24 IV 2011
Donnant place Saint-Georges, Toulouse, 23 avril 2011.
De plus en plus chez toi c’est le lunatique qui prend le pas.
Ah oui ? Tu trouves ?
Au point que …
Que quoi ?
Que même moi tu ne m’entends plus parfois.
Comment y remédier ? Tu m’affoles.
C’est impossible mon pauvre, c’est en toi. Tu finiras complètement absent.
Toi aussi non ? Qu’est-ce que tu crois.
L. & L.
Faire le mur
Valsa do bandolim : Laranja da China / Celina da Piedade, voix, accordéon ; Tiago Pereira, réalisation. Enregistrement : Lisbonne, 1er mars 2011.
A música portuguesa a gostar dela própria, c’est une collection de clips vidéo originaux publiée sur Vimeo, c’est à dire sur le web ; une série extrêmement prolifique créée par le documentariste Tiago Pereira il y a trois mois, et qui compte déjà 200 numéros.
Grupo Coral Feminino Terras de Catarina ; Tiago Pereira, réalisation. Enregistrement : Baleizão (Alentejo), 4 avril 2011.
Voilà comment la chose se présente :
Um canal de vídeos para celebrar a maravilhosa variedade da música portuguesa na rua!
Une chaîne de vidéos pour célébrer dans la rue la merveilleuse variété de la musique portugaise !
Tu as déjà vu un de ces clips, ici même, mais tu n’y as prêté aucune attention, quand bien même il est absolument magnifique.
Ces vidéos sont remarquables à la fois pour la variété des sujets traités et pour la qualité des films eux-mêmes, toujours cadrés en plans fixes, micro bien visible, composés comme des peintures au moyen de décors ordinaires, le coin de la rue quoi, ou le bout du champ, ou la cuisine, la salle de bains, n’importe quel endroit de tous les jours, et les objets qui vont avec.
Mariana Maria et Maria Inácia, voix ; Tiago Pereira, réalisation. Enregistrement : Ourique Gare (Alentejo), 8 avril 2011.
A música portuguesa a gostar dela própria, ça veut dire La musique portugaise se plaisant à elle-même. La musique portugaise à se dire : toi tu m’plais.
C’est difficile à rendre en français, je n’y arrive pas bien. Dans « a gostar », « à se plaire », c’est le même « à » que dans cette tournure bretonne passée en français, ces choses qu’on disait chez moi :
— Où est partie ta sœur ?
— À monser dans sa chambre.
Explication de texte : où est partie ta sœur signifie où est passée ta sœur (on peut le dire aussi d’un objet égaré : où est partie ma clé usb ? où est partie la poêle à frire ? Moi-même je le dis couramment : où il est parti ce truc encore ?)
Monser, qui je crois n’a cours que dans ma famille, est un verbe obtenu du breton après un certain processus de transformation. Il provient de l’expression pen moñs, mauvaise tête : faire sa pen moñs, faire sa mauvaise tête, sa tête de monstre peut-être, je ne sais pas. Mais chez nous on a fait un verbe de ce mot : monser dans sa chambre (il me semble qu’on monse forcément quelque part, que ce terme porte en lui la nécessité d’une localisation ; et à y réfléchir, monser est une activité solitaire, je crois impossible de monser là, devant tout le monde).
Dans « à monser », « à » est donc un équivalent élégant et concis de « en train de » ; idem du « a » portugais dans « a gostar ».
Allons, un petit dernier :
Margarida Fidalgo Magalhães ; Tiago Pereira, réalisation. Enregistrement : Conservatoire de Vila Real (Trás-os-Montes e Alto Douro), 15 mars 2011.
L. & L.
A música portuguesa a gostar dela própria sur Vimeo
A música portuguesa a gostar dela própria (blog)
Tiago Pereira sur Myspace
Grenouilles
Tous ces jours derniers, de la rigole que je longe avant d’arriver au lieu de mon travail et de ma souffrance quotidienne, montait le vacarme des grenouilles. Un tintamarre dans la floraison des cistes.
Hier je n’y suis pas passé, j’étais à Lyon.
Ce matin, parvenu à cette rigole : le silence absolu des grenouilles. Aucun signe d’elles.
L. & L.
Sur la pointe d’une aiguille

Cahiers de la loggia = ISSN 1150-0042, N° I, novembre 1945.
Murió al amanecer
Noche de cuatro lunas
y un solo árbol,
con una sola sombra
y un solo pájaro.Busco en mi carne las
huellas de tus labios.
El manantial besa al viento
sin tocarlo.Llevo el No que me diste,
en la palma de la mano,
como un limón de cera
casi blanco.Noche de cuatro lunas
y un solo árbol.
