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De mon seuil je te vois t’éloigner

22 juillet 2015

Il y a quelqu’un.

Bologne (Italie), 10 juillet 2015

Il n’y a plus personne.

Bologne (Italie), 10 juillet 2015

Ainsi passe la gloire du monde.

[…]
Mais non, tu passes
Et de mon seuil je te vois t’éloigner
Me faisant un dernier geste avec grâce
[…].
Tristan Klingsor (1874-1966). L’indifférent (extrait). Dans : Schéhérazade (1903).

Bologne (Italie), 10 juillet 2015

Sílvia Pérez Cruz | Corrandes d’exili

21 juillet 2015

Une nuit de pleine lune
Nous avons franchi la montagne
Lentement, sans dire un mot
Si la lune était pleine,
Telle était aussi notre peine.

C’est par ces vers que commence le poème de Pere Quart Corrandes d’exili, publié au Chili en 1947. Cet exil est celui des républicains catalans fuyant vers la France en 1939, abandonnant en Catalogne une « moitié endormie de [leur] vie ». Mis en musique et interprété par Lluís Llach en 1984, il figure depuis de longues années au répertoire de l’extraordinaire Sílvia Pérez Cruz, à qui une émission de la série Mezzo Voce, produite par France 3 Corse et Mareterraniu productions, a été consacrée en novembre 2014. La musicienne y parle avec une grande simplicité (en castillan, malheureusement) du choc que fut pour elle la mort de son père, et dit comment ce choc s’est traduit par la nécessité absolue de se mettre à écrire et composer ce qui deviendra son premier (et unique à ce jour) album solo, paru en 2012 sous le titre 11 de novembre. À ce sujet, lire aussi : Sílvia Pérez Cruz, une antidote à l’hiver, par Stéphane Deschamps dans Les Inrocks (en ligne), 24 octobre 2012.

Elle parle de son art, de son amour de la « mathématique » musicale selon ses mots, la « mathématique de chercher des manières, des harmonies », de ce goût pour la complexité qui lui vient de sa pratique du jazz, mais aussi de son amour de la musique populaire hérité de ses parents.

Es importante que aunque lo que haga sea super complejo, aunque sea complicado, aunque intelectualmente sea profundo, aunque hay un mensaje, sea muy popular. Afinal, cuando alguien me escucha, yo no quiero que piense si es muy difícil o no, yo quiero que sienta.

Il est important que, même si ce que je fais est super complexe, même si c’est compliqué, intellectuellement recherché, même s’il y a un message, ce soit populaire. Finalement, quand quelqu’un m’écoute, je ne veux pas qu’il se demande si c’est difficile ou non, je veux qu’il ressente.

La partie principale de cette émission, visible jusqu’au 30 juillet 2015 dans Culturebox, est faite d’un concert acoustique court donné dans un étonnant palace d’Ajaccio devant un public non moins singulier à vrai dire. On y retrouve Blancanieves, chanté a cappella, enchaîné avec Miña nai, puis Tonada de luna llena, une magnifique version de Pare meu [Mon père], Iglesias, Nonnon, Folegrandos, Não sei, Corrandes d’exili (voir l’extrait ci-dessous), Dias de paso, O meu amor é Gloria.

Une merveille.

Sílvia Pérez Cruz | Corrandes d’exili. Pere Quart, poème ; Lluís Llach, musique ; Sílvia Pérez Cruz, chant ; Mario Mas, Raül Fernandez, guitares ; Manolo Martinez del Fresno, violoncelle ; Miquel Àngel Cordero, contrebasse.
Vidéo : Extrait de Sílvia Pérez Cruz dans Mezzo Voce. France Télévisions, Mareterraniu productions, producteurs ; Sabine Rognoni, dir. artistique ; Paul Rognoni, réalisation. France, 2014. Enregistré au Cyrnos palace, Ajaccio (Corse), novembre 2014.

Una nit de lluna plena
tramuntàrem la carena,
lentament, sense dir res…
Si la lluna feia el ple
també el féu la nostra pena.

L’estimada m’acompanya
de pell bruna i aire greu
(com una Mare de Déu
que han trobat a la muntanya).

Perquè ens perdoni la guerra,
que l’ensagna , que l’esguerra.
Abans de passar la ratlla,
m’ajec i beso la terra
i l’acarona amb l’espatlla.

