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Luisa Ronchini • Nana bobò

21 septembre 2020

Nana bobò est une berceuse recueillie à Chioggia, à l’entrée sud de la lagune de Venise. Cette étrange mélodie a été reprise entre autres par Sergio Endrigo ou Lucilla Galeazzi. On la trouve aussi dans l’extraordinaire spectacle Ci ragiono e canto présenté en 1966 par Il Nuovo Canzoniere Italiano dans une mise en scène de Dario Fo, et dont un enregistrement audio a été publié la même année. Quant à Luisa Ronchini (1933–2001), elle était une interprète de la musique traditionnelle de Venise et de la Vénétie, qu’elle a en outre contribué à collecter.

Luisa Ronchini (1933–2001)Nana bobò. Paroles & musiques traditionnelles (Chioggia, Vénétie, Italie) ; collecté par Alan Lomax et Diego Carpitella à Chioggia en 1954.
Luisa Ronchini, chant ; Franco Baroni, guitare.
Extrait du disque Nineta cara : canzoni popolari veneziane / Luisa Ronchini. Italie : I dischi del sole, 1965.


Nana bobò nana bobò
tuti i bambini dorme e Guido no

Dodo bébé, dodo bébé
Tous les enfants dorment et Guido non.

Dormi dormi dormi per un ano
la sanità a to padre e poi guadagno
e dormi dormi dormi bambin de cuna
to mama no la gh’è la a xe ‘ndà via
la xe ‘ndà via la xe ‘ndà a Sant’Ana
la xe ‘ndà prendar l’acqua ne la fontana
e la fontana non è minga mia
la xe dei preti de Santa Lucia
Nana bambin nana bambin

Dors, dors toute l’année
Santé à ton père et plein d’argent
Dors, dors, dors bébé dans ton berceau
Ta maman n’est pas là, elle est partie,
Elle est partie, elle est allée à Sainte Anne
Elle est allée chercher de l’eau à la fontaine.
La fontaine n’est pas à moi,
Elle est aux prêtres de Sainte Lucie.
Dodo bébé, dodo bébé.

E dormi dormi più di una contesa
to mama la regina
to padre il conte
to madre la regina dela tera
to padre il conte de la primavera.

Et dors, dors plus qu’une comtesse,
Ta maman c’est la reine
Et ton père est le comte,
Ta mère est la reine de la Terre,
Ton père est le comte du Printemps.
Traditionnel (Chioggia, Vénétie, Italie) ; collecté par Alan Lomax et Diego Carpitella, 1954. Nana bobò. Source : album Ci ragiono e canto / Il Nuovo Canzoniere Italiano, Italie, 1966. Traditionnel (Chioggia, Vénétie, Italie) ; collecté par Alan Lomax et Diego Carpitella, 1954. Berceuse vénitienne, trad. de Nana bobò par L. & L.

La vigoureuse version de Lucilla Galeazzi est destinée aux enfants au système auditif paresseux :

Lucilla GaleazziNinne nanne :
Veni sonne di la muntagnella. Paroles & musiques traditionnelles (Calabre, Italie). Suivi de Nana bobò. Paroles & musiques traditionnelles (Chioggia, Vénétie, Italie) ; collecté par Alan Lomax et Diego Carpitella à Chioggia en 1954.
Lucilla Galeazzi, chant, arrangement ; Coro L’albero del canto (Roma).
Extrait de l’album Lunario / Lucilla Galeazzi. Italie, 2001.

La Marguerite

20 septembre 2020

Toulouse (Occitanie, France), 14 septembre 2020. Placard apposé sur l'ancien théâtre de la Digue
Toulouse (Occitanie, France), 14 septembre 2020. Placard apposé sur l’ancien théâtre de la Digue

Sur l’affiche, la citation est inexacte. Ce que dit la dame du Camion, c’est ceci :

Que le monde aille à sa perte, c’est la seule politique.
Marguerite Duras (1914–1996). Le camion (1977). Dans : Marguerite Duras, Œuvres complètes III, Gallimard, 2014 (Bibliothèque de la Pléiade). ISBN 978-2-07-012229-5. Page 275.

