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8 femmes. Amália Rodrigues

23 septembre 2010

8 femmes, dans la succession alphabétique de leurs noms d’artiste.

1. Aldina Duarte
2. Amália Rodrigues
3. Françoise Hardy
4. Giovanna Daffini
5. Lula Pena
6. Marguerite Duras
7. Nina Simone
8. Reinette l’Oranaise

Estranha forma de vida / Amália Rodrigues, chant, paroles ; Alfredo Marceneiro, musique (Fado bailado). 1965.

Foi por vontade de Deus
Que eu vivo nesta ansiedade
Que todos os ais são meus,
Que é toda a minha saudade
Foi por vontade de Deus.

Que estranha forma de vida
Tem este meu coração
Vive de vida perdida
Quem lhe daria o condão?
Que estranha forma de vida.

Coração independente
Coração que não comando
Vives perdido entre a gente
Teimosamente sangrando
Coração independente.

Eu não te acompanho mais
Para, deixa de bater
Se não sabes onde vais,
Porque teimas em correr?
Eu não te acompanho mais.
Estranha forma de vida / Amália Rodrigues.

——

C’est la volonté de Dieu
Que je vive dans cette inquiétude
Que toutes les plaintes soient miennes
Que toute la saudade soit mienne
C’est la volonté de Dieu.

Étrange façon de vivre
Que celle de mon cœur
Vivre une vie d’égarement
Être sans emprise sur soi-même
Étrange façon de vivre.

Cœur indépendant
Cœur désobéissant
Tu vis perdu dans le monde
Tu saignes, obstinément
Cœur indépendant.

Je ne t’accompagne plus
Arrête-toi, cesse de battre
Si tu ne sais pas où tu vas
Pourquoi t’obstiner à courir ?
Moi, je ne t’accompagne plus.
Estranha forma de vida / Amália Rodrigues ; traduction Lili & Lulu.

L. & L.

Rodrigues, Amália (1920-1999)
Estranha forma de vida, extrait de : Asas fechadas ; Cais de outroura ; Estranha forma de vida [etc.]

Amália Rodrigues -- Asas fechadas [etc.] (O disco do busto)Asas fechadas ; Cais de outroura ; Estranha forma de vida [etc.] / Amália Rodrigues, chant ; Luís de Macedo, Amália Rodrigues, David Mourão-Ferreira… [et al.], paroles ; Alain Oulman, Alfredo Marceneiro, Joaquim Campos, musique. — Som livre, 2007.

Réédition d’enregistrements de 1962.
Virgin 8406412. — EAN 724384064129

Disponible sur CDGO, Fnac (Portugal)
Télécharger sur Amazon
Écouter sur Deezer

8 femmes. Aldina Duarte

23 septembre 2010

8 femmes, dans la succession alphabétique de leurs noms d’artiste.

1. Aldina Duarte
2. Amália Rodrigues
3. Françoise Hardy
4. Giovanna Daffini
5. Lula Pena
6. Marguerite Duras
7. Nina Simone
8. Reinette l’Oranaise

Deste-me tudo o que tinhas / Aldina Duarte, chant ; João Monge, paroles ; Filipe Pinto, musique (fado Meia Noite)

Deste-me tudo o que tinhas
Nos meus lençóis de cetim
Mais a raiva quando vinhas
Desencontrado de mim

O meu corpo dependente
Bebia da tua mão
Aquela mistura quente
De desejo e perdição

Jurei que um dia mudava
Que de tudo era capaz
Já nem o sangue me lava
E tu nem raiva me dás

Parti os saltos na rua
Dei a vida pela vida
Mas agora olho a Lua
E não me sinto perdida

Esqueci a tua morada
E tu nem raiva me dás
Agora que não me dás nada
Deste-me um pouco de paz
João Monge. Deste-me tudo o que tinhas. Source : João Monge [blog].

