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Changement d’itinéraire

25 août 2010

La vie force parfois à changer d’itinéraire. Plutôt qu’à Copenhague et en Suède, là où il était prévu que j’aille ce mois d’août, il a fallu retourner sur le lieu de l’enfance.

Lesconil (Finistère, Bretagne). La Grande plage, 12 août 2010
Lesconil (Finistère, Bretagne). La Grande plage, 12 août 2010

Lesconil (Finistère, Bretagne). Le Goudoul, 12 août 2010
Lesconil (Finistère, Bretagne). Le Goudoul, 12 août 2010

Étrange été.

L. & L.

Pier Paolo Pasolini — Ici finit l’Italie, finit l’été.

5 août 2010

Je vais partir une dizaine de jours dans le Nord (de l’Europe). Je te laisse avec quelques souvenirs photographiques d’un récent voyage dans le Frioul, et surtout avec Pier Paolo Pasolini, qui nous fait tant défaut aujourd’hui.

L. & L.

Sulle povere voci, sulla povera spiaggetta, il temporale getta un’ombra leggera, biancastra. Qui finisce l’Italia, finisce l’estate.

Pasolini, Pier Paolo (1922-1975). La lunga strada di sabbia. Publié en 3 parties dans le mensuel Sucesso, de juillet à septembre 1959.

Le môle Audace à Trieste, Italie, 7 juillet 2010
Le môle Audace à Trieste, Italie, 7 juillet 2010.

« Trieste s’arrête, avec les derniers chantiers du port, avec les derniers bâtiments, contre ces tristes collines fumeuses, contre le rideau blanc du ciel.

Parfois, le long de la route qui borde la mer, dans un ensemble ininterrompu de groupes de maisons, de murs infranchissables, on aperçoit une plage, avec des familles, et l’éternel sourire de la jeunesse triomphante. Une brève agitation désolée.

Je passe par Muggia, avec son port, qui reproduit en miniature celui de Trieste, et en plus triste celui de Grado. D’autres plages arides, petites et colorées, au-delà de solides parapets.

Et voilà Lazzaretto, l’ultime plage italienne.

Plage de Lazzaretto, province de Trieste, 7 juillet 2010
Plage de Lazzaretto, province de Trieste, Italie, 7 juillet 2010. À l’arrière-plan, la côte slovène.

C’est incroyable : ici, l’Italie a un dernier élan, c’est l’Italie comme je ne la voyais plus depuis des centaines de kilomètres. […]

Au-delà de la frontière, on ne voit pas âme qui vive : le territoire yougoslave semble inhabité. Pas une seule personne sui se baigne, pas une maison. Plus de soleil : et même, entre les deux tristes bosses des collines boisées, on voit venir un orage : une trace de nuages bleus. N’y a-t-il donc pas de congés du 15 août en Yougoslavie ? Pas d’été ?

Je m’approche des derniers vacanciers de notre plage. Ils ont tous dans les vingt-cinq ans, hommes et femmes, assis sur une pierre à l’embouchure de l’égout. Ils ne sont ni vilains ni beaux. On dirait des employés. Ils jouissent de leurs vacances avec une paresse de circonstance, une juste insouciance. J’entends des bribes de conversation, des voix humbles, qui se perdent. […]

Sur les pauvres voix, sur la pauvre petite plage, l’orage jette une ombre légère, blanchâtre. Ici finit l’Italie, finit l’été. »

Pier Paolo Pasolini, septembre 1959

Koper (Capodistria), Slovénie, 7 juillet 2010
De l’autre côté de la frontière : Koper (Capodistria), Slovénie, 7 juillet 2010.

La longue route de sable / Pier Paolo Pasolini. X. Barral, 2005Pier Paolo Pasolini (1922-1975)
La longue route de sable

La longue route de sable / Pier Paolo Pasolini ; texte intégral traduit de l’italien par Anne Bourguignon ; photographies Philippe Séclier. — X. Barral, 2005.