Et encore :

Que le monde aille à sa perte.
Qu’il aille à sa perte.
Marguerite Duras (1914–1996). Le camion (1977). Dans : Marguerite Duras, Œuvres complètes III, Gallimard, 2014 (Bibliothèque de la Pléiade). ISBN 978-2-07-012229-5. Page 298.

Plus tard, M. D. a dit que ces propos de la dame du Camion n’avaient pas été compris. Elle a dit qu’il ne s’agissait pas de se résigner à l’anéantissement, inéluctable, du monde.

Non. La perdition n’est pas la mort. C’est un brassement de population. C’est le même magma, c’est retourner à l’origine des choses. Vous croyez que la perte du monde, c’est son malheur, sa mort ? […] La perte du monde, c’est que le monde se répande, que le sort commun devienne vraiment commun. Qu’il n’y ait plus cette tentative d’économie sordide de l’oligarchie financière mondiale.
[…] Je ne suis pas un maître à penser. Je suis un maître à dé-penser, si vous voulez. […] Je ne propose rien. Je propose qu’on n’y croie plus. Rien. À rien de ce qu’on décide en dehors de soi. Je propose qu’on ne croie plus rien de cela. Ce n’est pas la pensée. À moins que ça ne soit ça.
[…] Le monde peut maintenant aller à sa perte. Parce que 90 % de l’humanité est prévenue des dangers qu’elle encourt. C’est ça le progrès. C’est tout.
Marguerite Duras (1914–1996). La Couleur des mots. Entretiens avec Dominique Noguez autour de huit films, Paris, Benoît Jacob, 2001. ISBN 978-2-913645-04-6. Pages 149, 151.

Délicieuse arrogance.

Georges Brassens (1921–1981)La marguerite. Georges Brassens, paroles & musique.
Georges Brassens, chant, guitare ; Pierre Nicolas, contrebasse.
Captation : Paris, Bobino, 19 janvier 1967.
Vidéo : extrait de l’émission Le palmarès des chansons, Roger Pradines, réalisation. France, ORTF (Office de radiodiffusion télévision française), production, 1967.

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Toulouse (Occitanie, France), 18 septembre 2020. Placard apposé sur l'ancien théâtre de la Digue

Quequ’chose qui ne tourne pas rond

19 septembre 2020

Puisque c’est samedi, Madame Henriette se rend ce soir à La guinguette à Raoul. Le samedi, toute la nuit elle danse la java avec Monsieur Gaston, Monsieur Léon dit Le Turc, Monsieur László, Monsieur Hans dit Le Distrait, Monsieur Jeannot dit Le Lapin, Monsieur Tutu dit La Praline, Monsieur Dodo, Monsieur Amine – et surtout, surtout avec Monsieur Lucien Tampon, explorateur.

Patachou (1918-2015)La bague à Jules. Jamblan [Jean Blanvillain], paroles ; Alec Siniavine, musique.
Patachou, chant ; Joss Baselli et son orchestre.
France, 1957.

Y’a quequ’chose qui ne tourne pas rond
Sur cette boule qu’on appelle la Terre
Et même ceux que nous admirons
Ne sont plus à l’abri de la misère…
Tenez, dans le milieu, l’autre jour,
À midi juste à la pendule,
Ce bruit affreux n’a fait qu’un tour :
On a fauché la bague à Jules !

Jules, c’est un caïd, une terreur,
Mais un malin, presque un artiste,
Un gars qui fait jamais d’erreurs,
Une mine d’or pour les journalistes.
Pour une fois qu’il se faisait masser
De l’orteil à la clavicule,
Complètement nu comme vous pensez,
On a fauché la bague à Jules.

Une petite bague de rien du tout :
Deux cents grammes d’or autour d’un diam’,
Des petits saphirs un peu partout,
Seulement la bague lui venait de Madame
Qui un jour, de son ton guindé,
Aux respectueuses qui déambulent,
A dit « Mesdames, c’est décidé,
On va offrir la bague à Jules. »

De la secousse les pépées des carrefours,
Les celles que la morale tolère,
Les belles de nuit, les belles de jour,
Les faux poids et les vraies douairières,
Toutes ont augmenté leurs tarifs
Afin d’arrondir leur pécule.
Y’a eu du marathon sportif
Pour alourdir la bague à Jules !

