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Musiques d’été

15 septembre 2009

J’ai écouté beaucoup de fado cet été, du vrai, du faux, du qui n’en a pas l’air mais qui en est vraiment, du qui dit et croit en être, du vieux et du récent. Pour l’instant, je voudrais juste évoquer deux publications.

Fado AnthologiaIl y a cette compilation intitulée Fado Anthologia publiée cette année (Universal Music France, 2009), assez plaisante dans l’ensemble, alternant morceaux adorables (Fado Maestro par Carlos Do Carmo, Alfama par Amália, Sei de um rio par Camané, Mocita dos caracóis par Marceneiro, et d’autres), des choses agréables à écouter et un ou deux titres que j’évite systématiquement. On n’y trouvera ni Hermínia Silva, ni Celeste Rodrigues, ni Argentina Santos, ni Ricardo Ribeiro, ni — horresco referens — António Zambujo, regrettables lacunes.

Garras dos sentidos / MísiaJ’ai aussi redécouvert avec un plaisir qui m’a presque surpris les Garras dos sentidos de Mísia, son premier album « français » fait de poèmes choisis avec soin — pour la plupart sollicités par elle d’écrivains contemporains : Agustina Bessa-Luís, Lídia Jorge, José Saramago, … — mariés à des mélodies de fados classiques (fado Carriche, fado menor, etc.). C’est un grand album. C’est celui qui illustre au mieux la sensibilité et l’intelligence de Mísia, la seule qui ait réellement compris le parti qui pouvait être tiré de l’apport du tandem Amália/Alain Oulman pour l’avenir du fado, la seule qui ait compris que ce qu’ils ont fait ensemble était réellement du fado et pourquoi ça l’était.

L. & L.

Fado anthologia. – Universal music France, P 2009. Emarcy 0602517859562

Garras dos sentidos / Mísia. – prod. Erato Disques : distrib. Warner music France, P 1998. – Erato Detour 3984216582

Reprise

13 septembre 2009

Me voici à nouveau. Entre temps je suis allé en Italie (j’y vais souvent). Cette fois, un peu d’Émilie-Romagne, avec un arrêt prolongé à Ferrare dans une chaleur asphyxiante. Nous avons trouvé un peu de fraîcheur dans les Marches. Le 15 août nous étions à Fabriano, très jolie petite ville. Dans la cathédrale, cette étonnante invitation:

Gustate e vedete come è buono il Signore

Gustate e vedete come è buono il Signore

C’est à dire : « Goûtez, et voyez comme il est bon le Seigneur » — vous aviez compris. Dans une autre église (Sant’Agostino je crois), ceci :

2009 08 16_0117

Fratello, ti voglio bene

Et encore :

Lo sai, penso a te

Lo sai, penso a te

Une ville remplie d’amour.

Après Fabriano, un peu de montagne, jusqu’à l’altiplano de Castelluccio di Norcia, toujours spectaculaire :

Le plateau de Castelluccio tôt le matin

Le plateau de Castelluccio tôt le matin

Au retour à Toulouse, mon ordinateur est tombé irrémédiablement en panne, je viens d’en racheter un : le blog peut se poursuivre.

Et demain, retour au travail. Jamais encore je n’en ai eu un tel dégoût.

L. & L.

Marguerite

6 août 2009

Je n’ai rien à dire en ce moment. J’écoute tous les matins la série produite par Laure Adler sur Duras, Marguerite Duras — Marguerite –, sur France Culture. Travail colossal et passionnant, on s’immerge là-dedans.

Dans la voix de Marguerite, extraordinaire au plein sens de ce mot. Je ne sais pas s’il existe des voix vraiment ordinaires, alors disons que celle de Marguerite est magnifique, et qu’elle elle est émouvante. Sans considération même de ce qu’elle dit, le timbre, le rythme du discours, les modulations, la mise en son, tout ça est incomparable, inouï. S’il n’y avait que ça ce serait déjà un enchantement, or il y a aussi ce qu’elle dit, enfin la façon de le dire plutôt. Deux mots, trois mots lui suffisent pour révéler un univers. C’est son génie. C’est que les mots lorsqu’elle les prononce, elle les sature de sens.

Le mot adorable par exemple. Dans sa bouche il devient inépuisable de sens.

Et puis tout à coup elle rit. Elle raconte des histoires de passoires qu’on se met sur la tête, et on apparaît au balcon comme ça, « en passoire ». Elle a beaucoup de passoires dit-elle.

J’aime bien la voix de Laure Adler aussi. Et d’autres. Celles des deux jumelles viêt-namiennes de la première émission, celle de Nathalie Sarraute, de Lonsdale. Enrique Vila-Matas, on ne comprend rien à ce qu’il dit.