——

Tu m’as tout donné
Dans mes draps de satin
Tu m’as aussi donné la colère
Lorsque tu te détournais de moi

Mon corps impatient de toi
Buvait à même ta main
Ce mélange chaud
De désir et de destruction

J’ai juré d’en finir
De tout faire pour cela
À présent même le sang ne me lave pas
Plus aucune colère ne me vient de toi

J’ai usé mes talons dans les rues
J’ai donné vie pour vie
Mais aujourd’hui je regarde la Lune
Et je ne me sens pas perdue

Je ne sais plus où tu habites
Plus aucune colère ne me vient de toi
À présent que tu ne me donnes plus rien
Tu m’as laissé un peu de paix
João Monge. Deste-me tudo o que tinhas. Traduction L. & L.

L. & L.

Duarte, Aldina
Crua (2006)

Aldina Duarte -- Crua. 2006Crua / Aldina Duarte, chant. — [Portugal] : EMI Music Portugal, P 2006.

EMI 0946 3 53487 2 9EAN 094635348729

Disponible sur CDGO, Fnac (Portugal)
Télécharger sur Amazon, Fnac (France)
Écouter sur Deezer

Aldina Duarte sur MySpace

O Zorro — Carta aberta ; Luís Represas

23 septembre 2010

Encore deux versions de O Zorro de João Monge (paroles) et João Gil (musique), pour faire pendant à celle d’António Zambujo :

O Zorro / Carta aberta, groupe instrumental et vocal (João Gil , Ricardo Ribeiro , João Campos , Nuno Norte, Tiago Reis) ;
João Monge, paroles ; João Gil, musique

Ça doit bien être le quinzième groupe fondé par João Gil, on ne les compte plus… Même son propre site a du mal à suivre. Celui-ci, qu’on voit en pleine répétition, est probablement informel et éphémère. Il s’appelle Carta aberta (Lettre ouverte), et compte donc João Gil lui-même à la guitare et au chant, João Campos (casquette) et Nuno Norte (bonnet) au chant, le fadiste Ricardo Ribeiro (chant et guitare) et Tiago Reis (guitare). Il ne chante pas mal, ce João Campos hein ?

O Zorro / Luís Represas, chant, guitare ; João Monge, paroles ; João Gil, musique

Et là, c’est Luís Represas (voir le billet Éperdument — Florbela Espanca), le créateur de la chanson, en 2001. Presque une autre époque…

L. & L.

Un Zorro portugais — António Zambujo, João Monge, João Gil

20 septembre 2010

Voir aussi : António Zambujo — Guia (2010) (14 septembre 2010)

O Zorro / António Zambujo, chant, guitare ; Ricardo Cruz, basse portugaise ; José Conde, clarinette ;
João Monge, paroles ; João Gil, musique.

Je voudrais être ton Zorro à toi, tracer le Z fatal de la pointe de mon épée et te sauver juste à la fin du film ; et puis je voudrais me retrouver en culottes courtes, m’endormir blotti contre toi, on aurait peur des monstres sous le lit…

Je voudrais être le meilleur numéro 10 du monde, faire gagner le Benfica à moi tout seul, et toi à me regarder. Et si jamais ça manquait d’ambiance dans ton gradin, je tenterais un dernier coup, et je marquerais avec la main !

Je voudrais qu’on se promène toi et moi, enlacés, oui, moi avec toi, avec toi, enlacés, ils ouvriraient des yeux comme des soucoupes tous, ils n’y croiraient pas, ils se demanderaient mais comment il a fait, et moi, modeste, je dirais : facile, c’est elle qui m’a demandé.

Voilà à peu près ce que dit cette chanson délicieuse, délicieusement écrite par João Monge (paroles) et João Gil (musique), et chantée avec quelle classe et quelle sensibilité par le grand António Zambujo — on peut dire ça maintenant je crois, il n’est plus un « futur grand ». On peut déjà le dire depuis un certain temps, d’ailleurs.