Hélas, depuis qu’on a fauché
L’ornement de son auriculaire,
La clientèle peut s’approcher,
Fini le moindre effort pour lui plaire
Et malheur au gars qui dirait
Comme ça bêtement, sans préambule :
« Pardon, mademoiselle, c’est-y vrai
Qu’on a fauché la bague à Jules ? »

Et Jules lui même, c’est pire encore,
Il ose plus dire bonjour aux potes
Il sait plus quoi faire de son corps,
Quand il est tout seul, il sanglote.
L’après-midi, quand il est levé,
D’un air penaud et ridicule,
Il va voir aux objets trouvés
Si y aurait pas la bague à Jules.

Tenez, l’autre soir, n’y pouvant plus,
Tremblant comme un qu’a la jaunisse
Et cachant ses gros doigts poilus,
Il est allé à la police
Et là, au commissaire soufflé,
Il a dit : « Tant pis, c’est régule,
Y aura dix sacs pour le poulet
Qui ramènera la bague à Jules. »

Et pendant ce temps là, pas bien loin,
Le fortiche qu’a fauché la bague
Se console tout seul dans son coin
De l’énormité de la blague,
Car sa loupe lui a révélé
La vérité sur le bidule :
Dans l’histoire tout le monde est volé,
Elle était fausse, la bague à Jules !
Jamblan [Jean Blanvillain] (1900-1989). La bague à Jules (1957).

Maria Mazzotta • Vorrei volare + Ballata della presa di coscienza

16 septembre 2020

Vous devriez écouter ceci. C’est Maria Mazzotta. Elle est originaire des Pouilles (plus précisément du Salento, le talon de la botte italienne, terre de la pizzica) et s’est installée à Marseille il y a quelques années, je crois. Dans les Pouilles elle a longuement travaillé avec des groupes spécialisés dans la pizzica et la tarentelle tels que Canzoniere Grecanico Salentino ou Officina Zoè. Elle possède l’une de ces voix extrêmement agiles que requièrent les mélismes et autres ornements des chants de l’Italie méridionale, avec un timbre plus léger que celui de ses consœurs Enza Pagliara ou Cristina Vetrone, mais d’une grande beauté et d’une expressivité extraordinaire. Son récent album (Amareamaro, 2020), dans lequel son chant est soutenu par l’accordéon de Bruno Galeone, musicien d’origine malgache, est splendide.

Vorrei volare, enchaîné avec Ballata della presa di coscienza, en constitue le morceau d’ouverture. Ce sont deux stornelli, le premier traditionnel, le second écrit et composé par l’écrivaine et journaliste Caterina Durante (1928–2004), fondatrice en 1975 du groupe Canzoniere Grecanico Salentino. Le premier est une chanson d’amour : « Vorrei volare / sulla finestrella tua vorrei salire / sulla tua bocca ti vorrei baciare / fiorin di tutti i fiori / vorrei volare » (« Je voudrais voler / à ta fenêtre je voudrais monter / sur ta bouche je voudrais poser un baiser / petite fleur de toutes les fleurs / je voudrais voler »). Le second (paroles ci-dessous), évoque le statut de la femme. J’avoue qu’à la première écoute, au lieu de La sorte della donna è molto strana (« Le sort de la femme est fort étrange ») j’avais compris La torta della nonna è molto strana (« Le gâteau de grand-mère est très bizarre »), honte à moi.

Maria MazzottaVorrei volare + Ballata della presa di coscienza. Paroles & musique traditionnelles (Vorrei volare) ; Rina Durante, paroles ; Daniele Durante, musique (Ballata della presa di coscienza).
Maria Mazzotta, chant ; Bruno Galeone, accordéon.
Captation : Lecce (Pouilles, Italie), Cantieri Teatrali Koreja, 12 décembre 2019.
Video : Giuseppe Pezzulla, prises de vue ; Federico Durante, réalisation.


Fior di brucacchia
Dentro ogni uomo ahimè sempre dormicchia
Il padre, il fratellino e il magnaccia
Fior di brucacchia

Fleur de pourpier
Dans tout homme hélas toujours somnole
Le père, le frère et le maquereau
Fleur de pourpier.