Depardieu, la plus belle voix française vivante, un prodigieux acteur. Je me souviens d’un Bérénice filmé pour la télévision, on n’a parlé dans la presse que de la prestation de Carole Bouquet, pour moi c’est Depardieu qui « crevait l’écran » comme on dit (peut-être qu’on ne l’emploie plus beaucoup, cette expression). Mais lui et Marguerite dans Le camion, ces deux timbres se répondant ou entrelacés, « … que le monde aille à sa perte, c’est la seule politique, c’est ça », ça me plaît, ça me plaît énormément. Cet extrait du Camion, c’est ce que j’ai comme message sur le répondeur de mon téléphone portable. Comme je n’entends presque jamais la sonnerie de ce téléphone, ceux qui m’appellent entendent ça.

La voix de Madeleine Renaud. Cette répétition de Savannah Bay, c’est la magie. Heureusement qu’un film a été fait là-dessus par Michèle Porte, et c’est une riche idée que de le faire entendre à la radio. Ici encore le parler de Marguerite : c’est peut-être dans cet enregistrement-là qu’il est à son zénith. Tiens, je n’avais pas remarqué cette référence à Mon oncle de Tati dans Savannah Bay : «Tout communique au théâtre, toutes les pièces entre elles ».

Qu’est-ce qu’on peut dire de Duras ? Qu’est-ce qu’on croit pouvoir en dire ? Tout, et rien — pour la paraphraser. Qu’elle aussi elle est le fado, enfin selon moi.

L. & L.

Aller sur le site de la série Grandes traversées. Avec Duras (France Culture)

O’QueStrada — Tasca Beat

30 juillet 2009

Non ce n’est pas du fado, mais ils sont fantastiques, joyeux et élégants, colorés et hétéroclites.

L’article que leur consacre Wikipedia (Portugal) les décrit comme « uma banda portuguesa de som popular, delirante, e atlético », un « groupe portugais au son populaire, délirant et athlétique ».

C’est bien ça.

Je les ai vus à Toulouse en 2005, ils se produisaient sur la grande scène de la Halle aux Grains, à l’occasion de la première édition du Marathon des mots, dont Lisbonne était la « ville invitée ». Ils avaient une pêche d’enfer. Dans le même spectacle  il y avait Camané et Mísia. Déjà ils chantaient cette chanson Oxalà te veja, je m’en souviens parfaitement :

Ah oxalá te veja ao meu lado
Ah oxalá te veja vem aqui
Ai oxalá te veja ao meu lado,
Ao pé de mim, ao pé de mim

Glória à Hermínia,
Ao marceneiro e tais fadistas
Glória à ginginha,
Ao medronho e à Revista
Glória!, à Hermínia
Glória

Voyez, il est tout de même question de fado, d’Hermínia, du Marceneiro.

Au bout de sept ans d’existence ils viennent de publier leur premier CD — Tasca Beat , c’est à dire le beat de la « tasca » (le troquet) — qui comprend d’ailleurs Oxalà te veja et treize autres titres.

O'questrada -- tasca Beat

La tasca en question, c’est la Tasca do Chico à Almada, une banlieue de Lisbonne sur a outra banda, l’autre rive (du Tage). De cet ancien cinéma ils ont fait leur base, leur domaine, leur refuge. On y chante aussi le fado.

(Je ne crois pas que le CD soit diffusé en France pour l’instant, mais on le trouve sur l’Internet. À défaut, on pourra toujours l’écouter sur Deezer)

L. & L.

Tasca beat / O’questrada. — Sony-Ariola, 2009.

01- Abençoados (Intro)
02- Oxalá Te Veja
03- Vá Lá
04- Se Esta Rua Fosse
05- Agarrem-Me
06- Fado Skazito (O Fado Dos Subúrbios)
07- Tourné En Rond (Rap Das Rotundas)
08- Creo (Cariño)
09- Organito
10- Eu E O Meu País
11- Killing Me Song
12- Kekfoi
13- Se Esta Rua Fosse ( 2º Andamento Em Fuga)
14- Qualquer Coisa Que Me Anima?
O’queStrada — Site officiel

Celeste Rodrigues — Meu corpo

24 juillet 2009

Toujours on la présente comme la sœur d’Amália. Il est vrai qu’elle n’a pas eu la carrière de son aînée, et que sa discographie est assez sporadique. Cependant elle a exercé son activité de fadiste presque sans discontinuer depuis 1951, et chante toujours (à 86 ans). Il y a quelques années elle a participé à un spectacle de fado intitulé Cabelo branco é saudade, de Ricardo Pais (directeur du Teatro Nacional de São João à Porto), aux côtés de trois autres fadistes (dont Argentina Santos). Ce spectacle a tourné au Portugal et dans quelques villes européennes (Paris en 2007, de même que Bordeaux et Reims). Celeste y est bouleversante. Il suffit pour en convenir de regarder cette interprétation du fado Meu corpo écrit pour Beatriz da Conceição par José Carlos Ary dos Santos (poème) et Fernando Tordo (musique) :

Cette vidéo est extraite du DVD Cabelo branco é saudade, publié en 2005.

