourada, à Vila Franca
[…]
À la vieille auberge
De la Chaussée de Carriche
Nous chanterons le fado « rigoroso ».

Vu que Raúl Ferrão, le compositeur du Fado Carriche, s’était fait une spécialité de produire des chansons pour le cinéma et pour la scène, une hypothèse serait que le Fado Carriche ait été conçu pour un film, ou plus vraisemblablement pour une opérette. Hypothèse qui reste à vérifier ; je n’ai rien pour l’étayer.

Les emplois connus du Fado Carriche n’ont pas, en tout cas, de rapport avec les courses de taureaux. Dans ce deuxième billet en voici trois autres, tous interprétés par des voix féminines.

Mísia. Dança de mágoas (1998)

De toutes les versions du Fado Carriche, celle de Mísia, construite sur un poème extrait du Cancioneiro de Fernando Pessoa, est ma préférée. Elle m’enchante. Cette fois il n’y a pas à se demander ce que c’est : c’est un fado, un vrai de vrai. À l’époque de la sortie de l’album Garras dos sentidos dont il est extrait, Mísia s’en servait pour son entrée en scène, qu’elle effectuait vêtue d’une sorte de manteau de deuil blanc à large capuche qui lui couvrait la tête. Elle apparaissait côté jardin, au fond de la scène, et s’avançait avec solennité jusqu’au micro, au son de la longue et belle introduction instrumentale qui évoque une marche funèbre. Une marche cependant élégante et délicate, scandée par les guitares, conduite par la guitare portugaise de Custódio Castelo qui fournit ensuite le contre-chant et mène encore l’interlude instrumental placé avant la reprise du dernier couplet.

Mísia (née en 1955)Dança de mágoas. Poème de Fernando Pessoa ; Raúl Ferrão, musique (Fado Carriche).
Mísia, chant ; Custódio Castelo, guitare portugaise ; António Pinto & José Moz Carrapa, guitare ; Marino Freitas, basse acoustique ; Manuel Rocha, violon ; Ricardo Dias, accordéon & arrangement.
Enregistrement : Lisbonne, studios Xangrilá, octobre 1997.
Extrait de l’album Garras dos sentidos. France, Erato, ℗ 1998.

Como inútil taça cheia
Que ninguém ergue da mesa
Transborda de dôr alheia
Meu coração sem tristeza

Tel une inutile coupe pleine
Que nul ne porte à ses lèvres,
Mon cœur privé de tristesse
Déborde de la douleur d’autrui.
Sonhos de mágoa figura
Só para ter que sentir
E assim não tem a amargura
Que se temeu a fingir

Il forme des rêves douloureux
Juste de quoi pouvoir ressentir
Et se déprendre de l’amertume
Qu’il redoutait de devoir feindre.
Ficção num palco sem tábuas
Vestida de papel seda
Mima uma dança de mágoas
Para que nada suceda

Comme une illusion sur une scène sans planches
Vêtue de papier de soie,
Il mime une danse des douleurs
Pour qu’il ne se produise rien.

Fernando Pessoa (1888-1935). Como inútil taça cheia (daté du 19 août 1930), extrait de Cancioneiro.
Fernando Pessoa (1888-1935). Tel une inutile coupe pleine, traduit de : Como inútil taça cheia (daté du 19 août 1930), extrait de Cancioneiro, par L. & L.
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Beatriz da Conceição. Muito embora o querer bem (1973)

Autrefois, je n’aimais pas Beatriz da Conceição. Non pas elle comme personne, mais sa façon de chanter. Cette interprétation fiévreuse, d’ailleurs assez rapide, du Fado Carriche aurait pu alors me faire changer d’avis.

Beatriz da Conceição (1939-2015)Muito embora o querer bem. Artur Ribeiro, paroles ; Raúl Ferrão, musique (Fado Carriche).
Beatriz da Conceição, chant ; José Nunes, guitare portugaise ; Martinho d’Assunção, guitare ; Raul Silva, basse acoustique.
Enregistrement : Lisbonne, studios Xangrilá, octobre 1997.
Première publication : disque 45t Balada das mãos ausentes ; Muito embora o querer bem ; Eu nasci amanhã ; Deste-me um beijo e vivi. Portugal, Estúdio, ℗ 1973.