Fior di banana
La sorte della donna è molto strana
O fa la moglie oppure la puttana
Fior di banana

Fleur de banane
Le sort de la femme est fort étrange :
Soit elle est épouse, soit elle est putain
Fleur de banane

Fior di sanapo
Dice un vecchio proverbio salentino
“Se un maschio piange cazzani la capu”
Fior di sanapo

Fleur de moutarde
Comme dit un vieux proverbe du Salento :
« Un garçon qui pleure, casse-lui la tête »
Fleur de moutarde
Caterina (« Rina ») Durante (1928–2004). Ballata della presa di coscienza. Caterina (« Rina ») Durante (1928–2004). Ballade de la prise de conscience, trad. de Ballata della presa di coscienza par L. & L.

Maria Mazzotta
Amoreamaro (2020)

Maria Mazzotta. Amoreamaro (2020)Amoreamaro / Maria Mazzotta, chant, tambourin ; Bruno Galeone, accordéon, piano ; Bijan Chemirani, zarb, percussions ; Andrea Presa, didgeridoo. — Production : Italie : Agualoca Records, ℗ 2020.

CD : Agualoca, 2020. — ALCD015. — EAN 8016670138716.
Voir la notice de l’album dans Discogs.

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Autres ressources sur Amoreamaro par Maria Mazzotta :

Sara Correia • Dizer não

12 septembre 2020

Sandra Correia est une jeune fadiste dont le premier album (Sandra Correia, 2019), prometteur, ne permet pas encore de parier sur un destin exceptionnel en sa faveur. Ce nouveau « single » et l’intrigante vidéo qui l’accompagne, publiés il y a une dizaine de jours à peine, retiennent davantage l’attention. Incursion dans l’univers du tango, Dizer não (« Dire non ») est une chanson de Luísa Sobral, désormais bien établie en tant qu’autrice-compositrice, trois ans après le succès international de son œuvre Amar pelos dois, interprétée par son frère Salvador.

https://www.youtube.com/watch?v=GrM-ZXRvzD8
Sara CorreiaDizer não. Luísa Sobral, paroles & musique.
Sara Correia, chant ; Ruben Alves, accordéon ; Diogo Clemente, guitare, percussion ; Chico Santos, contrebasse.
Bande son : Portugal : Universal Music Portugal, S.A., ℗ 2020.
Vidéo : Filipe Correia Santos, réalisateur ; Bruno Grilo, directeur de la photographie ; Catarina Casqueiro, danseuse ; Pedro Caldeirão, producteur exécutif. Production : Portugal : Shot and Cut Films, 2020.


Não me olhes assim,
Não me toques na mão,
Qualquer gesto ou sinal,
Qualquer olhar fatal,
Pode ser o meu fim.
Não quero perder
Tudo aquilo que ganhei
Por um momento de prazer,
Algo sem razão de ser,
Algo que não evitei.
Fico então no meu canto
Para nada acontecer,
Se sonho contigo ou não
Ninguém terá de saber.
Ah coração mal-educado,
Rebelde, tresloucado,
Não ouves a razão.
E eu que me pensava feliz
Com o amor que sempre quis
Sofro por te dizer não.

Ne me regarde pas ainsi,
Ne me touche pas la main,
Le moindre geste, le moindre signe,
Le moindre regard,
Peuvent m’anéantir.
Je ne veux pas perdre
Tout ce que j’ai acquis
Pour un moment de plaisir,
Quelque chose d’insensé,
Un laisser-aller.
Je m’enferme dans mon chant
Pour que rien ne survienne
Et si je rêve à toi
Personne n’en saura rien.
Ah cœur insolent,
Rebelle et fou,
Sourd à la voix de la raison !
Et moi, qui me croyais heureuse
Avec mon amour de toujours,
Je souffre de te dire non.
Luísa Sobral. Dizer não (2020). Luísa Sobral. Dire non, traduit de Dizer não (2020) par L. & L.

Haydée Milanés & Sílvia Pérez Cruz • Ya ves

10 septembre 2020

Haydée Milanés a rendu hommage à son père, le chanteur cubain Pablo Milanés, en enregistrant avec lui un album de duos intitulé Amor (2017). Cet album a connu une nouvelle édition en 2019, augmentée d’une vingtaine de duos avec des artistes tiers parmi lesquels l’hyper-active Sílvia Pérez Cruz qui, en surcroît de sa propre activité d’écriture, d’enregistrement et de performance, incessante et intense, semble répondre inlassablement à de très nombreuses sollicitations de ses collègues.