Meu corpo est un fado sur l’abandon, l’abandon définitif infligé par celui qui part pour toujours, ou qui meurt. La voix est plus belle qu’autrefois, et ce port de tête très en arrière est caractéristique de Celeste. La ressemblance physique avec Amália est parfois troublante (elle est encore plus forte dans d’autres morceaux du même spectacle), et l’expression du visage est fascinante, admirable en particulier dans le dernier couplet dont voici les paroles :

Se ouvires o chorar duma criança
Ou um grito de vingança, sou eu

Sou eu, de cabelo solto ao vento
Com olhar e pensamento no teu
Sou eu, na raíz do sofrimento
Contra ti e contra o tempo, sou eu

………

Si tu entends un enfant qui pleure
Ou un cri de vengeance, c’est moi

C’est moi, les cheveux au vent
Les yeux et la tête pleins de toi
C’est moi, à la racine de la souffrance
Contre toi et contre le temps, c’est moi

Le fado s’exprime aussi par le corps.

L. & L.

Celeste a publié en 2008 un album sobrement intitulé Fado — malheureusement sans Meu corpo.

Fado / Celeste Rodrigues

Fado / Celeste Rodrigues. — Coast Company : [distrib. l’Autre distribution], 2008. — Coast company CTC-2990490 (album). – EAN 8714691013615.

Réunit :

Já era tarde
Noite na Mouraria
Trova fatal
Meu nome baila no vento
Meia noite e uma guitarra
Meus olhos : fado menor de Porto
Longa é a noite
Entrei na vida a cantar : fado Isabel
Limão
Fado Celeste
Despir a noite
Vira da minha rua
Ouvi dizer que me esqueceste
Esta Lisboa
Trago na voz o vento.

Les paroles complètes de Meu corpo sur Fados do fado
Site officiel de Celeste Rodrigues (avec 4 titres du CD Fado en écoute)
Celeste Rodrigues dans Wikipedia (en portugais)

Camané — Sei de um rio

21 juillet 2009

Je suis rentré en voiture de Bretagne. J’avais une petite provision de CD, dans laquelle une compilation récente intitulée Fado Anthologia (Universal Music France, 2009). C’est du morceau interprété par Camané que je veux parler un peu, Sei de um rio, extrait de son album Sempre de mim (EMI music Portugal, 2008), parce qu’il me colle à la cervelle comme un chewing-gum.

En principe je ne suis pas un amateur inconditionnel de Camané, que je trouve un peu invertébré, c’est-à-dire mal adapté au fado qui réclame au contraire de l’énergie. Le fado oui, pour moi c’est le reflet de la vie, de l’énergie qu’on engage pour la traverser comme on peut, l’énergie du désespoir puisqu’on sait à l’avance que ça va mal finir.

Cependant je trouve ce Sei de um rio assez beau. Il est fait d’une mélodie inédite d’Alain Oulman (le compositeur préféré d’Amália, qui d’ailleurs n’a écrit que pour elle, délibérément), exhumée je crois par le fils du compositeur, heureusement associée à un poème de Pedro Homem de Melo (Povo que lavas no rio, Fria claridade et tant d’autres).

On reconnaît bien la manière d’Alain Oulman – mais à entendre Camané on se dit que seule Amália pouvait véritablement en faire du fado. Là, ça fait penser à de la chanson française de qualité, années 60 70. Par exemple Françoise Hardy chantant Il n’y a pas d’amour heureux.

Question de style. (J’aime beaucoup Françoise Hardy, je préfère le dire.)

Plus proche de l’énergie du fado serait la version de Danielle Darrieux dans 8 femmes.

Pour fermer le cercle, il nous manque donc une version de Sei de um rio par Amália.

Il suffit de fermer les yeux et de l’inventer.