Muito embora o querer bem
Não seja um invento meu
Não permito que ninguém
Te queira mais do que eu

Je ne prétends pas
Avoir inventé l’amour.
Mais j’interdis à quiconque
De t’aimer plus que moi.
Meu coração vagabundo
Irá, seja como for
Rua em rua, mundo em mundo
Atrás de ti, meu amor

Et mon cœur vagabond
Te suivra, mon amour
De rue en rue, de monde en monde,
Obstinément, vaille que vaille.
Estes meus braços caídos
Fugindo a todos os laços
Só vibram quando pedaços
Dos nossos corpos unidos

Mes bras, pourtant rétifs
À toute entrave,
Vibrent lorsqu’ils se sentent
Des membres de deux nos corps unis.
A minha boca e a tua
Mal deixam de estar unidas
Lembram meninas perdidas
Chorando de rua em rua

Ma bouche et la tienne
Ne veulent pas se séparer ;
On dirait des enfants perdus
Qui pleurent de rue en rue.
Odeio o mundo a inveja
As convenções o temor
Odeio tudo o que esteja
Entre nós dois, meu amor

Je hais le monde, l’envie,
Les conventions, la crainte,
Je hais tout ce qui pourrait
Se dresser entre nous, mon amour.

Artur Ribeiro (1924-1982). Muito embora o querer bem (19??).
Artur Ribeiro (1924-1982). Je ne prétends pas avoir inventé l’amour, traduit de : Muito embora o querer bem (19??) par L. & L.

Cristina Branco. Rio de nuvens (2023)

Cristina Branco, lorsque elle incorpore à son répertoire un fado traditionnel, le traite rarement comme tel. Ce Rio de nuvens (« Fleuve de nuages »), extrait de son récent album Mãe (« Mère », 2023) en est l’illustration : ici, c’est le piano de Luís Figueiredo, musicien de jazz originaire de Coimbra, qui domine l’instrumentarium et qui impose progressivement sa couleur à l’ensemble, en dialogue avec la voix. Le poème est le premier du recueil Rio de nuvens de Natália Correia, auquel la chanteuse semble attachée : son album Corpo iluminado (2001) en comptait déjà un à son programme, le huitième, sur une musique de Custódio Castelo (Rio de nuvens VIII).

Cristina Branco (née en 1972)Rio de nuvens. Poème de Natália Correia ; Raúl Ferrão, musique (Fado Carriche).
Cristina Branco, chant ; Bernardo Couto, guitare portugaise ; Bernardo Moreira, contrebasse ; Luís Figueiredo, piano.
Enregistrement : Paço de Arcos (Portugal), studios Valentim de Carvalho, avril 2023.
Extrait de l’album Mãe. Portugal, Locomotiva azul, ℗ 2023.

Nuvens correndo num rio
Quem sabe onde vão parar?
Fantasma do meu navio
Não corras, vai devagar!

Nuages courant sur le fleuve,
Où vont-ils ? Qui le sait ?
Fantôme de mon navire,
Ne file pas si vite !
[Vais por caminhos de bruma
Que são caminhos de olvido.
Não queiras, ó meu navio,
Ser um navio perdido.]

[Tu suis des routes de brume
Qui sont des routes d’oubli.
Ne cherche pas, ô mon navire,
À t’y perdre à jamais.]
Sonhos içados ao vento
Querem estrelas varejar!
Velas do meu pensamento
Aonde me quereis levar?

Rêves hissés dans le vent,
Vous voulez balayer les étoiles !
Voiles de mes pensées,
Où voulez-vous m’entraîner ?
Não corras, ó meu navio
Navega mais devagar,
Que nuvens correndo em rio,
Quem sabe onde vão parar?

