Amália Rodrigues • Saudade, vai-te embora
Júlio de Sousa (1906-1966) était un artiste touche-à-tout : sculpteur, peintre et surtout dessinateur, il composait aussi pour le fado (on lui doit la musique du célèbre Fado Loucura). Il pouvait à l’occasion fournir les paroles — avec moins de bonheur, du moins pour mon goût : il l’a fait par exemple pour Foi ontem ou pour Saudade, vai-te embora, deux fados-chansons qu’Amália, sans en être la créatrice, a enregistrés et publiés ensemble, en 1958, sur le même disque 45 tours de la firme française Ducretet-Thomson à laquelle elle était alors liée.
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Amália Rodrigues (1920-1999) • Saudade, vai-te embora. Júlio de Sousa, paroles & musique.
Amália Rodrigues, chant ; Domingos Camarinha, guitare portugaise ; Santos Moreira, guitare (d’après Rui Vieira Nery, Pensar Amália, Tugaland, 2009).
Enregistrement : France.
Première publication : disque 45t Saudade vai-te embora ; Faia ; Foi ontem ; Lisboa à noite / Amália Rodrigues. France, Ducretet-Thomson, [1958].
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Olho a terra olho o céu
E tudo me fala de ti
Do teu amor que perdi
Quando a minha alma se perdeu
Je regarde la terre, le ciel,
Et tout me parle de toi,
De ton amour que j’ai perdu
En même temps que mon âme.
Sim, a única verdade
Presente no nosso amor
Tem como imagem a cor
Tão bela e triste da saudade
Oui, l’unique vérité
Présente dans notre amour
A pour image la couleur
Si belle, si triste, de la saudade.
Saudade, vai-te embora
Do meu peito tão cansado
Leva para bem longe este meu fado
Ficou escrita no vento esta paixão
E à noite o vento é meu irmão
Anda a esquecer a tempestade
Também quero olvidar esta saudade
Ai de mim que não consigo, volta amor
Porque é verdade
Saudade, va t’en
Loin de mon cœur si las,
Emporte avec toi mon fado.
Cet amour s’est écrit sur le vent
Et la nuit, le vent est comme moi,
Il oublie la tempête.
Moi aussi je veux oublier cette saudade
Mais hélas je n’y arrive pas. Reviens amour,
Car tout cela est vrai.
Vai-se a dor fica a alegria
Vai-se o amor fica a amizade
Só não parte do meu peito
Esta profunda saudade
La douleur s’en va, reste la joie,
L’amour s’en va, reste l’amitié.
Si cette profonde saudade
Ne quitte pas mon cœur,
Porque será que não vens
Espreguiçar-te nos meus braços
Porque será que me tens
Na poeira dos teus passos
Pourquoi ne viens-tu pas
T’étendre dans mes bras,
Pourquoi me tiens-tu
Dans la poussière de tes pas ?
… … Júlio de Sousa (1906-1966). Saudade, vai-te embora (vers 1957).
Júlio de Sousa (1906-1966). Saudade, va t’en, traduit de : Saudade, vai-te embora (vers 1957), par L. & L.
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D’après Rui Vieira Nery (Pensar Amália, Tugaland, 2009), Saudade, vai-te embora est une création du fadiste Fernando Maurício, mais je n’ai trouvé la trace d’aucun enregistrement en attestant. Il semble que cette chanson ait connu un grand succès au tournant des années 1950-1960 et que nombre de chanteurs l’aient alors mise à leur répertoire. Ainsi de Celeste Rodrigues, la sœur d’Amália, qui l’a enregistrée en 1959 (ou en 1957 selon les sources). Cependant elle est surtout attachée au nom d’une autre fadiste, Fernanda Maria, qui l’a publiée sur disque en 1959. Elle avait 22 ans.
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Fernanda Maria (née en 1937) • Saudade, vai-te embora. Júlio de Sousa, paroles & musique.
Fernanda Maria, chant ; Francisco Carvalhinho, guitare portugaise ; Martinho d’Assunção, guitare.
Première publication : disque 45t Princesa do Tejo ; Podes voltar ; Saudade vai-te embora ; Estranha sedução / Fernanda Maria. Portugal, V. de Carvalho, [1959].
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Voici une autre version de Saudade, vai-te embora, légèrement teintée de jazz, un peu plus tardive que les deux premières. L’auteur de l’arrangement instrumental n’est pas mentionné sur les disques d’origine publiés par la maison Tecla : il pourrait s’agir de Jorge Costa Pinto, fondateur de ladite maison. Madalena Iglésias était une chanteuse de variétés très populaire dans les années 1960, ayant représenté son pays au Concours Eurovision de la chanson en 1966.
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Madalena Iglésias (1939-2018) • Saudade, vai-te embora. Júlio de Sousa, paroles & musique.
Madalena Iglésias, chant ; accompagnement d’orchestre ; [Jorge Costa Pinto, direction & arrangement ?].
Première publication : disque 45t Amor vê lá ; Mãos vazias ; Saudade vai-te embora ; De degrau em degrau / Madalena Iglésias. Portugal, Tecla, [seconde moitié des années 1960].
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Amália Rodrigues • Caldeirada (Poluição)
Parmi les curiosités du répertoire d’Amália Rodrigues, ce Caldeirada, une sorte de plaidoyer écologiste, figure en bonne place. Une caldeirada est une soupe de poissons. Le mot est formé sur caldeira, qui signifie « chaudron », de même qu’en français on a forgé le mot « cotriade » sur le breton kaoter, « chaudron ».
Caldeirada, sous-titré poluição, fait le récit d’une assemblée générale de créatures marines mettant en accusation l’être humain, coupable de dégrader l’environnement. Publié en 1977, l’enregistrement de cette chanson a été réalisé six ans plus tôt, en 1971. On croirait pourtant un clin d’œil aux innombrables AG et discussions politiques de toute sorte qui se sont tenues juste après la Révolution des œillets.