A Catalunya deixí
el dia de ma partida
mitja vida condormida;
l’altra meitat vingué amb mi
per no deixar-me sens vida.

Avui en terres de França
i demà més lluny potser,
no em moriré d’enyorança
ans d’enyorança viuré.

En ma terra del Vallès
tres turons fan una serra,
quatre pins un bosc espès,
cinc quarteres massa terra.
«Com el Vallés no hi ha res.»

Que els pins cenyeixin la cala,
l’ermita dalt del pujol;
i a la plana un tenderol
que batega com una ala.

Una esperança desfeta,
una recança infinita,
i una pàtria tan petita
que la somio completa.
Pere Quart (pseud. de Joan Oliver i Sallarès, 1899-1986). Corrandes d’exili. Extrait de Saló de tardor [Salon d’automne] (1947).

Sans se retourner

8 juillet 2015

Il y a quelqu’un.

Toulouse (France), 5 juillet 2015

Il n’y a plus personne.

Toulouse (France), 5 juillet 2015

Ainsi passe la gloire du monde.

De l’autre côté, pendant ce temps, Joachim leva le bras, voulant demander par ce geste si on l’autorisait à poursuivre sa route.
Quelqu’un, sans vraiment lui prêter attention, lui fit signe qu’il pouvait s’en aller.
— Vous êtes en état d’arrestation ! cria un des gardes-frontières avec véhémence à l’intention de Miklós, tandis que, de l’autre côté, Joachim pédalait déjà, sans se retourner et encore tremblant, en direction de Budapest, transportant grâce à l’effort fourni par les muscles de ses jambes, de plus en plus éprouvées, la tête, la grandiose tête de Lénine.
Gonçalo M. Tavares. Berlin, Bucarest-Budapest : Budapest-Bucarest (2015), traduit de Berlim, Bucareste-Budapeste: Budapeste-Bucareste (2014) par Dominique Nédellec. Éditions La contre-allée, impr. 2015, ISBN 978-2-917817-37-7, page 90.

Toulouse (France), 5 juillet 2015

Vu dans le métro

7 juillet 2015

(celui de Toulouse), ceci : un jeune homme, barbu comme ils le sont presque tous aujourd’hui, sortant de sa poche pour se moucher un mouchoir en tissu, un mouchoir à carreaux comme on en trouvait dans les merceries il y a de cela des décennies. Ce jeune homme, qui lisait un livre en papier (ce qui n’est pas encore une marque de désuétude), à savoir une œuvre de Jung, Carl Gustav — je ne saurais dire laquelle, je n’ai pas réussi à voir le titre du livre —, semblait il est vrai insensible à l’air du temps, je veux dire indifférent à l’observance des signes d’appartenance à la jeunesse contemporaine. La barbe ? Une facilité, non une marque de conformisme.

Ou était-ce une pose ? Car trouver de nos jours des mouchoirs en tissu n’est pas une chose aisée. Ce jeune homme jouait-il le démodé ?

Non, je ne le crois pas. Il aura hérité un stock de mouchoirs d’un aïeul ayant vécu jusqu’à un âge avancé. Ou bien : il est allergique aux mouchoirs en papier. Oui c’est ça.

À craindre le pire

6 juillet 2015

Pour l’été : 3 chansons françaises, anciennes et tristes à pleurer — mais ne sommes-nous pas sur le point de manquer d’eau ?

Monique Morelli (1923-1993) | Maintenant que la jeunesse. Poème d’Aragon ; Lino Léonardi, musique ; Monique Morelli, chant. Extrait de l’album Monique Morelli. Aragon : 12 chansons inédites de Leonardi (France, Jacques Canetti, 1966).

Catherine Sauvage (1929-1998) | L’écharpe. Maurice Fanon, paroles et musique ; Catherine Sauvage, chant. Captation : 24 septembre 1968, émission Tous en scène. ORTF [Office national de radiodiffusion télévision française], producteur. Pierre Desfons, réalisateur. INA [Institut national de l’audiovisuel].

Francesca Solleville (née en 1932) | La rose du premier de l’an. Poème d’Aragon ; Philippe-Gérard, musique ; Francesca Solleville, chant ; Philippe-Gérard, piano. 1959.