Pourquoi si vite, ô mon navire ?
Doucement, retiens-toi,
Car ces nuages courant sur le fleuve,
Où vont-ils ? Qui le sait ?
[Que este destino em que venho
É uma troça tão triste;
Um navio que não tenho
Num rio que não existe.]

[Car ce destin qui me porte
Est une triste farce ;
Un navire que je n’ai pas
Sur un fleuve qui n’existe pas.]

Natália de Oliveira Correia (1923-1993). Nuvens correndo num rio (Rio de nuvens. I), extrait de Rio de nuvens (1947).
N.B. : Les strophes entre crochets ne font pas partie du fado.
Natália de Oliveira Correia (1923-1993). Nuages courant sur le fleuve (Fleuve de nuages. I), traduit de : Nuvens correndo num rio (Rio de nuvens. I), extrait de Rio de nuvens (1947), par L. & L.
N.B. : Les strophes entre crochets ne font pas partie du fado.

Fado Carriche. 1. Tristão da Silva, Fernando Maurício (& Carminho)

30 Mai 2024

Raúl Ferrão (1890-1953)Fado Carriche. Raúl Ferrão, musique ; Arménio de Melo, arrangement.
Arménio de Melo, guitare portugaise ; José Maria Nóbrega, guitare.
Extrait de l’album Lisboa, cidade de fado. Vol. III : 17 clássicos. Portugal, Estoril, ℗ 1995.

Le Fado Carriche, qui n’a pas de refrain — ce qui lui vaut d’être considéré comme un fado castiço, repris à leur guise par les fadistes sur des textes de leur choix — est un drôle de fado. De tous les fados castiços c’est l’un des plus déconcertants, avec son rythme de marche lente et sa mélodie molle : il dépend absolument, pour sa vie, de qui le chante. Il peut ne pas ressembler à un fado. Il peut ne ressembler à rien.

Raúl Ferrão (1890-1953), son compositeur, compte à son actif quelques tubes internationaux, notamment le fameux Coimbra (« Avril au Portugal » en version française), répandu dans le monde par Amália Rodrigues, ou encore Lisboa não sejas francesa, popularisée par la même, pour n’en citer que deux. Militaire de carrière, il est, qui s’en étonnera, l’auteur de nombreuses marches populaires, mais c’est surtout dans la musique de film et d’opérette qu’il s’est illustré. Et un peu dans le fado.

Tristão da Silva

Je ne connais ni la date ni les circonstances de la composition du Fado Carriche. Raúl Ferrão était actif à partir de 1923, mais l’enregistrement le plus ancien trouvé au cours de mes recherches date de 1954 (le fado peut avoir été créé plus tôt et par un autre interprète). L’enregistrement en question est dû à Tristão da Silva (1927-1978), un type maigre, très brun, au visage étroit qui semblait peiner à faire tenir ensemble des traits au dessin appuyé. Il chantait d’une voix de crooner léger, non sans charme, un répertoire « romantique » dont se détachent Nem às paredes confesso (1954), très vite repris par Amália, et l’exquis Aquela janela virada p’ró mar. Le pauvre homme est mort dans un accident de voiture.

Sur le Fado Carriche, Tristão da Silva interprète Perguntas (« Questions »), d’un certain Delfim Silva (ou da Silva, selon les sources) dont je ne sais rien.

Tristão da Silva (1927-1978)Perguntas. Delfim Silva, paroles ; Raúl Ferrão, musique (Fado Carriche).
Tristão da Silva, chant ; [Casimiro Ramos, guitare portugaise ; Miguel Ramos, guitare].
Première publication : disque 78t Perguntas ; Quem me dera meu amor / Tristão da Silva. Portugal, Estoril, ℗ 1954.

Não me perguntes, que importa,
Quantos amores conheci.
O passado é letra morta
Hoje só gosto de ti.