Traduit de : La lunga strada di sabbia.
Contient un fac-similé du tapuscrit du texte dans la version de « Successo », publiée en Italie par Meridiani en 1998.
ISBN 2-915173-07-9

Week-end à Toulouse

4 août 2010
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Samedi dernier, le 31 juillet. Grande chaleur et forte lumière. Toulouse, la plus belle couleur du monde.

Toulouse, rue Cujas, samedi 31 juillet 2010

Rue Cujas (donnant place de la Bourse)…

Toulouse, hôtel Thomas de Montval, rue Croix-Baragnon, samedi 31 juillet 2010

… et dans la cour de l’hôtel Thomas de Montval, rue Croix-Baragnon.

Vou dar de beber à dor (Mariquinhas) — Ana Moura, Amália

3 août 2010

Ana Moura, qui fait beaucoup parler d’elle ces jours-ci,…

Ah bon ?

Mais oui, je t’en ai déjà parlé, de ses histoires avec Prince

Des histoires avec Prince ? Elle a des histoires avec Prince ? (Quel genre ?)

Mais non, arrête… Prince l’a juste invitée à chanter deux fados dans son concert à lui à Lisbonne, et il l’a accompagnée à la guitare. Je te l’ai dit, ça, je t’ai même montré une vidéo. Et après c’est lui qui s’est pointé incognito à son concert à elle à Turin, la semaine dernière (et pas en Corse comme je croyais). Il s’est assis dans le public figure-toi, comme n’importe qui !

N’importe qui, pas moi en tout cas. J’y étais pas, à Turin.

Ah, mais moi non plus j’y étais pas ! N’importe qui de ceux qui y étaient, je veux dire… Je continue.

… est considérée comme l’un des meilleurs éléments du jeune fado actuel, tant par la presse (internationale, pas seulement portugaise) que par le public et par ses pairs. Elle se prévaut en effet d’une voix agile et juste, plus riche que celle de nombre de ses consœurs qui nourrissent les leurs au bifidus exclusivement, afin de les garder légères et lisses — avec peut-être une salade verte de temps à autre, assaisonnée d’un trait d’huile de pépins de raisin et de citron.

Quoi ? Mais c’est quoi ce charabia ?

… ?

Tu veux dire quoi, exactement, tu peux m’expliquer ?

Ce que je dis c’est qu’elle chante juste…

(c’est le minimum syndical ça non ?)

Oui, mais y en a qui chantent un peu faux quand même, et non des moindres. Bon, je peux continuer ?

Oui vas-y, excuse

… qu’elle possède l’agilité vocale indispensable pour interpréter le fado (ça va, tu suis ?), et un timbre d’une richesse à laquelle on n’est plus habitué. Un timbre qui rappelle les chanteuses d’autrefois, Hermínia Silva, Lucília do Carmo, ces chanteuses-là. Tandis que beaucoup de ses collègues ont des voix de chanteuses de variétés ; ou des voix de choristes de studio.

Voilà, t’as qu’à le dire comme ça, au lieu de tes histoires de pépins de raisin et de consœurs à la béchamelle ou à chais pas quoi !

De toutes façons j’ai fini. Je veux juste te faire écouter Vou dar de beber à dorLa maison sur le port si tu préfères – par Ana Moura et par Amália. dans cet ordre. La chanson parle d’une femme — Mariquinhas –, ou plutôt de la maison qu’elle tenait autrefois, dont on ne sait pas très bien si c’était un bordel ou juste un genre de cabaret, et qui a été remplacée par une agence de prêts sur gages. Devant un tel gâchis, il n’y a plus qu’à « donner à boire à la douleur », ainsi que le préconisait Mariquinhas elle-même.

Vou dar de beber à dor (Mariquinhas) / Ana Moura, chant ; Alberto Janes, paroles et musique

Vou dar de beber à dor (Mariquinhas) / Amália Rodrigues, chant ; Alberto Janes, paroles et musique

Alors ?

Foi no Domingo passado que passei
à casa onde vivia a Mariquinhas,
mas ‘stá tudo tão mudado
que não vi em nenhum lado
as tais janelas que tinham tabuinhas.

Do rés-do-chão ao telhado
não vi nada, nada, nada
que pudesse recordar-me a Mariquinhas,
e há um vidro pregado e azulado
onde havia as tabuinhas.