Quant à moi, je suis émerveillé par cette interprétation, sa simplicité et sa justesse. La chanson est ancienne (au moins dix ans), mais on croirait qu’elle est faite pour lui — mieux : que c’est lui qui l’a écrite, qu’il a cinq ans, dix ans, quinze ans, et qu’il n’y a aucune raison qu’il émerge de son rêve.

L. & L.

O Zorro

Eu quero marcar o “Z” dentro do teu decote
Ser o teu Zorro de espada e capote
Para te salvar à beirinha do fim
Depois, num volte-face, vestir os calções
Acreditar de novo nos papões
E adormecer contigo ao pé de mim

Eu quero ser para ti a camisola 10
Ter o Benfica todo nos meus pés
Marcar um ponto na tua atenção
Se assim, faltar a festa na tua bancada
Eu faço a minha ultima jogada
E marco um golo com a minha mão

Eu quero passar contigo de braço dado
E a rua toda de olho arregalado
A perguntar: como é que conseguiu?
Eu puxo da humildade da minha pessoa
Digo da forma que menos magoa:
Foi fácil! Ela é que pediu.
O Zorro / João Monge. — Source : João Monge [blog]

Zambujo, António (1975-….)
Guia

António Zambujo -- Guia. 2010Guia / António Zambujo, chant, guitare ; Carlos Manuel Proença, Rogério Ferreira, guitare ; Bernardo Couto, José Manuel Neto, guitare portugaise ; Ricardo Cruz, contrebasse, basse acoustique ; Sérgio Carolino, tuba (plage 3) ; Mário Delgado, Dobro (plage 3) ; Alexandre Frazão, batterie (plage 3) ; José Conde, clarinette (plages 6 et 14) ; João Moreira, trompette (plages 7 et 11) ; cavaquinho, viiola da terra, etc., Jon Luz (plage 10) ; André Conde, trombone (plage 14). — [France] : World Village France ; distr. Harmonia Mundi, P 2010.

World Village France WVF479049. — EAN 794881964826

Disponible sur Amazon, Fnac (France)
Voir les prochains concerts d’António Zambujo

António Zambujo — Site officiel
António Zambujo sur Myspace

António Zambujo — Guia (2010)

14 septembre 2010

Voir aussi : Un Zorro portugais — António Zambujo, João Monge, João Gil (20 septembre 2010)

António Zambujo -- Guia. 2010

Fita, com olhar ‘sfíngico e fatal,
O Ocidente, futuro do passado.

O rosto com que fita é Portugal.
Fernando Pessoa. Mensagem. Primeira parte, Brasão. I, Os Campos. Primeiro, O dos Castelos.

[Il] fixe, de son regard sphingique et fatal,
L’Occident, futur du passé.

Son visage au regard fixe est le Portugal.
Fernando Pessoa. Message. Première partie, Blason. I, Les champs. Premier, Le champ des châteaux.

Près de trois ans sont passés depuis l’exceptionnel Outro sentido, et voici que l’homme à la voix de soie revient avec Guia, ce qui signifie guide. Un guide de voyage ?

Sans doute, mais prudence car ce Guide-ci pourrait égarer. Bien vite quelque chose intrigue, comme si les latitudes et les longitudes étaient décalées, comme si les pistes étaient brouillées, les panneaux indicateurs intervertis. Est-ce par malice — celle du sphinx ? Plutôt par jeu : cette quatrième livraison du chanteur alentejan est d’une grande fraîcheur, il émane de ses quatorze plages un charme juvénile, adolescent. Esprit d’enfance qui ne contredit aucunement l’humeur mélancolique et douce qui prévaut au long de cet album élégant, transparent et fluide, qui fait la part belle aux instruments à vent.

Ce qu’il y a, c’est qu’António Zambujo, bien ancré dans son terroir portugais, oriente son regard vers l’Occident et inaugure une nouvelle géographie musicale dans laquelle c’est le Brésil qui s’appelle fado, le Portugal bossa nova ou chanson, l’Angola morna.