Ne me demande pas, qu’importe,
Combien d’amours j’ai connues.
Le passé est lettre morte,
Aujourd’hui je n’aime que toi.
Acaso uma flor mimosa
Tenta saber, indiscreta
Por quantos botões de rosa
Se perdeu a borboleta

Crois-tu que la fleur délicate
Cherche à savoir, indiscrète,
Sur quels boutons de rose
S’est posé le papillon ?
Diz-me se a areia da praia
Alguma vez perguntou
Ao mar que nela se espraia
Quantas praias já beijou

Dis-moi si le sable du rivage
A déjà pensé demander
À la mer qui s’y déploie
Combien de plages elle a caressées.
Também o sol não se amua
Nem a ciúmes se aferra
Por saber que à noite, a lua
Com seu luar beija a terra

De même, crois-tu que le soleil
Soit jaloux de la Lune
Qui, la nuit, pose comme un baiser
Sa clarté sur la Terre ?
O amor passado desfaz-se
Só saudades faz vibrar
E um novo amor, quando nasce
É sol ardente a brilhar

Les amours passées se défont,
Il n’en reste que le souvenir,
Mais un nouvel amour qui naît
Est un soleil qui resplendit.
Eu dou-te, em beijos na boca
Pedaços do coração
Como podes minha louca
Duvidar desta afeição

Je pose sur ta bouche avec chaque baiser
Une part de mon cœur.
Folle que tu es, comment peux-tu
Douter de mon amour ?

Delfim Silva (dates biographiques inconnues). Perguntas (vers 1954). Delfim Silva (dates biographiques inconnues). Questions, traduit de : Perguntas (vers 1954) par L. & L.

Fernando Maurício

Je crois que l’un des emplois les plus connus du Fado Carriche est Escrevi teu nome no vento (« J’ai écrit ton nom sur le vent »), créé par Fernando Maurício (1933-2003).

Le très populaire Fernando Maurício, né dans le quartier de la Mouraria — et même dans la fameuse rua do Capelão qui porte à jamais la marque de la mythique Maria Severa — est l’inspirateur de quelques fadistes des générations contemporaines (Ricardo Ribeiro notamment). Il a enregistré Escrevi teu nome no vento à deux reprises : la première, à laquelle il manque une strophe, en 1979 (?), la seconde, à l’interprétation un peu forcée pour mon goût, en 1982. La voici.

Fernando Maurício (1933-2003)Escrevi teu nome no vento. Jorge Rosa, paroles ; Raúl Ferrão, musique (Fado Carriche).
Fernando Maurício, chant ; Armindo Fernandes & Alcino Frazão, guitare portugaise ; Francisco Gonçalves, guitare ; José Vilela, basse acoustique.
Première publication : Portugal, [1982].

Escrevi teu nome no vento
Convencido que o escrevia
Na folha dum esquecimento
Que no vento se perdia

J’ai écrit ton nom sur le vent,
Pensant l’avoir écrit
Sur une page de l’oubli
Que le vent emporterait.
Ao vê-lo seguir envolto
Na poeira do caminho
Julguei meu coração solto
Dos elos do teu carinho

À le voir s’en aller, recouvert
Par la poussière du chemin,
J’ai cru mon cœur délivré
Des chaînes de ton amour.
Pobre de mim, não pensava
Que tal e qual como eu
O vento se apaixonava
Por esse nome que é teu

Hélas, je n’avais pas pensé
Que, comme moi avant lui,
Le vent s’éprendrait
De ce nom qui est le tien.
Em vez de ir longe levá-lo
Longe, onde o tempo o desfaça
Anda contente a gritá-lo
Onde passa e a quem passa

Au lieu de l’emporter au loin
Là où le temps l’effacerait,
Il prend plaisir à le crier
Là où il passe, à ceux qui passent.
E quando o vento se agita
Agita-se o meu tormento
Quero esquecer-te, acredita
Mas cada vez há mais vento

Et quand le vent se fait plus fort
Alors s’éveille mon tourment.
Je veux t’oublier, crois-le bien,
Mais chaque fois enfle le vent.