L. & L.

Les paroles complètes sur Fados do fado
Le site officiel de Camané

António Zambujo à Rennes, 10 juillet 2009

20 juillet 2009

Dans le train, entre Toulouse et Rennes, je commençais à faire des raisonnements, à penser que forcément je serais déçu, j’attendais tant de l’événement. Heureusement j’avais une voisine assez bavarde, une Canadienne à qui il fallait tenir la jambe en anglais, c’était assez prenant.

Je suis arrivé à Rennes en milieu d’après-midi (16h35 exactement). La ville était en effervescence en raison justement du festival des Tombées de la nuit, il y avait du monde partout ; la place de la Mairie notamment (sur laquelle donne l’opéra) était en proie à une grande agitation.

Ce jour-là j’étrennais mon appareil photo : ça me rendait nerveux.

Avant le concert, j’ai mangé des crêpes.

Ce théâtre j’y suis déjà venu une fois au moins, il y a longtemps (pour un opéra de Michael Tippett). Je m’installe au premier rang d’orchestre.

La scène avant le début du concert

Salle assez bien garnie, quelques Portugais et un public très mélangé. Le concert commence avec plus d’un quart d’heure de retard, António Zambujo au milieu, flanqué de Paulo Costa (guitare portugaise) et de  Ricardo Cruz (contrebasse).

Une voix et une présence réellement extra-ordinaires. Je ne sais pas si le public avait une attente particulière, était-il venu pour un spectacle de fado traditionnel, avait-il le souvenir, même vague, d’Amália, l’expérience de Mísia, de Cristina Branco ou d’autres ? Zambujo est déroutant pour ceux qui espèrent du fado classique. Quoi qu’il en soit la salle s’est laissée emporter, elle était conquise.

Il a commencé avec Pra onde quer que me volte, extrait de Por meu cante, et puis il y a eu plusieurs morceaux de Outro sentido (dont les merveilleux Amor de mel, amor de fel et Fado menor) — mais aussi Cucurrucucu Paloma, dans un style très voisin de ce que fait Caetano avec le même morceau, et O rapaz da camisola verde en guise de final.

En rappels : Foi Deus, Apelo (paroles de Vinicius de Moraes sur la mélodie du fado Perseguição) et une superbe berceuse de l’Alentejo dont je ne connais pas le titre. Le concert était fort court (1h20 à peu près, rappels compris), mais le public était debout (j’étais fier de ma Bretagne).

Quant à moi, aucune déception, au contraire. Il est venu signer des autographes après le spectacle, parlant très simplement avec chacun (dans un français très charmant). Dans ces cas-là, moi je perds mes moyens. Quelques minutes avant qu’il apparaisse dans le foyer du théâtre, j’étais capable de prendre des photos à peu près nettes, comme celle-ci :

Opéra de Rennes : en attendant la séance d'autographes d'António Zambujo

ou celle-là :

Opéra de Rennes : en attendant la séance d'autographes d'António Zambujo

Et puis le voilà qui descend, et là :

António Zambujo, par Lili et Lulu

Voilà donc António Zambujo par Lili & Lulu. Ou encore celle-ci, à peine mieux :

António Zambujo, par Lili et Lulu

Naturellement, j’ai été incapable de lui dire deux mots sensés. Juste que j’étais venu de Toulouse (tout le monde sait où c’est, Toulouse ?) et lui demander s’il comptait y venir, question particulièrement sotte vu que ça ne dépend pas de lui.

Bref, très grande émotion.

L. et L.

António Zambujo — Por meu cante

7 juillet 2009

Avant d’aller le voir et d’entendre sa voix de soie vendredi soir à Rennes (j’ai une place à céder si quelqu’un en veut), je me prépare en écoutant Por meu cante, le deuxième album paru en 2004.

Por Meu Cante / António Zambujo

Je le trouve encore plus magnifique que Outro sentido — mais c’est peut-être seulement parce que je l’ai découvert après.

C’est un ravissement pour moi cet enregistrement, un ravissement comme celui de Lol. V. Stein, ça m’enlève à moi-même et au prosaïque de la vie terrestre, Lili et Lulu gisent quelque part sur la terre comme des bogues vides tandis que moi je suis perdu dans le fado — enfin ce que j’appelle fado, mon fado à moi.

La voix toujours en avant — car comme le rappelle Ana de Carvalho « les mots sont l’essence du fado » — arrangements élégants et parfaits, discrètement audacieux.  Cette voix si ductile, si souple et si expressive, juste et parfaite elle aussi. Quelqu’un a dit que le fado d’António Zambujo est beau parce qu’il le chante comme s’il était une femme. Un critique des Inrocks je crois. On ne saurait dire plus juste : ce critique et moi nous sommes d’accord.