Entrei e onde era a sala agora está
à secretária um sujeito que é lingrinhas,
mas não vi colchas com barra
nem viola, nem guitarra,
nem espreitadelas furtivas das vizinhas.

O tempo cravou a garra
na alma daquela casa
onde as vezes petiscavamos sardinhas
quando em noites de guitarra e de farra
estava alegre a Mariquinhas.

As janelas tão garridas que ficavam
com cortinados de chita às pintinhas
perderam de todo a graça
porque é hoje uma vidraça
com cercadura de lata às voltinhas.

E lá p’ra dentro quem passa
hoje é p’ra ir aos penhores
entregar ao usurário umas coisinhas,
pois chega a esta desgraça toda a graça
da casa da Mariquinhas.

P’ra terem feito da casa o que fizeram
melhor fora que a mandassem p’rás alminhas,
pois ser casa de penhores
o que foi viveiro d’amores
é ideia que não cabe cá nas minhas

Recordações do calor
e das saudades. O gosto
que eu vou procurar esquecer
numas ginginhas,
pois dar de beber à dor é o melhor,
já dizia a Mariquinhas.

Vou dar de beber à dor (Mariquinhas) / Alberto Janes, paroles et musique

L. & L.

O’queStrada — Le Tasca beat à Paris cette semaine !

3 août 2010

Si tu es à Paris cette semaine, ne les rate pas ! Tu le regretterais toute ta vie.

Je t’en ai déjà parlé , tu te souviens ?

Vaine question.

Je te le rappelle donc. Ça date du 30 juillet 2009, il y a pour ainsi dire un an :

Non ce n’est pas du fado, mais ils sont fantastiques, joyeux et élégants, colorés et hétéroclites.

L’article que leur consacre Wikipedia (Portugal) les décrit comme « uma banda portuguesa de som popular, delirante, e atlético », un « groupe portugais au son populaire, délirant et athlétique ».

C’est bien ça.

Je les ai vus à Toulouse en 2005, ils se produisaient sur la grande scène de la Halle aux Grains, à l’occasion de la première édition du Marathon des mots, dont Lisbonne était la « ville invitée ». Ils avaient une pêche d’enfer. Dans le même spectacle il y avait Camané et Mísia. Déjà ils chantaient cette chanson Oxalà te veja, je m’en souviens parfaitement :

Ah oxalá te veja ao meu lado
Ah oxalá te veja vem aqui
Ai oxalá te veja ao meu lado,
Ao pé de mim, ao pé de mim

Glória à Hermínia,
Ao marceneiro e tais fadistas
Glória à ginginha,
Ao medronho e à Revista
Glória!, à Hermínia
Glória

Voyez, il est tout de même question de fado, d’Hermínia, du Marceneiro.

Au bout de sept ans d’existence ils viennent de publier leur premier CD — Tasca Beat , c’est à dire le beat de la « tasca » (le troquet) — qui comprend d’ailleurs Oxalà te veja et treize autres titres.

[…]

Je te vouvoyais à l’époque : nous n’avions pas encore fait vraiment connaissance.

Alors donc ils sont à Paris cette semaine, pour Paris Quartiers d’été. Si tu veux savoir où et quand, regarde ici.

L’an dernier ils venaient de publier au Portugal Tasca beat, leur premier album, alors qu’ils existaient déjà depuis 7 ans. Ils le refont cette année.

Je veux dire — et je dis — qu’en effet cette année encore ils publient Tasca beat, peut-être pour conquérir le marché international (enfin je le suppose : le producteur est allemand). Chose étonnante, ils ont ré-enregistré l’album quasiment à l’identique (ils ont juste supprimé les « bénédictions » qui servaient d’introduction, et remplacé un titre par un autre). Oui, réenregistré. Avec les arrangements d’origine.

Ça me semble un peu moins enlevé, un peu moins effronté et spontané, mais c’est bien quand même, et au moins tu peux le trouver chez ton marchand habituel — et même à la bibliothèque de ton quartier si elle assure (si ce n’est pas le cas, fais-en la remontrance au monsieur ou à la dame de la discothèque).