En la punta de una aguja
está mi amor ¡girando!
Federico García Lorca (1898 – 1936). Canciones (1921-1924). Canciones de luna. Murió al amanecer.
Mort à l’aube
Nuit de quatre lunes
et d’un seul arbre,
avec une seule ombre
et un seul oiseau.Je cherche dans ma chair
les traces de tes lèvres.
La source baise le vent
sans le toucher.Je porte le non que tu m’as dit
dans la paume de la main,
comme un citron de cire
presque blanc.Nuit de quatre lunes
et d’un seul arbre.
Sur la pointe d’une aiguille
tourne mon amour.
Federico García Lorca (1898 – 1936). Canciones (1921-1924). Canciones de luna. Murió al amanecer.
Traduction de Félix Gattégno. Dans : Cahiers de la loggia = ISSN 1150-0042, I, novembre 1945. R. Laffont, 1945.

Cahiers de la loggia = ISSN 1150-0042, I, novembre 1945.
C’est la seule politique

Toulouse, rue Mage, 8 avril 2011.
L’autre jour à Lisbonne, deux femmes étrangères déjeunaient près de moi, et leur langue m’était inconnue. Au bout de quelques minutes d’une écoute attentive j’étais à peu près certain de la justesse de l’hypothèse que mon for intérieur avait formée : scandinave. Mais c’est tout, pas de précision plus grande, aucun indice.
À dire vrai je suis injuste avec lui (mon for) : il avait écarté l’islandais, sans appel, et n’aurait pas parié sur le danois.
Plus qu’à demander aux dames.
— Excuse me ladies, I was wondering whether you came from Norway?
— Oh no, we’re from Sweden.
(J’étais déconfit, car j’ai, sciemment je crois, omis de dire que mon for intérieur restait également assez réservé quant à la conjecture qu’elles fussent norvégiennes.)
— And where are you from?
— I’m from France.
— Oh vous êtes français ! De quelle région ? (Une pointe d’accent étranger, à peine. Le « ai » de français un peu appuyé peut-être, et trop long d’une demi-seconde.)
— De Toulouse.
— Ah, que c’est beau Toulouse ! C’est une ville magnifique. (Puis la dame dévie un peu le regard pour ne le fixer sur rien, plissant légèrement les paupières comme pour rappeler à elle les souvenirs liés à cette ville magnifique, et hoche presque imperceptiblement la tête en signe d’approbation.)
Tu vois, j’ai dit à ces Suédoises que je suis de Toulouse, c’est ce qui m’est venu spontanément, alors que je suis censé habiter Montpellier et que je ne suis pas de Toulouse vu que je suis né à Pont-l’Abbé (Finistère).
Mais pour moi il n’y a pas de doute. Que le monde aille à Toulouse, c’est la seule politique.
L. & L.
Lula Pena, Manoel de Oliveira, Bologne

Manoel de Oliveira (1908-….). Porto de mon enfance = Porto da minha infância (2002). Affiche française.
Le charme des villes italiennes en hiver, lorsqu’il fait nuit à quatre heures de l’après-midi. Bologne est une de celles que je ne connais pas. Je connais ses voisines, Parme, Ferrare, Ravenne, Modène, mais elle non.
Le charme de Lula Pena, charme absolu. Elle a vécu en Belgique, elle parle un français très légèrement teinté de la sonorité du portugais : c’est adorable.
Je ne sais pas de quel événement il s’agit, pourquoi elle était là, avec, ou en même temps, que Manoel de Oliveira. Apparemment c’est l’hiver de 2003, à la cinémathèque de Bologne (Cineteca di Bologna).
J’ai essayé ci-dessous de transcrire les propos de Manoel de Oliveira (né le 11 décembre 1908, c’est à dire qu’il avait alors 93 ans) ; il y a probablement quelques approximations, mais l’essentiel y est je pense.
L. & L.
Lula Pena parlant du fado et du cinéma portugais. Manoel de Oliveira parlant du cinéma portugais. Extraits de : Porto da Minha Infância (2002) et de : O princípio da incerteza (2002).