Sur les dix-neuf auteurs et compositeurs que compte l’album, neuf sont brésiliens, neuf portugais (lui compris, car il signe trois musiques), et un angolais. Or les morceaux qui sonnent le plus comme des fados sont œuvres de Brésiliens : Vinícius de Moraes, auteur de Apelo, chanté sur la mélodie du fado Perseguição, du répertoire d’Amália, et Rodrigo Maranhão, auteur et compositeur de Quase um fado (Presque un fado !). Tandis que l’adorable Zorro, une reprise du génial duo João Gil et João Monge — mieux que des Lennon/McCartney portugais –, est tourné en forme de bossa nova, ou que Barroco tropical, de l’Angolais José Eduardo Agualusa (paroles) et du bien portugais Ricardo Cruz (musique) ressemble à une morna comme au Cap-Vert.

De même la guitare portugaise, cet instrument très plastique, abandonne parfois son registre traditionnel et s’intègre avec bonheur à l’accompagnement de chansons telles que Guia, Readers Digest et Fado da vida bela, ou bien dialogue seule avec la voix dans le Poema dos olhos da amada de Vinícius.

Si Barroco tropical dit que l’amour est une épine déguisée en rose, Não me dou longe de ti (Je ne suis pas bien loin de toi) est bel et bien un fado classique (fado Correeiro) déguisé en musique de carnaval par le biais d’un accompagnement instrumental fait d’un tuba, d’un Dobro et d’une petite batterie. Car même masqué, dissimulé, le fado est toujours là : il forme la matière dont est fait l’art de ce chanteur remarquable.

Guia se clôt sur le splendide Em quatro luas, composition d’António Zambujo pour voix, trombone, clarinette et guitare sur un poème d’Aldina Duarte, elle-même une des grandes fadistes actuelles, et certainement l’une des meilleures parolières du Portugal, — avec João Monge, déjà nommé. On pourrait voir dans ces quatre lunes les fanaux qui jalonnent l’étendue de l’Atlantique parcourue par la voix prodigieuse d’António Zambujo selon l’une de ses plus belles diagonales : celle de la langue portugaise.

Un bémol cependant : tant de perfection s’exerce un peu au détriment du relief. D’un bout à l’autre de Guia, António Zambujo en reste à une égalité de ton qui provient peut-être de sa propension, consciente ou non, à s’identifier avec João Gilberto. C’est ainsi qu’une chanson un peu insolente et distanciée telle que Readers Digest requiert davantage de mordant et une voix moins lisse, moins policée, et qu’il manque à Guia un ou deux morceaux de la puissance de Fado menor (dans Outro sentido) ou de Verão (dans Por meu cante). Ce qui manque, c’est l’énergie du fado portugais.

L. & L.

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Zambujo, António (1975-….)
Guia

Guia / António Zambujo, chant, guitare ; Carlos Manuel Proença, Rogério Ferreira, guitare ; Bernardo Couto, José Manuel Neto, guitare portugaise ; Ricardo Cruz, contrebasse, basse acoustique ; Sérgio Carolino, tuba (plage 3) ; Mário Delgado, Dobro (plage 3) ; Alexandre Frazão, batterie (plage 3) ; José Conde, clarinette (plages 6 et 14) ; João Moreira, trompette (plages 7 et 11) ; cavaquinho, viiola da terra, etc., Jon Luz (plage 10) ; André Conde, trombone (plage 14). — [France] : World Village France ; distr. Harmonia Mundi, P 2010.