Amuse-toi bien.

L. & L.

O'queStrada -- Tasca Beat. -- Éd. internationaleTasca beat / O’questrada, groupe vocal et instrumental. — Édition internationale. — Allemagne : Jaro Medien, 2010. — Jaro 4295-2. — EAN 4006180429521.

Disponible sur Fnac (France), CDGO et ailleurs

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O'questrada -- tasca BeatTasca beat / O’questrada, groupe vocal et instrumental. — Édition portugaise. — Portugal : Sony-Ariola, 2009. — Sony music 88697522282. — EAN 886975222827.

Disponible sur CDGO

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O’queStrada — Site officiel
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Saudades do Brasil em Portugal — Vinícius, Amália

28 juillet 2010

Voilà ces Saudades do Brasil em Portugal, annoncés au billet précédent. D’abord Vinícius, puis Amália.

Saudades do Brasil em Portugal / Vinícius de Moraes, chant, guitare ; Vinícius de Moraes et Homem Cristo, paroles et musique. — Extrait de : Amália Vinícius. Publié pour la première fois en 1970. Enregistré le 19 décembre 1968.

Saudades do Brasil em Portugal / Amália Rodrigues, chant ; Fontes Rocha, guitare portugaise ; Pedro Leal, guitare ; Vinícius de Moraes et Homem Cristo, paroles et musique. — Extrait de : Amália Vinícius. Publié pour la première fois en 1970. Enregistré le 19 décembre 1968.

O sal das minhas lágrimas de amor criou o mar
Que existe entre nós dois, p’ra nos unir e separar

Pudesse eu te dizer da dôr que dói dentro de mim
Que mói meu coração, nesta paixão que não tem fim

Ausência tão cruel, saudade tão fatal
Saudades do Brasil em Portugal

Meu bem
Sempre que ouvires um lamento
Crescer desolador na voz do vento
Sou eu em solidão pensando em ti
Chorando todo o tempo que perdi.
Saudades do Brasil em Portugal / Vinícius de Moraes et Homem Cristo, paroles et musique.

Amália, Vinícius. Amália Rodrigues, Vinícius de Moraes [et al]Amália, Vinícius / Amália Rodrigues, chant ; Vinícius de Moraes, chant, guitare ; David Mourão-Ferreira, voix ; Fontes Rocha, guitare portugaise ; Pedro Leal, guitare. — Lisboa : EMI-Valentim de Carvalho, P 1970 et P 2001, cop. 2001. — Enregistré en direct, Lisbonne, maison d’Amália Rodrigues, 19 décembre 1968. — EMI 7243 5 317452 1

António Zambujo à Saint-Quentin-la-Poterie : « A vida é feita de brasa »

28 juillet 2010

António Zambujo à Saint-Quentin-la-Poterie (Gard, France), 24 juillet 2010
António Zambujo à Saint-Quentin-la-Poterie (Gard, France), 24 juillet 2010. Avec Jon Luz, cavaquinho et guitare (à gauche) et Ricardo Cruz, contrebasse et direction musicale (à droite)

La lumière était splendide pendant le trajet de Montpellier à Uzès.

Le mistral soufflait. C’était une petite place assez étroite et longue, et qui dans sa longueur descendait en pente douce vers le côté où se tenait la scène. Une des maisons de ce petit côté-là de la place, derrière la scène, servait de coulisse.

Bien qu’arrivé fort peu en avance, j’ai dégoté miraculeusement une place au premier rang.

Il est venu seul, avec sa guitare. Assis juste devant moi. Avec une grande douceur, presque dans le recueillement, il entonne ces tous premiers mots « no Verão… », et le public est subjugué à la seconde même.