Haydée Milanés & Sílvia Pérez CruzYa ves. Pablo Milanés, paroles & musique.
Haydée Milanés & Sílvia Pérez Cruz, chant ; instrumentistes innommés.
Extrait de l’album Amor / Haydée Milanés ; a dúo con Pablo Milanés. Edición Deluxe. ℗ 2019.


Ya ves
y yo sigo pensando en ti
como ave
que retornará
ya ves
y yo sigo pensando en ti

Tu vois,
Je pense toujours à toi
Comme à un oiseau
Qui reviendra
Tu vois,
Je pense toujours à toi

Ya ves
y yo sigo pensando en ti
aunque sepa
que después te irás,
mas ya ves
y yo sigo pensando en ti

Tu vois,
Je pense toujours à toi
Bien que je sache
Que tu t’en iras
Mais tu vois,
Je pense toujours à toi

Una gota de lluvia
en mi alma cayó
una hoja de otoño
en mi pecho durmió
mas un rayo de sol
se negó
a acompañarme
por mi estrecho sendero
sin luz
y que yo siga pensando en ti

Une goutte de pluie
Est tombée dans mon âme
Une feuille d’automne
S’est endormie dans mon cœur
Mais un rayon de soleil
A refusé
De m’accompagner
Sur mon étroit sentier
privé de lumière
Et que je puisse encore penser à toi
Pablo Milanés. Ya ves (1964). Pablo Milanés. Tu vois, traduit de Ya ves (1964) par L. & L.

Ailes

8 septembre 2020

Je tombe de mes ailes, le courage me fait défaut,
quand je pense à toi pour ma délivrance.

Pentti Holappa (1927-2017). L’absence (extrait). Du recueil Parfum de fumée (titre original : Savun hajua, 1987).

La feuille de papier blanc et le parfum de ta peau
sont assez de matière pour un poème immortel.
La feuille de papier blanc, le parfum de ta peau
sans crier gare se dissipent dans le ciel.

Pentti Holappa (1927-2017). Le parfum de ta peau (extrait). Du recueil Traces de doigts dans le vide (titre original : Sormenjälkiä tyhjässä, 1991).
Dans : Pentti Holappa. Les mots longs : poèmes 1950-2003, traduit du finnois et présenté par Gabriel Rebourcet, Gallimard, DL 2012. ISBN 978-2-07-033891-7.

Lula PenaGaivota. Alexandre O’Neill, paroles ; Alain Oulman, musique.
Lula Pena, chant & guitare.
Extrait de l’album Phados / Lula Pena. Belgique, ℗ 1998.

Se uma gaivota viesse
Trazer-me o céu de Lisboa
No desenho que fizesse,
Nesse céu onde o olhar
É uma asa que não voa,
Esmorece e cai no mar
Si une mouette venait
M’apporter le ciel de Lisbonne
Par ce dessin qu’elle trace
Dans ce ciel où le regard
Est une aile qui cesse de voler,
Défaille et s’abîme en mer
Que perfeito coração
No meu peito bateria,
Meu amor na tua mão,
Nessa mão onde cabia
Perfeito o meu coração.
Alors, quel cœur parfait
Battrait dans ma poitrine,
Mon amour, dans ta main,
Cette main où se logerait
Si parfaitement mon cœur.
Se um português marinheiro,
Dos sete mares andarilho,
Fosse quem sabe o primeiro
A contar-me o que inventasse,
Se um olhar de novo brilho
No meu olhar se enlaçasse
Si un marin portugais,
De retour des sept mers du monde,
Était, qui sait, le premier
À me conter ses découvertes,
Si un regard d’un nouvel éclat
S’enlaçait à mon regard
Que perfeito coração
No meu peito bateria,
Meu amor na tua mão,
Nessa mão onde cabia
Perfeito o meu coração.
Alors quel cœur parfait
Battrait dans ma poitrine,
Mon amour, dans ta main,
Cette main où se logerait
Si parfaitement mon cœur.
Se ao dizer adeus à vida
As aves todas do céu,
Me dessem na despedida
O teu olhar derradeiro,
Esse olhar que era só teu,
Amor que foste o primeiro
Si, tout près de quitter la vie
Tous les oiseaux du ciel
Me faisaient dans cet adieu
Le don ultime de ton regard,
Ce regard incomparable
De toi, amour qui fus le premier,
Que perfeito coração
Morreria no meu peito,
Meu amor na tua mão,
Nessa mão onde perfeito
Bateu o meu coração
Alors quel cœur parfait
Mourrait dans ma poitrine,
Mon amour, dans ta main,
Cette main où battait
Si parfaitement mon cœur.
Alexandre O’Neill (1924-1986). Gaivota.
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Alexandre O’Neill (1924-1986). Mouette, traduit de Gaivota par L. & L.