Maintenant que la jeunesse
S’éteint au carreau bleui
Maintenant que la jeunesse
Machinale m’a trahi
Maintenant que la jeunesse
Tu t’en souviens souviens-t-en
Maintenant que la jeunesse
Chante à d’autres le printemps
Maintenant que la jeunesse
Détourne ses yeux lilas
Maintenant que la jeunesse
N’est plus ici n’est plus là
Maintenant que la jeunesse
Sur d’autres chemins légers
Maintenant que la jeunesse
Suit un nuage étranger
Maintenant que la jeunesse
A fui voleur généreux
Me laissant mon droit d’aînesse
Et l’argent de mes cheveux
Il fait beau à n’y pas croire
Il fait beau comme jamais
Quel temps quel temps sans mémoire
On ne sait plus comment voir
Ni se lever ni s’asseoir
Il fait beau comme jamais
C’est un temps contre nature
Comme le ciel des peintures
Comme l’oubli des tortures
Il fait beau comme jamais
Frais comme l’eau sous la rame
Un temps fort comme une femme
Un temps à damner son âme
Il fait beau comme jamais un temps à rire et courir
Un temps à ne pas mourir
Un temps à craindre le pire
Il fait beau comme jamais
Tant pis pour l’homme au sang sombre
Le soleil prouvé par l’ombre
Enjambera les décombres
Il fait beau comme jamais
Louis Aragon (1897-1982). Le cri du butor, IV Extrait de Le nouveau crève-cœur (1946).

De ce poème d’Aragon on trouve un écho dans le film Les chansons d’amour (2007) avec cet échange aussi bref qu’un peu artificiel, comme c’est souvent le cas dans les œuvres de Christophe Honoré.

Extrait de : Les chansons d’amour (film, 2007). Christophe Honoré, réalisateur ; Christophe Honoré et Gaël Morel, scénario ; Grégoire Leprince-Ringuet (Erwann), Esteban Carvajal Alegria (l’ami d’Erwann), acteurs dans cet extrait.

Qu’est-ce tu t’es mis sul museau ?

5 juillet 2015
tags:

Montre. Attends. Bouge pas je vais te l’enlever.

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Toulouse (France), détail d'une porte, 5 juillet 2015

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Mais bouge pas tout le temps comme ça.

Voilà.

Qu’est-ce que c’est que ça ?

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Toulouse (France), détail d'une porte, 5 juillet 2015

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Oh, c’est pour me remercier ! Oh qu’t’es gentil mon Lélé ! Gentil tout plein.

C’est magnifique.

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………

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Toulouse (France), détail d'une porte, 5 juillet 2015

Ναι ή όχι?

4 juillet 2015

Diront-ils ναι (oui) ou όχι (non) dimanche ?

Imam Baildi | Δε θέλω πια να ξαναρθείς [De thélō pia na xanartheís]. Μανώλης Χιώτης [Manṓlīs Chiṓtīs], paroles et musique ; Imam Baildi, groupe instrumental et vocal ; basé sur l’enregistrement original de Μαίρη Λίντα [Maírī Línta] (1961). Bande son extraite de l’album Imam Baildi (Grèce, EMI, 2008).

Le refrain de cette chanson dit ceci : Je ne veux plus que tu reviennes. Je ne veux plus t’aimer, j’essaie de t’oublier.

Δε θέλω πια να ξαναρθείς
δε θέλω πια μες την καρδιά φωτιά
δε θέλω πια να σ’ αγαπώ
να σε ξεχάσω προσπαθώ
Μανώλης Χιώτης [Manṓlīs Chiṓtīs]. Δε θέλω πια να ξαναρθείς [De thélō pia na xanatheís] (1961, extrait). Source : www.stixoi.info.

La voix qu’on entend dans l’enregistrement du groupe Imam Baildi (ce soir au festival Au foin de la rue à Saint-Denis de Gastines, Mayenne) est celle de la version originale de Μαίρη Λίντα [Maírī Línta] (généralement transcrit Mary Linda), parue en 1961, que voici :


Μαίρη Λίντα [Maírī Línta] | Δε θέλω πια να ξαναρθείς [De thélō pia na xanartheís]. Μανώλης Χιώτης [Manṓlīs Chiṓtīs], paroles et musique ; Μαίρη Λίντα [Maírī Línta], chant ; accompagnement orchestral. 1961.