Jorge Rosa (1930-2001). Escrevi teu nome no vento (19??). Jorge Rosa (1930-2001). J’ai écrit ton nom sur le vent, traduit de : Escrevi teu nome no vento (19??) par L. & L.

La jeune Carminho avait repris Escrevi teu nome no vento dans son premier album, Fado, sorti en 2009. La voici quelques années plus tard, interprétant ce titre en Hollande, à la télévision. « Interpréter » n’est pas le mot juste en l’occurrence : Carminho est capable du meilleur — raison pour laquelle elle est devenue l’une des vedettes du genre — et du pire, comme ici.

Carminho (née en 1984)Escrevi teu nome no vento. Jorge Rosa, paroles ; Raúl Ferrão, musique (Fado Carriche).
Carminho, chant ; Luís Guerreiro, guitare portugaise ; Luís Pontes, guitare.
Vidéo :
Captation : Het Bimhuis, Amsterdam (Pays-Bas). Production : Omroepvereniging VPRO. Pays-Bas, 2014. Première diffusion publique dans l’émission VPRO Vrije Geluiden, le 9 novembre 2014.

Ó meu amor marinheiro

11 Mai 2024

Voici un « fado chanson » des années 1960, qui a connu un regain d’intérêt depuis que Carminho l’a inscrit au programme de son premier album (Fado, 2009).

L’auteur de ce fado, António Campos (1934-2014), de même que son compositeur, Joaquim Pimentel (1910-1978), l’un et l’autre fadistes, originaires du Nord du Portugal, ont accompli l’essentiel de leurs carrières respectives au Brésil. Le premier enregistrement de Ó meu amor marinheiro a été publié en 1967 par Adélia Pedrosa (née en 1941), elle aussi installée au Brésil.

Adélia Pedrosa (née en 1941)Ó meu amor marinheiro. António Campos, paroles ; Joaquim Pimentel, musique.
Adélia Pedrosa, chant ; Jorge Fontes, guitare portugaise ; José Maria Nóbrega, guitare.
Extrait du disque 45 t Tema para um fado ; Minha guitarra querida ; Ó meu amor marinheiro ; …. Portugal, FF, ℗ 1967.

Tenho ciúme das verdes ondas do mar
Que teimam em querer beijar
teu corpo erguido às marés.

Je suis jalouse des vertes vagues de la mer
Obstinées dans leur désir
De ton corps dressé face aux marées.
Tenho ciúme do vento que me atraiçoa
Que vem beijar-te na proa
E morre pelo convés.

Je suis jalouse du vent qui me trahit :
À la proue il pose sur toi ses baisers
Puis s’en va mourir sur le pont.
Tenho ciúme do luar da lua cheia
Que no teu corpo se enleia
Para contigo ir bailar.

Je suis jalouse de l’éclat de la pleine lune
Qui enlace ton corps
Pour t’emmener danser.
Tenho ciúme das ondas que se levantam
E das sereias que cantam
Que cantam p’ra te encantar.

Je suis jalouse des vagues qui se lèvent
Et des sirènes qui chantent
Qui chantent pour t’enchanter.
Ó meu amor marinheiro
Oh dono dos meus anelos
Não deixes que à noite a lua
Roube a côr aos teus cabelos.

Oh mon marin mon amour
Maître de mes désirs brûlants
Ne laisse pas la lune cette nuit
Dérober la couleur de tes cheveux.
Não olhes para as estrelas
Porque elas podem roubar
O verde que há nos teus olhos
Teus olhos da cor do mar.

Ne regarde pas les étoiles
Car elles pourraient voler
Ce vert que tu as dans les yeux
Dans tes yeux couleur de mer.

António Campos (1934-2014). Ó meu amor marinheiro (années 1960, pas après 1967). António Campos (1934-2014). Oh mon marin mon amour, traduit de : Ó meu amor marinheiro (années 1960, pas après 1967) par L. & L.