Caldeirada est la dernière contribution d’Alberto Janes, mort à Lisbonne le 21 octobre 1971, au répertoire d’Amália. Celle-ci lui doit quelques-uns de ses « tubes » : Foi Deus et d’autres, mais surtout Vou dar de beber à dor (La maison sur le port dans son adaptation française).
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Amália Rodrigues (1920-1999) • Caldeirada (Poluição). Alberto Janes, paroles & musique.
Amália Rodrigues, chant ; José Fontes Rocha & Carlos Gonçalves, guitare portugaise ; Pedro Leal, guitare ; Joel Pina, basse acoustique.
Enregistrement : Paço de Arcos, studios Valentim de Carvalho, 1971.
Première publication : disque 45t Caldeirada (Poluição) ; Hortelã mourisca / Amália Rodrigues. Portugal, ℗ 1977.
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Note sur la traduction : je n’ai pas jugé utile de traduire avec une exactitude scientifique les noms des poissons, qui semblent, pour certains, avoir été choisis en raison de la métrique ou de la rime. Par exemple, il n’est question ni de « congre » ni de « grondin » dans le texte original.
Em vésperas de caldeirada, o outro dia
Já que o peixe estava todo reunido
Teve o goraz a ideia de falar à assembleia
No que foi muito aplaudido.
Une veille de cotriade,
Tous les poissons étant réunis,
Le pageot prit sur lui de s’adresser à l’assemblée
(Il en fut très applaudi).
Camaradas, principia a ordem do dia
É tudo aquilo que for poluição
Porque o homem, que é um tipo cabeçudo
Resolveu destruir tudo, pois então!
Camarades, à l’ordre du jour :
Toute cette histoire de pollution.
Parce que l’homme, qui est une tête de mule,
A décidé de tout détruire, figurez-vous ;
E com tal habilidade e intensidade
Nas fulgurações do génio
Que transforma a água pura
Numa espécie de mistura
Que nem tem oxigénio.
Et avec une telle habileté, une telle intensité
Dans les éclairs de son génie
Qu’il transforme l’eau pure
En une sorte de mixture
Qui n’a même pas d’oxygène.
E diz ele que é o rei da criação!
As coisas que a gente lhe ouve e tem que ser!
Mas a minha opinião, diz o pargo capatão
Gostava de lha dizer!
Et il se prétend le roi de la création !
Qu’est-ce qu’il ne faut pas entendre !
Ah mais moi, dit le congre,
Je vais lui dire ce que j’en pense !
Pois, se a gente até se afoga, grita a boga,
Por o homem ter estragado o ambiente
Dá cabo da criação, esse pimpão
E isso não é decente!
Oui, crie le grondin, si même nous on se noie
Parce que ce blanc-bec a bousillé l’environnement
On va tous y passer,
C’est indécent !
Diz do seu lugar: tá mau o carapau
Porque, por estes caminhos
Certo vamos mais ou menos
Ficando todos pequenos
Assim como jaquinzinhos.
Non, ça ne va pas, dit le maquereau
Parce que si ça continue
On va tous rapetisser
Et se retrouver
Comme des chinchards.
Diz então o camarão, a certa altura
Mas o que é que nós ganhamos por falar?
Ó seu grande camarão,
Pergunta então o cação
Você nem quer refilar?
C’est alors que la crevette se plaint :
Mais ça nous mène où toutes ces parlottes ?
Eh, Madame de la Crevette,
Demande alors la roussette,
Vous n’avez pas de revendication ?
Se quer morrer, diz a lula,
Toda fula com a mania da cerveja nos cafezes
Morra lá à sua vontade, que assim seja
Para agradar aos fregueses!
Si vous tenez à mourir, dit le calamar,
Que la bière des cafés rendaient hargneux,
Mourez tant qu’il vous plaira
Pour faire plaisir aux clients !
Diz nessa altura a sardinha p’ra tainha
Sabe a última do dia?
A pescadinha, já louca
Meteu o rabo na boca, o que é uma porcaria.
La sardine alors dit au mulet
Vous connaissez la dernière ?
Le merlan est devenu fou,
Voilà qu’il se mord la queue, mais on va où ?
Peço a palavra! gritou o caranguejo
Eu, que tenho por mania observar
Tenho estudado a questão
E vejo a poluição dia e noite a aumentar
Je demande la parole ! s’écrie le crabe.
Moi, qui pratique avec passion l’observation,
J’ai étudié la question
Et je vois la pollution augmenter jour après jour.
Cai do céu a água pura e a criatura
Pensa que aquilo que é dele é um monopólio
Vai a gente beber dela e a goela
Fica cheia de petróleo!
L’eau pure tombe du ciel et ce morveux
Pense que ce qui est à lui est un monopole
Et donc quand on la boit on a le gosier
Tout rempli de pétrole !
A terra e o mar são para o cidadão
Assim como o seu palácio
Se um dia lhe deito o dente
Paga tudo de repente
Ou eu não seja crustáceo!
Pour ce citoyen, la terre et la mer
Sont comme son palais
Le jour où je le pincerai
Il la sentira passer
Ou je ne suis pas un crustacé !
É um tipo irresponsável, grita o sável,
O homem que tal aquele!
Vai à proposta p’rá mesa:
Ou respeita a natureza, ou vamos todos a ele!
C’est un type irresponsable, crie l’aiguillette,
Celui qui se conduit de la sorte.
Je mets cette motion au vote :
Ou il respecte la nature, ou on lui fait sa fête !
… … Alberto Janes (1909-1971). Caldeirada (Poluição) (1971).
Alberto Janes (1909-1971). Cotriade (pollution), traduit de : Caldeirada (Poluição) (1971), par L. & L.
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Amália Rodrigues • Foi ontem (1958)
Les basses pressions menacent toujours, le système cyclonique n’a pas désemparé. Mais quand même on respire plus légèrement tout à coup, l’atmosphère a perdu de sa lourdeur. Il faut une chanson, la voici.