No verão
A brasa dourada e celeste
Esvaindo o sol agreste
Doirando mais as espigas
Ceifeiros corpos curvados
Ceifando e atando em molhos
A benção loira da vida

L’été
La fournaise dorée du ciel
Se déversant du soleil âpre
Achevant de dorer les épis
Moissonneurs corps courbés
Moissonnant et attachant en gerbes
La blonde bénédiction de la vie
Verão / traditionnel de l’Alentejo

C’est un chant de l’Alentejo, c’est à dire de son pays. Avec quelle tendresse il l’appelle : Meu Alentejo, comme s’il l’absolvait de sa dureté. « No Alentejo não há sombra », c’est ce qu’on dit. « En Alentejo il n’y a pas d’ombre ». C’est de là qu’est partie la Révolution des Œillets.

Meu Alentejo
Enquanto isto se processa
O sol ferindo, sem pressa
Queima mais a tez bronzeada
O suor rasga a camisa
Homem queimado mais fica
E a vida é feita de brasa

Mon Alentejo
Pendant que cela a lieu
Le soleil mordant, sans hâte
Brûle davantage encore la peau bronzée
La sueur déchire la chemise
L’homme brûle
Et la vie est faite de braise
Verão / traditionnel de l’Alentejo

Imagine ceci : dans son chant c’est à toi qu’il s’adresse, sa voix dit ton nom au lieu de celui de l’Alentejo. Alors crois-moi, de deux choses l’une : ou bien, étant sans attente d’une douceur aussi souveraine, et sans préparation, c’est comme un Niagara de tendresse qui te submerge, qui te terrasse, tu meurs ; ou bien en un instant tu reçois l’apport minimal recommandé d’amour pour ta vie entière.

La voix est vraiment belle, la technique parfaitement maîtrisée — impeccable dans les mélismes du refrain — malgré le mistral qui cogne un peu dans le micro. C’est mieux que l’enregistrement studio (dans Por meu cante, Ocarina, 2004 — pourtant le meilleur de ses quatre albums publiés à ce jour selon moi) :

Verão / António Zambujo, chant, guitare. Capté à Évora (Alentejo, Portugal), le 30 avril 2010.

Deux fados ensuite, toujours en solo : Apelo (poème de Vinícius de Moraes sur la mélodie du fado Perseguição, du répertoire d’Amália) et Amor de mel, amor de fel, paroles d’Amália. Plus tard il donnera, toujours seul avec sa guitare et le public, le splendide, le merveilleux Fado menor de son troisième album, Outro sentido (2008). Cependant deux autres musiciens l’accompagnaient : le fidèle Ricardo Cruz à la contrebasse et Jon Luz, un joueur de cavaquinho et guitariste cap-verdien, tous dans une grande complicité, parfois joyeuse.

Le reste de ce récital assez court (j’ai dénombré 13 morceaux) était surtout composé de titres du quatrième album, Guia (Harmonia Mundi, avril 2010 au Portugal, à paraître à l’automne 2010 ailleurs), parmi lesquels l’adorable Zorro, une reprise d’une chanson de João Gil et João Monge, en forme de bossa nova, Barroco tropical, une morna comme au Cap-Vert, qui dit que l’amour est une épine déguisée en rose, ou encore Não me dou longe de ti, un fado déguisé en musique de carnaval. Car même masqué, dissimulé, le fado est toujours là : il forme la matière dont est fait l’art de ce chanteur remarquable.

Son Cucurrucucú paloma a rencontré un très vif succès — c’était pourtant à mon avis le morceau le moins réussi de la soirée, toutes proportions gardées bien sûr.

En bis — et en guise de surprise et de cadeau d’adieu — Saudades do Brasil em Portugal, un fado brésilien, qui fut offert par Vinícius à Amália un soir de décembre 1968 à l’occasion d’une soirée mémorable dont l’enregistrement a été publié en 1970, et réédité en format CD depuis. (Tu peux entendre l’interprétation qu’en ont faite Vinícius, puis Amália, dans le billet suivant.)

Tu vois, ce soir-là le temps est passé sur nous sans nous faire aucun mal — pour une fois.

L. & L.

Voir les concerts d’António Zambujo prévus en France
António Zambujo — Site officiel
António Zambujo sur MySpace

António Zambujo ce soir à Uzès (Gard)

24 juillet 2010

N’oublie pas, il est là.

