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Gesualdo Bufalino, Vitti ‘na crozza… : histoires siciliennes

5 septembre 2010

Il y a quelque temps, j’ai reçu en cadeau un recueil de beaux textes de Gesualdo Bufalino, écrivain sicilien disparu en 1996, intitulé Musée d’ombres. L’ouvrage, bilingue, m’a été offert de manière inattendue par l’un de ses deux traducteurs, Stefano Mangano, d’origine sicilienne lui aussi.

‘U campusantu vecchiu. Il camposanto vecchio.

Sulle prime balze dell’Ibla è da un secolo in abbandono il camposanto dei padri, cinto da un altissimo muro a secco e difeso da un portone decrepito. Chi guardò, bambino, attraverso le crepe e le fessure dell’uno e dell’altro, credette di scorgere in una buca vuota, tra ciuffi d’erba e papaveri in fiore, l’ingresso nascosto dell’Erebo, e ne accolse in cuore, come un amore, qualche segreta vocazione a morire. Vi regna un sovrano silenzio, che solo hanno turbato talvolta sospiri d’innamorati a convegno e gridi rochi e brevi, commento di rusticani duelli.

‘U campusantu vecchiu. Le vieux cimetière.

Sur les premières corniches des monts Iblei, à l’abandon depuis un siècle, le cimetière de nos pères : un très haut mur de pierres sèches l’entoure, une grande porte délabrée en défend l’accès. Qui regarda enfant, à travers leurs crevasses et leurs fissures, crut apercevoir dans une fosse vide, entre les touffes d’herbe et les coquelicots en fleur, l’entrée cachée de l’Érèbe et en conçut dans son cœur, ainsi qu’un amour secret, une manière de vocation pour la mort. Il règne là un silence souverain qu’ont seuls parfois troublé des soupirs de rendez-vous galants et des cris, rauques et brefs, accompagnement de duels rustiques.

Dans : Musée d’ombres / Gesualdo Bufalino ; traduit de l’italien par André Lentin et Stefano Mangano. Paris : Istituto italiano di cultura, 2008. P. 68 & 69

Musée d'ombres / Gesualdo Bufalino. Istituto italiano di cultura, 2008.

Bufalino, Gesualdo (1920-1996)
Musée d’ombres

Musée d’ombres / Gesualdo Bufalino ; traduit de l’italien par André Lentin et Stefano Mangano ; préface de Salvatore Silvano Nigro. — Paris : Istituto italiano di cultura, 2008. — (Cahiers de l’hôtel de Galliffet ; 18).

Traduit de : Museo d’ombre.
Texte original italien et traduction française en regard.
ISBN 978-2-9531837-0-2

———————

Pour remercier Stefano — qui n’en saura rien, puisqu’il ignore certainement tout de ce blog — et pour honorer la mémoire de Gesualdo Bufalino, je mets ici Vitti ‘na crozza (« J’ai vu un crâne »), une chanson sicilienne des plus connues, qui compte d’innombrables enregistrements (dont un par Amália Rodrigues, qui la chantait volontiers en scène, notamment lorsqu’elle décelait une présence italienne dans la salle). Le texte, ancien, varie suivant les versions. Il s’agit de la lamentation d’un crâne (« ‘na crozza »), celui d’un homme « mort sans que la cloche résonne » pour lui, un mécréant donc.

En voici deux enregistrements. D’abord la version originale, tirée de la bande originale du film Il cammino della speranza de Pietro Germi (1950) pour laquelle la musique de cette chanson a été écrite, puis celle de la grande Rosa Balistreri (1927-1990), à la voix caractéristique et puissante.

Il cammino della speranza / Pietro Germi, réalisateur.

Extrait : générique de début et première scène. Vitti ‘na crozza / Franco Li Causi, musique ; texte traditionnel.

Vitti ‘na crozza / Rosa Balistreri, chant ; Franco Li Causi, musique ; texte traditionnel.

La version que voici est reprise du site Gruppo folk Aulos. En suivant ce lien on trouvera à la fois le texte original reproduit ci-dessous et une traduction en italien.
Vitti ‘na crozza

Vitti ‘na crozza supra lu cannuni
fui curiusu e ci vosi spiari
idda m’arrispunniu cu gran duluri
muriri senza toccu di campani

Si nni eru si nni eru li me anni
si nni eru si nni eru un sacciu unni
ora ca su ‘arrivatu a uttant’anni
lu vivu chiama e la morti arrispunni

Cunzatimi cunzatimi stu letto
ca di li vermi fu manciatu tuttu
su nun lu scuntu cca lu me difettu
lu scuntu a bella vita a sangu ruttu.

Vitti ‘na crozza / Franco Li Causi, musique ; texte traditionnel.

L. & L.

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