Une chanson dont les paroles importent peu, avec une mélodie agréable. Foi ontem a, paraît-il, été écrite pour Alfredo Duarte júnior (fils d’Alfredo Marceneiro), qui l’a en effet enregistrée en 1959 (c’est enflé, emphatique, affreux). Les paroles feraient référence à un épisode de sa vie. Je me demande bien pourquoi Amália l’a mise à son répertoire mais, comme toujours, elle en fait quelque chose.
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Amália Rodrigues (1920-1999) • Foi ontem. Júlio de Sousa, paroles & musique.
Amália Rodrigues, chant ; Domingos Camarinha, guitare portugaise ; Santos Moreira, guitare (d’après Rui Vieira Nery, Pensar Amália, Tugaland, 2009).
Enregistrement : France.
Première publication : disque 45t Saudade vai-te embora ; Faia ; Foi ontem ; Lisboa à noite / Amália Rodrigues. France, Ducretet-Thomson, [1958].
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Foi ontem que lembrei o meu passado
O fantasma remorso deu-me um beijo
Só ontem percebi, tudo acabado
À luz crua da vida em que me vejo.
C’est hier que je me suis rappelée mon passé ;
Le fantôme remords m’a touchée d’un baiser.
Hier seulement, au bout de tout, j’ai compris,
À la lumière crue de la vie qui est la mienne.
Um filho desse amor, amor-pecado
No meu pecado vivo se tornou
E chora, e fica triste, sempre que canto este meu fado
Fado de um amor que o amor matou.
Un enfant de ton amour, amour-péché,
Est devenu mon péché vivant ;
Il pleure de tristesse quand je chante mon fado,
Ce fado d’un amour que l’amour a tué.
Foi ontem, como hoje
E sempre, sempre o que há-de vir
Ó Deus, dá-me sossego para dormir.
C’était hier, c’est aujourd’hui
Et c’est toujours, pour tout l’avenir.
Mon Dieu, donne-moi la paix pour dormir.
Foi ontem que fechei os olhos seus
Mas novamente veio a Primavera
E eu que julgava ter fechado os meus
Outro ninho teci com folhas de hera.
C’est hier que j’ai fermé ses yeux,
Mais un nouveau printemps a fleuri
Et moi, qui pensais avoir fermé les miens,
Avec des feuilles de lierre j’ai bâti un autre nid.
Foi ontem que fugiu, outra o levou
Porque será que tudo me castiga?
Porque será que eu canto esta toada, esta cantiga
Que a experiência da vida me ensinou?
C’est hier qu’il est parti avec une autre.
Pourquoi tout est-il châtiment pour moi ?
Pourquoi chanter cette chanson, cette rengaine
Que l’expérience de la vie m’a apprise ?
Foi ontem, como hoje
E sempre, sempre o que há-de vir
Ó Deus, olha por mim, quero dormir.
C’était hier, c’est aujourd’hui
Et c’est toujours, pour tout l’avenir.
Mon Dieu, regarde moi, je veux dormir.
… … Júlio de Sousa (1906-1966). Foi ontem (1958?).
Júlio de Sousa (1906-1966). C’est hier, traduit de : Foi ontem (1958?), par L. & L.
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La chanson du dimanche [53]. Qui caresse ma joue
Pour s’abstraire, ne serait-ce qu’un instant, de l’hystérie qui s’est emparée de ce malheureux pays : comme dimanche dernier, un extrait de l’album Bitter sweets d’Élise Caron & Edward Perraud.
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Élise Caron & Edward Perraud • Qui caresse ma joue. Élise Caron & Edward Perraud, paroles & musique.
Élise Caron, voix ; Edward Perraud, percussions.
Enregistrement & mixage : Paris, The Border studio.
Extrait de l’album Bitter sweets / Élise Caron, Edward Perraud. France, ℗ 2012.
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La chanson du dimanche [52]. J’ai perdu mes lunettes
Une chanson désorientée ce dimanche.
(Pas vraiment une chanson, non plus.)
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Élise Caron & Edward Perraud • J’ai perdu mes lunettes. Élise Caron & Edward Perraud, paroles & musique.
Élise Caron, voix ; Edward Perraud, batterie.
Enregistrement & mixage : Paris, The Border studio.
Extrait de l’album Bitter sweets / Élise Caron, Edward Perraud. France, ℗ 2012.
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Ça déraille.
Le fou entend un autre tic-tac.
Henri Michaux (1889-1984). Face aux verrous (1954).
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Françoise Hardy (1944-2024) • Nous tous. Françoise Hardy, paroles & musique.
Françoise Hardy, chant ; accompagnée par Marcel Hendrix et son orchestre.
Première publication : disque 45t Le premier bonheur du jour ; Va pas prendre un tambour ; Nous tous ; J’aurais voulu / Françoise Hardy. France, ℗ 1963.
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Nous tous ici qui avons le même âge
Nous vivons pour l’instant au jour le jour
Mais parfois on réfléchit davantage.
Nos vies vont-elles prendre un autre tour ?Si, jusqu’à aujourd’hui, j’ai eu beaucoup de chance
Toi qui l’attends encore, toi, sais-tu bien
Que d’un jour à l’autre, après soudain tout change ?
Qui peut savoir comment sera demain ?Oh oui ! Nous tous qui avons le même âge
Je me demande, qu’allons nous devenir ?
Si aujourd’hui sur toi j’ai l’avantage
Que nous réserve l’avenir ?Insouciance d’un rêve, insouciance d’un instant
Combien de temps cela va-t-il durer ?
Peut-être, comme moi, te demandes-tu souvent
Que serai-je dans quelques années ?
Françoise Hardy (1944-2024). Nous tous (1963).