World Village France WVF479049. — EAN 794881964826

1.
Guia
Pierre Aderne, Márcio Faraco, paroles ; Márcio Faraco, musique.
2.
Apelo
Vinicius de Moraes, Baden Powell, paroles ; Carlos da Maia, musique (fado Persiguição).
3.
Não me dou longe de ti
João Monge, paroles ; Alfredo dos Santos, musique (fado Correeiro).
4.
A tua frieza gela
Maria do Rosário Pedreira, paroles ; António Zambujo, musique.
5.
Readers Digest
Miguel Araújo Jorge, paroles et musique.
6.
Zorro
João Monge, paroles ; João Gil, musique.
7.
A deusa da minha rua
Jorge Faraj, paroles ; Newton Teixeira, musique.
8.
Toada alentejana I
António Zambujo, musique.
9.
Quase um fado
Rodrigo Maranhão, paroles et musique.
10.
Barroco tropical
José Eduardo Agualusa, paroles ; Ricardo Cruz, musique.
11.
De mares e Marias
Rodrigo Maranhão, paroles et musique.
12.
Poema dos olhos da amada
Vinicius de Moraes, paroles ; Paulinho Soledade, Vinicius de Moraes, musique.
13.
Fado da vida bela
Pedro Luís, paroles ; Ricardo Cruz, musique.
14.
Em quatro luas
Aldina Duarte, paroles ; António Zambujo, musique.

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Disponible sur Amazon, Fnac (France)
Voir les prochains concerts d’António Zambujo

António Zambujo — Site officiel
António Zambujo sur MySpace

3 chansons pour Paris

10 septembre 2010

Paris, rue de la Verrerie, 9 septembre 2010
Paris, rue de la Verrerie, 9 septembre 2010

Complainte de la Seine — Lys Gauty. 1934

Complainte de la Seine / Maurice Magre, paroles ; Kurt Weill, musique ; Lys Gauty, chant.

Et les fruits maudits
Des ventres stériles,
Les blancs avortés
Que nul n’aima,
Les vomissements
De la grand ville,
Au fond de la Seine
Il y a cela.
Complainte de la Seine / Maurice Magre, paroles ; Kurt Weill, musique

Paname — Léo Ferré. 1960

Paname / Léo Ferré, paroles, musique, chant.

Paname
Quand tu t’ennuies tu fais les quais
Tu fais la Seine et les noyés
Ça fait prend’ l’air et ça distrait
Paname
C’est fou c’que tu peux fair’ causer
Mais les gens sav’nt pas qui tu es
Ils vivent chez toi mais t’voient jamais
Paname / Léo Ferré, paroles et musique

Ma vieille ville — les Rita Mitsouko. 2007

Ma vieille ville / Catherine Ringer et Fred Chichin, paroles et musique ; les Rita Mitsouko, groupe vocal et instrumental.

Tu étais revenu
Par une belle soirée d’été, avais marché
L’île de la Cité
Sous le pont Marie la Seine
Les lumières t’ont fait pleurer
Tout est changé et tout est pareil
Ma vieille ville / Catherine Ringer et Fred Chichin, paroles et musique

L. & L.

À la French cuisine

10 septembre 2010
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Hier j’étais à Paris, pour la seconde fois de la semaine. Je mène une vie de va-et-vient.

Paris, rue Saint-Honoré, 9 septembre 2010
Paris, rue Saint-Honoré, 9 septembre 2010

Peut-être parce que je n’y vis plus depuis longtemps, chaque fois je suis frappé par la beauté de cette ville, une des plus belles du monde j’en suis sûr. Il est impossible qu’il y en ait quantité d’autres dont le charme soit si puissant, car celui de Paris est fait de plus de deux mille ans d’une vie palpitante.

Paris, rue Mahler, 9 septembre 2010
Paris, rue Mahler, 9 septembre 2010

Cependant c’est une ville qui se trouve dans une grande détresse culinaire, je ne cesse de le constater.

L’établissement avait pourtant l’air honnête, un joli décor sans prétention, un peu à l’ancienne. J’ai pris la formule à 26 € — 26 € –, avec une salade de magret de canard à la poire et un filet de maquereau. La première consistait en une poignée de frisée généreusement arrosée d’une de ces sauces blanchâtres et douceâtres qu’on trouve dans les supermarchés tu vois ? De la salad cream, c’est ça. Avec des tranchettes de magret séché (celles du monoprix du coin) et une demi-poire fraîchement sortie de la boîte. Quant au maquereau, il est arrivé sous une carapace orangée, émergeant à peine d’une pleine assiette de crème teintée de rose saumon (la baie du mont Saint-Michel à marée haute au soleil couchant : de quoi te boucher les artères coronaires à sa seule vue), accompagné d’une mousse de légumes façon tranche napolitaine, vert, orange, beige — insipide. Pour finir, un « fondant » au chocolat qui collait à tout ce avec quoi il entrait en contact. J’ai cru mourir.