L. et L.

Teatro da Trindade, Lisbonne
Pra onde quer que me volte, le premier morceau de Por meu cante, au Teatro da Trindade à Lisbonne
Por meu cante / António Zambujo. Ocarina, 2004.
Pra onde quer que me volte / Mário Rainho ; Francisco Viana
Janela virada p´ro mar / Frederico de Brito
Senhora da Nazaré / João Nobre
Uma vez que seja / Ana Vidal ; Raul Pereira
Ó sino da minha aldeia / Fernando Pessoa ; Fado das horas
Noite Cheia De Estrelas / Cándido das Neves
Noite Apressada / David Mourão Ferreira ; Frederico Afonso Rodrigues
Verão / Tradicional
Cravo de São João / Aníbal Nazaré ; Martinho da Assunção
O rapaz da camisola verde / Pedro Homem de Mello ; Hermano da Câmara
Que inveja tens tu das rosas / Tradicional

António Zambujo — Site officiel
António Zambujo sur MySpace
António Zambujo sur Youtube

Et L.

5 juillet 2009

Ana de C. me demande qui est le second L. de L. et L.

On pourrait tout autant se demander qui est le premier. Du reste aucun des deux n’est premier ni second, il n’y a ni préséance, ni chronologie. L. et L., c’est Lili et Lulu, comme pour d’autres Eusebius et Florestan ou Jekyll et Hyde.

Sans doute y aurait-il lieu d’envisager aussi  Lolo, Loulou, Lala, mais ça demanderait du travail pour les repérer, et je déteste travailler.

Enfin, « je », faudrait savoir : Lili ou Lulu ?

Les deux. Aucun L. n’aime ça, le travail.

L., L. et L

Povo que lavas no rio

2 juillet 2009

Aujourd’hui Ana de Carvalho consacre toute son émission Le coeur sur la voix (le fado 4) à Amália Rodrigues.

En ouverture, Amália qui s’exprime, qui parle, peu importe ce qu’elle dit, le seul fait d’entendre la voix de cette personne-là, et voilà que la gorge (la mienne) se contracte, les larmes ne sont pas loin. (Ca s’aggrave avec l’âge, cette propension à pleurer.)

Elle dit qu’elle est ce qu’elle est depuis le début, que les choses ne l’ont pas changée, ni la vie, ni rien, qu’elle était née pour être ce qu’elle était, elle n’est pas devenue Amália Rodrigues, elle l’a toujours été.

Elle n’est pas ce qu’on voudrait qu’elle soit, elle chante le fado, le sien, pas celui dont les spécialistes disent « voilà ce qu’est le fado ». Si c’est ça le fado, alors elle n’est pas fadiste, elle ne veut pas qu’on la dise fadiste.

Quant à moi, au fond je ne sais pas si ce que j’appelle fado, cette chose qui me plaît tant, est vraiment du fado. Je ne suis pas portugais, je ne peux pas vraiment savoir ce que c’est, le fado. Je crois que je m’en fais une idée très bretonne. Ce sentiment bien ancré que le féminin est plus fort que le masculin. Plus lucide en tout cas. J’aime Amália, j’aime le Zambujo : des deux il se dit qu’ils ne chantent pas le fado. J’aime Hermínia Silva aussi, et Celeste Rodrigues quand elle chante Meu corpo, et José Manuel Osório et d’autres : est-ce que ce sont des fadistes tous ceux-là ? Il faudrait consulter les spécialistes.

Povo que lavas no rio, c’est fado ?

Ce morceau-là, on peut dire que c’est une composition d’Amália bien qu’elle n’en ait écrit ni les paroles, ni la musique : un poème de Pedro Homem de Melo auquel elle adapte la musique du Fado Vitória de Joaquim Campos, et voilà un chef d’œuvre. Le premier vers est rempli de douceur et de tendresse. Le premier mot du premier vers — povo — veut dire peuple, et dans ce mot aucune aspérité contrairement aux équivalents dans les autres langues romanes qui tous viennent buter sur un p ou un b au début de la 2e syllabe.

Il faut avoir vu et entendu Amália chanter ce morceau sur scène. Pour moi, la première fois c’était à Paris, à l’Olympia, en 1985. Elle entonne Povo … avec une tendresse infinie, et dans le silence qui suit, la moitié du théâtre a la chair de poule, l’autre est au bord de l’évanouissement.

Personne ne se demande si c’est du fado.

L. et L.

J’aime beaucoup cette vidéo-ci, trouvée sur Youtube comme la précédente. Il n’y a pas de date, mais il s’agit de toute évidence de la deuxième partie des années 80.