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Fait suite à :
- Fado Carriche. 1. Tristão da Silva, Fernando Maurício (& Carminho)
- Fado Carriche. 2. Mísia, Beatriz da Conceição, Cristina Branco
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Un dernier petit tour de Fado Carriche. Ce n’est pas que j’en raffole. Seulement, je constate qu’il est très employé par les chanteurs contemporains, y compris les plus jeunes qui y voient peut-être un thème musical plus accessible que ceux de compositeurs tels qu’Alfredo Marceneiro, Armandinho, Joaquim Campos ou d’autres, et néanmoins labellisé « fado castiço ».
Ricardo Luiz. Folha vazia (2024)
Ce jeune homme, qui se nomme Ricardo Luiz et doit avoir dans les vingt-cinq ans, vient de publier son premier album : Memória(s), aux éditions du Musée du Fado de Lisbonne. On y trouve un Fado Carriche. Les paroles, dont il est l’auteur (exception faite, fait-il savoir, des deux premiers vers, « généreusement offerts par Carminho »), évoquent celles de Escrevi teu nome no vento (voir le billet Fado Carriche. 1. Tristão da Silva, Fernando Maurício (& Carminho)).
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Ricardo Luiz • Folha vazia. Ricardo Luiz, paroles ; Raúl Ferrão, musique (Fado Carriche).
Ricardo Luiz, chant ; André Dias, guitare portugaise ; Bernardo Viana, guitare ; Miguel Teixeira, basse acoustique ; Pedro Azevedo, bugle.
Extrait de l’album Memória(s) / Ricardo Luiz. Portugal, Museu do Fado Discos, ℗ 2024.
Vidéo : Fábio Guarda, réalisation ; Ricardo Luiz, idée originale. Production : Portugal, Museu do Fado | EGEAC, 2024.
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Quando até mim chegaste
Com esta folha vazia
O meu coração gelado
No teu frio se confundia
Quand tu m’as apporté
Cette feuille blanche,
Le froid de mon cœur
Se fondait dans le tien.Sem saber como pôr fim
A tamanho sofrimento
Quis ver na folha branca
A porta do esquecimento
Sans savoir comment mettre fin
À une si grande souffrance,
J’ai voulu voir dans cette feuille blanche
La porte de l’oubli.Dei a voz ao coração
E pedi-lhe para escrever
O nome do meu amor
Que desejava esquecer
À mon cœur j’ai donné voix
Et je l’ai prié d’y écrire
Le nom de mon amour
Que je désirais oublier.Peço agora que a leves
Dá-lhe, vento, outro caminho
Quero vê-la a ganhar asas
E a pousar noutro ninho
Je te prie à présent de l’emporter ;
Fais-lui prendre, ô vent, un autre chemin.
Je veux la voir s’envoler
Et se poser dans un nouveau nid.… … Ricardo Luiz. Folha vazia (2024). Ricardo Luiz. Feuille blanche, traduit de : Folha vazia (2024), par L. & L.
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Cristina Bacelar. Não é amor é só alma (2018)
Avec Cristina Bacelar on change d’univers. Cette musicienne (compositrice, guitariste et chanteuse), originaire de Porto, aime les mélanges et se dit attirée surtout par le tango (celui de Piazzolla) et le flamenco — comme on l’entend dans sa version du Fado Carriche.
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Cristina Bacelar • Não é amor é só alma. Cristina Bacelar, paroles ; Raúl Ferrão, musique (Fado Carriche).
Cristina Bacelar, chant ; Rui Pedro Claro, guitare ; Armando Ribeiro, saxophone ; Pedro Silva, percussion.
Extrait de l’album Nem tudo é fado / Cristina Bacelar. Portugal, Sony, ℗ 2018.
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Olho pro céu e acredito
Na cor e na sua calma
É tanto o meu sentimento
Não é amor… é só alma!
Je regarde le ciel et je crois
En sa couleur, en son calme.
C’est tellement mon sentiment,
Ce n’est pas de l’amour… Juste de l’âme !Já não sei o que é maior
Se o dia, a noite ou o lamento
Só sei que o tanto que amámos
Para sempre foi pouco tempo
Je ne sais pas ce qui l’emporte,
Du jour, de la nuit ou de la plainte.
Mais je sais que le peu que nous avons aimé
Pour toujours n’a pas duré.E por ti trocava tudo
Invertia até o ar
Deixava o vento na terra
O céu no lugar do mar
Et pour toi je changerais tout,
Je renverserais même l’air,
Je remplacerais la terre par le vent
Et la mer par le ciel.Também o sonho é incerto
Saudade não tem razão
Queria a borracha que apaga
A dor do meu coração
Le rêve même est flou
Et la saudade a tort.
Je cherche la gomme qui efface
La douleur de mon cœur.… … Cristina Bacelar. Não é amor é só alma (2018). Cristina Bacelar. Ce n’est pas de l’amour… Juste de l’âme, traduit de : Não é amor é só alma (2018), par L. & L.
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Camané. Mar impossível (2008)
C’est avec Camané que se clôt cette évocation sommaire du Fado Carriche. Son album Sempre de mim (2008) était remarquable pour intégrer deux inédits d’Alain Oulman, évidemment destinés à Amália Rodrigues, dont le vibrant Sei de um rio.
Mar impossível (« Mer impossible ») prolonge l’hommage rendu dans ce disque à l’univers d’Amália et de son compositeur fétiche : le poème est de Luís de Macedo, qui a fourni à Amália quelques-uns des textes de ses plus beaux fados (Cansaço surtout, sur le Fado Tango de Joaquim Campos). Et lorsque, en 1959, dans les coulisses de l’Olympia, le jeune Oulman s’est enhardi à présenter une de ses musiques à la diva, c’est à Luís de Macedo que celle-ci l’a adressé pour les paroles (Vagamundo, poème de Luís de Macedo, musique d’Alain Oulman, allait inaugurer pour Amália la période la plus féconde de sa carrière).
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Camané (né en 1966) • Mar impossível. Poème de Luís de Macedo ; Raúl Ferrão, musique (Fado Carriche).