Je suis pressé, je fais ce billet rapide juste pour dire ça. Ce sera en plein air, à 22 heures. Ce n’est pas tout à fait à Uzès, mais à Saint-Quentin-la-Poterie, juste à côté. L’ambiance sera peut-être analogue à celle de cette vidéo enregistrée le mois dernier au Portugal :

António Zambujo à Serpa (Alentejo, Portugal), le 13 juin 2010

N’oublie pas.

L. & L.

António Zambujo

António Zambujo
© Rita Carmo

24 Juillet 2010, 22h00
Festival Autres rivages : musiques du monde
Uzès (30 – Gard) – En plein air
Place de la Liberté, Saint-Quentin-la-Poterie
30700 Uzès
Tél : 04.66.22.68.88
15 € (prix indicatif)
Voir ce concert sur le site du festival

António Zambujo (site officiel)António Zambujo sur MySpace

Amália, 90 ans

23 juillet 2010

Portrait d'Amália (1966), par Maluda (1934-1999)

Portrait d’Amália (1966), par Maluda (1934-1999)

Fui passando pelas coisas quase como um gato, que passa sem partir nada, mas um bocado fugidio, que não vem sempre, quando a gente o chama.

Je suis passée à travers les choses presque comme un chat, qui passe sans rien casser, mais un peu fuyant, qui ne vient pas toujours quand on l’appelle.

Santos, Vítor Pavão dos. Amália : uma biografia. Contexto, 1987. P. 34.

Amália aurait eu 90 ans aujourd’hui. Ou peut-être la semaine dernière, ou début juillet, il n’y a pas de certitude quant à la date précise de sa naissance. Elle-même était dans le doute.

Não sei o dia em que nasci. Nem eu, nem ninguém na minha família. Ligaram tão pouca importância ao meu nascimento, era uma família tão grande, que não sabem. Uns diziam que nasci no dia 1 de Julho, outros no dia 12, outros a 4 ou a 14. A minha avó dizia que eu tinha nascido no tempo das cerejas, que vai de Maio a Julho. Então eu escolhi o dia 1 de Julho para fazer anos. Mais tarde, quando tive de tirar papéis para fazer exame, vinha 23 de Julho. Resolvi guardar as duas datas, porque assim sempre podia fazer duas festas de anos, com um vinhito abafado e uns bolos secos.

Je ne sais pas quel jour je suis née. Ni moi, ni personne de ma famille. Ils attachaient si peu d’importance à ma naissance, c’était une si grande famille, qu’ils ne savent pas. Pour certains c’était le 1er juillet, pour d’autres le 12, ou le 4 ou le 14. Ma grand-mère disait que j’étais née au temps des cerises, qui va de mai à juillet. Alors moi pour fêter mon anniversaire, c’est le 1er juillet que j’ai choisi. Plus tard, quand il m’a fallu des papiers pour faire des examens, c’est devenu le 23 juillet. J’ai gardé les deux dates, comme ça je pouvais faire deux fêtes, avec un peu de vin doux et des gâteaux secs.

Santos, Vítor Pavão dos. Amália : uma biografia. Contexto, 1987. P. 19.

La date la plus probable est donc celle du 23 juillet. Du moins l’acte de naissance est-il établi à cette date.

Acte de naissance d'Amália Rodrigues
Le registre de naissance d’Amália, reproduction trouvée sur le blog Prosimetron, d’une grande élégance et très intéressant (en portugais).

Peu importe la date réelle de cette naissance, ni que cette venue au monde se soit produite il y a quatre-vingt-dix ans. Ni qu’Amália soit morte. Elle ne l’est vraiment que pour ceux qui ont partagé sa vie, ceux qui l’ont vue ouvrir des portes, se laver les mains, manger des langoustines. Pour tous les autres, il n’y a aucun changement, elle est là plus rayonnante que jamais.

Elle est par exemple dans ce Libertação, de David Mourão-Ferreira sur la mélodie du Fado Meia Noite. Ce fado des années 50, très mal vu par les autorités portugaises de l’époque, dit l’étouffement, la certitude d’être sans cesse regardés, épiés, traqués, l’impossibilité de vivre, la nécessité vitale de partir, d’aller ailleurs.