Vive la Grèce !

Lula Pena et Gisela João, deux figures du fado contemporain en Arles

29 juin 2015

Lula Pena, RTP 2011

Lula Pena (2011), par RTP sur Flickr (CC BY-NC-SA 2.0).

Tout les oppose croirait-on : le style, les moyens vocaux, le répertoire, le caractère. Cependant elles sont dissemblables et semblables comme si l’une était l’envers de l’autre, dans le recueillement de la nuit la première, dans l’exubérance du midi la seconde. Autant Lula Pena est élégante et subtile, autant la pétulance dont fait preuve sa jeune consœur peut être jugée de mauvais aloi par certains.

Quoi qu’il en soit elles ont ceci de commun qu’elles n’éprouvent ni l’une ni l’autre aucun besoin de se prévaloir du fado, ni même, dans le cas de Lula Pena, de s’y référer. Il leur suffit d’apparaître en scène, de chanter, et le fado advient, ou non, et s’il est là peu importe que ce soit « du fado ». En somme, l’une et l’autre sont libres de l’emprise d’un genre envisagé comme la fixation d’une prétendue tradition (resterait à savoir laquelle, d’ailleurs). À porter ainsi un art du chant qui se préoccupe d’abord de lui-même et non de la conformité à une jauge, elles semblent les seules dans l’actuel panorama du fado : la figure tutélaire de Mísia veille toujours il est vrai, mais ni Mariza ni Ana Moura ne fascinent, Carminho s’est fourrée dans une impasse avec ses deux derniers albums (le dernier, particulièrement).

Arles les accueille toutes les deux, c’est une coïncidence, au cours de la même semaine de juillet. Lula Pena, la phalène, en plein midi, dans le cadre du festival Convivència. Un concert, comme tous ceux de ce festival de « musiques de monde », suivi d’une rencontre avec l’artiste. Gisela João, la libellule, à 21h30 au théâtre antique, dans la programmation du prestigieux festival Les Suds, en première partie de l’Orquesta Buena Vista Social Club.

Lula Pena | Troubadour, Acto II (extrait). Lula Pena, chant, guitare. Captation : Festiwal Ethno Port Poznań, Poznań (Pologne), Centrum Kultury Zamek, 12 juin 2015.

Gisela João | Meu corpo. José Carlos Ary dos Santos, paroles ; Fernando Tordo, musique ; Gisela João, chant ; Guilherme Banza, guitare portugaise ; Pedro Soares, guitare classique ; Nando Araújo, basse acoustique. Vidéo : Lisbonne, Teatro do Bairro, 22 février 2012.

Touriste ici-même

14 juin 2015

1

Montpellier (France), place de La Canourgue, 13 juin 2015

2 & 3

Montpellier (France), 13 juin 2015Montpellier (France), 13 juin 2015

4 & 5

Montpellier (France), hôtel de Lunas, 13 juin 2015Montpellier (France), hôtel de Lunas, 13 juin 2015

6

Montpellier (France), hôtel de Lunas, 13 juin 2015

7 & 8

Montpellier (France), hôtel de Rozel, 13 juin 2015Montpellier (France), hôtel de Rozel, 13 juin 2015

9

Montpellier (France), hôtel de Lunas, 13 juin 2015

Plus du tout

8 juin 2015

Il y a quelqu’un.

Toulouse (France), 6 juin 2015

Il n’y a plus personne.

Toulouse (France), 6 juin 2015

Comme le temps passe.

Il faut abandonner. Elle est trop fatiguée maintenant, sans plus de force pour aller et venir, tenir tête. D’ailleurs, elle n’a plus de souliers. Les souliers qu’elle a, elle les a depuis dix ans, ils sont terminés. La sorte de souliers qu’elle voulait, ceux qu’elle avait toujours portés, petit à petit, ils n’y avaient pas pris garde, on les avait trouvés de moins en moins dans le commerce. Maintenant, c’était plus du tout qu’on les trouvait.
Marguerite Duras (1914-1996). Emily L. (1987). Éd. de Minuit, impr. 1987, ISBN 2-7073-1142-1, pages 104-105.


Toulouse (France), 6 juin 2015