Camané, chant ; José Manuel Neto, guitare portugaise ; Carlos Manuel Proença, guitare ; Carlos Bica, contrebasse.
Extrait de l’album Sempre de mim / Camané. Portugal, Warner Music Portugal, ℗ 2008.
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Na neve mais pura escrevo
As saudades do meu mar:
Tenho saudades da areia
Branca de neve ao luar.
Sur la plus pure des neiges j’écris
La nostalgie que j’ai de la mer :
J’ai la nostalgie de la grève
Blanche de neige sous la lune.Tenho saudades do vento
Que sopra breve, indeciso,
Leve como um pensamento
Do céu azul, calmo e liso.
J’ai la nostalgie du vent,
De son souffle court, indécis,
Léger comme le souvenir
D’un ciel azur, calme et uni.Tenho saudades das ondas,
Das conchas e das sereias.
Aqui as ondas são poucas
E vivem paredes meias
J’ai la nostalgie des vagues,
Des conques et des sirènes.
Ici les vagues sont rares
Et elles vivent dans mon cœurNo coração com a saudade
De não ver o mar sem fim.
(Quando não posso cantar
Tenho saudades de mim.)
Tout près du regret que j’ai
De ne pas voir la mer sans fin.
(Quand je ne peux chanter
J’ai la nostalgie de moi-même.)… … Luís de Macedo (1925-1987). Mar impossível (daté du 6 janvier 1952), extrait de : Silêncio pressentido (1953). Luís de Macedo (1925-1987). Mer impossible, traduit de : Mar impossível (daté du 6 janvier 1952), extrait de : Silêncio pressentido (1953), par L. & L.
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Fait suite à :
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Pourquoi Fado « Carriche » ? Mystère. Carriche est une bourgade située au Nord de Lisbonne, désormais prise dans le tissu urbain de l’agglomération de la capitale. Elle jalonnait autrefois le chemin qui menait aux touradas (courses de taureaux) de Vila Franca, célébrées notamment dans le film A Severa (1931), ou bien dans des chansons comme Os alamares (« Les brandebourgs ») enregistrée par Amália Rodrigues en 1953 :
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Vamos depois aos toiros
No Domingo a Vila Franca
[…]
Na adega mais antiga
Da Calçada de Carriche
Havemos de cantar o rigoroso.
João Linhares Barbosa [1893-1965], « Os alamares » (194?). Extrait.Allons dimanche
À la tourada, à Vila Franca
[…]
À la vieille auberge
De la Chaussée de Carriche
Nous chanterons le fado « rigoroso ».
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Vu que Raúl Ferrão, le compositeur du Fado Carriche, s’était fait une spécialité de produire des chansons pour le cinéma et pour la scène, une hypothèse serait que le Fado Carriche ait été conçu pour un film, ou plus vraisemblablement pour une opérette. Hypothèse qui reste à vérifier ; je n’ai rien pour l’étayer.
Les emplois connus du Fado Carriche n’ont pas, en tout cas, de rapport avec les courses de taureaux. Dans ce deuxième billet en voici trois autres, tous interprétés par des voix féminines.
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Mísia. Dança de mágoas (1998)
De toutes les versions du Fado Carriche, celle de Mísia, construite sur un poème extrait du Cancioneiro de Fernando Pessoa, est ma préférée. Elle m’enchante. Cette fois il n’y a pas à se demander ce que c’est : c’est un fado, un vrai de vrai. À l’époque de la sortie de l’album Garras dos sentidos dont il est extrait, Mísia s’en servait pour son entrée en scène, qu’elle effectuait vêtue d’une sorte de manteau de deuil blanc à large capuche qui lui couvrait la tête. Elle apparaissait côté jardin, au fond de la scène, et s’avançait avec solennité jusqu’au micro, au son de la longue et belle introduction instrumentale qui évoque une marche funèbre. Une marche cependant élégante et délicate, scandée par les guitares, conduite par la guitare portugaise de Custódio Castelo qui fournit ensuite le contre-chant et mène encore l’interlude instrumental placé avant la reprise du dernier couplet.
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Mísia (née en 1955) • Dança de mágoas. Poème de Fernando Pessoa ; Raúl Ferrão, musique (Fado Carriche).
Mísia, chant ; Custódio Castelo, guitare portugaise ; António Pinto & José Moz Carrapa, guitare ; Marino Freitas, basse acoustique ; Manuel Rocha, violon ; Ricardo Dias, accordéon & arrangement.
Enregistrement : Lisbonne, studios Xangrilá, octobre 1997.
Extrait de l’album Garras dos sentidos. France, Erato, ℗ 1998.
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Como inútil taça cheia
Que ninguém ergue da mesa
Transborda de dôr alheia
Meu coração sem tristeza
Tel une inutile coupe pleine
Que nul ne porte à ses lèvres,
Mon cœur privé de tristesse
Déborde de la douleur d’autrui.
Sonhos de mágoa figura
Só para ter que sentir
E assim não tem a amargura
Que se temeu a fingir
Il forme des rêves douloureux
Juste de quoi pouvoir ressentir
Et se déprendre de l’amertume
Qu’il redoutait de devoir feindre.
Ficção num palco sem tábuas
Vestida de papel seda
Mima uma dança de mágoas
Para que nada suceda
Comme une illusion sur une scène sans planches
Vêtue de papier de soie,
Il mime une danse des douleurs
Pour qu’il ne se produise rien.
… … Fernando Pessoa (1888-1935). Como inútil taça cheia (daté du 19 août 1930), extrait de Cancioneiro.
Fernando Pessoa (1888-1935). Tel une inutile coupe pleine, traduit de : Como inútil taça cheia (daté du 19 août 1930), extrait de Cancioneiro, par L. & L.