La sobriété de l’interprétation convient bien à cette belle mélodie qui se suffit à elle-même. Autre belle version de Ó meu amor marinheiro : celle de Saudade dos Santos (1939-2015) — malheureusement accompagnée par un orchestre de variété —, à qui plusieurs sources attribuent la création de la chanson. Toujours est-il que son enregistrement, paru en 1968, est postérieur à celui d’Adélia Pedrosa.

Saudade dos Santos (1939-2015)Ó meu amor marinheiro. António Campos, paroles ; Joaquim Pimentel, musique.
Saudade dos Santos, chant ; accompagnement d’orchestre ; Rocha Oliveira, direction.
Extrait du disque 45 t Ó meu amor marinheiro / Saudade dos Santos. Portugal, Discos Estúdio, ℗ 1968.

Le dernier enregistrement en date de Ó meu amor marinheiro est l’œuvre d’un duo français, voix et guitare classique, dont le répertoire est constitué principalement (mais non exclusivement) de chansons des pays lusophones. Le fado y trouve sa place, ainsi que l’annonce le titre de leur premier album, à paraître le 4 juin prochain : Valeu a pena, d’après un fado célèbre du répertoire de Maria da Fé. Ó meu amor marinheiro en est le premier extrait divulgué.

Chloé Breillot & Pierrick HardyMeu amor marinheiro. António Campos, paroles ; Joaquim Pimentel, musique.
Chloé Breillot, chant ; Pierrick Hardy, guitare.
Extrait de l’album Valeu a pena / Chloé Breillot & Pierrick Hardy. France, ℗ 2024.

Giovanna Marini • Son la mondina, son la sfruttata

9 Mai 2024

Un hommage posthume à la grande Giovanna Marini, morte hier à Rome. La voici, en concert à Paris, une ville à laquelle elle était très liée, dans une chanson de « mondina » de la plaine du Pô, datant du début des années 1950. Les mondine étaient les ouvrières qui travaillaient, dans des conditions réputées exécrables, dans les rizières. Leurs chants constituent un vaste répertoire, mis en valeur par des interprètes telles que Giovanna Marini, ou encore Giovanna Daffini..

Giovanna Marini (1937-2024) & Quartetto UrbanoSon la mondina, son la sfruttata. Pietro Besate, paroles ; musique traditionnelle (« La rondinella »).
Giovanna Marini, chant & guitare ; Quartetto Urbano (Xavier Rebut, Germana Mastropasqua, Flaviana Rossi, Michele Manca), quatuor vocal.
Enregistrement public : Paris (France), Théâtre de la Ville, 3 juillet 2009.
Extrait de l’album Canti gloriosi per una patria che trema. Italie, Nota, ℗ 2011.

Son la mondina, son la sfruttata,
son la proletaria che giammai tremò:
mi hanno uccisa, incatenata,
carcere e violenza, nulla mi fermò,

Je suis la mondina, je suis l’exploitée,
Je suis la prolétaire qui n’a jamais tremblé.
Ils m’ont tuée, enchaînée,
Mais ni prison ni violence, rien ne m’a arrêtée.
Coi nostri corpi sulle rotaie,
noi abbiam fermato il nostro sfruttator;
c’è molto fango sulle risaie,
ma non porta macchia il simbol del lavor,

De nos corps en travers des rails
Nous avons arrêté notre exploiteur.
Les rizières sont pleines de boue
Mais le symbole du travail reste sans tache.
Questa bandiera gloriosa e bella
noi l’abbiam raccolta e la portiam più in su
dal Vercellese a Molinella,
alla testa della nostra gioventù.

Ce drapeau de gloire et de beauté,
Nous l’avons conquis et nous le répandons
De Vercelli à Molinella,
À la tête de notre jeunesse.
E se qualcuno vuol far la guerra,
tutti uniti insieme noi lo fermerem:
vogliam la pace qui sulla terra
e più forti dei cannoni noi sarem.

Et si quelqu’un veut faire la guerre,
Tous ensemble, unis, nous l’arrêterons:
Nous voulons la paix ici, sur la Terre
Et nous serons plus forts que les canons.
E lotteremo per il lavoro,
per la pace, il pane e per la libertà,
e creeremo un mondo nuovo
di giustizia e di nuova civiltà.