Quand je fais un film, il ne s’agit pas de faire de l’argent, mais de disperser ce qui vient dans l’âme, et que je pense pouvoir, au travers de mon âme, diffuser aussi dans celle des autres ; et donc, c’est me mettre à la place des autres, ou mettre les autres à ma place […]
Il y a deux tendances dans le cinéma portugais : l’une consiste à rechercher l’imitation du cinéma étranger, italien, français, américain ou autre ; ou bien un cinéma populaire qui vient de la revista portuguesa, moins intéressant, c’est à dire un cinéma plus commercial au fond. Mais à partir d’un certain moment, surtout après la révolution des œillets, sont arrivés des jeunes étrangers à cela, produisant un cinéma qu’ils ressentaient. Et comme en matière d’art, et de cinéma en particulier, la plus grande des originalités est la sincérité du réalisateur dans tout ce qu’il fait, cela leur donne un ton très particulier, très personnel. Il y en a une demi-douzaine, par exemple un réalisateur qui s’appelle [João Mário] Grilo, un autre qui s’appelle Costa, un autre qui s’appelle João Botelho, bon, tous ceux-là font un cinéma différent, particulier, peut-être plus difficile à comprendre pour le public populaire.
Le cinéma est une synthèse de tous les arts, et de tous les arts il est celui qui donne le mieux l’illusion de la vie même.
[Quando] faço um film, não é fazer dinheiro, é dispersar aquilo que vem na alma, e que, através da minha alma eu penso que se passa também na alma dos outros ; e portanto é… é pôr-me no lugar dos outros, ou pôr os outros no meu lugar […]
Há duas feições no cinema português: uma é procurar imitar o cinema estrangeiro, seja italiano, ou francês, ou o cinema americano; ou então um cinema popular que vem da revista, mais… menos interessante, quer dizer, um cinema no fundo mais comercial. Mas a partir de certa altura começaram a aparecer, sobre tudo depois do 25 de Abril, a aparecer jovens [com…] desprendidos disso, a fazer um cinema que sentiam. E como a maior das originalidades nas artes, e no cinema particularmente, é a sinceridade do realizador em tudo o que faz, isso deu-lhes um tom muito particular, muito pessoal. Há uma meia dúzia, por exemplo um realizador chamado [João Mário] Grilo, outro chamado Costa, um outro chamado João Botelho, bom, esses [fazem] um cinema distincto, particular, talvez mais difícil para a compreensão do povo.
O cinema é uma síntese de todas as artes e, […] de todas as artes é aquela que mais ilude a propria vida.
Lula Pena sur Myspace
L’article Manoel de Oliveira dans Wikipedia
Manoel de Oliveira (1908-….). Porto da Minha Infância (2002) dans IMDb.
Manoel de Oliveira (1908-….). O princípio da incerteza (2002) dans IMDb.
La Cineteca di Bologna (Bologne, Italie).
Vers le Nord : Sandy Denny | The quiet land of Erin

Sandy Denny (1947-1978).
Elle a été l’une des plus jolies voix britanniques des années 60-70, et l’une des meilleures mélodistes du pays. La vie de Sandy Denny (Wimbledon, 1947 – Londres, 1978) aura été brève, et sa carrière aurait pu être plus brillante qu’elle ne l’a été.
Elle est peut-être arrivée au mauvais moment, celui de la vogue du folk-rock européen dont peu de chose résiste encore à l’écoute. Elle s’est coulée dans ce flot-là, qui l’a portée sur le devant de la scène et qui l’y a maintenue tant que la marée était haute. Elle n’a probablement pas eu la force de résister au reflux, car elle en avait certainement les moyens.
D’elle il reste notamment Who knows where the time goes, une ballade célèbre en son temps et maintes fois reprise (par Nina Simone, entre autres). Cette chanson, qui était l’une de ses premières compositions, a apporté son premier (et unique ?) grand succès au groupe Fairport Convention auquel elle s’est jointe assez brièvement de 1968 à 1969, le temps des trois meilleurs albums du groupe. Ces albums, (What we did on our holidays, Unhalfbricking et Liege and lief, tous les trois publiés en 1969) portent son empreinte.
Puis un autre groupe, l’éphémère Fotheringay, nommé d’après le titre d’une autre belle ballade écrite par elle sur le thème de la mort de Mary Stuart. Les albums suivants sont publiés sous le nom de Sandy Denny : The North Star grassman and the ravens — le plus remarquable (1971) –, Sandy (1972) et d’autres. Un bref retour chez les Fairport (1974) en déroute, un dernier album solo, et puis le silence. Trop d’alcool, des problèmes familiaux, plus d’amour, plus de succès. Elle est morte des suites d’une chute, à 31 ans.
Des enregistrements inédits sont apparus, pour la plupart datant du début de l’histoire, avant Fairport Convention. Des publications posthumes ont eu lieu, renfermant quelques perles. Par exemple The quiet land of Erin (mais la version qu’on entend ici reste inédite). C’est une ballade irlandaise, belle comme elles peuvent l’être lorsqu’elles sont chantées avec simplicité. Un chant de privation, celui d’un exilé qui depuis l’Écosse voit au loin les collines de sa patrie.