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Beatriz da Conceição. Muito embora o querer bem (1973)
Autrefois, je n’aimais pas Beatriz da Conceição. Non pas elle comme personne, mais sa façon de chanter. Cette interprétation fiévreuse, d’ailleurs assez rapide, du Fado Carriche aurait pu alors me faire changer d’avis.
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Beatriz da Conceição (1939-2015) • Muito embora o querer bem. Artur Ribeiro, paroles ; Raúl Ferrão, musique (Fado Carriche).
Beatriz da Conceição, chant ; José Nunes, guitare portugaise ; Martinho d’Assunção, guitare ; Raul Silva, basse acoustique.
Enregistrement : Lisbonne, studios Xangrilá, octobre 1997.
Première publication : disque 45t Balada das mãos ausentes ; Muito embora o querer bem ; Eu nasci amanhã ; Deste-me um beijo e vivi. Portugal, Estúdio, ℗ 1973.
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Muito embora o querer bem
Não seja um invento meu
Não permito que ninguém
Te queira mais do que eu
Je ne prétends pas
Avoir inventé l’amour.
Mais j’interdis à quiconque
De t’aimer plus que moi.
Meu coração vagabundo
Irá, seja como for
Rua em rua, mundo em mundo
Atrás de ti, meu amor
Et mon cœur vagabond
Te suivra, mon amour
De rue en rue, de monde en monde,
Obstinément, vaille que vaille.
Estes meus braços caídos
Fugindo a todos os laços
Só vibram quando pedaços
Dos nossos corpos unidos
Mes bras, pourtant rétifs
À toute entrave,
Vibrent lorsqu’ils se sentent
Des membres de deux nos corps unis.
A minha boca e a tua
Mal deixam de estar unidas
Lembram meninas perdidas
Chorando de rua em rua
Ma bouche et la tienne
Ne veulent pas se séparer ;
On dirait des enfants perdus
Qui pleurent de rue en rue.
Odeio o mundo a inveja
As convenções o temor
Odeio tudo o que esteja
Entre nós dois, meu amor
Je hais le monde, l’envie,
Les conventions, la crainte,
Je hais tout ce qui pourrait
Se dresser entre nous, mon amour.
… … Artur Ribeiro (1924-1982). Muito embora o querer bem (19??).
Artur Ribeiro (1924-1982). Je ne prétends pas avoir inventé l’amour, traduit de : Muito embora o querer bem (19??) par L. & L.
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Cristina Branco. Rio de nuvens (2023)
Cristina Branco, lorsque elle incorpore à son répertoire un fado traditionnel, le traite rarement comme tel. Ce Rio de nuvens (« Fleuve de nuages »), extrait de son récent album Mãe (« Mère », 2023) en est l’illustration : ici, c’est le piano de Luís Figueiredo, musicien de jazz originaire de Coimbra, qui domine l’instrumentarium et qui impose progressivement sa couleur à l’ensemble, en dialogue avec la voix. Le poème est le premier du recueil Rio de nuvens de Natália Correia, auquel la chanteuse semble attachée : son album Corpo iluminado (2001) en comptait déjà un à son programme, le huitième, sur une musique de Custódio Castelo (Rio de nuvens VIII).
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Cristina Branco (née en 1972) • Rio de nuvens. Poème de Natália Correia ; Raúl Ferrão, musique (Fado Carriche).
Cristina Branco, chant ; Bernardo Couto, guitare portugaise ; Bernardo Moreira, contrebasse ; Luís Figueiredo, piano.
Enregistrement : Paço de Arcos (Portugal), studios Valentim de Carvalho, avril 2023.
Extrait de l’album Mãe. Portugal, Locomotiva azul, ℗ 2023.
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Nuvens correndo num rio
Quem sabe onde vão parar?
Fantasma do meu navio
Não corras, vai devagar!
Nuages courant sur le fleuve,
Où vont-ils ? Qui le sait ?
Fantôme de mon navire,
Ne file pas si vite !
[Vais por caminhos de bruma
Que são caminhos de olvido.
Não queiras, ó meu navio,
Ser um navio perdido.]
[Tu suis des routes de brume
Qui sont des routes d’oubli.
Ne cherche pas, ô mon navire,
À t’y perdre à jamais.]
Sonhos içados ao vento
Querem estrelas varejar!
Velas do meu pensamento
Aonde me quereis levar?
Rêves hissés dans le vent,
Vous voulez balayer les étoiles !
Voiles de mes pensées,
Où voulez-vous m’entraîner ?
Não corras, ó meu navio
Navega mais devagar,
Que nuvens correndo em rio,
Quem sabe onde vão parar?
Pourquoi si vite, ô mon navire ?
Doucement, retiens-toi,
Car ces nuages courant sur le fleuve,
Où vont-ils ? Qui le sait ?
[Que este destino em que venho
É uma troça tão triste;
Um navio que não tenho
Num rio que não existe.]
[Car ce destin qui me porte
Est une triste farce ;
Un navire que je n’ai pas
Sur un fleuve qui n’existe pas.]
… … Natália de Oliveira Correia (1923-1993). Nuvens correndo num rio (Rio de nuvens. I), extrait de Rio de nuvens (1947).
N.B. : Les strophes entre crochets ne font pas partie du fado.Natália de Oliveira Correia (1923-1993). Nuages courant sur le fleuve (Fleuve de nuages. I), traduit de : Nuvens correndo num rio (Rio de nuvens. I), extrait de Rio de nuvens (1947), par L. & L.
N.B. : Les strophes entre crochets ne font pas partie du fado.
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Raúl Ferrão (1890-1953) • Fado Carriche. Raúl Ferrão, musique ; Arménio de Melo, arrangement.
Arménio de Melo, guitare portugaise ; José Maria Nóbrega, guitare.
Extrait de l’album Lisboa, cidade de fado. Vol. III : 17 clássicos. Portugal, Estoril, ℗ 1995.