Un corbeau nommé Saudade

1 septembre 2020

Ana Sofia VarelaO corvo. João Monge, paroles ; João Gil, musique.
Ana Sofia Varela, chant ; Joséé Manuel Neto, guitare portugaise ; Marco Oliveira, Rogério Ferreira & Diogo Clemente, guitare ; Ricardo Cruz & Zé Nabo, basse acoustique.
Extrait de l’album Fados de amor e pecado / Ana Sofia Varela. Portugal : iPlay, 2009.


Tenho um corvo à flor da pele
Vive de uma ferida aberta
Acorda quando me deito
Levanta voo do meu peito
Sempre, sempre à hora certa

À fleur de peau j’ai un corbeau.
Il s’abreuve à une plaie ouverte,
S’éveille quand je m’endors
Et s’envole de mon cœur
Chaque nuit à la même heure.

Passa por aquela casa
Onde resta uma roseira
Dá contigo junto ao mar
Beija-te sem te acordar
Depois fica a noite inteira

Il s’en va vers cette maison
Où fleurit encore un rosier
Il te trouve sur le rivage
T’effleure d’un baiser sans t’éveiller
Et te veille jusqu’au matin.

Entra pela minha vida
Como a lua no jardim
Pendura tudo o que valha
No gume de uma navalha
Traz-me pedaços de mim

Il entre dans ma vie
Comme la lune dans un jardin
Ce qu’il y trouve, il le suspend
Au fil aiguisé d’un couteau
Et m’en apporte les morceaux.

Tenho um corvo à flor da pele
Um irmão da minha idade
Acorda quando me deito
Levanta voo do meu peito
Diz que se chama Saudade.

J’ai un corbeau à fleur de peau,
Il m’est comme un frère jumeau.
S’éveillant quand je m’endors,
Il s’envole de mon cœur
Et dit se nommer « Saudade ».
João Monge. O corvo. João Monge. Le corbeau, trad. par L. & L. de O corvo.

Illustration d'Édouard Manet pour « Le corbeau » de Poe, traduit par Mallarmé (1875)

But the Raven, sitting lonely on the placid bust, spoke only
That one word, as if his soul in that one word he did outpour.
Nothing farther then he uttered—not a feather then he fluttered—
Till I scarcely more than muttered “Other friends have flown before—
On the morrow he will leave me, as my Hopes have flown before.”
Then the bird said “Nevermore.”

Edgar Allan Poe (1809–1849). The Raven (1845, 1ère publication).

Mais le corbeau, perché solitairement sur le buste placide, ne proféra que ce mot unique, comme si dans ce mot unique il répandait toute son âme. Il ne prononça rien de plus ; il ne remua pas une plume, — jusqu’à ce que je me prisse à murmurer faiblement : « D’autres amis se sont déjà envolés loin de moi ; vers le matin, lui aussi, il me quittera comme mes anciennes espérances déjà envolées. » L’oiseau dit alors : « Jamais plus ! »
Edgar Allan Poe (1809–1849). Le corbeau, traduit de The Raven (1845, 1ère publication) par Charles Baudelaire (1853).

Startijenn evit an distro

31 août 2020

Alain Le Clère & Armel An Héjer[An dro]. Paroles et musique traditionnelles (Bretagne, Vannetais).
Alain Le Clère (à gauche sur la vidéo) & Armel An Héjer (à droite), chant. Captation : Bretagne, [2014?].
Vidéo : Neal Copperman, 2014 (mise en ligne).