Et nous lutterons pour le travail,
Pour la paix, le pain et la liberté
Et nous créerons un monde nouveau
De justice et d’une nouvelle civilité.

Pietro Besate (1919-1984). Son la mondina, son la sfruttata (vers 1950). Pietro Besate (1919-1984). Je suis la « mondina », je suis l’exploitée, traduit de : Son la mondina, son la sfruttata (vers 1950) par L. & L.

Inquietação

3 Mai 2024

Edmundo Alberto Bettencourt (1899-1973) a été l’un des maîtres de la Chanson (ou « Fado ») de Coïmbre.

Inquietação pourrait se traduire par « Intranquillité », si ce terme n’avait déjà servi à désigner, en français, le desassossego de Pessoa qu’il évoque irrésistiblement. Disons alors : « Tourment ».

Edmundo Bettencourt (1899-1973)Inquietação. Edmundo Bettencourt, paroles ; Alexandre de Rezende, musique.
Edmundo Bettencourt, ténor ; Albano de Noronha & Artur Paredes, guitare portugaise ; Mário da Fonseca, guitare.
Enregistrement : Lisbonne, février 1928.
Première publication : Portugal, 1928.

Quanto mais foges de mim,
Mais corro e menos te alcanço;
O meu amor não tem fim,
Morrerei mas não me canso.

Plus tu t’éloignes de moi,
Plus je cours et moins je te rejoins.
Mon amour est infini,
Je mourrais plutôt que d’y renoncer.
Todo o bem que não se alcança
Vive em nós, morto de dor;
Quem ama, de amar não cansa
E se morrer é de amor.

Hors d’atteinte, le bonheur
Vit en nous, qui mourons de douleur ;
Celui qui aime ne renonce pas
Et s’il meurt, c’est d’amour.

Edmundo Bettencourt (1899-1973). Inquietação (vers 1915-1920). Edmundo Bettencourt (1899-1973). Tourment, traduit de : Inquietação (vers 1915-1920) par L. & L.

Dès les premiers enregistrements phonographiques, réalisés dans les années 1920, Inquietação a été gravé par plusieurs chanteurs, avec des textes (et des titres) différents. José Afonso, revenant au genre de la Chanson de Coïmbre en 1981 pour un album nommé Fados de Coimbra e outras canções (« Fados de Coïmbre et autres chansons »), conserve le titre et la seconde strophe de la version de Bettencourt, empruntant le premier quatrain à une variante.

José Afonso (1929-1987)Inquietação. Paroles : auteur inconnu (1ère strophe), Edmundo Bettencourt (2e strophe) ; Alexandre de Rezende, musique.
José Afonso, chant ; Octávio Sérgio, guitare portugaise ; Durval Moreirinhas, guitare.
Enregistrement : Lisbonne (Portugal), studios de Rádio Triunfo.
Extrait de l’album Fados de Coimbra e outras canções / José Afonso. Portugal, Orfeu, ℗ 1981.

És linda, se foras feia
Mesmo assim eu te queria
Não é por ser lua cheia
Que a lua mais alumia.

Tu es belle, mais si tu étais laide
Je t’en aimerais autant.
La pleine lune n’est pas
La plus brillante des lunes
Todo o bem que não se alcança
Vive em nós, morto de dor;
Quem ama, de amar não cansa
E se morrer é de amor.

Hors d’atteinte, le bonheur
Vit en nous, qui mourons de douleur ;
Celui qui aime ne renonce pas
Et s’il meurt, c’est d’amour.

Auteur inconnu (1ère strophe) et Edmundo Bettencourt (1899-1973) (2e strophe). Inquietação (vers 1915-1920). Auteur inconnu (1ère strophe) et Edmundo Bettencourt (1899-1973) (2e strophe). Tourment, traduit de : Inquietação (vers 1915-1920) par L. & L.