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Le Fado Carriche, qui n’a pas de refrain — ce qui lui vaut d’être considéré comme un fado castiço, repris à leur guise par les fadistes sur des textes de leur choix — est un drôle de fado. De tous les fados castiços c’est l’un des plus déconcertants, avec son rythme de marche lente et sa mélodie molle : il dépend absolument, pour sa vie, de qui le chante. Il peut ne pas ressembler à un fado. Il peut ne ressembler à rien.
Raúl Ferrão (1890-1953), son compositeur, compte à son actif quelques tubes internationaux, notamment le fameux Coimbra (« Avril au Portugal » en version française), répandu dans le monde par Amália Rodrigues, ou encore Lisboa não sejas francesa, popularisée par la même, pour n’en citer que deux. Militaire de carrière, il est, qui s’en étonnera, l’auteur de nombreuses marches populaires, mais c’est surtout dans la musique de film et d’opérette qu’il s’est illustré. Et un peu dans le fado.
Tristão da Silva
Je ne connais ni la date ni les circonstances de la composition du Fado Carriche. Raúl Ferrão était actif à partir de 1923, mais l’enregistrement le plus ancien trouvé au cours de mes recherches date de 1954 (le fado peut avoir été créé plus tôt et par un autre interprète). L’enregistrement en question est dû à Tristão da Silva (1927-1978), un type maigre, très brun, au visage étroit qui semblait peiner à faire tenir ensemble des traits au dessin appuyé. Il chantait d’une voix de crooner léger, non sans charme, un répertoire « romantique » dont se détachent Nem às paredes confesso (1954), très vite repris par Amália, et l’exquis Aquela janela virada p’ró mar. Le pauvre homme est mort dans un accident de voiture.
Sur le Fado Carriche, Tristão da Silva interprète Perguntas (« Questions »), d’un certain Delfim Silva (ou da Silva, selon les sources) dont je ne sais rien.
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Tristão da Silva (1927-1978) • Perguntas. Delfim Silva, paroles ; Raúl Ferrão, musique (Fado Carriche).
Tristão da Silva, chant ; [Casimiro Ramos, guitare portugaise ; Miguel Ramos, guitare].
Première publication : disque 78t Perguntas ; Quem me dera meu amor / Tristão da Silva. Portugal, Estoril, ℗ 1954.
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Não me perguntes, que importa,
Quantos amores conheci.
O passado é letra morta
Hoje só gosto de ti.
Ne me demande pas, qu’importe,
Combien d’amours j’ai connues.
Le passé est lettre morte,
Aujourd’hui je n’aime que toi.
Acaso uma flor mimosa
Tenta saber, indiscreta
Por quantos botões de rosa
Se perdeu a borboleta
Crois-tu que la fleur délicate
Cherche à savoir, indiscrète,
Sur quels boutons de rose
S’est posé le papillon ?
Diz-me se a areia da praia
Alguma vez perguntou
Ao mar que nela se espraia
Quantas praias já beijou
Dis-moi si le sable du rivage
A déjà pensé demander
À la mer qui s’y déploie
Combien de plages elle a caressées.
Também o sol não se amua
Nem a ciúmes se aferra
Por saber que à noite, a lua
Com seu luar beija a terra
De même, crois-tu que le soleil
Soit jaloux de la Lune
Qui, la nuit, pose comme un baiser
Sa clarté sur la Terre ?
O amor passado desfaz-se
Só saudades faz vibrar
E um novo amor, quando nasce
É sol ardente a brilhar
Les amours passées se défont,
Il n’en reste que le souvenir,
Mais un nouvel amour qui naît
Est un soleil qui resplendit.
Eu dou-te, em beijos na boca
Pedaços do coração
Como podes minha louca
Duvidar desta afeição
Je pose sur ta bouche avec chaque baiser
Une part de mon cœur.
Folle que tu es, comment peux-tu
Douter de mon amour ?
… … Delfim Silva (dates biographiques inconnues). Perguntas (vers 1954). Delfim Silva (dates biographiques inconnues). Questions, traduit de : Perguntas (vers 1954) par L. & L.
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Fernando Maurício
Je crois que l’un des emplois les plus connus du Fado Carriche est Escrevi teu nome no vento (« J’ai écrit ton nom sur le vent »), créé par Fernando Maurício (1933-2003).
Le très populaire Fernando Maurício, né dans le quartier de la Mouraria — et même dans la fameuse rua do Capelão qui porte à jamais la marque de la mythique Maria Severa — est l’inspirateur de quelques fadistes des générations contemporaines (Ricardo Ribeiro notamment). Il a enregistré Escrevi teu nome no vento à deux reprises : la première, à laquelle il manque une strophe, en 1979 (?), la seconde, à l’interprétation un peu forcée pour mon goût, en 1982. La voici.
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Fernando Maurício (1933-2003) • Escrevi teu nome no vento. Jorge Rosa, paroles ; Raúl Ferrão, musique (Fado Carriche).
Fernando Maurício, chant ; Armindo Fernandes & Alcino Frazão, guitare portugaise ; Francisco Gonçalves, guitare ; José Vilela, basse acoustique.
Première publication : Portugal, [1982].
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Escrevi teu nome no vento
Convencido que o escrevia
Na folha dum esquecimento
Que no vento se perdia
J’ai écrit ton nom sur le vent,
Pensant l’avoir écrit
Sur une page de l’oubli
Que le vent emporterait.
Ao vê-lo seguir envolto
Na poeira do caminho
Julguei meu coração solto
Dos elos do teu carinho
À le voir s’en aller, recouvert
Par la poussière du chemin,
J’ai cru mon cœur délivré
Des chaînes de ton amour.
Pobre de mim, não pensava
Que tal e qual como eu
O vento se apaixonava
Por esse nome que é teu
Hélas, je n’avais pas pensé
Que, comme moi avant lui,
Le vent s’éprendrait
De ce nom qui est le tien.