Un petit an dro chanté en kan ha diskan par Alain Le Clère et Armel An Héjer, dans le jardin de ce dernier (je crois qu’il est situé en Pays bigouden).

De quoi emmagasiner du startijenn [l’accent tonique est sur la 2e syllabe -ti- et non sur la dernière comme en français] evit an distro (« pour la rentrée »).

Σωτηρία Μπέλλου [Sotiría Béllou] • Αντιλαλούνε τα βουνά [Antilaloúne ta vouná]

30 août 2020

Septembre est désormais inéluctable. Mais la voix puissante et singulière de Sotiría Béllou (1921-1997) est là pour conjurer cette rentrée qui s’avance. Αντιλαλούνε τα βουνά [Antilaloúne ta vouná] (« Les montagnes me font écho ») est un rebétiko de Vassílīs Tsitsánīs.

Σωτηρία Μπέλλου [Sotiría Béllou] (1921-1997)Αντιλαλούνε τα βουνά [Antilaloúne ta vouná]. Βασίλης Τσιτσάνης [Vassílīs Tsitsánīs], paroles et musique. Paroles parfois attribuées à Ευτυχία Παπαγιαννοπούλου [Eftychía Papagiannopoúlou].
Σωτηρία Μπέλλου [Sotiría Béllou], chant ; Σούλα Δάκη [Soúla Dákī], deuxième voix ; instrumentistes innommés.
Vidéo : ΕΡΤ [ERT] (Ελληνική Ραδιοφωνία Τηλεόραση, [Ellinikí Radiofonía Tileórasi]), production. Grèce, date inconnue.


Αντιλαλούνε τα βουνά,
σαν κλαίω εγώ τα δειλινά
περνούν οι ώρες θλιβερές
σ’ ένα παλιό ρολόι
κι εγώ τους αναστεναγμούς
τους παίζω κομπολόι

Les montagnes me font écho
Le soir lorsque je pleure
Les heures sombres s’écoulent
Sur une horloge fatiguée
Et j’égrène mes soupirs
Comme sur un chapelet.

Αντιλαλούνε τα βουνά,
σαν κλαίω εγώ τα δειλινά

Les montagnes me font écho
Le soir lorsque je pleure.

Στενάζω απ’ τις λαβωματιές
κι απ’ τις δικές σου μαχαιριές
λαβωματιές με γέμισες
και μ’ έφαγαν οι πόνοι
και στη φωτιά που μ’ έριξες,
τίποτα δε με σώνει

Je gémis sous tes blessures
Sous tes coups de poignard
Je ne suis plus que blessure
Éperdue de douleur
Et de cette fournaise où tu m’as jetée
Nul ne peut me sauver.

Αντιλαλούνε τα βουνά,
σαν κλαίω εγώ τα δειλινά

Les montagnes me font écho
Le soir lorsque je pleure.

Εμπάφιασ’ απ’ τα ντέρτια μου
κι απ’ τα πολλά σεκλέτια μου
κουράγιο είχα στη ζωή,
μα τώρα που σε χάνω
θα είναι προτιμότερο για μένα να
πεθάνω

Je n’en peux plus de ma souffrance
Ni de mes tourments infinis
J’avais foi en la vie
Mais puisque je te perds
Il ne me reste
Qu’à mourir.
Βασίλης Τσιτσάνης [Vassílīs Tsitsánīs] (1915-1984). Αντιλαλούνε τα βουνά [Antilaloúne ta vouná] (1947). Parfois attribué à Ευτυχία Παπαγιαννοπούλου [Eftychía Papagiannopoúlou] (1893-1972).
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Βασίλης Τσιτσάνης [Vassílīs Tsitsánīs] (1915-1984). Parfois attribué à Ευτυχία Παπαγιαννοπούλου [Eftychía Papagiannopoúlou] (1893-1972). Les montagnes me font écho, trad. par L. & L. de Αντιλαλούνε τα βουνά [Antilaloúne ta vouná] (1947).
Traduction réalisée à partir de la traduction italienne publiée dans : Stixoi.info et de la traduction anglaise publiée dans : Dalaras Internet Community.