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Quequ’chose qui ne tourne pas rond

19 septembre 2020

Puisque c’est samedi, Madame Henriette se rend ce soir à La guinguette à Raoul. Le samedi, toute la nuit elle danse la java avec Monsieur Gaston, Monsieur Léon dit Le Turc, Monsieur László, Monsieur Hans dit Le Distrait, Monsieur Jeannot dit Le Lapin, Monsieur Tutu dit La Praline, Monsieur Dodo, Monsieur Amine – et surtout, surtout avec Monsieur Lucien Tampon, explorateur.

Patachou (1918-2015)La bague à Jules. Jamblan [Jean Blanvillain], paroles ; Alec Siniavine, musique.
Patachou, chant ; Joss Baselli et son orchestre.
France, 1957.

Y’a quequ’chose qui ne tourne pas rond
Sur cette boule qu’on appelle la Terre
Et même ceux que nous admirons
Ne sont plus à l’abri de la misère…
Tenez, dans le milieu, l’autre jour,
À midi juste à la pendule,
Ce bruit affreux n’a fait qu’un tour :
On a fauché la bague à Jules !

Jules, c’est un caïd, une terreur,
Mais un malin, presque un artiste,
Un gars qui fait jamais d’erreurs,
Une mine d’or pour les journalistes.
Pour une fois qu’il se faisait masser
De l’orteil à la clavicule,
Complètement nu comme vous pensez,
On a fauché la bague à Jules.

Une petite bague de rien du tout :
Deux cents grammes d’or autour d’un diam’,
Des petits saphirs un peu partout,
Seulement la bague lui venait de Madame
Qui un jour, de son ton guindé,
Aux respectueuses qui déambulent,
A dit « Mesdames, c’est décidé,
On va offrir la bague à Jules. »

De la secousse les pépées des carrefours,
Les celles que la morale tolère,
Les belles de nuit, les belles de jour,
Les faux poids et les vraies douairières,
Toutes ont augmenté leurs tarifs
Afin d’arrondir leur pécule.
Y’a eu du marathon sportif
Pour alourdir la bague à Jules !

Hélas, depuis qu’on a fauché
L’ornement de son auriculaire,
La clientèle peut s’approcher,
Fini le moindre effort pour lui plaire
Et malheur au gars qui dirait
Comme ça bêtement, sans préambule :
« Pardon, mademoiselle, c’est-y vrai
Qu’on a fauché la bague à Jules ? »

Et Jules lui même, c’est pire encore,
Il ose plus dire bonjour aux potes
Il sait plus quoi faire de son corps,
Quand il est tout seul, il sanglote.
L’après-midi, quand il est levé,
D’un air penaud et ridicule,
Il va voir aux objets trouvés
Si y aurait pas la bague à Jules.

Tenez, l’autre soir, n’y pouvant plus,
Tremblant comme un qu’a la jaunisse
Et cachant ses gros doigts poilus,
Il est allé à la police
Et là, au commissaire soufflé,
Il a dit : « Tant pis, c’est régule,
Y aura dix sacs pour le poulet
Qui ramènera la bague à Jules. »

Et pendant ce temps là, pas bien loin,
Le fortiche qu’a fauché la bague
Se console tout seul dans son coin
De l’énormité de la blague,
Car sa loupe lui a révélé
La vérité sur le bidule :
Dans l’histoire tout le monde est volé,
Elle était fausse, la bague à Jules !
Jamblan [Jean Blanvillain] (1900-1989). La bague à Jules (1957).

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