The quiet land of Erin / Sandy Denny, chant et guitare. Enregistrement : 1968.
By myself I’d be in Árdaí Chuain
Where the mountains stand away
Oh ’tis there I’d [And ’tis I’d] let the Sundays go
In the Cuckoo’s Lair abower [quiet land above] the bayAgus och, och Éire ‘lig is ó
Éire londubh is ó
And [Ah] the Quiet Land o’ ErinOh my heart is weary all alone
And it sends a lonely cry
To the land that sings beyond my dreams
And the lonely Sundays pass me byAgus och, och Éire ‘lig is ó
Éire londubh is ó
And [Ah] the Quiet Land o’ ErinOh I’d [I would] ravel back the twisted years
In the bitter wasted wind
If the God [Lord] above would let me lie
In the quiet glades abower [above] the whinAgus och, och Éire ‘lig is ó
Éire londubh is ó
And [Ah] the Quiet Land o’ Erin
The quiet land of Erin / traditionnel, d’après Aird a’ Chumhaing, ou Árdaí Chuain, poème original en gaélique de Seán Mac Ambróis. Source : King Laoghaire. Entre crochets : variantes chantées par Sandy Denny.—
Ah si je pouvais être à Árdaí Chuain
Dont je vois d’ici les montagnes
Là-bas les dimanches s’écouleraient
Dans la paix de cette baie.Agus och, och Éire ‘lig is ó [Et oh l’Irlande, toute l’Irlande]
Éire londubh is ó [L’Irlande dont je me languis]
Ah la douce terre d’ErinOh mon cœur las de son exil
Jette un cri de solitude
Vers la terre qui chante par-delà mes rêves
Et les dimanches s’écoulent désolés.Agus och, och Éire ‘lig is ó [Et oh l’Irlande, toute l’Irlande]
Éire londubh is ó [L’Irlande dont je me languis]
Ah la douce terre d’ErinOh je referais l’écheveau de ces années perdues
Dans ce vent de vaine amertume
Si Dieu dans sa bonté me laissait reposer
Dans la paix des vallons fleuris d’ajoncs.Agus och, och Éire ‘lig is ó [Et oh l’Irlande, toute l’Irlande]
Éire londubh is ó [L’Irlande dont je me languis]
Ah la douce terre d’Erin.
The quiet land of Erin / traditionnel, d’après Aird a’ Chumhaing, ou Árdaí Chuain, poème original en gaélique de Seán Mac Ambróis ; traduction Lili & Lulu. Source : King Laoghaire (texte). Celtic lyrics corner (traduction anglaise du refrain).
L. & L.
Lecture grecque du dimanche
Ils se retrouvaient tous les soirs à huit heures. Il montait à Thissío, elle à Monastiràki. Le jeune homme portait un pantalon de velours côtelé, un pull ras du cou, ses cheveux longs librement rejetés en arrière. Dans une main il tenait un paquet de cigarettes, dans l’autre des feuilles dans un classeur. Il prenait la même place, en coin, près de la fenêtre, dans le sens contraire de la marche, l’œil fixé sur les portes coulissantes. Dans quelques minutes, le temps que la rame arrive à Monastiràki, c’est là qu’elle apparaîtrait.
Elle était une femme mûre, jeune d’allure encore, aux cheveux bruns éclaircis par la teinture. Toujours bien peignée, tirée à quatre épingles. Le plus souvent elle portait un petit tailleur vert sombre, assorti à ses yeux. Rarement, par grand froid, elle montait alourdie par un pardessus gris, long et sans grâce, passé de mode, genre capote militaire. Ce vêtement, contrairement aux autres, la vieillissait. Quand elle ne trouvait pas de place tout de suite, elle restait debout patiemment jusqu’à Omònia.
Μένης Κουμανταρέας = Mènis Koumandarèas (1931-….). Η Κυρία Κούλα = La femme du métro (1978) / traduit du grec par Michel Volkovitch.
De deux choses l’une : ou bien tu complètes toi-même, ou bien tu te procures ce livre, qui est court et cinglant.
Quel parti prendre ?
L. & L.
—
Κουμανταρέας, Μένης = Koumandarèas, Mènis (1931-….)
Η Κυρία Κούλα (1978). Français
La femme du métro / Mènis Koumandarèas ; traduit du grec et postfacé par Michel Volkovitch. — Quidam Éditeur, impr. 2010.
69 pages. — (Made in Europe ; 47).
Traduit de : Η Κυρία Κούλα.
ISBN 978-2-915018-46-2