Paris, rue Saint-Merri, 9 septembre 2010
Paris, rue Saint-Merri, 9 septembre 2010

Un des aspects les plus désolants de Paris c’est qu’on s’y contente généralement de l’apparence. Mais là quand même… Ça prend peut-être avec des Américains (dont la salle était à demi pleine), des Allemands, des Scandinaves, que sais-je, mais sûrement pas avec des gens sérieux. J’avais d’ailleurs à ma gauche une table d’Espagnols qui se laissaient aller à une certaine mauvaise humeur. Mais nul Italien dans le restaurant : on ne la leur fait pas, à eux.

L. & L.

Paris, métro Bastille, 9 septembre 2010
Paris, métro Bastille, 9 septembre 2010

Gesualdo Bufalino, Vitti ‘na crozza… : histoires siciliennes

5 septembre 2010

Il y a quelque temps, j’ai reçu en cadeau un recueil de beaux textes de Gesualdo Bufalino, écrivain sicilien disparu en 1996, intitulé Musée d’ombres. L’ouvrage, bilingue, m’a été offert de manière inattendue par l’un de ses deux traducteurs, Stefano Mangano, d’origine sicilienne lui aussi.

‘U campusantu vecchiu. Il camposanto vecchio.

Sulle prime balze dell’Ibla è da un secolo in abbandono il camposanto dei padri, cinto da un altissimo muro a secco e difeso da un portone decrepito. Chi guardò, bambino, attraverso le crepe e le fessure dell’uno e dell’altro, credette di scorgere in una buca vuota, tra ciuffi d’erba e papaveri in fiore, l’ingresso nascosto dell’Erebo, e ne accolse in cuore, come un amore, qualche segreta vocazione a morire. Vi regna un sovrano silenzio, che solo hanno turbato talvolta sospiri d’innamorati a convegno e gridi rochi e brevi, commento di rusticani duelli.

‘U campusantu vecchiu. Le vieux cimetière.

Sur les premières corniches des monts Iblei, à l’abandon depuis un siècle, le cimetière de nos pères : un très haut mur de pierres sèches l’entoure, une grande porte délabrée en défend l’accès. Qui regarda enfant, à travers leurs crevasses et leurs fissures, crut apercevoir dans une fosse vide, entre les touffes d’herbe et les coquelicots en fleur, l’entrée cachée de l’Érèbe et en conçut dans son cœur, ainsi qu’un amour secret, une manière de vocation pour la mort. Il règne là un silence souverain qu’ont seuls parfois troublé des soupirs de rendez-vous galants et des cris, rauques et brefs, accompagnement de duels rustiques.

Dans : Musée d’ombres / Gesualdo Bufalino ; traduit de l’italien par André Lentin et Stefano Mangano. Paris : Istituto italiano di cultura, 2008. P. 68 & 69

Musée d'ombres / Gesualdo Bufalino. Istituto italiano di cultura, 2008.

Bufalino, Gesualdo (1920-1996)
Musée d’ombres

Musée d’ombres / Gesualdo Bufalino ; traduit de l’italien par André Lentin et Stefano Mangano ; préface de Salvatore Silvano Nigro. — Paris : Istituto italiano di cultura, 2008. — (Cahiers de l’hôtel de Galliffet ; 18).

Traduit de : Museo d’ombre.
Texte original italien et traduction française en regard.
ISBN 978-2-9531837-0-2

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Pour remercier Stefano — qui n’en saura rien, puisqu’il ignore certainement tout de ce blog — et pour honorer la mémoire de Gesualdo Bufalino, je mets ici Vitti ‘na crozza (« J’ai vu un crâne »), une chanson sicilienne des plus connues, qui compte d’innombrables enregistrements (dont un par Amália Rodrigues, qui la chantait volontiers en scène, notamment lorsqu’elle décelait une présence italienne dans la salle). Le texte, ancien, varie suivant les versions. Il s’agit de la lamentation d’un crâne (« ‘na crozza »), celui d’un homme « mort sans que la cloche résonne » pour lui, un mécréant donc.