Amália Rodrigues • Cais de outrora (1962)

30 avril 2024

Cais de outrora (littéralement : « Quai d’autrefois », ici traduit par « Quai du souvenir ») est l’une des premières contributions d’Alain Oulman au répertoire d’Amália Rodrigues. Composé sur un poème de Luís de Macedo, il figure sur le singulier album dit « du buste » (Busto), publié en 1962, sorte de manifeste — bien involontaire — pour un renouvellement du fado. L’album, qui ne comptait que neuf morceaux (parmi lesquels Abandono, immédiatement interdit de passage à la radio et à la télévision en raison de son sujet brûlant, ainsi que le génial et célèbre Povo que lavas no rio) s’ouvrait sur l’étrange Asas fechadas, auquel succédait ce Cais de outrora d’humeur sombre.

Amália Rodrigues (1920-1999)Cais de outrora. Luís de Macedo, paroles ; Alain Oulman, musique.
Amália Rodrigues, chant ; José Nunes, guitare portugaise ; Castro Mota, guitare.
Enregistrement : Lisbonne, théâtre Taborda (studios Valentim de Carvalho), entre 1960 et 1962.
Première publication dans l’album Amália Rodrigues (« Busto »). Portugal, Ed. Valentim de Carvalho, ℗ 1962.

Nos cais d’outrora há navios vazios
E há velas esquecidas do alto mar.
São sombrios os rios do recordar!

Navires vides amarrés aux quais du souvenir,
Voiles oubliées de la haute mer.
Ils sont obscurs, les fleuves de la mémoire !
Nos cais de outrora há só barcos cansados
E há remos esquecidos por não partir.
Sinto cansaço vago de me fingir.

Aux quais du souvenir flottent des bateaux las
Et leurs rames oubliées parce qu’elles ne servent plus.
Lassitude vague de toujours feindre d’être moi.
Não há barcos nem velas, já não há remos.
Em frente ao mar d´outrora perdi meu cais.
Em noite nos perdemos e nada mais.

Il n’y a ni bateaux ni voiles, il n’y a plus de rames.
Face à la mer du souvenir mon quai se dérobe.
Nous nous perdons dans la nuit et voilà tout.

Luís de Macedo (1925-1987). Cais d’outrora (vers 1960). Luís de Macedo (1925-1987). Quai du souvenir, traduit de : Cais d’outrora (vers 1960), par L. & L.

Amália Rodrigues (1920-1999)
Asas fechadas ; Cais de outrora ; Estranha forma de vida… (1962)


Amália Rodrigues. Busto (Asas fechadas). Portugal, 1962Asas fechadas ; Cais de outrora ; Estranha forma de vida… / Amália Rodrigues, chant ; ; José Nunes, guitare portugaise ; Castro Mota, guitare classique ; Alain Oulman, production artistique. — Production : Portugal : Valentim de Carvalho, ℗ 1962.

Avec la participation d’Alain Oulman, piano, sur 3 titres. Enregistrement : Teatro Taborda, Lisbonne (Portugal), 1962.

Généralement désigné sous le titre : « Album do busto » ou « Busto ».

1ère publication : Portugal, 1962. Disque 33 t 30 cm. Columbia SX 1440.

1. Asas fechadas / Luís de Macedo, paroles ; Alain Oulman, musique.
2. Cais de outrora / Luís de Macedo, paroles ; Alain Oulman, musique.
3. Estranha forma de vida / Amália Rodrigues, paroles ; Alfredo Marceneiro, musique.
4. Maria Lisboa / David Mourão Ferreira, paroles ; Alain Oulman, musique.
5. Madrugada de Alfama / David Mourão Ferreira, paroles ; Alain Oulman, musique.
6. Abandono / David Mourão Ferreira, paroles ; Alain Oulman, musique.
7. Aves agoirentas / David Mourão Ferreira, paroles ; Alain Oulman, musique.
8. Povo que lavas no rio / Pedro Homem de Melo, paroles ; Joaquim Campos, musique.
9. Vagamundo / Luís de Macedo, paroles ; Alain Oulman, musique.