Em vez de ir longe levá-lo
Longe, onde o tempo o desfaça
Anda contente a gritá-lo
Onde passa e a quem passa
Au lieu de l’emporter au loin
Là où le temps l’effacerait,
Il prend plaisir à le crier
Là où il passe, à ceux qui passent.
E quando o vento se agita
Agita-se o meu tormento
Quero esquecer-te, acredita
Mas cada vez há mais vento
Et quand le vent se fait plus fort
Alors s’éveille mon tourment.
Je veux t’oublier, crois-le bien,
Mais chaque fois enfle le vent.
… … Jorge Rosa (1930-2001). Escrevi teu nome no vento (19??). Jorge Rosa (1930-2001). J’ai écrit ton nom sur le vent, traduit de : Escrevi teu nome no vento (19??) par L. & L.
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La jeune Carminho avait repris Escrevi teu nome no vento dans son premier album, Fado, sorti en 2009. La voici quelques années plus tard, interprétant ce titre en Hollande, à la télévision. « Interpréter » n’est pas le mot juste en l’occurrence : Carminho est capable du meilleur — raison pour laquelle elle est devenue l’une des vedettes du genre — et du pire, comme ici.
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Carminho (née en 1984) • Escrevi teu nome no vento. Jorge Rosa, paroles ; Raúl Ferrão, musique (Fado Carriche).
Carminho, chant ; Luís Guerreiro, guitare portugaise ; Luís Pontes, guitare.
Vidéo :
Captation : Het Bimhuis, Amsterdam (Pays-Bas). Production : Omroepvereniging VPRO. Pays-Bas, 2014. Première diffusion publique dans l’émission VPRO Vrije Geluiden, le 9 novembre 2014.
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Ó meu amor marinheiro
Voici un « fado chanson » des années 1960, qui a connu un regain d’intérêt depuis que Carminho l’a inscrit au programme de son premier album (Fado, 2009).
L’auteur de ce fado, António Campos (1934-2014), de même que son compositeur, Joaquim Pimentel (1910-1978), l’un et l’autre fadistes, originaires du Nord du Portugal, ont accompli l’essentiel de leurs carrières respectives au Brésil. Le premier enregistrement de Ó meu amor marinheiro a été publié en 1967 par Adélia Pedrosa (née en 1941), elle aussi installée au Brésil.
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Adélia Pedrosa (née en 1941) • Ó meu amor marinheiro. António Campos, paroles ; Joaquim Pimentel, musique.
Adélia Pedrosa, chant ; Jorge Fontes, guitare portugaise ; José Maria Nóbrega, guitare.
Extrait du disque 45 t Tema para um fado ; Minha guitarra querida ; Ó meu amor marinheiro ; …. Portugal, FF, ℗ 1967.
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Tenho ciúme das verdes ondas do mar
Que teimam em querer beijar
teu corpo erguido às marés.
Je suis jalouse des vertes vagues de la mer
Obstinées dans leur désir
De ton corps dressé face aux marées.
Tenho ciúme do vento que me atraiçoa
Que vem beijar-te na proa
E morre pelo convés.
Je suis jalouse du vent qui me trahit :
À la proue il pose sur toi ses baisers
Puis s’en va mourir sur le pont.
Tenho ciúme do luar da lua cheia
Que no teu corpo se enleia
Para contigo ir bailar.
Je suis jalouse de l’éclat de la pleine lune
Qui enlace ton corps
Pour t’emmener danser.
Tenho ciúme das ondas que se levantam
E das sereias que cantam
Que cantam p’ra te encantar.
Je suis jalouse des vagues qui se lèvent
Et des sirènes qui chantent
Qui chantent pour t’enchanter.
Ó meu amor marinheiro
Oh dono dos meus anelos
Não deixes que à noite a lua
Roube a côr aos teus cabelos.
Oh mon marin mon amour
Maître de mes désirs brûlants
Ne laisse pas la lune cette nuit
Dérober la couleur de tes cheveux.
Não olhes para as estrelas
Porque elas podem roubar
O verde que há nos teus olhos
Teus olhos da cor do mar.
Ne regarde pas les étoiles
Car elles pourraient voler
Ce vert que tu as dans les yeux
Dans tes yeux couleur de mer.
… … António Campos (1934-2014). Ó meu amor marinheiro (années 1960, pas après 1967). António Campos (1934-2014). Oh mon marin mon amour, traduit de : Ó meu amor marinheiro (années 1960, pas après 1967) par L. & L.
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La sobriété de l’interprétation convient bien à cette belle mélodie qui se suffit à elle-même. Autre belle version de Ó meu amor marinheiro : celle de Saudade dos Santos (1939-2015) — malheureusement accompagnée par un orchestre de variété —, à qui plusieurs sources attribuent la création de la chanson. Toujours est-il que son enregistrement, paru en 1968, est postérieur à celui d’Adélia Pedrosa.
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Saudade dos Santos (1939-2015) • Ó meu amor marinheiro. António Campos, paroles ; Joaquim Pimentel, musique.
Saudade dos Santos, chant ; accompagnement d’orchestre ; Rocha Oliveira, direction.
Extrait du disque 45 t Ó meu amor marinheiro / Saudade dos Santos. Portugal, Discos Estúdio, ℗ 1968.
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Le dernier enregistrement en date de Ó meu amor marinheiro est l’œuvre d’un duo français, voix et guitare classique, dont le répertoire est constitué principalement (mais non exclusivement) de chansons des pays lusophones. Le fado y trouve sa place, ainsi que l’annonce le titre de leur premier album, à paraître le 4 juin prochain : Valeu a pena, d’après un fado célèbre du répertoire de Maria da Fé. Ó meu amor marinheiro en est le premier extrait divulgué.
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Chloé Breillot & Pierrick Hardy • Meu amor marinheiro. António Campos, paroles ; Joaquim Pimentel, musique.
Chloé Breillot, chant ; Pierrick Hardy, guitare.
Extrait de l’album Valeu a pena / Chloé Breillot & Pierrick Hardy. France, ℗ 2024.
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