En voici deux enregistrements. D’abord la version originale, tirée de la bande originale du film Il cammino della speranza de Pietro Germi (1950) pour laquelle la musique de cette chanson a été écrite, puis celle de la grande Rosa Balistreri (1927-1990), à la voix caractéristique et puissante.

Il cammino della speranza / Pietro Germi, réalisateur.

Extrait : générique de début et première scène. Vitti ‘na crozza / Franco Li Causi, musique ; texte traditionnel.

Vitti ‘na crozza / Rosa Balistreri, chant ; Franco Li Causi, musique ; texte traditionnel.

La version que voici est reprise du site Gruppo folk Aulos. En suivant ce lien on trouvera à la fois le texte original reproduit ci-dessous et une traduction en italien.
Vitti ‘na crozza

Vitti ‘na crozza supra lu cannuni
fui curiusu e ci vosi spiari
idda m’arrispunniu cu gran duluri
muriri senza toccu di campani

Si nni eru si nni eru li me anni
si nni eru si nni eru un sacciu unni
ora ca su ‘arrivatu a uttant’anni
lu vivu chiama e la morti arrispunni

Cunzatimi cunzatimi stu letto
ca di li vermi fu manciatu tuttu
su nun lu scuntu cca lu me difettu
lu scuntu a bella vita a sangu ruttu.

Vitti ‘na crozza / Franco Li Causi, musique ; texte traditionnel.

L. & L.

L’effet des creux poplités — Pier Paolo Pasolini

2 septembre 2010

Tu ne sais pas ce que c’est, un creux poplité ? Non, pas possible ! Je ne te crois pas.

Dans la rue, Montpellier, août 2010
Dans la rue, Montpellier, août 2010

Cela se passa à Belluno, j’avais un peu plus de trois ans. Les jambes des garçonnets qui jouaient dans le jardin public en face de chez moi me frappèrent, surtout la partie concave derrière le genou : là où, lorsqu’on plie la jambe en courant, les nerfs se tendent en un mouvement élégant et violent. Cela me subjuguait. Je voyais, dans ces nerfs agiles, un symbole de la vie que je n’avais pas encore atteinte : pour moi, ce mouvement d’adolescent en pleine course représentait le fait d’être grand. Aujourd’hui, je sais qu’il s’agissait d’un sentiment intensément sensuel. Si je le provoque à nouveau, je sens au plus profond de moi-même l’attendrissement, la douleur et la violence du désir.

Pasolini, Pier Paolo (1922-1975). Extrait des Cahiers rouges. Publié dans Douce et autres textes / traduit de l’italien par Marguerite Pozzoli. P. 15.

Douce et autres textes / Pier Paolo Pasolini. Actes Sud, 2000.Pasolini, Pier Paolo (1922-1975)
Douce et autres textes

Douce et autres textes / Pier Paolo Pasolini ; trad. de l’italien par Marguerite Pozzoli. — Arles : Actes Sud, 2000. — (Lettres italiennes).

Choix de textes traduits et extraits de Romanzi e racconti.
ISBN 2-7427-2535-0

Week-end à Toulouse : en revenant du marché de Saint-Aubin

30 août 2010

Toulouse, cour d'immeuble rue Riquet, 29 août 2010
Toulouse, cour d’immeuble rue Riquet, 29 août 2010

Toulouse, rue des Sept Troubadours, 29 août 2010
Toulouse, rue des Sept Troubadours, 29 août 2010

Tous les homophobes seront réincarnés en lesbiennes noires immigrées !

En lesbiennes roms ne sera-ce pas encore plus efficace ?

L. & L.