C’est un de mes préférés. En voici deux versions, l’une enregistrée en public dans une maison de fados, l’autre en studio. Les paroles sont ici.

Les vidéos Vodpod ne sont plus disponibles.

Libertação / Amália Rodrigues, chant ; David Mourão-Ferreira, paroles ; Fado Meia Noite, musique.
1. Libertação ; Domingos Camarinha, guitare portugaise ; Santos Moreira, guitare. — Enregistrement public, Café Luso, Lisbonne, 1955. — Initialement publié dans : Amália no Café Luso. — Lisboa : EMI-Valentim de Carvalho, P 1976.
2. Libertação ; Domingos Camarinha, guitare portugaise ; Santos Moreira, guitare. — Enregistrement studio. — Initialement publié dans : Amália Encores. — [Grande-Bretagne] : EMI International, [1956 ?].

L. & L.

Amália no Café LusoAmália no Café Luso / Amália Rodrigues, chant ; Domingos Camarinha, guitare portugaise ; Santos Moreira, guitare. — Lisboa : EMI-Valentim de Carvalho, P 1976 et P 1992, cop. 1992. — Enregistrement public, Café Luso, Lisbonne, 1955. — EMI 0777 7 99652 2 9

Disponible sur CDGO

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Un jour mon Prince viendra

22 juillet 2010

— Tu le crois toi, qu’il viendra ?

— qui ça ?

— Prince

— qu’il viendra où ?

— à Patrimonio avec Ana Moura

— quoi ? Mais de quoi tu me parles ?

— t’es au courant de rien toi, ça se voit. Tu le sais quand même, qu’Ana Moura chante à Patrimonio demain ?

— chais même pas qui c’est. Et Patrimonio non plus

— bon allez casse-toi tu m’fais honte.

Ana Moura, donc, se produit demain soir, vendredi 23 juillet 2010, à Patrimonio, Haute-Corse, dans le cadre (comme on dit) du festival Les nuits de la guitare de Patrimonio. Elle n’est pas guitariste, elle est fadiste comme tout le monde le sait, enfin presque.

Prince est un admirateur d’Ana Moura. Il était venu d’Amérique pour la voir à la Cigale à Paris l’an dernier, il l’aurait escortée dans la coulisse en portant la traîne de sa robe de scène, lui tout de rouge vêtu. Selon la presse portugaise, c’est elle qui a négocié sa venue au festival Super Rock Super Bock à Lisbonne la semaine dernière. Et il l’a invitée sur scène, invitée à chanter non pas Walk in sand, le duo qu’ils ont enregistré ensemble, mais deux fados. Dont un que tu connais, tiens regarde :

Vou dar de beber à dor (Mariquinhas) / Ana Moura, chant ; Prince, guitare ; groupe instrumental ; Alberto Janes, paroles et musique. — Lisbonne, 18 juillet 2010.

Et donc en Corse ils y croient, que Prince viendra.

Pouquoi pas ? Prince n’est-il pas « rocker à surprises », comme le titrait Le Monde en première page le 12 juillet dernier ? Il est toujours là où on ne l’attend pas, là où il n’est pas prévu qu’il soit. « Il plie, tourne sur lui-même, brise un mouvement pour le relancer, fluide, serpentin. Et lorsqu’il fait éteindre toutes les lumières de la scène et du site du concert, l’ombre ne peut le cacher. Cela s’appelle la présence. » *

Je te parie qu’il y viendra, à Patrimonio (d’ailleurs, le 25 il est en concert à Nice).

L. & L.

* Les mille et une surprises de Prince, roi funky d’Arras. Dans : Le Monde (en ligne), 10 juillet 2010, consulté le 22 juillet 2010. Lien à l’article

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Ana Moura
Ana Moura

23 Juillet 2010, 21 h 30
Festival Les 21e nuits de la guitare de Patrimonio
Patrimonio (2B – Haute-Corse)
20253 Patrimonio
17 € à 30 € (prix indicatif)
Réservations : voir sur le site
Voir ce concert sur le site du festival

Ana Moura (site officiel)Ana Moura sur MySpace